Encore un samedi sur Terre : L’amour universel dans les champs de la métropole lilloise

Bien sûr, je préfère la solitude parfaite que j’y savoure les jours de semaine, mais ce matin, sur les onze personnes que j’ai rencontrées dans les champs (oui, onze précisément, je n’ai pas triché – à moins que vous n’appeliez tricher le fait de ne pas compter les enfants et les chiens, mais ce serait assez audacieux de votre part, et certes j’ai quitté les champs avant qu’un type en fluo moulant ne vienne ruiner mon beau nombre premier mais ce n’est pas tricher, c’est faire preuve d’initiative, accommoder le réel), bref, laissez-moi finir : sur les onze joggeurs, marcheurs nordiques et promeneurs avec ou sans chien et enfant-s, tous sans exception m’ont dit bonjour et/ou m’ont souri.

Puis quand j’ai regagné la ville au petit trot, des automobilistes se sont arrêtés devant les passages protégés, mais oui, et ont gracieusement tendu le bras pour m’inviter à traverser, c’était exquis, je me suis exclamée, Où est la princesse de Polignac ? parce que vraiment, je me croyais dans un salon du dix-neuvième siècle. Où est-elle ? Sur la banquette arrière de Monsieur Madame ? Dans le chien du jeune homme ? Sous le bandeau rose molletonné de Mademoiselle ?


(Non, je n’ai pas demandé où était Kennedy)

J’ai regretté de ne pas avoir emporté mon mégaphone (la perruque poudrée eût été anachronique) : je serais montée sur les abribus et j’aurais clamé au monde entier, selon les mots de Jenny Hval (encore elle) à la fin de I Want To Tell You Something, I just want to say thank you, I love you, tout simplement, puis je me serais pliée à angle droit et me serais redressée au ralenti, dans la lumière, comme Carrie avant le seau.