Londres (4) géométrique

Ce que j’aime dans les très grandes villes, c’est me laisser happer par des perspectives inattendues, par des enchevêtrements de lignes et de formes. Les bâtiments les plus familiers (comme celui de Norman Foster sur l’image ci-dessous) apparaissent nouveaux sous des angles où on les découvre inopinément, en tournant la tête – à supposer que l’on ne connaisse pas la ville dans ses moindres recoins. Ils prennent alors un aspect qu’on ne leur connaissait pas, du simple fait qu’ils s’inscrivent dans un contexte différent, au cœur de contrastes que l’on n’avait pas encore aperçus – car un bâtiment n’existe pas indépendamment de son environnement. Le socle des plus imposants immeubles semble se dérober indéfiniment, comme le pied de l’arc-en-ciel, jusqu’à ce qu’on y parvienne et qu’il ne soit plus possible de saisir une image complète de l’édifice. Ce que j’aime dans les très grandes villes, c’est qu’on ne peut pas les embrasser dans un regard – c’est la frustration de ne pouvoir saisir (ni être) les courbes, les angles, le mouvement, la pesanteur et la grâce. C’est de me sentir infinitésimale.