Hebdo multi-rubriques n°1

Vous êtes nombreux à me demander si je suis toujours en vie ; c’est très délicat de votre part, j’ai presque envie de dire lol. Mais oui, je suis toujours en vie et ce n’est pas grâce à vous. Je traverse une crise de misanthropie aiguë, si vous voulez tout savoir. J’ai donc mis de la distance entre vous et moi. J’ai activé le mode avion de mon portable. Et plutôt que de fracasser ma radio portative, je l’ai éteinte et j’ai supprimé de ma discothèque certaine violoncelliste française que je venais d’entendre en interview – j’ai lu Contre Sainte-Beuve il y a plus de vingt ans, ça va, mais cette violoncelliste n’est pas assez exceptionnelle pour que je prenne la peine d’oublier que son cerveau est un sac à merde. Je ne peux plus souffrir l’ersatz d’une remarque sexiste. Ne m’appelez pas Madame, ne m’appelez pas Monsieur non plus, d’ailleurs, en fait ne m’appelez pas du tout, ce sera au plus près de ce que je suis disposée à tolérer.

Sinon, je n’ai pas changé. Je suis toujours l’ombre de l’arrière-monde.

C’était bien, cette semaine de repli. J’ai écouté 37 compositrices contemporaines merveilleuses, écrit 59 pages plus belles que ce qu’elles racontent et couru 116 kilomètres (ce n’est hélas pas un nombre premier : raté, à 3 près – ou à 14).

Pendant ce temps, mes concitoyens ont continué à mal s’asseoir, là,

à mettre les jambes en l’air,

à danser,

à vandaliser les murs des villes,

les zéphyrs ont continué à s’embraser (ici ménage à trois, avec chien),

les samedis soir à tonitruer,

(God Is My Co-Pilot : Méchant, du gentil queercore)

et les cloches à sonner la gloire du Seigneur, de Son fils et de la maman de Son fils, etc. Oui, c’est bientôt Pâques alors vous aurez des cloches, aujourd’hui. Admettons que les crucifix soient des sex-toys pour le moins rudimentaires*, nous ne voyons pas bien à quoi pourraient servir les cloches mais c’est ainsi, débrouillez-vous. Je ne veux rien savoir.

Merci à Pauline et à Sarah pour leur présence à distance, discrète et fine, au long de cette semaine étrange. Et à Adrienne, qui écrit ce que j’appelle de la poésie ; nos langues ont des racines communes, je me suis sentie moins seule en la lisant. Et en lisant Claire-Louise Bennett, aussi.

* Cf. Mes petites amoureuses.