Dangers de l’arrière-monde

Dire que je m’en prends aux chasseurs alors que je m’expose constamment à des risques inconsidérés dans l’arrière-monde. Par chance, les autorités qui fabriquent les panneaux d’interdiction sont là pour me mettre à l’abri de ma propre inconscience, pour nous dire à tous où nous n’avons pas le droit d’aller, car nous sommes des enfants qui ne savons pas anticiper les dangers – qui, au-delà, n’avons pas le droit de nous y exposer. Pourtant je peux sauter des ponts ferroviaires, directement sous les roues d’un TGV, il n’y a pas de filet qui m’en empêche ; je peux me jeter du haut d’un bâtiment administratif, les fenêtres ne sont pas condamnées ; les falaises sont accessibles au public et toutes sortes de fabuleux précipices aux rambardes faciles à chevaucher ; je peux même courir aussi vite que mes jambes me le permettent, droit dans un mur, tête baissée, et recommencer jusqu’à ce que je ne puisse plus me relever. Etc. Si j’ai mon bonheur comme ça, aurait dit ma grand-mère, je peux carrément me faire mal dans l’espace public, très très mal, rien ne me l’interdit par voie de panneau. Mais courir dans une carrière, sans rien dégrader (je m’engage même à ne pas faire pipi dans les fourrés), je ne le peux pas. Ce serait dangereux pour moi. Courir dans une friche ferroviaire ou industrielle : dangereux. Si je ne fais pas un peu plus attention à moi, on va lâcher les chiens et me coller un PV qui me donnera le goût de courir en cercles dans un parc à plates-bandes. Je n’ai pas le droit de vivre à mes risques et péril. Mais si demain, je me retrouve sous un pont avec un sac de couchage pour toutes possession et protection, ça, j’en aurai le droit (tant que je ne salis pas les bancs publics – mais non, suis-je bête, il n’y en a plus !) Ce ne sera visiblement pas dangereux pour moi. Oh merci à cette société qui prend soin de nous, ses enfants !