Après la fête

au fond du parc d’activités
au lieu de tourner à droite
vers le cimetière et le centre
de tri postal désaffecté
vous passez la barrière d’accès
toujours baissée
les plots escamotables et
les blocs de béton fibré
pour vous engager dans une friche
qui n’existe pas sur les plans de la ville
entre le bassin de décantation asséché
et les voies ferrées

vous pourrez donner dans cette
clairière une fête somptueuse
une fête beaucoup fun
puis la laisser se déliter là
pour les prochains millénaires
et inscrire dans la terre
votre bonheur ce fossile futur

Inouï fun

fun

fun fun

fun fun fun

beaucoup, beaucoup fun
dans l’arrière-monde où l’on peut trouver beaux
ces portiques sans filet
dégagés de leur fonction
simples armatures plantées là comme
les vestiges d’une autre civilisation
dont on ne saurait rien
et surtout pas le sens du ballon

Des nouveautés

Vous êtes nombreux à réclamer une rubrique à part entière consacrée au fun, eh bien la voici : désormais, retrouvez vos numéros préférés directement dans la colonne de gauche, en cliquant sur Beaucoup fun. Je profite de l’occasion pour créer une nouvelle catégorie, qu’il conviendra de distinguer des Upper rooms & kitchens : Patenôtres. Le Jésus ci-dessous serait un Upper room classique (+ toile d’araignée) mais pas ce que j’en fais dans Patenôtres. Vous allez comprendre.

L’idée de prier m’est venue spontanément, hier après-midi :
Ma meilleure amie, Antique, me dit : Il faut revenir dans le cercle vertueux, Vieille Chose.
Et Muriel : Qu’est-ce qui te ferait du bien, cet après-midi ?
Moi : Euh, courir et prier avec des poèmes et du scotch.
Muriel : C’est très bien, fais-le. Tu es très, très forte.
Aussi ne cours-je plus désormais avec mon seul appareil photo mais également avec du scotch, des punaises et des poèmes : j’ai la foulée maracas.

J’inaugure également une nouvelle rubrique, dans le sillage de Patenôtres quoique non sans lien avec les Mal assis, là, puisqu’il s’agira, dans cette catégorie dite des Processus Réversibles, d’agrémenter de poésie la vie quotidienne de mes concitoyens.

NB : Prière n°1 se situe en quelque sorte à l’intersection des rubriques Patenôtres et Processus Réversibles.

Fun fun fun (3)

Vous êtes nombreux à vous dire frustrés que je n’aie pas alimenté depuis si longtemps ma série de fun, fun fun et fun fun fun. C’est qu’il faut être dans des dispositions particulières pour le fun, et c’est assurément mon humeur du moment alors tenez, voilà du ping-pong, pour changer des cages de but sans filet, des terrains de baskets à panier unique et aires de jeu devant les murs antibruit. Des bonnes vieilles tables de ping-pong en béton comme on n’en fait plus mais comme on en trouve encore à Emmerin, Haubourdin et au Jardin des Plantes à Lille (voir ci-dessous, dans cet ordre). Joe et Muriel m’ont dit, Quand l’angoisse arrive, propose-lui de s’asseoir, fais-lui un thé, puis dis-lui qu’elle doit repartir maintenant, que tu as autre chose à faire. Eh bien je fais encore mieux : je lui prête une raquette et je l’écrase au ping-pong.

Villeneuve-d’Ascq (6) : du fun

Ces trois images me donnent l’occasion de renouer avec ma série Fun, depuis trop longtemps délaissée mais dont vous n’aurez pas oublié les grandes heures (j’ai tout de même risqué ma vie pour vous rapporter ces images de joie, poursuivie par un chien sur un terrain de basket où personne ne m’aurait entendue crier – comment ça, vous ne vous en souvenez pas ? Ingrats ! C’était ici, le 22 février).

Infini fun : 17 terrains de basket inusités

Les équipements sportifs isolés donnent de belles images de l’ennui existentiel. Personne n’y joue presque jamais, ils gisent là, au fond de lotissements labyrinthiques, au bord des champs, du canal ou du périphérique, au pied de grands ensembles ou de murs antibruit, et c’est tout. Mon préféré est le 17ème mais je ne pense pas y remettre les mollets.

(Rue Desquiens, La Madeleine.)

(Rue Édouard Lalo, La Madeleine.)

(Rue Roland Garros, Wattignies.)

(Plaine du C.O.S.E.C. Norbert Segard, Lambersart.)

(Rue Marx Dormoy, Lomme.)

(Rue de la Carnoy, Lambersart – panier unique.)

(Rue Paul Ramadier, Vieux Lille.)

(Square Lardemer, Lille Fives.)

(Rue Kleber, La Madeleine.)

(Rue du Professeur Langevin, Lille Petit Maroc.)

(Rue du 11 Novembre, Mons-en-Baroeul.)

(Rue des Forgerons, Hellemmes.)

(Avenue du Chancelier Adenauer, Mons-en-Baroeul.)

(Allée la Fontaine, Lompret.)

(Rue Saint-Eloi, Hellemmes.)

(Rue de la Pie, Villeneuve-d’Ascq.)

(Entre l’avenue Léon Jouhaux et la Deûle, Lille ; autant dire, bien caché – ce genre d’endroit où personne ne vous entend crier. Au fond, vous pouvez apercevoir un chien ; sur l’image, il n’a pas commencé à courir mais l’instant d’après le déclic, il me poursuit en aboyant furieusement, sans que personne songe à le rappeler. Vous ne direz pas que je ne donne pas de ma personne pour vous, mes chers.)

Fun Fun (3)

(Ronchin, Le champ du Cerf – très précisément, avenue Frédéric Chopin.)

clap

la vie est décevante mais elle
reflue elle finit toujours par
refluer alors ses traces remuent les viscères
plus qu’elle ne l’a jamais fait si ce n’est
dans ces moments où le sang bat si fort
que l’on se leurre – que l’on
croit à ses clameurs ses pathétiques
cotillons – que l’on croit – que l’on veut
croire et frapper d’autres mains
du plat de sa main pour accélérer encore
le pouls furieux sur les photos
où l’on ouvre la bouche en grand et les
dents vigoureuses comme elles mangent
la vie ! ces dents sont immortelles
dirait-on mais toujours elles finissent
par tomber – la vie est un taudis
que l’on tapisse des belles photos
de nous riant pour
pouvoir applaudir encore

Susumu Yokota : Kaiten Mokuba

Fun fun (2)

Extrait d’un texte que m’a inspiré la ville de Mons-en-Baroeul il y a deux ans :

« Un espace vert est enchâssé dans le quartier dit de Mons Sart. Il n’a certainement rien de secret pour les riverains qui le voient depuis leurs fenêtres, mais l’étranger de passage ne peut supposer qu’il se niche là, derrière les façades des maisons et des immeubles qui hachurent le ciel. L’on y accède par une dizaine de venelles à peine plus larges que des épaules et que l’on croirait taillées dans la brique et le troène ; l’étranger de passage ne les remarque pas et, s’il perçoit leur percée du coin de l’œil, il n’y prête aucune attention, l’identifie sans y penser comme l’un de ces renfoncements dans lesquels sont encastrées les armoires des opérateurs électriques ou téléphoniques, ne tourne pas la tête pour vérifier cette intuition a priori insignifiante. De quelque point que l’on y pénètre, l’espace vert semble tout petit, une vésicule d’herbe seule, mais l’on s’aperçoit bientôt que des chemins relient la vésicule en question à une autre vésicule puis à une autre encore, de sorte que l’on se trouve dans un espace vert en chapelet. Sa forme est déterminée par les logements qu’il agrémente : il mêle ses branches à celles des jardins par-dessus les grillages des lotissements et lèche la façade des résidences collectives. Il possède une aire de jeu rudimentaire à chaque extrémité, tandis que les vésicules intermédiaires dardent vers le ciel un minimalisme vert dépourvu d’ombre.

Parce qu’il est inséré dans un ensemble résidentiel hétérogène, cet espace vert n’est répertorié comme un parc ni par la municipalité ni par les cartographes. Il bénéficie théoriquement aux propriétaires des maisons et aux locataires des logements collectifs qui l’enserrent, soit une population nombreuse, pourtant il serait parfaitement désert si une jeune grand-mère ne se penchait sur le landau de son petit-fils et que je ne leur souriais à tous deux d’un pas leste, au cœur d’une vésicule nue, avec dans la carotide les crocs de leur beauté mélancolique. »

La musique que j’écoutais en courant à l’époque où je faisais ces observations – Grouper : Alien observer