Suffer little children (2)

Un billet tout en couleurs : c’est pour les enfants, des enfants tristes et perdus – courage, les enfants, dites-vous que jamais personne ne vous sauvera, jamais personne ne vous prendra dans ses bras, ne caressera vos cheveux ni ne vous dira doucement au creux de l’oreille, « C’est fini, maintenant, je suis là et auprès de moi tu es en sécurité pour toujours ». Ne rêvez pas les enfants. Ne regardez pas de comédies musicales, malheureux ! Vous serez seuls jusqu’à la mort, où vous serez plus seuls encore.

Rainshine

je cours avec Annie Gosfield
et Sylvie Courvoisier sous la pluie froide
le ventre vide comme le sont aussi les rues
– l’humain étant heureusement soluble

et de nouveau je peux sentir l’amour
enfler dans mes veines y battre y brûler
sans pusillanimité

cependant le ciel s’est découvert et
la lumière embrase les surfaces détrempées
de la ville – Lambersart, maquette en feu sous
les nuages fuligineux qui déjà reviennent

sous ces nuages je suis en vie
et je n’ai pas peur

Annie Gosfield : EWA 7 : Part 2

Sylvie Courvoisier : Des Signes Et Des Songes

(Je suis d’humeur Tzadik ces dernières semaines.)

Des salons

Je m’étais juré ici de ne jamais me lancer dans un recensement des salons de coiffure dont le nom est un jeu de mots avec hair, tif ou ce genre de chose. D’une part, ça me semble trop facile (comme le relevé de sabots de façade en grès) et, d’autre part, je crains les représailles – j’ai connu quelques coiffeurs vindicatifs. Mais je me dois de partager avec vous mon admiration pour ce salon de La Madeleine, vraisemblablement tenu par une Sophie très spirituelle.

Des Espagnols

à mesure que les molécules se répandent
dans mon sang
la douleur s’assourdit un peu
non plus tranchante mais contondante
alors tout en moi ralentit et se fait
silencieux
je pourrais m’asseoir et
devenir simple réceptacle
des éléments indifférents
dans des endroits où je n’existe
pour personne où je serais
vide et calme et muette
mais que je suspende à peine mon pas
et son absence m’égorge
car tout ce qui réjouit mon œil
n’existe qu’à moitié sans son œil à elle
c’est pourquoi rien ne peut arrêter
l’éperdu mouvement de mes jambes

(Lac des Espagnols, Villeneuve-d’Ascq.)

Magie rose

toute ma vie j’ai rêvé qu’un jour
une femme m’attendrait quelque part
inopinément
sur le parcours de ma promenade
sur le quai d’une gare au fond d’un bar
ou sur une chaise de ma terrasse

elle serait là pour me surprendre
et son regard et son sourire m’offriraient
une éternité d’amour dans un caillou parfait
que je pourrais avaler le jour
où l’envie de me surprendre
serait érodé en elle et qu’il lui faudrait
m’abandonner au néant

mais ça n’est jamais arrivé
aucune n’a jamais souhaité déployer
un ersatz de magie facile – de magie rose –
pour moi qui en rêvais tant, c’est ainsi
mais j’ai passé l’âge de tels rêves
à présent

Mal assis, là (12) spécial duos

Il n’y a aucune mise en scène dans les photos ci-dessous : je n’ai touché à rien. Sur la deuxième, en l’occurrence, il s’agit de chaises municipales (≠ musicales), que j’aurais été bien embarrassée de déboulonner du sol. J’avais deux versions de la première photo, avec la mise au point sur les feuilles au premier plan ou sur les chaises en plastique ; j’ai bien évidemment choisi la première, faisant fi du bons sens. Trouvez laquelle de ces images a déjà été postée sur le blog et gagnez un free hug. Oui, un free hug, car nous aurons bien besoin d’un peu de chaleur humaine pour oublier l’échec du couple que suggère ce numéro spécial.

(De haut en bas : Observatoire de Lille ; Mons-en-Baroeul ; Hellemmes.)

Zébré hihi

la femme que j’aime fait bien ses nuits
rien ne la perturbe vraiment
au fond
quelques milligrammes suffisent
à son bonheur

je n’ai jamais fait mes nuits
tout me perturbe vivement
dedans dehors
je porte la pesanteur
du moindre atome

ce soir mes amis
ne me reconnaîtront pas
avec ma tête de boxeur
qui a perdu le match
et mon ventre zébré hihi

zébré hihi
mais c’est moi qui ai raison
je n’aurai pas vécu
un éternel retour du même
dans un tiède assoupissement