/3 : Se faire lumière

Mon amie Sophie m’a dit un soir, en arrivant chez moi pour l’apéro (ça remonte à ma vie lilloise), « Tu fais une machine à cette heure-ci ? »

C’était SØS Gunver Ryberg.

Mon amie Claire, lors de notre dernière belote, dans la lumière tamisée de mon salon car dehors il faisait nuit, s’est étonnée : « Quelqu’un tond la pelouse ? »

C’était Hilde Marie Holsen.

Mon amour est plus prudente : quand une motocrotte passe dans la rue ou qu’un voisin taille sa haie, elle me demande toujours si c’est dans la musique.

Aujourd’hui, je me demande quelle musique envoyer à mon amie Hélène. Je pensais à Geyser I d’Annabelle Playe mais, me rappelant les anecdotes précédentes, je ne sais pas, je ne sais plus. J’ai peur que vers les 8’30, elle appelle les pompiers.

Mais moi, j’adore ces morceaux. J’adore, ils me procurent un sentiment de plénitude, expriment les plus fines de mes terminaisons nerveuses. Dans Geyser I, par exemple, vers 10’30, mon corps devient lumière. Quand ça s’arrête, tout semble pesant et trivial. Alors j’écoute Jana Irmert, Geneva Skeen, Phew, Rojin Sharafi, Lea Bertucci, Clarice Jensen, Maja S. K. Ratkje ou une autre des 1381 créatrices sonores inouïes de mon répertoire (qui n’en finit pas de s’étoffer).