5859

Nous sommes allées courir dans les champs, ce matin, Anna, Karen, Nadah et moi ; Nadah n’a pas encore rencontré les lièvres, aussi les avons-nous appelés, nous avons même montré nos fesses en criant des bêtises pour les attirer (car nous avons observé que les lièvres ont un humour quelque peu régressif) mais non. Ils boudaient. Une semaine sans visite et ils sont vexés. Nous avons poussé jusqu’à Noyelles-les-Seclin, où nous avons rencontré une vache sympathique quoique d’un abord revêche.

– On te traite bien, ici ? lui ai-je demandé.
– Chais pas, tu as vu mon numéro ? 5859. Ça fait toujours plaisir.
– Le mien est tellement long que je ne l’ai jamais connu par cœur. 2 74 09 et après je m’embrouille.
– Ton enclos est plus grand que le mien.
– J’avoue.

Je parlais adolescent pour cacher mon embarras. Finalement, on s’est plutôt bien entendues, toutes les six.

Il y a aussi, à Noyelles-les-Seclin, un fossé en béton qui nous a évoqué la Los Angeles River mais en plus étroit et au milieu des champs.

Les nuages faisaient des dérapages sur le ciel. Ils détalaient, glissaient puis s’immobilisaient, découpant les champs en ombre et lumière comme deux champs ennemis quoique siamois, ça durait quelques secondes menaçantes puis de nouveau les nuages s’élançaient et alors la lumière inondait tout si vite que l’on criait des oh et des ah, Anna, Karen, Nadah et moi.

C’était une bonne idée de partir à la découverte d’un nouveau village à notre retour de la Roche-sur-Yon. Je souriais en pensant à ceux qui déjà m’ont écrit de là-bas et surtout à celle qui me manque le plus : ce matin, le simple fait qu’elle existe me rendait joyeuse.