Des caddies

Je reviens aux caddies dans un esprit très différent de celui qui m’animait lorsque j’ai posté le billet Des chariots le 24 janvier. C’est pourquoi j’emploie le terme de caddie et non celui de chariot. On dit caddie dans un poème et chariot dans une étude sociologique approfondie telle que la susdite, me semble-t-il, car il est différent de se rouler par terre en étreignant le quotidien comme un chat le fait avec un paillasson ou un tapis de bain (du moins Dame Sam fait-elle ce genre de choses) que de le tenir à distance critique ; j’y vois la même différence qu’entre le tutoiement et le vouvoiement. Je n’écrirai pas de poème sur les caddies aujourd’hui mais voici trois spécimens saisis sous un angle esthétique particulier : mêlés à l’environnement qui leur est échu , ils y sont à peine distincts, comme des phasmes. Je les trouve émouvants.

La divination (3) sans gallinacés

Aujourd’hui, j’ai de nouveau pratiqué la divination par les murs – et par murs, j’entends notamment les cloisons mobiles telles que les palissades, comme nous l’avons vu ici. Je dois dire que je ne suis toujours pas déçue par leur clairvoyance. J’ai brièvement envisagé de tenter l’alectryomancie mais je ne peux m’empêcher d’y voir une forme d’exploitation animale, mon degré d’exigence dans le respect de mes frères et sœurs gallinacés étant très élevé.

* Divination par des lettres ou grains choisis par un coq ou une poule.

L’extinction des dinosaures

Aujourd’hui, j’ai constaté l’extinction des dinosaures sur le petit chemin qui longe la voie ferrée entre Loos et Haubourdin. Qui sait si cette photo n’est pas la dernière preuve qu’ils ont bien existé ici ?

Sur ce dessin s’étale désormais une lettre géante, un A d’un rouge primaire, la deuxième lettre d’un stupide pseudo que les murs des villes dégueulent déjà par milliers. Je ne citerai pas le nom dont signe ce cloporte qui éteint les dinosaures sous son ego, ce serait lui faire trop d’honneur.

La divination (2) : Soleil dedans

Aujourd’hui, nous aurions bien tenté la ptarmoscopie (divination par les éternuements), nous qui aimons le changement, mais ni Anna, ni Karen ni moi n’avons de rhume, aussi nous en sommes-nous tenues à la divination par les murs. C’était bien vu, encore une fois ! Les murs ne nous déçoivent jamais.

Est-il utile de préciser que nous lisons le mot soleil dans une acception symbolique et non météorologique ? Parce que, pour ce qui est du soleil qui brille dans le ciel, il nous avait trouvées sans que l’ayons cherché – à vrai dire, nous cherchions plutôt l’ombre, notre T-shirt Sonic Youth collé à la colonne vertébrale par la sueur et la tête congestionnée, le casque audio nous faisant l’effet d’une chapka.

La divination

Certains consultent les cartes, ou des boules de cristal, ou le marc de café, pour savoir ce qu’ils devraient faire de leur vie ; moi, je consulte les murs et les chaises des villes. Je les crois de bon conseil. En une heure, cet après-midi, j’avais toutes les réponses que j’avais envie d’y trouver.

Bientôt ici (2)

Les travaux avancent très vite. J’aurais dû apporter ma chaise pliante plus tôt, et aussi mon appareil photo. Bientôt, cet endroit sera un abominable centre commercial de plus. Je ferai des détours pour me rendre dans ma chère banlieue sud-ouest ; la rue Courtois, que j’aimais tant, ce sera fini – ce ne sera plus un arrière-monde.

Un samedi soir

j’ai traîné les meubles et remisé les objets
le chat se déplaçait vite et sinueux entre
les amas qui disparaissaient un à un
les yeux écarquillés le chat voulait se
ficeler aux cadres décrochés comme
un militant de Greenpeace à une cause

le chat montait et descendait l’escalier
au galop pour brouiller l’espace-temps qui
saignait sous mes mains – dans l’urgence
de vider, épurer, à mon corps défendant
maintenant c’est samedi soir et je sais

où l’on danse mais j’écris dans mon vide
l’histoire que je veux revivre sans fin
ni personne pour dire que c’est mieux
ainsi et le chat dort sur mes genoux

le deuxième étage a l’air d’un grenier
au rez-de-chaussée la photo qu’elle a prise
de nous dans le métro A pour Manhattan

orne toujours la porte du réfrigérateur –
c’est l’image que je veux emporter avec

moi dans la tombe et l’éternité sans elle

Un 16 mars

Aujourd’hui, l’air avait un goût de renouveau. Partout, des bourgeons, les odeurs, la lumière. Je ne pensais pas que je me sentirais concernée. Les poumons fonctionnaient pas trop mal.

Aujourd’hui, j’ai coupé-collé. J’ai supprimé.

Aujourd’hui, j’ai jeté mon cœur à la poubelle près d’un abribus. Il n’y a pas de Capri Sun dans les poubelles, ils sont par terre.

Aujourd’hui (à l’instant en fait), j’ai fini de corriger mon texte sur Meredith Monk. Il a perdu plus de trente pages en trois mois. Il me semble propre et poli comme un galet.

Aujourd’hui, je pense à ma force de travail et ça me fait rire comme si par hasard je croisais mon reflet dans un miroir et croyais y voir, un instant, des épaulettes. Ça me convient, l’immersion sans pause sauf pour courir et faire du thé. Et le soir avec les amis on boit du vin mais moins.

L’assurance-vie

Quelques mois après le succès retentissant de mon billet intitulé La sécurité sociale, voici L’assurance-vie. Autant vous prévenir, il n’y aura pas de troisième volet, ceci n’est pas un triptyque, je serai intraitable sur ce point.

aussi intensément que je te regarde

que j’entretienne ton ego
comme un jardin anglais
ou comme un jardin japonais
ou comme un jardin à la française

et même si je m’humilie
au point que les oiseaux –
que tous les oiseaux dans le ciel
fassent un détour pour me déféquer dessus
même ainsi

tu mourras seule
sans personne pour t’expliquer
comment t’y prendre