La plénitude

Ce matin, me fiant à l’adage selon lequel « changement de pâture réjouit les bœufs », j’ai délaissé le sud ouest de la métropole lilloise pour le nord ouest, à dix kilomètres de mes champs du moment à vol d’oiseau.

Je n’avais pas couru à Verlinghem depuis plusieurs mois et, comme bien souvent, j’ai souhaité pouvoir prendre un paysage dans mes bras.

J’ai retrouvé avec bonheur ses routes étroites et sinueuses, sous le ciel que le vent frais rendait délectablement variable, les lumières alternant et les couleurs avec elles, généreuses comme l’étaient aussi les parfums.

Au milieu de cette débauche sensorielle, j’ai senti toute tension quitter mon corps. J’étais bien, là, seule avec Karen dans la paume du monde. Parfois nous croisions un oiseau, des chevaux, des canards (ceux qui sont assis au bord de la mare, ci-dessous, m’ont fait beaucoup rire : de véritables commères).

J’étais loin d’imaginer que, de retour à Lille, j’allais poursuivre une voiture en sprint pour dire à la dame au volant ce que je pensais de sa conduite et de son humanité. Quelques restes de boxe fourmillaient dans mes poings quand, à bout de souffle, j’ai fini par la rattraper. Je me suis vue de l’extérieur, hurlant sur une abrutie qui me hurlait dessus, ruinant le bénéfice d’un semi-marathon en quelques minutes de pure bêtise urbaine, et j’ai pris ma décision : je veux quitter cette ville. Je veux vivre à presque la campagne.

PS : Le scotome de mon appareil photo dérive vers le bord supérieur de l’image, ce qui m’oblige à une nouvelle gymnastique (vous le voyez ci-dessus, aussi fondu au ciel que possible, la susdite gymnastique n’étant pas une science exacte) ; je garde espoir qu’un jour, il glisse hors du cadre – je lui ai passé un album de How To Disappear Completely, l’autre jour, l’air de ne pas y toucher, la suggestion étant la seule arme à ma disposition face à ce problème technique.

Karen jouait Needs Continuum dans les champs, ce matin ; en voici un extrait :