La Roche-sur-Yon (8) : Insurrect’yon

Ici aussi (je veux dire à la Roche-sur-Yon, bien sûr – à ce propos, vos réponses au Grand Jeu Concours d’hier m’ont beaucoup déçue, particulièrement la réponse la plus récurrente de toutes, à savoir « Meymac », bien souvent assortie de plusieurs points d’exclamation, comme si un seul n’était pas déjà superfétatoire), bref, ici aussi, comme à Douai, l’on s’insurge contre le (pat)ri(ar)cat .

(Certains promoteurs se contrefichent de la lutte ; Philippe P., par exemple, s’en tamponne grave le coquillard. Si tel n’était pas le cas, il aurait veillé à placer son panonceau sur la virgule inutile plutôt que sur le pat.)

(« à partir de maintenant et pour toujours » a le mérite d’être à la fois clair et radical ; notez qu’il ne s’agit pas du même promoteur et que celui-ci soutient la lutte, d’autant que cette petite cabine mise à disposition des militant.e.s est rouge.)

Pas Meymac

Cette semaine, je suis de retour dans l’une des villes où j’étais invitée cette année en qualité d’auteure (pardonnez-moi, Mme Viennot, je ne suis pas encore prête pour le féminin que vous préconisez). Grand Jeu Concours : s’agit-il de
1. Nevers
2. La Roche-sur-Yon
3. Le Bouscat ?
Envoyez-y votre pigeon ; le premier des volatiles qui me trouvera vous reviendra chargé de 10 g de thé noir « goût russe aux sept agrumes ». Premier indice : j’ai consacré à cette ville une semaine de National Geo. Second indice :

Presque ma campagne de Russie

je pense à l’enchaînement de circonstances et de décisions
qui m’a menée à ne pas prendre l’avion ce matin
pour te rejoindre en Russie

je ne reconstitue pas l’enchaînement
pour ne pas surjeter notre histoire mais laisser
un fil s’en échapper parce que j’aime les fins ouvertes
et les clôtures que l’on piétine et contourne

bien que tes peaux soient imprimées dans mes paumes
tu m’apparais parfois comme un amour imaginaire
pourtant je sais déjà que le jour où nous mourrons
six mille kilomètres sembleront dérisoires
comparés au néant qui nous séparera pour l’éternité

ce matin je cours en écoutant les mêmes albums
qu’à Brooklyn quand devenue ta Ptchulli
je bondissais jusqu’à Coney Island

sur la pochette de l’album que j’écoute d’abord
il y a un chien blanc et je croise le même
le même chien blanc que j’écoute sur le chemin
qui longe la voie ferrée ce chemin où nous avons
couru-marché ensemble – ton souffle de colorature
étonnamment court et tes pommettes roses
les bras ouverts comme pour t’envoler
(sur la photo que j’ai prise alors tu cries
quelque chose mais quoi ? je ne sais plus)

je me rappelle un déjeuner avec mon éditrice
dans un restaurant asiatique à l’orée de Montrouge
à l’époque où je faisais comme si rien ne pouvait
compromettre mon voyage et elle me disait combien
il me serait difficile d’obtenir un visa et aussi que
quand je partirais elle rentrerait tout juste du Japon

hier il y avait dans ma boîte aux lettres
un cadeau qu’elle a trouvé pour moi au Japon
et j’ai pleuré d’émotion

mais ce matin j’ai couru là où ma foulée
décroche par dizaines des lapins qui plongent
dans les fourrés – nous aimons les lapins
ta mère sa dentiste toi et moi alors je souris
et plus tard même je danse et saute en courant
jusqu’à ne plus
pouvoir

respirer

presque

envoie-moi des photos

Couleur / lumière

Parfois il faut la couleur. Désolée mais parfois sans la couleur ça n’aurait aucun sens. Beaucoup d’élèves que je rencontre estiment que c’est plus gai avec la couleur ; pas moi. Je leur dis, De toute façon je n’ai ni le matériel ni la technique pour la couleur. Pour le reste non plus, mais pour la couleur encore moins : moins que rien. Et comme mon appareil photo est décédé la semaine dernière, me voici qui prends des photos en couleurs avec mon téléphone et pourquoi pas un selfie tant que j’y suis ? Chaudes ou froides les couleurs parfois ça fait peur et vous imaginez bien que ce sont mes préférées. Bientôt les élèves iront en vacances, je suis contente pour eux, je suis contente pour moi, leurs vacances sont mes vacances et j’écrirai plus et mieux. Merci les élèves. Les derniers de l’année, c’est vendredi à Meymac, en Corrèze, je leur dis à bientôt.

Le féminisme : Grand Jeu Concours

Depuis la publication, ici même, de mon étude acclamée Une brève histoire des genres et de la sexualité dans la métropole lilloise (4), vous êtes nombreuses à me dire que vous comprenez mieux le sens d’être féministe au vingt-et-unième siècle, ce dont je me réjouis. Pour vous stimuler dans votre réflexion sur les genres et les différentes formes de sexisme, je vous propose une (≠ un) QCM (à savoir une question à choix multiple). La première d’entre vous qui m’enverra la bonne réponse par pigeon gagnera (accrochez-vous bien, et enfilez votre gilet de sauvetage) un tour de pédalo* au parc Barbieux ; elle pédalera cependant que, depuis la rive, je lui lirai au mégaphone des textes à forte teneur en sexisme ordinaire, dont nous débattrons ensuite. Soit une espèce de formation mêlant pédagogie et musculation. La question ? La voici – attention, si vous avez bien cheminé intellectuellement dans la voie du féminisme, elle devrait vous sembler assez facile. Observez bien les trois photos ci-dessous. Quelle est l’intruse ?

1

2

3

(Photos prises à 1. Paris 11ème, 2. Montpellier et 3. Paris 20ème.)

* Location non prise en charge.

Giacomo Piccini

Nous venons d’écouter Kate Bish. Maintenant, parce que notre éclectisme n’est plus à démontrer, je vous propose un peu d’opéra. Si mi chiamano Mimi (≠ Mumu), tiré de La Bohème, dans la très belle version d’Angela Gheorgii.

(Il s’agit en fait d’une marbrerie, sise à Villeneuve-d’Ascq, dans le quartier Annappes, où je suis allée courir ce matin, vraisemblablement mue par la discussion que j’ai eue hier avec Antique, Valérie et Joëllyne – bisous, les amies !)

I reflect only*

L’on ne voit guère en moi que mon indice de réfraction, me plaignais-je ce matin en courant, feignant de ne pas remarquer l’impertinence de ce on, quand j’ai remarqué un miroir dans les arbres et projeté sur lui ma condition de faire-valoir, alors j’ai pris une photo.

* Encore une référence à la prodigieuse chanson de Gazelle Twin, I consume only.

Ailleurs not dead

Quand je suis passée devant ce magasin promis à la démolition, j’ai spontanément pensé « Ailleurs est condamné », à cause de cette peinture naïve qui sans doute n’a jamais été aussi belle que dans ses derniers instants, mais je me suis immédiatement révoltée contre cette idée. Ailleurs, c’est là où vivent quelques-uns des individus qui me font le plus de bien, c’est de là qu’ils m’envoient des photos, des mots, de l’amour. Ailleurs, c’est partout où tu n’es pas. Ailleurs, c’est là que je veux être.

(Rue Léon Gambetta, Haubourdin.)

De la préservation

La prochaine fois que quelqu’un m’abîmera, je ne l’aurai pas vu venir. Tel est le pacte que j’ai conclu aujourd’hui avec moi-même. Je ne marcherai plus d’un pas leste vers ce qui peut me blesser, je ne me dirai plus que je suis assez forte pour ça, ni que ça en vaut la peine, ni que nul n’est méchant volontairement. Je serai vigilante, si possible perspicace, assurément intraitable. Ça suffit maintenant.