Le cinéma

J’ai un goût particulier pour le cinéma américain des débuts du parlant à la fin des années 1970. Ce qui explique sans doute les rapprochements que je fais, ci-dessous, entre des éléments glanés dans les rues et des films que j’aime.

The day the Earth stood still à Hellemmes (notez que l’on trouve a même piscine « tournesol » à Lambersart).


Anatomy of a murder à Mons-en-Baroeul.


DJ (2)

Il y avait bien trop longtemps que je ne vous avais pas fait mon petit set et j’ai senti que ça vous manquait affreusement, bien que très peu d’entre vous aient osé le formuler. Dansez bien !

Les Georges Leningrad – Caamcknenechn

The Vegetable Orchestra : Transplants, live

Moon Duo : Sleepwalker

Tristesse Contemporaine : In The Wake

Micachu (Mica Levi) : Feeling Romantic Feeling Tropical Feeling Ill

Tango solo à Saint-Genou

Cadeau. Cette scène aurait tout à fait sa place dans Le zeppelin, si ma ville imaginaire ne s’appelait pas La Maison mais Saint-Genou (qui existe, donc*).

« Le tangosolo. Danse en ligne de Manu Blanchet dansée pour la première fois à Saint-Genou (36) le 24/02/15. »

* Dans Le zeppelin, on trouve notamment un canal Saint-Divan…

Des poèmes à Joe

Extrait et chutes de Collier de nouilles (Les Carnets du Dessert de Lune, 2008.) Attention, âmes chagrines, ce billet comporte des photos de chats – ouais… Pour ne pas mentir, j’en ai des milliers, de Joe, de Dame Sam, de Joe avec Dame Sam, sur Dame Sam, sous Dame Sam, et j’ai réussi à n’en sélectionner que cinq, dont quatre floues, alors ne vous plaignez pas.

(Joe noyé dans la lumière, avenue du Colysée avec un y, Lambersart, en 2006 – alors que j’écrivais la première mouture du Zeppelin et, parallèlement, ce qui allait devenir Je respire discrètement par le nez.)

Mon chat et sa bipède (deuxième partie)

« beaucoup de gens regardent Joe comme un chat alors qu’en fait
c’est Joe
l’un de mes êtres vivants préférés

il m’apprend comment aborder la vie parce que moi je m’y prends comme un gland de mocassin
il faut
renifler doucement les choses
les observer longuement
les manger si elles sont comestibles et sinon, en faire le tour plusieurs fois avec des yeux ronds
il faut
manger, se laver, dormir, jouer, explorer et faire des câlins, tel est l’enseignement de Joe :
des préceptes qui m’ont appris à vivre le ventre dénoué

moi je dis
si un chat peut m’apprendre tout ça, alors peut-être que oui
Joe est un chat »

(Joe psychédélique, rue Brûle-Maison, Lille, 2004.)

Tête d’affiche, pattes de lapin

« Dans les fictions, toujours les chats sont des éléments décoratifs, au mieux des ficelles narratives censées suggérer au public que le personnage ne sait même pas s’occuper d’un chat, ou qu’il est seul au monde et qu’un chat est toute la compagnie qui lui soit échue sur terre, toutes choses amenées à changer au cours de l’édifiante fiction, à mesure que le personnage lui-même nous offrira le glorieux spectacle de sa mutation en individu digne de respirer l’air terrestre vicié. Exit alors le chat-accessoire, dont le petit nom, si tant est qu’il a été mentionné, déjà nous échappe.

Et dans la vie des gens chez qui parfois on va boire un verre, les chats sont des ombres glissantes et anonymes, qui dans le pire des cas laissent des poils sur les coussins du divan. Des meubles salissants, des vases au pas chaloupé, des photos encadrées nécessitant gamelles et litière, des cactus posés entre la fenêtre et le rideau, des accessoires de jardin s’ils ont de la chance, des tamagotchis sans piles. Ces gens croisent leur chat entre le divan et le frigo, ils passent là, devant leur chat, sans le voir. C’est à se demander pourquoi ils ont un chat, pourquoi ils ont fait la démarche d’en adopter un, ce qui a bien pu leur passer par la tête et combien de temps ça a pris pour y passer.

Moi, toujours quand je croise mon chat dans l’appartement ou le jardin, j’entre en interaction avec lui ; au minimum, si je suis extrêmement pressée, je dis ça va, Joe ? en sautant par-dessus les meubles (ou Joe) de mon pas le plus élastique, et alors Joe cligne des yeux, ce qui signifie que oui, il va plutôt bien. Comme un chat. Et pourtant je n’ai pas eu la démarche volontaire d’adopter un chat, je ne me suis pas rendue là où l’on peut adopter un chat, choisissant entre plusieurs chats ce noir et blanc avec sa petite tête bicolore asymétrique, ce ventre marbré et ce regard stupide. C’est Joe qui m’a choisie : il est entré par ma fenêtre un beau matin, a pissé dans le pot du yucca, mangé la boîte de thon que je lui ai proposée faute de mieux, bu l’eau teintée de lait dont j’avais rempli une coupelle à cacahuètes faute de mieux, puis il s’est couché sur le divan avec un air à ne pas vouloir être dérangé, alors pendant qu’il dormait je suis allée au supermarché le plus proche acheter des gamelles, un bac à litière, un sac de litière, des croquettes fourrées, des boîtes de boulettes en sauce, un collier et une capsule pour mettre son nom et son adresse dedans, et quand Ava est rentrée du travail le midi, je lui ai dit au fait, on a un chat. Il va falloir s’occuper de ses vaccins.

(Joe sur mes jambes, rue de Valmy, en 2001, alors que je viens de le recueillir.)

Voilà comment Joe est arrivé chez moi. Et depuis il me suit partout, au gré de mes déménagements, avec son collier, ses gamelles, sa litière, ses jouets et son carnet de santé dans sa grande valise bleue grillagée assez grande pour le contenir.

C’est Joe qui a décidé de tout, sauf peut-être de son nom, quoique, si vous le regardez attentivement, pas de doute possible, c’est Joe le nom qu’il devait porter. Un jour Joe a décidé qu’il lui fallait un jardin, je lui ai dit qu’on allait voir ce qu’on pouvait faire avec notre compte en banque souffreteux et le marché de l’immobilier. Eh bien c’est une excellente idée qu’il a eue là, parce que maintenant je suis heureuse, moi aussi, de pouvoir jouer au badminton sur la pelouse, les arbres pour filet et Joe pour ramasseur de volants.

Avec Joe, comme avec les êtres humains qui constituent le reste de mon entourage, on s’efforce de vivre en bonne intelligence et de se donner l’affection que l’on ne saurait attendre du reste du monde.
Parfois je m’étends sur le lit, l’après-midi, parce que les angoisses me donnent des nausées et rendent ma nuque trop friable pour qu’on lui confie le poids de tout une tête ; Joe apparaît bientôt à la porte de la chambre, la patte sur la hanche. Puis il vient se poser sur moi et pousse ma tête de la sienne, allez, quoi, secoue-toi un peu, et si je n’en ai pas le courage, il n’insiste pas, il s’étend sur mon ventre et ronronne et ça fait comme un doux massage qui dénoue les intestins. On finit toujours par se relever, moi souriante et lui sautillant.

(Joe cool, Lambersart, 2007.)

Il est plus délicat que beaucoup de bipèdes. Les bipèdes, quand vous avez des angoisses, ça ne connaît que l’apitoiement, la douche froide et les comparaisons avec des maux aussi divers que la famine, le handicap physique ou les familles désunies. Avec ça.

Alors j’estime que Joe mérite plus dans ma vie et mes fictions qu’un rôle de figurant.

Je dis ça pour ceux que ça soûlerait, Joe, Joe, Joe ; essayez simplement d’oublier que c’est un chat, et alors son importance capitale vous apparaîtra en néon. »

(Joe et Dame Sam en 2008, rue Charles Quint, Lille.)

Nouvelles du monde

« Joe est étendu sur la table basse du salon et il se lèche précieusement les pattes tout en cherchant, du coin de l’œil, une connerie à faire. On pourrait croire, à le voir pousser des objets au bas de la table à petits coups de patte, qu’il aimerait se défouler un bon coup dans le jardin, mais non : parfois mon chat aime traîner toute la journée en pyjama. Il regarde d’un air morne les stylos, livres et briquets gisant maintenant sur le tapis tunisien, puis se dirige d’une démarche nonchalante vers sa gamelle pour voir si des boulettes de viande en sauce n’y ont pas poussé depuis la dernière fois, et revient dans le salon, shootant au passage sans conviction dans ses jouets.

Il trouve une tache de soleil assez grande pour lui sur le divan et s’y prélasse, roule sur le dos, se fait les ongles avec les dents.

Parfois il me lance un regard agacé, tu n’as rien d’autre à foutre que d’épier le moindre de mes mouvements ? Voilà ce qu’il semble me dire. Alors je me tourne vers mon écran d’ordinateur et poursuis mon texte. Joe saute sans délicatesse sur mes genoux, il ne sait pas comment se mettre, tourne en rond pendant quelques minutes en malaxant mes cuisses comme un oreiller dont on modèle le kapok à la convenance de son crâne. Il s’endort enfin. Parfois, quand il rêve, des grognements et des coups de patte cotonneux rompent un instant son atonie posturale, alors je ris et il ouvre à demi un œil luisant. Se traîne en chaussettes jusqu’à sa gamelle.

La signature de la Constitution provisoire irakienne a débuté tout à l’heure à Bagdad sans que j’aie rien compris à quoi que ce soit dans toute cette affaire, ni rien appris, sauf peut-être que je ne sais rien. Joe se roule dans la tache de soleil sur le divan, je l’entends ronronner à travers la voix de Dusty Springfield et ses arrangements made in Memphis. »

(Jouet de Joe, rue Abélard, Lille, 2005.)

Où es-tu ?

Dernière photo de Joe et moi, prise une heure avant qu’il ne nous abandonne, Dame Sam et moi – et maintenant nous sursautons toutes deux à chaque craquement d’escalier, espérant voir son petit nez noir luisant apparaître d’une seconde à l’autre.

Mes textes publiés comportent de nombreux hommages à Joe, notamment certains poèmes de mes recueils parus aux Carnets du Dessert de Lune mais aussi certains passages de mes romans, comme celui-ci :

« Dans la première et dernière lettre qu’il lui a écrite, de l’infirmerie militaire où il allait s’éteindre le lendemain, Jimmy lui parlait du chat qu’il avait quand il était enfant, dans le village de ses parents ; le chat s’appelait Joe, il était noir et blanc avec un museau asymétrique et des yeux mélancoliques ; il avait peur de tout, sa démarche évoquait un lapin et son ventre dodu était marbré comme un gâteau. Fennella connaît les phrases exactes car ces derniers jours, elle a relu plusieurs fois la lettre, heureuse de l’avoir retrouvée dans l’épaisse liasse de ses découpages, comme un atout de tarot dans un jeu de bridge.
« Quand il est mort, écrivait Jimmy à propos du chat, je pleurais d’autant plus que j’étais le seul à le faire. À mes yeux d’enfant, il n’était pas moins estimable qu’un être humain, mais je sentais bien qu’il ne fallait pas le dire. C’était une créature de Dieu comme moi, comme mes parents, mais la décence m’interdisait d’en porter le deuil. Bientôt je partirai me battre pour une cause plus grande que toi et moi, Fennella, mais (ne le dis à personne si jamais je suis tué au champ de bataille et couvert de médailles), à mes yeux d’adulte, mes amis valent bien plus qu’un drapeau, et je me battrai pour leur tranquillité, pour votre tranquillité, plus que pour nos nations en danger. Un autre service que je te demande : pense à Joe parfois. Si tu ne le fais pas, il disparaîtra pour toujours. » »

(Dans son propre rôle, L’Olivier / Points.)

Public Image Limited : Where Are You?

DJ

Ma sélection du soir, et je jure sur la sainte bible que je danse là-dessus. Si vous souhaitez m’offrir un cachet conséquent pour animer vos soirées de mariage / baptême / communion, etc., vous savez quoi faire : envoyez-moi un mail ou un pigeon.

The Residents : Elmer’s Song

Einstürzende Neubauten : Halber Mensch

Coil : Paint me as a dead soul

Sonic Youth – Satan is Boring

Current 93 : From broken cross, locusts

United Bible Studies : The One True God Lies to Himself While the One True Goddess Sings

Dedicated to the one I love*

(Photo promotionnelle de Jackie Lynn.)

Je ne pourrais faire de meilleure pub à Haley Fohr que de poster cette chanson extraordinaire – où l’on constate en outre qu’elle a l’une des plus belles voix féminines du millénaire – hors opéra, évidemment (voir ci-dessous).

Jackie Lynn : Alien Love

Pour en venir à l’opéra : June Anderson a cessé brutalement toute activité en 2012, avant que d’avoir fait ses adieux à la scène, c’est-à-dire avec moins de tapage que la plupart de ses consœurs. Ici, entendez et regardez-la dans le célèbre Glitter and be gay issu du Candide de ce petit monsieur que l’on voit danser avec sa baguette de chef dans la vidéo et qui n’est autre que Leonard Bernstein. Le timbre de June est le plus beau du monde – si vous n’êtes pas d’accord, je me remets à la boxe ou vous offre 5% du prix de votre sonotone (conditions à définir). Ne parlons même pas du fait qu’elle arrive à faire rire, en oratorio, ses camarades Christa Ludwig et Jerry Hadley.

Leonard Bernstein : « Glitter and be gay », donc, extrait de son opéra Candide, avec l’incroyable June Anderson, sous la direction du compositeur himself, et ça se passe en 1989.

* Doublement, donc. Eh oui, Madame…

Quasi femen

Les amis, ne regardez pas ces vidéos si vous avez un enfant ou une vieille tante catho sur les genoux (la seconde option est heureusement peu probable). Je ne regarde quasiment jamais de vidéos, même celles que je poste (je préfère quand la pochette de l’album est en image fixe, voyez) mais là, il y a du lourd, et du bon.

Circuit des Yeux : Do the Dishes

(À voir aussi, le clip de Fantasize the scene ; Circuit des Yeux est l’un des pseudos de Haley Fohr ; je vous recommande aussi ce qu’elle fait sous le nom de Jackie Lynn, mais j’y reviendrai forcément, je suis trop inconditionnelle méga fan pour m’en tenir à cette petite interpolation de rien du tout : vive Haley Fohr ! – et Gouniche, dans un tout autre genre…*)

Jenny Hval : That Battle is Over

(À voir aussi, les clips de Conceptual romance et de Sabbath – regardez au minimum la première minute de ce dernier, écoutez bien les paroles, c’est très fort !)

On sort de là saisi et heureux, avec l’envie de leur dire : Tout va bien, les filles ?

(Capture d’écran de la vidéo de Sabbath.)

* Je suis obsessionnelle si je veux.