Toujours jamais jamais

Je ne suis pas du genre à me recueillir dans des lieux dédiés. Je ne peux être en contact avec le passé que par le mouvement. Je crée mes propres rituels. Je suis donc retournée sur les mêmes lieux que les 21 novembre 2017 et 2016 et j’ai poursuivi l’état des lieux entamé ici. Pour ce faire, j’ai couru avec mon ancien appareil photo, l’appareil aux scotomes et au menu détraqué, qui se prend pour une machine à sous et fait défiler tous les modes sur l’écran, laissant peu de temps pour appuyer sur le déclencheur.

Aujourd’hui, les graminées saluaient dans la lumière que des constructions standardisées (curieusement inachevées) n’ont pas totalement oblitérée.

J’ai pris en photo cette souche d’arbre près d’un abribus à Lomme Délivrance, à défaut de retrouver le trou laissé par l’arbre déraciné l’année dernière, sans doute masqué par les amoncellements de feuilles mortes.

La maison qui fut hantée puis rénovée semble toujours inhabitée.

Mais surtout, j’ai raconté à mes grands-mères (j’étais assise entre elles comme sur la photo que j’ai postée ici l’année dernière) l’anecdote qui m’a fait le plus rire ces derniers mois, et j’ai encore ri si fort que j’ai failli tomber en courant. Une histoire de probabilités. Ça se passe à Rotterdam, cet été. Il fait une chaleur accablante et nous venons de marcher 73 km quand nous décidons de prendre un verre sur une terrasse déserte, au bord d’une petite place. Quel luxe ! dit Stéphanie, et nous slalomons entre les dizaines de chaises vides jusqu’à ce qu’elle en choisisse une. Nous buvons une boisson fraîche et discutons de choses et d’autres en regardant des forains démonter leurs auvents sur la place, où un marché vient de se terminer. Des détritus divers jonchent le sol et une brise très légère soulève par instants des sacs plastique vides. Je me tourne vers Stéphanie au moment où l’un de ces sacs transparents, comme sorti de nulle part, flotte à hauteur de son visage et s’y colle mollement. J’ai montré à mes grands-mères l’image que j’ai gardée de cet instant et elles ont ri autant que je l’espérais : Jamais jamais ! a dit Denise en me frappant la cuisse.

Quelques jours après notre retour de Rotterdam, j’ai envoyé une devinette à Stéphanie : Qui j’imite ? accompagnée de cette photo.