Tête nue

depuis la terrasse en plastique je vois
les volets de fer se baisser successivement
sur la ville qui se couche tôt

je n’ai aucun goût pour les cathédrales
moi qui penche pour la brique et le béton
mais guère pour la dentelle de pierre

je laisse les merveilles du monde et les monuments
aux sept milliards d’autres que moi
les miettes de leurs villes sont mes hosties

avec la pulpe de l’index je sauve une vie
à peine visible à l’œil nu
qui s’abîmait dans mon verre

certaines vies minuscules ont plus de sens
à mes yeux que bien des patrimoines
et des enjeux qui occupent les milliards

au pied du palais par une fenêtre ouverte
une voix au timbre télévisé
à l’évidence je me sens seule ce soir

l’impression d’un devoir
c’est l’impression d’un devoir qui me contraint
une impression non détaillée – sans objet

comme si je me devais à quelqu’un à quelque chose
mais qu’est-ce que c’est ? fa fa fa fa fa
pendant des années ruer au seuil de l’abdication

l’Art Ensemble Of Chicago crisse dans
la chambre d’hôtel je manque mourir d’un taboulé
rien ne passe plus que de travers

l’esprit est plus léger sans enjeu
quand le libre arbitre devient le cœur solitaire du sujet
pourtant ce vertige

le vide de n’avoir aucun sens assigné – même factice
une chimie quelconque
un sédatif

trépane-moi
sculpte-moi un cerveau simple qui ne s’étrangle pas
dès après qu’il a ri si fort

(Images de Bourges et du train intercités.)