/ 3 : stigmates

J’ai depuis longtemps une fascination pour les vues satellite. Je trouve très mélancolique le ballet des ombres qui révèlent / trahissent les constructions humaines, stigmates à la surface des champs qui eux-mêmes sont l’œuvre d’humains et qui pourtant présentent des hectares de désert, une solitude apparemment infinie.

L’année 2021 a été l’une des plus difficiles de ma vie et je m’y suis parfois sentie comme cette éolienne, ce pylône, ce château d’eau : déplacée, seule et indésirable. Ce matin, alors que je préparais en courant un entretien téléphonique un peu délicat, j’ai enfin mesuré la violence de l’épreuve que je venais de traverser, je me suis félicitée d’en être sortie vivante et j’ai fait un bilan, là en baskets. Je peux compter sur les doigts des deux mains celles et ceux qui ont été là pour moi pendant cette année si difficile – famille, ami.e.s, collaborateurs et collaboratrices. Certaines défections ont été plus violentes, plus inattendues et plus destructrices que d’autres ; aujourd’hui, j’ai enfin pris conscience de leur gravité et décidé de nettoyer ma vie des gens que je tendais à pardonner pour leurs défaillances parce qu’ils me renvoyaient une image de moi-même si détestable que je m’estimais déjà heureuse qu’on daigne me mépriser. Aujourd’hui, c’est terminé. Depuis le 10 janvier vers 16h, je suis la nouvelle version de moi-même et aujourd’hui 4 février, au retour de Nantes, c’est décidé, j’entame ma nouvelle vie – sans pusillanimité, sans attendre le prochain jour nombre premier, sans m’excuser d’être qui je suis. C’est parti.