Mal assis, là (45) : Pas si mal

J’habite au cœur du stupéfiant business local, et ce n’est pas une mince affaire quand on sait que Lille a été soupçonnée cette année (à tort ou à raison, je l’ignore) d’être la principale plaque tournante de la drogue en Europe. La plupart du temps, les très jeunes messieurs qui en font ici commerce se tiennent debout, acculés aux appuis de fenêtre ou groupés autour des poubelles pour pouvoir s’y accouder ; là, ils sifflent des Caprisun dont ils lâchent ensuite indolemment les pochettes vides sur les trottoirs ou les capots des voitures. Un matin, la semaine dernière, je pars courir quand, au coin de la place, je découvre ce petit fauteuil ; je fais une photo, bien évidemment. Hélas , de retour chez moi, deux heures plus tard, je me rends compte qu’elle est floue. Je me dis que c’est dommage, que ç’aurait pu être une bonne photo.

Quand je reviens au coin de la place dans l’espoir de pouvoir la refaire, c’est trop tard : l’un des dealers de la place s’est emparé du siège. Désormais (cela dure maintenant depuis plusieurs jours), il s’y installe confortablement dès qu’il prend son service : très chic. Si je suis aujourd’hui en mesure de vous proposer une vision nette du précieux fauteuil, c’est bien parce que ces jeunes gens ne sont pas aussi matinaux que moi.

Entre temps, le jour de la photo floue, une autre scène colorée s’offre à moi et je décide immédiatement que ce billet sera le premier Mal assis, là en couleurs (quelle révolution, décidément !)