In the kitchen (23) : Le vide exact (23)*

Notre Dame de Bon Convoi pouponne à l’angle des rues de Roubaix et du Congo, à Mouvaux. Si j’étais une vierge marie, je préfèrerais, à choisir, être de bon convoi que de bonne mort, enfin je pense. Aujourd’hui, je vous aime comme Jésus lui-même vous a aimés (j’emploie le passé comme on le fait à Villeneuve-d’Ascq, c’est le choix d’un moment t) parce que vous êtes partis si vite si nombreux, et c’est comme ça que je vous préfère : loin – ou en chemin, avec les gamins qui hurlent sur la banquette arrière. Les villes sont en vacance de vous, les villes respirent et nous vous remercions, vous êtes formidables ailleurs.

Ce matin je suis partie moins tôt que je ne l’aurais souhaité, j’avais mis le réveil à 6h plutôt qu’à 5h30 à cause du samedi soir où j’avais voulu oublier qui je suis et quand je me suis levée la tête me tournait encore du samedi soir mais si j’avais attendu qu’elle se soit stabilisée il aurait fait trop chaud et je préfère encore courir avec la tête qui tourne qu’avec la tête étouffée de chaleur comme sous un oreiller. Pendant un long moment je n’ai croisé que de très vieilles personnes, d’abord une très vieille dame à vélo, nous avons cheminé côte à côte pendant une dizaine de minutes parce qu’elle ne pédalait pas très vite et quand je l’ai perçue du coin de l’œil au tout début j’ai cru que c’était un personnage de David Lynch, plutôt un canard qu’un lapin, parce qu’elle portait une longue visière, et elle convoyait deux bouteilles d’eau dans un sac plastique sur son porte-bagage ; le sac est tombé au milieu de l’avenue Beethoven qui est si large et habituellement toujours engorgée mais aujourd’hui par chance vous étiez tous partis. La deuxième personne que j’ai croisée était un très vieux monsieur qui convoyait un grand canevas, des chevaux couraient sur le canevas et le monsieur claudiquait parce qu’il était très vieux et qu’il transportait un canevas. Quant à moi, je convoyais ma tête et mon bras gauche, qui est engourdi depuis six mois (le choix qui se présente à moi est de changer de médecin ou d’oublier mon bras et d’attendre au milieu de mes possessions – modestes et néanmoins surnuméraires – qu’il m’entraîne dans la tombe, j’hésite encore).

Détail en couleurs de NDDBC et des reflets sur sa cage :

* Je goûte d’autant plus cette coïncidence que 23 est mon nombre premier de prédilection. C’est mon jour de chance : que vais-je en faire ?