Des ordures

Mes endroits secrets sont souvent des lieux jonchés de détritus – et donc potentiellement peuplés de rats. On ne peut pas s’y arrêter, ce qui les empêche d’être absolument paradisiaques. Je suis souvent menée, en tant qu’arpenteuse des coulisses de la vie en société, à des décharges publiques un peu particulières. Dans la métropole lilloise, il n’y a plus de service pour ramasser les encombrants, de sorte qu’il est devenu anodin, depuis quelques années, de croiser un canapé sur un trottoir. Plus étrange est cette démarche, évoquée récemment dans Que sont-ils devenus ?, qui consiste à parcourir à pied un chemin semé d’embuches pour y déverser des merdes qui, fatalement, ne pourront y être ramassées par des services dédiés, puisque ce sont des voies inaccessibles à tout véhicule motorisé ; des merdes qui, en somme, vont potentiellement mettre des millions d’années à disparaître. Aujourd’hui, j’ai fait un détour par l’un de mes territoires les plus confidentiels et j’y ai découvert de nouveaux monticules de meubles en tous genres, et des pièces imposantes de voitures brûlées (mais démembrées, entendons-nous bien : déplacées). J’imagine le parcours du combattant que ce doit être pour passer les divers obstacles qui sont censés décourager les intrusions dans ces lieux infréquentés (situés, je le précise, à trois ou quatre kilomètres de la déchetterie), avec un matelas, une armoire et des pièces détachées carbonisées. Je suis fascinée.

(Autoportrait de profil sur le miroir brisé d’une armoire en fibre de bois lâchée dans les fougères en bord de voie ferrée, à l’orée des champs, sur l’un de mes territoires secrets – dont je ne vous indiquerai donc pas la position : celui-ci, je me le garde.)

(Monticule de pneus sur le chemin pavé qui relie quelques-uns de mes champs préférés au sud de Lille. J’ai choisi cette photo mais il y a d’autres tas similaires dans un périmètre d’à peine un kilomètre).

(Jouet en décomposition lente dans un champ, entre Loos et Wattignies.)

(Beaucoup plus de jouets, entre une friche et la voie ferrée Loos-Haubourdin.)

(Texture du sol, homogène quoique composite, entre Ronchin et Lezennes, dans le Parc d’Activités L’Orée du Golf – prestige !)