17

17 est un très beau nombre premier
nous pourrions tout découper en 17 morceaux
(avec l’habitude, plus besoin de calculatrice)
nous pourrions établir 17 saisons subtiles
et des années en 17 mois de 17 jours
alors les années dureraient – de tête – 289 jours
de 17 heures (de 17 minutes – de 17 secondes)
une année compterait ainsi 1 419 857 secondes
plutôt que les 31 536 000 qui nous sont imposées
telle serait notre interprétation du réel
et ce ne serait ni plus ni moins idiot
que notre prison ordinaire

Le vide exact (18)

Cette semaine, dans la banlieue où j’aime courir, on lave sa petite auto. Ça sent le départ. Oh oui, tonitruant million de mes trop proches concitoyens, prenez des vacances et laissez-nous les villes. Partez vite, le soleil n’attend pas !

(Photos prises à Loos Oliveaux, Haubourdin Rive gauche et Lomme Délivrance.)

Le vide exact (17)

Extrait de La grille d’été, un texte écrit en 2011 et dont je ne ferai jamais rien – rien de plus que ce copié-collé en tout cas :

« L’été, à la radio, il y a une grille d’été ; ce ne sont ni les mêmes émissions ni les mêmes animateurs que le reste de l’année. Généralement, la plupart de mes amis proches partent en même temps, ils se dispersent à travers les continents et je reste ici, je cligne des yeux dans la lumière qui découpe la ville en ombres et quand mes paupières remontent il n’y a toujours rien : que le vide. Le soir, je vois des amis moins proches et je rencontre des inconnus. J’appelle cette population inaccoutumée la grille d’été. Je ne dis même pas ma, mais la grille d’été, comme si le monde gravitait autour de mon été à moi, de même que France Musique ne dit pas notre, mais la grille d’été, comme si c’était la seule radio. »

(Photos prises à Gradignan, Marcq-en-Barœul et Gravelines.)

Le vide exact (15)

Encore un extrait de Push the push button, mon roman de 2003. Rien n’a changé…

« La mi-juillet approche, beaucoup sont partis, le désert bat son plein. J’avais oublié ce vide, c’est le silence plus encore que la vision éblouie du quartier qui me le rappelle, soudain il semble que la musique de mon walkman résonne entre les maisons, s’élève pure et claire sans même un bruit de moteur dans le lointain pour la corrompre. Je retrouve cette sensation de solitude écrasante avec la même boule chaude dans le ventre qu’à l’époque où j’habitais dans le quartier et passais mes samedis après-midi à l’arpenter avec mes musiques et une espèce de masochisme horrifié, contemplant ma douleur comme un petit oiseau mort que j’aurais ramassé sur le trottoir l’instant d’avant. Une douleur si familière qu’aujourd’hui elle me rassure, me porte au seuil d’une étrange béatitude, verse du plomb bouillant dans ma gorge et me jette dans les tibias des élans comme des coups de pieds. »

J’ai toujours cru que je respirais discrètement

Je cherchais tout à l’heure un poème que j’ai écrit en 2004 ; j’ai donc sorti des dossiers cartonnés de mes archives et non seulement j’ai retrouvé ledit poème, que je vous livrerai bientôt si vous m’envoyez assez de pigeons pour me montrer votre motivation, mais j’ai aussi redécouvert le manuscrit extrêmement protéiforme dont il était extrait. Je l’avais un peu oublié, en tout cas je ne me rappelais pas son titre. C’était « Sur les jambes », ce qui recoupe mes préoccupations actuelles ; le manuscrit se découpait en trois livres, dont le premier s’intitulait déjà « Je respire discrètement par le nez ». J’en ai parcouru un certain nombre de textes et me suis rendu compte, avec une fascination mêlée de découragement, que j’ai toujours écrit la même chose, quoique sous d’autres formes. Voici les couvertures des trois livres de Sur les jambes, illustrées par mes soins (je peignais beaucoup, à l’époque, j’y passais la plupart de mes soirées – ne chargez pas vos pigeons de messages du type « Tu fais mieux de boire l’apéro », je le sais déjà , merci).

Et Brother James de Sonic Youth, qui reflète parfaitement la tonalité du manuscrit.

Le vide exact (14)

Dans Push the push button, j’écrivais autrefois : « L’été, il n’y a vraiment personne nulle part. » J’ai hâte d’affronter cet été-là, celui que nous laissent les foules quand elles vont polluer les régions à potentiel touristique.

Ceux d’entre vous qui suivent ce blog depuis son inauguration très médiatisée – c’était le 13 octobre 2016* – connaissent bien la photo ci-dessous (prise à Lambersart, avenue de la Liberté), qui lui a longtemps servi de logo ; je la publie de nouveau ici parce qu’elle exprime assez précisément le sentiment que me procure l’été.

* Pour son premier anniversaire, je compte bien organiser un événement public avec TUC et Café de Paris pour tout le monde. Ce sera dans notre minuscule appartement de Brooklyn, de 19h45 à 20h30. Venez nombreux ! (Frais de transport non pris en charge.)

Le vide exact (12)

Pour accompagner ces quelques extraits d’un manuscrit en suspens, je suis allée courir, ce matin, sur les territoires qui ont alimenté leur écriture (c’était il y a deux étés déjà) ; je ne disposais jusqu’alors que de vues hivernales de ces sites et vous allez voir que je ne me suis pas moqué de vous aujourd’hui : c’est de l’été qui cogne, sur ces photos, qui vous arrache les veines des poignets en tirant dessus avec de gros doigts et vous compresse la tête dans un poing géant.

« Devant le mur antibruit, une aire minuscule, pourvue d’un toboggan et d’un poney sur ressort, surplombe la station-service de la nationale en forme d’autoroute. Je n’y ai jamais vu un enfant. Ses planches de bois rouge, jaune, bleu, délavées, se détachent tristement sur le béton brut qui double le mur, tandis qu’en contrebas, les cinq pompes, le snack-bar et la boutique de la station clignotent de mille feux sous le ciel bleu. »

(Rue de Paris, Mons-en-Baroeul.)

« Certaines aires de jeu, parfois très vastes, dotées de structures à escalader, de bacs à sable, de tourniquets et de jeux multiples avec passerelles, maisonnettes et tunnels, restent également inusitées, leur revêtement de sol aussi caoutchouteux qu’au premier jour. Toutes ne sont pourtant pas installées dans des recoins incongrus comme celle du mur antibruit. La plupart, au contraire, croupissent au cœur de quartiers très peuplés (quoique d’aspect vide). Leur solitude est celle des petites villes, l’été, leur solitude me mord la carotide et secoue la tête. »

(Au coin de la rue du Château et de la rue Eugène Jacquet, Lille Saint-Maurice.)

« Prenons celle-ci, coincée à l’intersection de deux rues passantes : un petit garçon à lunettes se balance sur une grenouille à ressort tandis que sa grand-mère, assise sur un banc, le regarde. Peut-être a-t-elle proposé à l’enfant de venir ici dans l’espoir qu’il s’y ferait des camarades de jeu et regrette-t-elle maintenant de ne pas l’avoir laissé s’amuser sur la balançoire de son propre jardin, où leur isolement serait à la fois moins poignant et moins flagrant – plus logique, dans la mesure où ce jardin, fermé par un grillage et une haie, relève de l’espace intime. Le petit garçon pousse néanmoins de brefs cris enthousiastes et la grand-mère me sourit tristement. J’admire leur courage, une canine acérée dans ma gorge. »

(Jardin des Acacias, Mons-en-Baroeul.)