Je ne veux pas être un écrivain qui pose devant sa bibliothèque

Ce soir, mon collectif se constituera en association. Il s’agit d’un collectif artistique pluridisciplinaire LGBTQI+++ non mixte – ou, si vous préférez, fermé aux hétérocrates, selon l’expression de notre conseiller Bruno. Je l’ai fondé avec mes complices Pauline Guiffard (plasticienne sonore, entre autres choses) et Lucien Fradin (comédien et metteur en scène). En véritables princesses de Polignac, nous avons invité une douzaine d’amis dont nous estimons le travail à nous rejoindre pour faire salon : nous présentons nos travaux et problématiques artistiques et en discutons pendant des heures, c’est un grand bonheur – suivront également des événements et des résidences.
Lors de notre dernier salon, le 29 décembre à la Crash Gallery, j’ai amené le sujet du corps dans l’écriture. De toutes les disciplines artistiques, l’écriture est la seule dont on estime tacitement que le corps n’y est pas en jeu ; je m’oppose à cette vision. Je suis bien placée pour en parler puisque je suis un écrivain en short. La course à pied fait partie intégrante de mon travail depuis plusieurs années, l’exemple le plus frappant étant Tombeau de Pamela Sauvage, dont j’ai écrit les 23 chapitres en autant de semi-marathons.
Dans mon manuscrit tout juste achevé, j’écris ceci : « Je n’ai pas la posture très droite, le menton haut, les épaules relâchées, la tension dans tous les membres comme un fluide, un mercure, mais je peux exprimer des choses avec mon corps, ce corps que vous ne connaissez guère qu’assis ». Mon corps est un outil de travail et non un sujet, mais peux montrer l’outil, sans honte, comme le ferait une danseuse ou une plasticienne.
Ainsi les quelques membres de Faire Salon réunis le 29 décembre m’ont-ils encouragée à remettre en ligne, ici, les trois photos que j’ai moi-même récemment censurées (je les ai supprimées au bout de cinq heures), craignant que vous ne lâchiez les pigeons avec une véhémence inédite, un écrivain se devant d’être cérébral et désincarné. Aujourd’hui, j’ai décidé d’écouter mes associés – nous porterons un toast à ma libération, ce soir, avant d’attaquer les statuts. Voici une danse sur les notes tenues de la pièce For organ and brass, que vous pouvez entendre ici.