Le vide exact (30)

La première image de ce vide exact aurait pu être affectée à une série Imagin’Hair (3) mais face au relatif échec des deux premières saisons (hiver et printemps), je boude un peu et décide que non, non et non, il n’y aura pas d’Imagin’Hair d’été (tant pis pour vous). La deuxième image, quant à elle, pourrait tout aussi bien relever de la rubrique L’arrière-monde, mais cet arrière-monde présente un vide si exact en été que j’ai choisi de l’exposer ici. La dernière illustre assurément un vide miraculeux tel que seul l’été peut en produire, ce genre de miracle qui me fait trépigner de joie.

(Photos fraîches du matin, prises à Lompret et à Lambersart.)

Des caddies

Je reviens aux caddies dans un esprit très différent de celui qui m’animait lorsque j’ai posté le billet Des chariots le 24 janvier. C’est pourquoi j’emploie le terme de caddie et non celui de chariot. On dit caddie dans un poème et chariot dans une étude sociologique approfondie telle que la susdite, me semble-t-il, car il est différent de se rouler par terre en étreignant le quotidien comme un chat le fait avec un paillasson ou un tapis de bain (du moins Dame Sam fait-elle ce genre de choses) que de le tenir à distance critique ; j’y vois la même différence qu’entre le tutoiement et le vouvoiement. Je n’écrirai pas de poème sur les caddies aujourd’hui mais voici trois spécimens saisis sous un angle esthétique particulier : mêlés à l’environnement qui leur est échu , ils y sont à peine distincts, comme des phasmes. Je les trouve émouvants.

La Roche-sur-Yon (3) : l’art des jardins

La Roche n’a rien à envier à la banlieue lilloise en matière d’art. Vous traversez un lotissement et vous êtes au musée.

Le Chalet de l’Ouest est une tradition aussi répandue que le Chalet du Nord et s’accompagne de réjouissantes surprises.

Mais je dois avouer que la région nous bat dans le domaine de la flore, que ce soit dans la catégorie California Dreaming (l’on y trouve des palmiers par milliers) ou dans celle que j’appelle volontiers, les fidèles de ce blog le savent, Imagin’Hair : ici, l’on taille les arbustes en boule, en cône, en cylindre, avec une précision rare. Ici, de jolies petites sphères devant ma maisonnette.

Mon profil matrimonial

Jeudi, je croise trois joggeurs dans l’un de mes champs préférés – l’un des plus secrets aux alentours de Lille, ai-je tendance à penser puisque je n’y ai jusqu’alors jamais croisé (comme dans bien d’autres, cela dit) que des lapins et des lièvres. Parce qu’il n’est a priori traversé que par moi, et, vraisemblablement, à ses heures, par des tracteurs, je le considère un peu comme mon champ.

Jeudi, j’y croise donc trois fois un joggeur, d’abord une jeune fille puis un monsieur d’âge mûr puis un monsieur franchement vieux, quoique fluorescent, et tout le monde se dit bonjour très poliment, cependant je suis un peu perturbée ; je cours beaucoup plus vite que les trois réunis mais là n’est pas la question, la question est, Que font-ils dans mon champ ? un champ dont Google Maps ne signale même pas que l’on puisse le traverser à pied (comme je viens de le vérifier), et que, quoiqu’il se situe à 10 km de chez moi (du moins par les biais que j’emprunte), j’appelle donc chez moi.

Faut-il y voir la promesse d’un rendez-vous – celui de l’arrière-monde ? Car celui-ci est une passion dévorante que je ne partage avec personne à ma connaissance mais j’aimerais beaucoup rencontrer un individu (ou deux – plus serait de la gourmandise, un commando, ou une coïncidence au moins aussi impressionnante que celle de mes trois joggeurs mystère) qui accepterai(en)t de s’aventurer avec moi dans des arrière-mondes interdits sous peine de poursuites, si possible à la faveur de la nuit – la Terre étant un espace commun où la notion de frontière et celle de propriété privée devraient en toute logique idiote être méprisées, mais qui néanmoins y sont trop largement respectées.

(Où est Kennedy ?)

Je me prends même à rêver de trouver enfin la femme de ma vie (après quelques fausses alertes extrêmement pénibles), qui serait une joggeuse forcenée doublée d’une anarchiste prête à outrepasser avec moi les panneaux d’interdiction, main dans la main ou pas (car l’on sue beaucoup des mains dans l’exercice de la course à pied), pour aller voir à quoi ressemblent les lieux que l’on nous interdit de voir.

Nous serions les Bonnie & Bonnie des friches et des terrains protégés, l’arrière-monde serait à nous.

Si en plus ce phénomène de moi inconnu pouvait n’être attiré que par les arrière-mondes, sur tous les plans de la vie en société, et ne jamais prononcer la phrase « Je l’ai vu dans un reportage » ou quelque autre allusion à la vitrine du monde, qui me donne des spasmes gastriques, ce serait formidable : rien ne nous serait dicté par une quelconque culture, dominante ou pas, et nous serions de très heureux rejets de la société.

Des couleurs

Ce mois-ci, j’ai battu mon propre record en courant 397 km, qui est un nombre premier ; je suis par ailleurs tellement fatiguée que je dis des choses bizarres, comme « il y a des momies dans le vent » au lieu de « il y a des moments dans la vie » – ça m’apprendra à employer des expressions toutes faites.

En courant aujourd’hui, j’ai vu de très belles choses, notamment des choses bleues, jaunes et vertes – le bleu, particulièrement, était si beau qu’il faisait mal au ventre.

L’hiver

Je vends par correspondance des T-shirts et débardeurs du XS au XXL portant l’inscription « C’est normal, les gars, c’est l’hiver* », pour tous ceux d’entre vous qui en ont assez d’entendre dire qu’il fait froid. 19,99 € pièce. Je recommande particulièrement le débardeur. Possibilité de transport par pigeon jusqu’au L ; pour les grandes tailles, frais de port non pris en charge.

* « Saison la plus froide de l’année et aux jours les plus courts, qui suit l’automne et précède le printemps ». (Centre national de ressources textuelles et lexicales.)

Des éléments

De l’air à l’eau à la terre au feu, un prétexte pour exposer ici quelques images que j’ai pris un plaisir particulier à saisir au gré des variations climatiques, ces dernières semaines. La deuxième et la quatrième sont aussi pour moi le souvenir de jours où la lumière me comblait de bonheur. Quand tu cours, bébé, parfois tu n’as besoin de rien d’autre. Bien sûr, dès après la douche, l’endorphine bâille dans tes veines et te revoici face à la mort et à l’absurdité de vivre, mais tu sais aussi que demain est un autre jour et que tes jambes seront à ton service. Ma plus grande peur, en cette vie, est de bousiller mes articulations et de ne plus pouvoir courir. En tout cas, en ce qui me concerne, je suis trop sensible pour me passer de mes pieds.

Pas vraiment des arbres

Du réel, nous n’avons que des représentations ; je me rappelle l’avoir écrit dans mon cahier de philo entre quelques autoportraits expressionnistes qui ne me paraissaient jamais assez violents – j’ai parlé récemment avec une amie (était-ce bien toi, O. ?) de l’autoportrait : du fait que l’on n’en dessine ni n’en prend jamais autant que quand on doute de sa propre existence. Les arbres ci-dessous sont des arbres et n’en sont pas – mes frères végétaux.

(Jusqu’à la destruction : le reflet des branches estompé dans l’ombre du tronc – l’arbre, encombré de lui-même, cherchant à s’annuler.)

Des big bangs

Ce que j’aime dans certaines villes de la métropole lilloise, c’est que l’on y trouve la campagne – une vraie campagne où la brume s’attarde longtemps dans les ornières des tracteurs, où le froid mord les mollets, où l’on est seul au monde pour un moment, dans un silence relatif (à supposer qu’il en existe d’autre) où n’importe quelle musique semble neuve et endémique – née d’elle-même, en un minuscule big bang. Ici, la musique n’a besoin de personne pour la penser ni l’interpréter ; moi non plus. Puis il faut rentrer, laver le corps, le nourrir, monter le son. C’est plus fatigant que de courir.