Ligne 18 : Second teaser

Selfie

« Le château gonflable est désert ; personne non plus autour du toboggan. Pourtant, des cris et des rires d’enfants me parviennent. Peut-être s’agit-il de bandes sonores que la piscine diffuse dans des hauts parleurs, de même que certains restaurants de poissons diffusent des cris de mouettes sur leur parking, à quelque distance d’un hypermarché, pour attirer le client. Je traverse le parc des Équipages, où le seul bruit est le chant flûté de la Souchez sur son lit de cailloux. L’eau est transparente et vive. Je ne suis pas seule, ici, une mère et ses deux enfants sont assis dans l’herbe, de l’autre côté de la rivière. Ils me tournent le dos et j’envisage un instant de les prendre en photo car il se dégage de leur trio feutré une tendresse qui m’émeut, mais je suspends mon geste et m’éloigne pour ne pas gâcher le selfie que la mère, je m’en aperçois juste à temps, est en train de prendre, attirant ses enfants vers elle. Je peux presque me voir glisser sur l’écran du téléphone qu’elle brandit tandis que je me hâte de quitter le champ de l’image. Après ce pic de tension narrative, la ville semble replonger dans la somnolence. »

(1. Rue Rabelais, château gonflable annexe à la piscine Nauticaa, Liévin. 2. Liévin Tennis Club, rue Montaigne, vu depuis le Parc des Équipages. 3. Dans la Souchez, même parc.)