L’étrangeté (1)

la nuit bourdonnait sous nos pieds secs
– un ciel scintillant de roche granitique –
tandis que le souvenir du sable tirait sur
la voûte plantaire et que les orteils comme
des petits singes cherchaient un semblant de
fraîcheur sur les barreaux de sa balustrade

dans le bruissement des ombres en contrebas
les oiseaux dardaient en silence un prélude
à de plus profonds crépuscules

cependant nos discussions dansaient
avec les chauves-souris et les heures
filaient parfaites presque car si
nous ne parlions pas tout à fait la même
langue les nuances venaient d’instinct
– nos discussions semblables à celles que
l’on peut lire chez Carson McCullers
plus subtiles qu’absconses

mais pour cela il fallait d’abord que
je me laisse basculer en arrière à la
manière d’une scaphandrière jusqu’à
ne plus sentir le dessus du dessous
alors seulement j’échappais à la peur
et je goûtais le délicieux poison de

son étrangeté