L’immobilier

Été 2018

Je n’avais pas couru vers Saint-André depuis quelque temps et voici ce que j’y découvre. On ne peut pas s’absenter deux mois sans que tout parte à vau-l’eau. Je me sens doublement bête car visiblement l’affiche annonçant un projet immobilier sur le site d’Ulysse Trélat est une citation (sans doute d’un célèbre architecte) comme l’indiquent la poésie du slogan et l’usage des guillemets, citation tellement célèbre (comme « Longtemps, je me suis couché de bonne heure ») que l’on n’a pas jugé nécessaire de mentionner son auteur. J’avoue honteusemente ne pas la connaître – je suis sûre que vos pigeons vont promptement me faire part de votre légitime mépris. Bref, de retour chez moi, je me renseigne un peu et je dois avouer que les nouvelles sont plus déprimantes que drôles, malgré le « comme rarement » de la citation ; un site, Le Collectif, nous révèle quelques autres projets d’urbanisme catastrophiques dans le secteur et qui ne sont pas si récents.

Si vous ne le connaissez pas, le site s’est d’abord appelé hospice des incurables de 1907 à 1939, puis hôpital-hospice suburbain de 1945 à 1958, et depuis 1965, il est connu comme le centre de soins et d’hygiène mentale Ulysse Trélat. En 1998, le centre hospitalier de Lommelet et le centre de soins Ulysse Trélat fusionnent pour devenir l’Établissement Public de Santé Mentale de l’agglomération lilloise. Le bâtiment abrite dès lors l’ABEJ et l’Armée du Salut.

Été 2016

« Le Département, propriétaire du site, l’a vendu le 4 juillet à un promoteur immobilier pour y créer environ 300 logements de standing. (…) C’est une délibération qui (…) prévoit la mise en vente d’une longue liste de terrains devenus inutiles à l’exercice des missions. Dont un immeuble, rue de Lambersart, de 26 000 m2 de surface de plancher qui part pour 9,5 millions d’euros. » (La Voix du Nord, 17/08/2016)

Des logements de standing plutôt qu’un centre d’hébergement pour les sans-abri, bien sûr. D’après les informations que j’ai réunies, les associations n’ont pas encore trouvé de nouveau lieu où s’établir. Je n’ai pas hâte que les travaux commencent, ni de voir à quoi ressembleront les propriétaires de ces logements. Je ne peux m’empêcher de penser à Poltergeist, excellent film de Tobe Hooper (1982) dans lequel les esprits punissent le cynisme d’un projet immobilier pavillonnaire établi sur un ancien cimetière amérindien. D’ailleurs, faut-il voir dans l’incendie qui a frappé le bâtiment l’été dernier une prémonition ?

Été 2017

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Dans la rubrique Super Cynisme, j’hésite à vous parler de la Friche Gourmande (espèce de biergarten éphémère qui occupe une partie de la friche Fives-Cail et s’adresse exclusivement à des bourgeois en quête de sensations prolétaires) ou à faire semblant que ça n’existe même pas.