Londres (2) romantique

Mais qu’est-ce que c’est ? vous interrogez-vous. Non, ce n’est pas un mal assis, là (un peu de patience, il viendra) mais un dialogue romantique, au bord de la rivière Lee Navigation ; à quelques pas de là, sous un très large pont qui la surplombe et sur lequel passe Eastway, l’on trouve d’immenses ateliers d’artistes – non pas vraiment à ciel ouvert, donc, mais véritablement sous les ponts.

Voici, en bande dessinée, le détail de ce dialogue romantique :

Londres (1) existentiel

Si j’en crois l’encyclopédie en ligne selon laquelle je serais salariée en tant qu’auteur par la mairie de Faches-Thumesnil et critique de musique pop, Londres aurait une superficie de 1 572 km2 (5 590 hab./km2), soit presque le double de Berlin, qui m’est toujours apparu comme un pays à part entière avec ses 891,7 km2 (4 163 hab./km2) et ses contrastes fous. J’ai pas mal écumé le nord-est de Londres avec mon appareil photo et mon sac à dos, ce week-end, sous le même soleil de plomb que lors de mes précédents séjours. Mes pieds ont l’air de petits animaux écrasés sur un bas-côté de nationale. Si Brooklyn, les premiers jours de ma mission Stendhal (en octobre dernier), m’a beaucoup rappelé Londres, Londres allait forcément beaucoup me rappeler Brooklyn (voire quelques rues de Manhattan, par endroits) et tout ce que j’y ai vécu.

(Tout comme certaines villes de Belgique et du bassin minier, Londres se prend d’ailleurs un peu pour New York, parfois – c’est finalement plus étonnant de la part d’une capitale.)

Vendredi, mes neurones avaient l’air d’insectes écrasés sur un pare-brise mais je n’ai pas pleuré. Je me suis dit que j’étais venue pour ça : pour affronter, rejouer en quelque sorte ce moment de basculement qu’a été New York dans ma vie.

Par chance, le festival Wysing Polyphonic à Bourn (près de Cambridge), l’incroyable générosité de Mutamassik, puis les retrouvailles avec mon amie Maïté, qui m’accueillait chez elle à Hackney, m’ont tirée de ce vertige psychologique et je suis aujourd’hui en mesure de vous proposer un très modeste National Geo. Finalement, j’ai aussi beaucoup ri, à Londres, avec mes amis et leurs amis mais aussi toute seule, au gré de mes déambulations. Ça, par exemple, c’est le genre de bêtise que je pourrais faire. On se sent moins seul quand on croise des preuves que d’autres partagent ce type d’humour quelque peu gouniche.

Aperçu 5 : sentimental (2)

Ici (c’est-à-dire sur le petit pont de bois au point où se croisent la Souchez – une rivière, au cas où vous seriez de ces nuls en géo – et la véloroute du bassin minier), quelqu’un disposant d’un feutre, voire d’un marqueur, vraisemblablement un enfant, a ressenti une bouffée d’amour petit-filial irrépressible et voici le résultat, qui ne manquera de vous toucher comme il a touché, j’imagine, les heureux grands-parents dont il est ici question.

Aperçu 4 : sentimental (1)

Dans le bassin minier tout autant que dans la métropole lilloise (et je précise que je n’ai rien trouvé de tel dans les quelques villes que j’ai explorées cette année dans d’autres régions de France), l’on n’hésite pas à dire ses sentiments sur les surfaces verticales de la ville et de presque la campagne. Les cœurs y sont nombreux, et les déclarations nominatives n’y manquent pas. À cet égard, la première inscription ci-dessous est quasiment programmatique. Il s’agit d’amour universel, je veux dire d’un amour qui ne mène pas nécessairement ni exclusivement à la procréation (// colle universelle), comme nous le voyons ici et le verrons bien encore plus dans Aperçu 5 : sentimental (2), qui devrait attendrir les cœurs les plus secs et réconcilier les plus anarchistes avec le concept de famille.

(De haut en bas, rue Henri Martin, Liévin ; parc Guimier, Sallaumines ; rue Notre Dame de Lorette, Lens, limite Éleu-dit-Leauwette.)

Aperçu 3 : philosophique

Parfois je triche. Pas quand je découvre une inscription existentielle derrière l’église Saint Martin (rue du Four Banal) à Méricourt et la prends en photo, mais quelques heures plus tard quand, lisant sur un mur de Lens un slogan contre la loi travail 2016, je décide de le recadrer de manière à isoler de leur contexte deux mots qu’il me semble amusant de faire dialoguer avec la phrase trouvée le matin. Il me reste ensuite à guetter un troisième élément visuel susceptible de fournir une chute à l’espèce de strip que composent les images. Ici, c’est au pied d’un château d’eau (chemin d’Aix) à Liévin que j’ai ramassé ma chute, vous invitant à ignorer comme je le fais la question partiellement effacée à laquelle répondent ces deux mots.

Promesses + trucs brûlés

Vous êtes nombreux à me reprocher le minimalisme de mes interventions ici, ces dernières semaines. C’est que, voyez-vous, je n’ai plus tellement la tête dans la métropole lilloise depuis que j’arpente le bassin minier à vélo en quête de vides exacts, d’ennui existentiel et aussi un peu de kitsch & lutte des classes, pour mon plaisir personnel (car ce n’est pas vraiment mon sujet). Je suis désolée de n’être plus très présente mais je vous promets qu’avant même mon exposition de photos et de textes, je vous livrerai ici la matière que j’aurai décidé de ne pas utiliser (ma sélection compte déjà quelques images inexploitables dans ma thématique mais que par ailleurs j’aime beaucoup ; je compte sur vous pour éponger mes frustrations). En attendant, quelques trucs brûlés puisque vous aussi, comme les mauvais garçons d’ici, le feu vous divertit au cœur de l’été (à en croire vos pigeons et le succès surprenant de Sols d’été (4)).

Tristesse

Ce matin, j’ai repéré cette inscription sur un mur de la résidence Comtesse de Ségur, à Ronchin. Je l’ai prise en photo parce que je trouvais que la composition était belle (l’enseigne de la pharmacie à l’arrière du magasin, le volet de fer, le jaune volontaire, exubérant, et le tag) mais aussi parce que j’étais touchée par la sensibilité de son auteur (ou du moins par ce que ce simple mot et son étonnant point final suggèrent de son regard et de son empathie). Je n’ai jamais consacré de billet à cet ensemble, composé de deux immeubles pourvus de cellules commerciales et de services au rez-de-chaussée, bien qu’il me fascine depuis très longtemps. De retour chez moi, tout à l’heure, j’ai eu envie d’en savoir un peu plus, ce qui veut dire que je cherchais des chiffres, à mon habitude (ainsi ai-je lu que 1400 habitants s’y partageaient 642 appartements) mais j’ai aussi appris par hasard qu’un garçon de 11 ans y avait été poignardé à mort au début des années 2000 par un camarade de classe. L’agresseur, aujourd’hui sorti de prison, dit que sa victime ne quitte jamais ses pensées : « J’essaie de réussir ma vie pour deux vies », dit-il. Alors je me suis demandé si l’auteur de « Tristesse. » connaissait ce fait divers.

Cul(utte)

Je n’étais pas dans une démarche de divination par les murs des villes, ce matin, entendons-nous bien, mais je me suis tout de même demandé ce qu’essayaient de me dire l’ombre d’une enseigne sur le mur d’un hangar (parc d’activités, Lambersart) et cette inscription d’aspect vieilli que je n’avais pourtant jamais remarquée auparavant sur le chemin de Templemars (qui sépare le cul d’Auchan – car il faut appeler un cul un cul – et le centre hippique ‘Au près des hauts champs’) et que j’aurais tendance à interpréter comme un mot d’ordre féministe ; si mon intuition est juste, l’on peut imaginer que le second u n’est pas une coquille mais qu’il y a jeu de mots entre culotte et lutte.

Rappel

Nous avions déjà lu ici ce mot d’ordre auquel j’adhère pleinement ; je l’ai retrouvé à Templemars, cette semaine. Je me réjouissais de cette rencontre murale quand j’ai trouvé par terre une pièce de deux euros : Tu te paieras une glace à l’eau, m’a dit le trottoir. Je me suis sentie bien, là, dans cette toute petite ville au milieu des champs. J’ai dit que je reviendrais.