La narration : l’épouvante

Le fait divers sanglant d’Amityville a donné lieu à pas moins de dix-neufs films et téléfilms, dont un certain nombre directement en DVD. Pourquoi pas un vingtième ? Et pour plus de frissons, mes chers compatriotes, mon opus ne se passe pas dans la banlieue de New York mais dans la métropole lilloise. Il a été tourné dans le quartier dit des Fleurs à Faches-Thumesnil, dans celui du Croisé-Laroche/Rouges Barres de Marcq-en-Baroeul et dans celui d’Ennequin à Loos. Strictement interdit aux moins de seize ans, ou alors à vos risques et périls (cachez les munitions).

Ça finit très mal, évidemment.

La narration : un manifeste

Chaque jour, je vois la nouvelle sculpture de S. prendre forme, se déployer dans l’espace, se compliquer de détails, de matières. Et chaque jour, je mêle les thématiques et les fils narratifs pour obtenir un tissage textuel plus ou moins dense, plus ou moins aéré selon les besoins de mon propos. Par moments, en relisant, je découvre des harmoniques dont je n’avais pas eu conscience et je m’émerveille de ce que le système fonctionne. Nous avons des démarches similaires, S. et moi, disponibles à ce que le réel nous présente et que nous recyclons en cosmogonies intimes. Nous travaillons et nous sommes travaillées par des obsessions, des illuminations.

La narration : le retour de la catastrophe

Les collégiens que je rencontre me demandent souvent si je compte écrire un jour une suite à l’un de mes romans, alors même qu’aucun d’eux n’est susceptible d’être décliné en série. Mes narrations bloguistiques, en revanche, s’y prêtent totalement. À la demande générale, voici le sequel de La narration : catastrophe (ainsi que de ses parties deux et trois : c’est aussi complexe que Star Wars, ma parole). Les dinos de l’espace contre-attaquent !

(À suivre. Pour l’instant, c’est la merde…)

Tête nue

depuis la terrasse en plastique je vois
les volets de fer se baisser successivement
sur la ville qui se couche tôt

je n’ai aucun goût pour les cathédrales
moi qui penche pour la brique et le béton
mais guère pour la dentelle de pierre

je laisse les merveilles du monde et les monuments
aux sept milliards d’autres que moi
les miettes de leurs villes sont mes hosties

avec la pulpe de l’index je sauve une vie
à peine visible à l’œil nu
qui s’abîmait dans mon verre

certaines vies minuscules ont plus de sens
à mes yeux que bien des patrimoines
et des enjeux qui occupent les milliards

au pied du palais par une fenêtre ouverte
une voix au timbre télévisé
à l’évidence je me sens seule ce soir

l’impression d’un devoir
c’est l’impression d’un devoir qui me contraint
une impression non détaillée – sans objet

comme si je me devais à quelqu’un à quelque chose
mais qu’est-ce que c’est ? fa fa fa fa fa
pendant des années ruer au seuil de l’abdication

l’Art Ensemble Of Chicago crisse dans
la chambre d’hôtel je manque mourir d’un taboulé
rien ne passe plus que de travers

l’esprit est plus léger sans enjeu
quand le libre arbitre devient le cœur solitaire du sujet
pourtant ce vertige

le vide de n’avoir aucun sens assigné – même factice
une chimie quelconque
un sédatif

trépane-moi
sculpte-moi un cerveau simple qui ne s’étrangle pas
dès après qu’il a ri si fort

(Images de Bourges et du train intercités.)