Démasqués

Le jour où j’ai pris conscience que, dans toutes les villes où je cours, des rues entières sont marquées de traits continus à la craie, comme sur la photo ci-dessous, je me suis demandé, Qu’est-ce que j’ai encore raté ? Est-ce un rituel enfantin auquel je n’ai pas sacrifié en mon temps parce que, là où j’ai grandi, il y avait des jardins à l’avant des maisons et que, de toute façon, comme toujours et en toute chose, je n’ai pas entendu la consigne – si vraiment les choses qui m’échappent depuis toujours sont édictées à mes pairs sous forme de consignes – et dans ce cas depuis combien de temps (siècles, décennies, années) ce rituel est-il si répandu ? L’est-il uniquement à Lille et dans sa banlieue ou tout autour du monde ?

C’est alors qu’un doute m’est venu.

Vous connaissez sans doute les body snatchers : tirés d’un roman de Jack Finney paru aux États-Unis en 1956, The Body Snatchers, quatre films leur sont consacrés : Invasion of the Body Snatchers par Don Siegel en 1956, son remake par Philip Kaufman en 1978, Body snatchers tout court par Abel Ferrara en 1993 et enfin The Invasion par Oliver Hirschbiegel en 2007. Si vous n’avez vu aucun de ces films, je vous résume la situation : des extra-terrestres (les body snatchers) s’emparent du corps des humains, ils prennent leur apparence et les transforment en êtres dénués de toute émotion. Salopards ! Quelques images pour vous donner un aperçu de ce qui nous attend :

chez Don Siegel

chez Philip Kaufman

(Ici, ce cher Donald Sutherland a été parasité par un body snatcher et dénonce de manière très élégante un humain non encore corrompu / remplacé.)

Je dis « des images de ce qui nous attend » car je crois qu’ils sont parmi nous, et qu’ils désignent par ces traits à la craie les maisons qu’ils ont annexées. Et je peux vous dire qu’ils ont déjà body-snatché un certain nombre d’entre nous, je le vois dans toutes les villes où je cours, de Wambrechies à Vendeville, de Loos à Villeneuve d’Ascq, partout, m’entendez-vous ? Ouvrez les yeux.