Emmerin

Le derrière devant

Si, c’est mignon, Emmerin. C’est un village – on dit village, non, quand la population compte à peine plus de 3000 habitants ? Ah non, on dit commune, pardon, commune française. Bon, je recommence. Disons qu’Emmerin est une commune française qui met le derrière devant. Ainsi, ce parking que je n’ai pu me résoudre à prendre en noir et banc tant ses verts et ses rouges me semble participer de la magie locale.

Ainsi, ces vitraux d’église protégés par des grilles au maillage très serré, qui donnent à son flanc Est un aspect très, comment dire ? cul d’église.

Ce derrière qui occupe le devant de la rue principale ne me déplaît pas – même si j’aime, au fond, le fait d’aller voir derrière.

Ici, derrière, ce sont les champs et des routes le plus souvent dépourvues de trottoirs et de pistes cyclables.

Devant, l’on ne s’embarrasse pas de scrupules quand on opte pour le même chalet du Nord que les voisins (peut-être vit-on en mitoyenneté avec ses parents, ses frères et sœurs, qu’en sais-je ? auquel cas le chalet du Nord resserre forcément les liens familiaux).

Ici, le touriste a très envie de prendre en photo les jardinets à l’avant des maisons mais perçoit alors un frémissement dans les Rideaux et Voilages, qui indique une surveillance continue des trésors et merveilles d’Emmerin, tel cet angelot à cheval sur un tonneau que je ne suis donc pas en mesure de vous livrer ici. C’est sympathique, Emmerin, mais on s’y sent étranger.

1. Sur la route d’Emmerin, Mal assis, là

Je suis prête à parier que, si j’empruntais cette route tous les jours, je ne verrais jamais personne assis sur aucun de ses bancs : il n’y a rien à faire autour d’eux pour des citoyens respectables (actifs), rien à voir que des voitures trop rapides, des tracteurs et une abrutie en short. Le matin où j’ai pris les deux dernières photos, la lumière était si parfaite qu’elle aurait suffi à me rendre heureuse. Sur la deuxième, vous pouvez discerner, se mêlant aux nuages, la fumée de l’usine Cargill, sise à Haubourdin. Mais qu’est-ce donc que cette rue fascinante**, me direz-vous ? La réponse demain, dans « Emmerin (3)- 2. Sur la route d’Emmerin, trésors et merveilles ». Eh oui, je ménage quelques effets de suspense.

* Vous avez bien vu, mes chers : je vous livre Mal assis, là (20) avant Mal assis, là (19). Mes catégories ont leur logique, contre lesquelles je ne peux parfois pas lutter. Merci de m’épargner un nouvel assaut aviaire.
** Fascinante pour vous et moi, qui ne sommes pas des citoyens respectables (actifs).

2. Sur la route d’Emmerin, trésors et merveilles

Comme je le suggérais plus haut, c’est un seul et même bord de route que je vous présente ici – généreusement jalonné de bancs, comme nous l’avons vu – et qui mène d’Haubourdin à Emmerin : vous longez la voie ferrée, vous tournez vers le sud dans la rue des Lostes, que bordent des jardins ouvriers à perte de vue, vous passez sur un petit pont, sous lequel ne coule aucune rivière, puis devant le hangar d’un carrossier, avant de parvenir entre deux champs. C’est là que j’ai eu la révélation, hier matin : je me suis rendu compte que certaines rues de la métropole lilloise méritent un traitement à part entière, au même titre que la Route 66. C’est assurément le cas de la rue des Lostes, qui sur le kilomètre et demi de sa longueur déploie mille trésors et merveilles pour qui sait regarder.

(Un couloir hétéroclite dans le labyrinthe des jardins ouvriers.)

(Un pont sans rivière en-dessous.)

(Carrossier magnifié par la lumière.)

3. Upper rooms & kitchens

Vous admirerez le style du Golgotha sur lequel est perché ce calvaire. On en vient presque à regretter l’absence d’un banc, à ce carrefour d’Emmerin. Moi, c’est le genre de Jésus qui me donne envie de m’asseoir un moment pour prendre des nouvelles et, pourquoi pas, m’épancher un peu. Jésus n’est pas très accueillant ici, sans vouloir lui jeter la pierre parce que ce n’est pas vraiment sa faute s’il est si mal assis, là ; je sais bien qu’il est mort pour nos péchés mais bon, je suppose qu’il aurait préféré payer par carte, si possible sans contact. Enfin bref, je ne m’arrête pas, en partie parce que ça ne se fait pas trop de discuter avec des amis quand on transpire en short et, surtout, parce que je ne m’arrête jamais quand je cours, ou alors trois petites secondes, le temps de prendre une photo ; ça paraîtra psychorigide mais c’est ainsi. N’empêche que c’est un Golgotha très réussi que surplombe le Jésus d’Emmerin.

4. Nazareth

Ou comment doubler la population d’une maison (espérons qu’il y a une cave, ou un grenier, pour les onze autres mois de l’année). Du moins ici n’oublie-t-on pas qu’avant d’être un grand dégueulis consumériste, Noël est un anniversaire, et pas n’importe lequel. C’est avec générosité que cette famille reconstitue la Nativité pour notre plus grand plaisir mystique ; ne me remerciez pas de suivre son exemple en vous en offrant une image (assez semblable à celles que l’on glisse dans son missel), à vous qui n’écumez pas les rues d’ici en baskets. Ça me fait plaisir.

5. Des mouettes

Des champs, ce n’est pas ce qui manque autour de la métropole lilloise, j’en longe et en traverse très souvent, de Verlinghem à Vendeville, de Sequedin à Villeneuve-d’Ascq, mais il en est un que les mouettes prisent tout particulièrement. Je les entends de loin et immanquablement je les retrouve au-dessus de ce champ, à Emmerin. Des nuées de mouettes.

C’est sur cette note exotique et poétique à la fois que j’ai décidé de clore cette semaine consacrée à la commune française d’Emmerin, dans le cadre de notre rubrique National Geo.