Maubeuge (2) : une voie ferrée

Les grands explorateurs ne sont pas toujours aidés par leurs amis. Les nôtres ont suggéré à plusieurs reprises que des tiques avaient pu s’inviter sous nos épidermes cependant que nous progressions avec difficulté dans la végétation très dense, sur la voie ferrée à l’abandon qui relie Maubeuge à Bavay – ou à Fourmies, je ne reviendrai pas sur ce débat : les Indes, les Amériques, peu importe, ce n’est pas le but qui compte mais le chemin, ce chemin même où les tiques guettent les mollets nus d’exploratrices intrépides. Je comprends aujourd’hui que ma volonté de n’avoir en aucun domaine de la vie l’équipement technique requis ne fonctionne pas dans le contexte des voies ferrées à l’abandon.

La peau

j’ai mes genoux des grands jours
pochés et pelés
nous avons bien dansé encore
une fois au bord
d’un nouveau précipice
pauvres corps vieillissants
faisandés dedans
nous avons gesticulé pour
défier la mort cependant
que nous râpions nos genoux
sur son indifférence

ce midi les champs scintillent
sous le ciel changeant
mes cheveux gouttent
mon visage ruisselle
sur mes lèvres en perles de sel
il n’y a vraiment que nous ici

je cours dans les ombres étroites
des rues estivales pourtant
jamais ma peau n’a présenté
une teinte si dorée
je la regarde avec étonnement
comme si ce n’était pas la mienne
et que ce n’était pas moi dedans
– cette dense masse de silence
épuisée d’avoir essayé
dans des spasmes maladroits
de bruisser un peu parfois

La météo

Ce matin, tandis que la chaleur comprimait mon système sanguin et que je pensais ma dernière heure venue, oui, tandis que je pensais mourir desséchée, en short et baskets (quelle disgrâce), le cerveau poché comme un œuf, il neigeait à Templemars. C’est sans doute un mirage, ai-je pensé, ça sent la fin. J’ai continué de courir bravement : je pensais à Moïse et à tous ces gens qui traversent des déserts sans gourde – et aussi, j’avais hâte de rentrer.

Des nouvelles de Gouniche

Je vous scanne l’une des plus belles histoires d’amour de la littérature contemporaine, celle de Gouniche (à ne pas confondre avec my friend Gou) et de sa fleur, dans l’album de Delphine Durand justement intitulé Gouniche – que je me permets de vous recommander pour la dix-septième fois.

Cette semaine, sur un mur de la ville, j’ai vu un dessin que ce petit être « jaune et un peu gros » (≠ mou) a fait de sa fleur – ça ne peut être que lui.

Imagin’Hair (2), le catalogue de printemps

Vous avez tiré grand profit, m’affirmez-vous, du catalogue hiver de la série Imagin’Hair pour l’entretien de vos jardins et c’est une immense fierté pour moi que de vous être utile. Voici, à la demande générale, le catalogue printemps.

cubique, Hellemmes

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bed head / effet décoiffé, Faches-Thumesnil

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chouchou, Lompret

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canin, Hellemmes

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bonnettes, Faches-Thumesnil

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a tout rasé, Lille Fives

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laisse pousser, Lambersart

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anguleux, Faches-Thumesnil

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structuré, Mons-en-Barœul

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Bert encore* (sans les traits) Lompret

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houppette, Faches-Thumesnil

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dreadlocks, Marcq-en-Barœul

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bigoudi, Lambersart

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bear, Lille Sud

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à pou à puce, Saint-André-lez-Lille

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jumeaux, Faches-Thumesnil

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pompadour, Ronchin

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* Voir catalogue hiver pour Bert avec traits.

Pluie de photons

il y a un mois mon errance s’arrêtait dans un
escalier à trois heures de l’après-midi quand
une porte s’ouvrait pour verser la lumière puis
qu’un sourire ouvrait le côté gauche de la

bouche-fruit puis que l’œil gauche à son tour
s’ouvrait un peu plus grand que le droit, et lui
aussi versait la lumière – une pluie de photons

sur mon crâne et mes bras nus, sur le nombril
que mon T-shirt des Ramones ne couvrait pas, je

me sentais un peu nue mais je n’avais pas peur

Flowers of romance

Vous êtes nombreux à me reprocher la raréfaction des Zéphyrs embrasés sur ce blog ; croyez bien que je partage votre frustration* – j’y voyais, outre un formidable hymne offenbachien à l’amour, une forme artistique à part entière – mais il se trouve que je n’en découvre plus dans vos fenêtres ni sur vos murs : dois-je en incriminer la faible concentration de mon regard (certes replié sur le visage aimé) ou ai-je fait le tour des statuettes amoureuses de la métropole ? Je ne saurais le déterminer. Pour compenser, je vous propose une nouvelle série intitulée Flowers of romance et dont l’idée m’est venue en rencontrant le double dessin ci-dessous, rue d’Athènes, à Lille.

Désormais, je ne collectionnerai plus uniquement les cœurs mais aussi les fleurs (entendons-nous bien, pas TOUTES les fleurs : elles sont encore plus nombreuses que les sabots de façade…) Je classerai donc cette nouvelle série dans la catégorie des Zéphyrs embrasés, ainsi que dans la catégorie Flore des villes. Oubliez les pétitions, laissez mon chat tranquille, rappelez d’emblée vos pigeons, ma décision est prise.

Public Image Ltd. : Flowers of Romance

* Je n’accepte pas, cependant, que vous mettiez le feu à ma boîte aux lettres ni que vous rasiez mon chat, vous allez trop loin. Vous savez pourtant que je suis ouverte à la discussion – j’allais écrire, « à votre service », comme je l’ai toujours fait, mais je crains désormais que vous n’en profitiez pour dépasser les limites de la cordialité dont je souhaite qu’elle continue de présider à nos rapports.