Saturday Night Fever (36) en voyage

Aujourd’hui, nous allons danser sur sept musiques de femmes originaires du Japon et de Corée du Sud (qu’elles y vivent ou pas). J’aime observer la manière dont un folklore et ses instruments trouvent place dans un langage avant-gardiste et, à ce titre, universel – c’est une question à laquelle je réfléchis tous les jours car, si ma playlist du moment (celle que j’écoute en courant) est extrêmement cosmopolite, elle est aussi très cohérente ; je viens de la parcourir et j’y ai relevé tous ces pays : Ukraine, Angleterre, Japon, Afrique du Sud, Écosse, Danemark, Israël, Colombie, Allemagne, États-Unis, Estonie, Canada (l’une des musiciennes que compte ma discothèque est inuite et pratique les techniques vocales spécifiques à la culture dont elle est issue mais le fait d’une manière qui secoue quelque peu les traditions), Corée du Sud, Italie, Irlande, Égypte, Belgique, Suède, France, Mexique, Islande, Norvège, Colombie, Espagne, Russie, Australie, etc. Il y a néanmoins une communauté d’esprit entre toutes ces musiques, un angle de vue sur la création, une appréhension du son et du bruit, une manière d’approcher l’instrument plus que l’instrument lui-même. Je compte me lancer prochainement dans l’élaboration d’un planisphère sonore ; je ne peux rien imaginer de plus passionnant.

Phew : A New World (Japon)

OOIOO – Grow Sound Tree (Japon)

Misato Mochizuki : Intermezzi II (Japon)

Midori Takada : Catastrophe Σ (Japon)

Tomoko Sauvage : Making of a Rainbow (née au Japon ; vit à Paris)

Bora Yoon : G i f t (originaire de Corée du Sud ; née à Chicago ; vit à New York)

Park Jiha : Sounds Heard From The Moon (Corée du Sud)

Okkyung Lee : Hollow Water (née en Corée du Sud ; vit à New York)

Saturday Night Fever (35)

M. dit que mes musiques ne sont pas de la musique mais je ne suis même pas vexée : pour invalider ce sarcasme avec hauteur, j’ai décidé de vous faire danser aujourd’hui sur la musique de sept compositrices contemporaines moins expérimentales que d’habitude et de réserver pour un samedi ultérieur la playlist grinçante et crissante que j’avais d’abord envisagé de vous proposer. Que cette attaque frontale soit l’occasion de faire un peu de pub pour mon dernier recueil aux Carnets du Dessert de Lune, Pas de côté ; voici un extrait du poème intitulé Tondeuse (souvenir de ma seule tentative à ce jour de me raser le crâne moi-même) :

« quand on est seul
on peut faire des trous sur le crâne à 23h
avec la musique expérimentale un peu fort et personne ne dit
que ce n’est pas de la musique
ni qu’est-ce que c’est que ce trou sur le crâne »

Johanna Beyer : Waltz

Mary Ellen Childs : Spirit Duet

Anna Clyne : Within Her Arms

Gloria Coates : Transition

Zeena Parkins : Persuasion

Tansy Davies : Neon

Anna Þorvaldsdóttir : Streaming Arhythmia

Saturday Night Fever (34) : 7-1+1

Quand j’ai allumé la radio, hier soir, je me suis demandé combien de fois Isolde meurt chaque jour sur les ondes puis je me suis rappelé que ma première petite amie avait des problèmes de sommeil parce que Richard Wagner lui parlait la nuit. C’était il y a longtemps et j’espère qu’aujourd’hui, elle est apaisée ; qu’elle reçoit plutôt Reynaldo Hahn. Hier soir, à la radio, c’était Christa Ludwig qui chantait le Liebestod ; elle fête ses quatre-vingt-dix ans (coffrets, coffrets) et elle a bien raison. Mais vous n’aurez pas droit à la mort d’Isolde en ce samedi, en tout cas pas ici. C’est la semaine des sept femmes, dont une (Marina Rosenfeld) a droit à deux musiques, dans deux de ses registres différents, de sorte que je dois vous proposer huit musiques. J’aurais pu en rester à sept musiques de six femmes formidables, mais j’ai tendance à préférer le plus au moins. Désolée, le premier (un album complet) et le dernier morceaux sont mélancoliques, surtout pour un samedi, mais je le suis aussi et je n’ai pas l’intention de vous épargner.

Christina Vantzou : No. 4

Lana Del Rabies : Vicious end

Sukitoa o Namau : Nari

Hannah Peel : Journey to Cassiopeia

Marina Rosenfeld : I Launch An Attack…

Et encore Marina Rosenfeld (fascinant personnage décidément – pour en savoir plus, cliquer ici), cette fois avec son Sheer Frost Orchestra (en improvisation, j’imagine)

Silvia Kastel : Errori

Hildur Guðnadóttir : In Gray

Je prends

Hier, j’explique à ma psy comment je ressens ma vie depuis deux ans. Je dis, C’est comme après une belote, quand on décide de faire une manche pour rien. J’ai perdu la partie et maintenant ma vie est une manche pour rien. Dans tous les domaines de l’existence. C’est souvent vertigineux mais c’est surtout exaltant : les enjeux éliminés, ne reste que le plaisir du jeu. L’une de mes partenaires de belote les plus régulières, Corinne, a une approche de la « manche pour rien » que j’aime beaucoup : elle prend. La carte peut être un sept de carreau, elle ne regarde pas son jeu, elle prend. En règle générale, je m’amuse beaucoup avec ceux dont je crois sentir qu’eux aussi vivent leur manche pour rien (qu’ils le fassent avec prudence ou avec l’audace de Corinne).

LAFMS

Voici un génial collectif, The Los Angeles Free Music Society. Le court documentaire ci-dessous, absolument fascinant, pourrait bien amuser ou stimuler certaines personnes de ma connaissance qui traînent parfois par ici – des membres de mon propre collectif ou une certaine tricheuse. Dans une autre vie, j’adorerais être un membre de LAFMS.

Et ça, c’est l’un des groupes issus du collectif, Dinosaurs With Horns (album éponyme) :

Saturday Night Fever (33) : des collectifs

Je sors d’une semaine particulièrement collaborative : mercredi, mon collectif a fait salon pour poser le bases de notre premier événement public pluridisciplinaire (je vous en dis plus dès que possible) et hier soir, la chorégraphe Marion Lévy et moi avons décidé d’un thème et d’une trame pour notre duo initié par le festival Concordan(s)es, festival que Jean François Munnier représentait au Train de vie, bistrot à mi-chemin des gares du Nord et de l’Est où se tenait notre réunion (dans le compartiment du fond). C’était beau et stimulant de voir toutes ces idées jaillir comme du pop corn. Aussi allons-nous, ce samedi soir, danser sur la musique de sept collectifs.

Liberez : This Earthly Difficulty

Gnod : Infinity Machines

Manorexia : Ataxia

The Residents : The Black Behind

Soundwalk Collective : Rimsky-Korsakov Court – Max Loderbauer Rework

Of (l’un des groupes issus du collectif Jewelled Antler) : Aerial Cisterns

Fire! Orchestra : Exit! (Pt. 2) (certes, j’ai déjà posté ce morceau dans le billet Sinoque Orchestras en décembre 2016 et c’est sans doute un peu idiot de ma part de ne pas en choisir un autre, dans la mesure où toute la discographie de Fire! est passionnante – il y a même une collaboration avec Oren Ambarchi – mais que voulez-vous, celui-ci m’envoûte littéralement)

Saturday Night Fever (32)

Comme il est ici de tradition, un samedi sur deux et parfois plus, nous allons aujourd’hui danser sur les musiques de sept femmes formidables. La première de cette playlist, Missy Mazzoli, aurait travaillé pour Meredith Monk pendant l’été 2005 et l’une de ses tâches (si l’on en croit le New York Times) aurait consisté à s’occuper de Neutron, la tortue de Meredith. N’oublions jamais combien ce monde est fascinant. Puisque je parle de Meredith Monk, je suis heureuse de pouvoir de nouveau écouter sa musique, après plusieurs mois où même ses pochettes de disques me plongeaient dans des abîmes de mélancolie ; cette semaine, j’ai couru-dansé sur Three heavens and hells, que je ne peux hélas partager avec vous ici car on ne le trouve pas sur les sites de vidéo. Je vous encourage vivement à vous le procurer si vous ne voulez pas tout simplement foirer votre Saturday night.

Missy Mazzoli : This World Within Me Is Too Small

Tanya Tagaq : Sulfur

Nicole Lizée : Bookburners

Susie Ibarra : Flower after flower

Gudrun Gut : Tip Tip

Runhild Gammelsæter : Collapse

People Like Us : Whistle Song (encore une Londonienne…)

Saturday Night Fever (31)

Hier soir, j’ai rencontré le sosie yonnais d’Anna. Un sosie qui n’a rien à voir avec le sosie lillois d’Anna. Ce sont des sosies d’Anna qui ne sont pas sosies l’un de l’autre, ni physiquement ni moralement – même s’ils ont un second point commun en ceci que leurs prises de paroles peuvent occasionnellement provoquer le rire attendri de leur auditoire, quoique pas de la même manière. Cela dit, je ne vous ferai pas danser sur la musique d’Anna aujourd’hui, ni sur celle de Karen (à propos d’Anna, Karen et moi, nous avons de nouveau couru dans des champs bourbeux, ce matin, au cas où ça vous intéresserait, mais un nouveau cadavre de mammifère conséquent nous a menées à la décision ferme et définitive de ne pas vivre à la campagne). Un peu de parité aujourd’hui, tiens :

Maya Dunietz & Ram Gabay : Perpetuum Disco (dans une veine très différente du Hegel Psalm que je vous proposais la semaine dernière, par la même Maya Dunietz)

Księżyc : Kołysanka

Fausto Romitelli : An Index of Metals (interprété par l’ensemble Ictus avec l’inestimable Donatienne Michel-Dansac)

Maggi Payne : Spirals

Lucy Railton : Fortified Up

Hercegovina : Esprit De Corps

Kelly Lee Owens, dont je vous ai déjà offert le génial Bird ici, avec Jenny Hval, dont je vous ai déjà fait l’article ici et (Quel duo de rêve !) : Anxi

Saturday Night Fever (30)

Quelques femmes formidables pour renouer avec les Saturday Night Fevers. Je leur dois beaucoup, plus que jamais ces dernières semaines, ainsi qu’à nombre de leurs consœurs et confrères. Récemment, je me suis rappelé cet alpiniste dont m’ont parlé des amis, qui a dû se couper la main ou le bras, je ne sais plus, avec un canif, pour sauver sa vie. J’ai dû faire la même chose, il y a deux semaines, mais avec mon cœur, à cette différence près que j’ai tendu le canif pour être éviscérée. Il fallait quand même le faire. J’ai désormais très peu de patience avec les leçons de morale, et beaucoup de choses que l’on me dit sonnent à mes oreilles comme des leçons de morale ; toute phrase commençant par « Tu devrais », « Pourquoi tu » ou « Tu ne crois pas que », par exemple, me donne des pulsions violentes : filez-moi une masse et un gratte-ciel à détruire. Les gens ne savent plus quoi te dire, argue parfois mon Antique, ils sont maladroits. Et je lui réponds, Eh bien, qu’ils se taisent, alors. Je ne supporte plus tous ces mots pour rien. Plus j’en entends, moins j’ai la force de parler. La musique est décidément l’ultime refuge en ce monde.*

Letha Rodman Melchior : Red Moon / Fra Mauro

Gazelle Twin : Anti Body

Maya Dunietz : Hegel Psalm (la semaine prochaine, je mettrai l’accent sur un autre aspect de son travail)

Madalyn Merkey : Mend

Holly Herndon : Solo Voice

Valby Vokalgruppe : Open Road

Marcia Bassett & Samara Lubelski en concert à Ende Tymes (Festival of Noise and Experimental Liberation), Brooklyn

No Saturday Night Fever

Il n’y aura pas de fièvre en ce samedi, pour mon quatrième et dernier jour au Bouscat. Je n’ai pas eu le temps de vous préparer une playlist digne de vos pieds, le rythme de mes journées ici ayant été intensif. L’épuisement ne m’a pas empêchée de m’emporter hier soir contre un auteur bien connu dont tout le monde tend à pardonner le sexisme sous divers prétextes, comme s’il pouvait exister en la matière un prétexte recevable. J’ai aussi côtoyé quelques auteurs et illustrateurs de très bonne compagnie et me réjouis particulièrement d’avoir rencontré Hélène Vignal et Thomas Scotto. Maintenant je veux bien rentrer à la maison.