La narration : art et essai

Plutôt à la Jarmusch, cette fois ; moins angoissant que le premier épisode de La narration, donc.

 

 

 

Maintenant, après ce blanc nécessaire, voici un extrait d’un poème écrit cet été, qui figurera dans mon prochain recueil et dont le titre est Kyste :

je quitte ma ville quand elle est exactement
telle que je l’aime
déserte et balayée par le vent de sorte que
le ciel tour à tour piquant de soleil et parcouru
de masses fuligineuses empilées
jusqu’à la stratosphère
baigne d’apocalypse les rues inusitées

je quitte ma ville quand il est bon
d’y courir avec hauteur
comme un enfant téméraire
se sent souverain d’un ruisseau

ou bon
d’y écrire à une table de jardin
dans le seul bruissement des tilleuls

ou de se tenir immobile sur ses ponts
la nuque droite et le regard concentré

ou de ramasser un bâton et d’en cingler
tout ce qui présente des interstices
pour défier l’ennui adolescent

ou de traverser des banlieues où le frottement
des pneus sur le bitume et le roulement de la chaîne
sont des événements qui réveillent les oiseaux

(…)