Encore des dents américaines

la dentiste sourit derrière toi il ne manque
que le lapin – son sourire et tes cheveux et la machine
mais pas de lapin
tu es la lueur dans l’œil du lapin
qui n’est pas là ni ta mère mais on peut
entendre les nombres de ta mère
et du lapin dans ton sourire sur la photo
et la dentiste ne brandit même pas
d’instrument effrayant
j’aime beaucoup cette photo
je la garde pour moi
chaton des rues

How do you say in Russian : You have the most beautiful smile I’ve ever seen ?

Villeneuve-d-‘Ascq (2) : du style

Bien que la ville nouvelle se soit construite, dans les années 1970 et 1980, autour des villages d’Ascq, d’Annappes et de Flers, et bien que l’on trouve dans ces anciens villages des églises du XIè siècle (vous en verrez une dimanche dans la rubrique Upper rooms & kitchens) et des châteaux du XVIème siècle comme sur la photo ci-dessous, ce que l’on retient de Villeneuve-d’Ascq, c’est avant tout son esthétique architecturale pauvre, très marquée par les années 1980, que ce soit dans le choix des matériaux ou dans les formes très alambiquées dessinées par ceux-ci. Il n’est pas jusqu’à ses arbres qui ne soient frappés, dans les rues les plus traditionnelles, d’un traitement capillaire futuriste.

Sans moi

il y a beaucoup de gens sur terre
je vais là où ils ne sont pas
dans les recoins des villes
à l’arrière et sur les côtés
le long des voies ferrées

il y a beaucoup de gens sur terre
je suis contente pour eux
j’espère qu’ils iront bien

il y a beaucoup de gens sur terre
mais pas moi

Bientôt ici

Vous êtes nombreux à me rappeler les promesses que je vous ai faites, ici-même, avant ma parenthèse new-yorkaise. Vous ajoutez que New York, c’est bien joli mais tout le monde en parle déjà, tandis que Villeneuve-d’Ascq est boudée sur un large plan international. Je ne puis qu’acquiescer. C’est pourquoi je vous annonce aujourd’hui, après avoir récupéré quelques neurones et la force musculaire minimum requise par la course à pied (merci à Temesta ® et à ma couette chauffante Dame Sam), un reportage d’une semaine dans la grande tradition de mes National Geo, sur la ville nouvelle que j’aime tant. C’est décidé, la semaine prochaine, je vous emmène à Villeneuve-d’Ascq.

Suivez le monsieur au chapeau.

N’ayez pas peur.

L’on croise peu d’êtres humains sur les euh, trottoirs, mais c’est plein de gentils canards.

Single Fiesta

Parfois je pense que j’aurais dû rester. Entrer dans la clandestinité, me laisser pousser la moustache, devenir quelqu’un d’autre. Je regarde les gens faire des choses simples et je les trouve courageux et beaux. Dans ma deuxième vie, je me dis que je serais peut-être comme eux. Je n’aurais pas peur. Mais ici, je suis dans les bras de mes amis et c’est comme un élément à part entière. Je sais que j’ai une chance extraordinaire et que je devrais danser trois heures par jour, chaque jour, pour rendre hommage à cette chance. Dans l’ombre, un jour, je danserai de nouveau, sur Double Fiesta, toute seule dans ma cuisine. Ce sera de nouveau ma vie.

Où est Ptchulli ?

Dans l’avion ? Mais non, voyons.

J’avais bien fait les choses ; je me suis dirigée vers l’aéroport avec beaucoup, beaucoup d’avance.

Une fois dans le bon terminal, j’ai trié les photos de mon séjour sur un siège doté d’une tablette, pour que le diaporama n’endorme pas mes proches, demain, à l’apéro. J’étais zen, vraiment (®Temesta). Puis je suis allée voir ce qui se passait du côté d’Iceland Air, pour me dégourdir les jambes (qui sont des femmes). Mon vol était annulé. La compagnie aérienne m’offre une nuit au Crowne Plaza, qui vibre du trafic aérien et qui est d’un effroyable mauvais goût.

(Sans les couleurs, on voit un peu moins combien c’est laid, mais je ne pouvais pas assumer ces rouges criards.)

Très déprimée, j’ai repéré un deli grocery à un kilomètre de l’hôtel ; je m’y suis acheté une bière qui s’appelle Rebel IPA et qui est assez forte. J’ai demandé au monsieur à la caisse de l’ouvrir pour moi. Marcher dans des vraies rues après avoir parcouru des couloirs froids à l’aéroport et posé ma lourde valise dans cet hôtel aseptisé, ça m’a fait du bien. Il y avait plein d’éléphants sur des barrières, dont un modèle que je ne connaissais pas : l’éléphant barrit, la trompe et les pattes antérieures levées. Je n’ai pas osé le prendre en photo à cause de ses heureux propriétaires mais, plus loin, j’ai trouvé une œuvre d’art qui vaut bien quatre éléphants.

(Courage, Madame.)

De retour au Crowne Plaza, je me suis assise au fond du parking, face à un mur très à mon goût, et j’ai bu quelques gorgées de ma Rebel IPA dans son emballage de papier en fumant une cigarette : comme une beatnik.

Et, bien sûr, poussant la provocation jusqu’à l’extrême, j’ai commis ce délit sous un drapeau américain.

Maintenant je me pelotonne dans mon affreuse chambre en essayant d’oublier les démarches vraisemblablement kafkaïennes qu’il me faudra engager demain pour m’incruster sur un autre vol, je finis ma Rebel en coutant WBGO et je retouche des photos. Je suis sûre que je suis punie par Jésus pour avoir manqué la messe de ce matin – mais, gros malin, si j’avais su, j’aurais pu ne pas la manquer : nous n’allons pas nous en sortir, Jésus et moi, si nous ne cessons de nous punir à tour de rôle. Que faire ?

Yes indeed

Je pars mais, autant vous prévenir, je continuerai de hanter les rues d’ici.

Frank Sinatra : Witchcraft

L’ironie de la situation m’apparaît soudain : je ne pourrai pas aller à la messe ce matin, je ne pourrai pas écouter Allison jouer de son orgue sacré dans son église, à cause du fucking Marathon de New York. Des millions de mécréants fluo me bloquent le chemin de la foi ! Salauds, païens !

In the upper closet (2)

La punition de Jésus et Marie n’étant toujours pas levée (je suis vraiment très en colère), ce ne seront en ce dimanche matin que cheap bondieuseries. Il faut parfois laisser les gens réfléchir peu.

J’ai dit non ! Je ne le connaissais même pas, il n’est pas mort pour moi et de toute façon il est PUNI, vous m’entendez ? J’ai dit, des bondieuseries.

Et puis tiens, juste par méchanceté, voilà une église dont le kitsch écrase toute possible lutte des classes. Ah ça, la United House Of Prayer For All People, elle m’a émue aux larmes.