En fumée

Hier, aux Garennes, mon amour a vu ses premières fumerolles de terril. Je lui ai dit de poser la main sur le sol, il était très chaud et, tout autour, les brins d’herbe étaient perlés de gouttelettes. Puis elle a tendu la main dans la vapeur inodore. En la regardant s’émerveiller, j’étais fière comme si j’avais découvert des vestiges archéologiques et lui en avais réservé la primeur. Ce matin, elle a regagné sa vie parisienne. J’ai oublié comment on vit sans elle, comment on marche sans tenir sa main, ce qui donne envie de commencer une journée quand son visage n’est pas la première vision au réveil, comment on explique son absence aux lapins, ce qu’on mord quand on n’a pas les lobes de ses oreilles à disposition, j’ai tout oublié. Dame Sam et moi pleurons, blotties l’une contre l’autre.

(Fumerolle des Garennes – c’est plus impressionnant sur fond noir mais plus étonnant dans la verdure.)