DJ (6) – Dansons (2)

C’est l’heure de notre grand rendez-vous hebdomadaire avec la danse. Un certain nombre d’entre vous, éhontés philistins, m’ont défiée d’animer leur barbecue plutôt que de leur écorcher les oreilles avec mes habituelles musiques expérimentales et/ou contemporaines. Je le fais à une condition : grillez du tofu et des aubergines, épargnez mes amis. Merci.

Suicide : Shadazz

ESG : Six Pack (attention, c’est plutôt sexuel – je ne fais pas les choses à moitié)

Liquid Liquid : Optimo

Lizzy Mercier Descloux : Hard-boiled Babe

Gang Gang Dance : Glory in Itself / Egyptian

1 Giant Leap : Ma’ Africa (feat. The Mahotella Queens and Ulali)

Imprudents voyageurs

Je pensais à la manière dont certains de mes amis et moi parlons de nous et des vicissitudes de nos vies sentimentales, oscillant d’une hypothèse à une autre, inventant des systèmes pour mieux les démonter, riant toujours beaucoup, pour conclure par le très avisé « Je sais que je ne sais pas », quand m’est revenu à l’esprit un texte de James Thurber, Imprudents voyageurs (écrit au début des années 1940)*. Thurber y feuillette un guide de voyage et c’est très drôle. En voici un extrait :

* On le trouve dans le recueil La vie rêvée de Walter Mitty.

DJ (5)

C’est samedi, vous l’attendez tous avec un frisson d’excitation : quelle sera la tonalité de notre rendez-vous musical, ce week-end ? Je vous laisse la découvrir dès à présent. Vous pouvez toujours essayer de danser – personnellement, c’est ce que je fais, après tout.

La Monte Young : B flat Dorian Blues

Gregg Kowalsky : IX (Tape Chants)

Ned Rothenberg and Gerry Hemmingway : Polysemy

Colin Stetson and Sarah Neufeld : The Sun Roars Into View

John Surman : Edges Of Illusion

Pauline Oliveros : A Love Song

Des nouvelles de Gouniche

Je vous scanne l’une des plus belles histoires d’amour de la littérature contemporaine, celle de Gouniche (à ne pas confondre avec my friend Gou) et de sa fleur, dans l’album de Delphine Durand justement intitulé Gouniche – que je me permets de vous recommander pour la dix-septième fois.

Cette semaine, sur un mur de la ville, j’ai vu un dessin que ce petit être « jaune et un peu gros » (≠ mou) a fait de sa fleur – ça ne peut être que lui.

Démasqués

Le jour où j’ai pris conscience que, dans toutes les villes où je cours, des rues entières sont marquées de traits continus à la craie, comme sur la photo ci-dessous, je me suis demandé, Qu’est-ce que j’ai encore raté ? Est-ce un rituel enfantin auquel je n’ai pas sacrifié en mon temps parce que, là où j’ai grandi, il y avait des jardins à l’avant des maisons et que, de toute façon, comme toujours et en toute chose, je n’ai pas entendu la consigne – si vraiment les choses qui m’échappent depuis toujours sont édictées à mes pairs sous forme de consignes – et dans ce cas depuis combien de temps (siècles, décennies, années) ce rituel est-il si répandu ? L’est-il uniquement à Lille et dans sa banlieue ou tout autour du monde ?

C’est alors qu’un doute m’est venu.

Vous connaissez sans doute les body snatchers : tirés d’un roman de Jack Finney paru aux États-Unis en 1956, The Body Snatchers, quatre films leur sont consacrés : Invasion of the Body Snatchers par Don Siegel en 1956, son remake par Philip Kaufman en 1978, Body snatchers tout court par Abel Ferrara en 1993 et enfin The Invasion par Oliver Hirschbiegel en 2007. Si vous n’avez vu aucun de ces films, je vous résume la situation : des extra-terrestres (les body snatchers) s’emparent du corps des humains, ils prennent leur apparence et les transforment en êtres dénués de toute émotion. Salopards ! Quelques images pour vous donner un aperçu de ce qui nous attend :

chez Don Siegel

chez Philip Kaufman

(Ici, ce cher Donald Sutherland a été parasité par un body snatcher et dénonce de manière très élégante un humain non encore corrompu / remplacé.)

Je dis « des images de ce qui nous attend » car je crois qu’ils sont parmi nous, et qu’ils désignent par ces traits à la craie les maisons qu’ils ont annexées. Et je peux vous dire qu’ils ont déjà body-snatché un certain nombre d’entre nous, je le vois dans toutes les villes où je cours, de Wambrechies à Vendeville, de Loos à Villeneuve d’Ascq, partout, m’entendez-vous ? Ouvrez les yeux.

DJ (4)

Avec ça, vous devriez passer un bon week-end… Je suis trop généreuse avec vous. Au moins, faites-moi le plaisir d’écouter les morceaux dans cet ordre, je ne m’appelle pas DJ pour rien.

Meredith Monk : Churchyard entertainment

Sainkho Namtchylak : Inuit Wedding

Tigran Hamasyan & Yerevan State Chamber Choir : Nor Tsaghik (Disque de musique religieuse arménienne du Ve siècle, paru en 2015 chez ECM.)

Luciano Berio : Folk songs, chantés par l’inimitable Cathy Berberian. (À 7’30, Azerbaijan love song, grand moment de jubilation.)

Cathy Berberian (encore) : Stripsody

Morton Feldman – Voices & Cello (Les voix sont celle de Joan La Barbara.)

L’idiotie du réel

Je vais à New York au mois d’octobre pour observer Meredith Monk dans son travail. L’art de Meredith Monk me semble ressortir d’une philosophie sur laquelle j’aimerais m’appuyer pour construire mon texte, à savoir ce présupposé que Clément Rosset, son principal théoricien, appelle l’idiotie du réel. J’ai découvert cette philosophie par le biais d’un (très bon) livre sur les musiques du chaos, Chaosphonies de Théo Lessour – dans lequel il n’est d’ailleurs, curieusement, pas question de Meredith Monk.

Théo Lessour résume ainsi sa vision de l’idiotie du réel et son application dans le champ musical : « Le réel n’est rien d’autre que lui-même. (…) Avant d’être le résultat de Lois répétables, il est un ensemble de phénomènes entrelacés tous absolument uniques, tous absolument égaux à eux-mêmes et à rien d’autre, tous absolument idiots. Le réel n’a pas de structure cachée (…). Le langage nous masque l’idiotie du réel, comme la partition dissimule l’idiotie du son. » C’est précisément ce que Meredith Monk ne fait pas, me semble-t-il (notamment parce qu’elle écrit des opéras sans narration et fonde l’essentiel de ses compositions sur la voix sans presque jamais recourir au langage).

(Meredith Monk vue par Monica Moseley.)

Je viens de découvrir un auteur dont l’œuvre romanesque m’évoque aussi cette théorie : Renata Adler. Dans la postface à son roman paru en 1983, Nuit noire – dont la traduction (par Céline Leroy) est sortie cette année aux éditions de l’Olivier -, Muriel Spark écrit : « Qu’est-ce qu’un roman ? Il n’existe pas de définition totalement arrêtée, mais nous pouvons affirmer que, dans une certaine mesure, un roman est la façon dont l’auteur se représente la vie. (…) Rien n’évolue, rien ne dérive. Les effets ne résultent pas de causes. Les instants sont consignés sans lien les uns avec les autres. Heureusement, il s’agit d’instants fascinants. »

(Portrait de Renata Adler par Richard Avedon.)

Si vous percevez l’idiotie du réel dans d’autres œuvres (de tous domaines artistiques), n’hésitez pas à m’envoyer des références.

Capsule

Aujourd’hui, mon cerveau ressemble à un album des Residents, par exemple celui-ci – Meet The Residents (1974).

Hier, Clémentine Collette et moi avons présenté pour la première fois notre lecture musicale, Mes petites amoureuses, au Liquium, sous l’œil aiguisé de la comédienne et metteur en scène Muriel Cocquet, que je remercie pour ses précieux conseils, son dynamisme légendaire et sa disponibilité. Merci aussi à Myn pour son accueil et son enthousiasme.

Ensuite, Karine Germaix a subjugué l’auditoire, puis Clémentine l’a fait danser – elle joue en solo sous le nom de Clemix. Je vous recommande de guetter ces deux noms et de sauter sur la première occasion de voir l’une ou l’autre de ces formidables bruxelloises (ou les deux) en concert. Je vous ai déjà fait écouter Clémentine, aujourd’hui je vous emmène sur le soundcloud de Karine : c’est ici.

(Authentiques cœurs bruxellois.)

Et tout le monde danse ensemble, et tant d’amour et de bonheur sont générés qu’un instant, on oublie le contexte politique épouvantable. C’est une parenthèse, une capsule spatio-temporelle rose licorne.

Flûte

Hier, au Salon du livre d’expression populaire et de critique sociale, j’ai participé à une rencontre sur la littérature jeunesse dans la salle des mariages, à l’hôtel de ville d’Arras. Là, grâce à une très belle fresque (qui, vous l’admettrez, donne envie d’écouter Debussy, Ravel et Fauré – de la flûte, de la harpe, pas vraiment des instruments punks ni en aucune manière associés à la colère sociale), j’ai découvert que la mairie soutenait le mariage pour tous. Quel ravissement…

Debussy : Sonate en fa majeur pour flûte, alto et harpe

Maurice Ravel : Introduction et allegro pour harpe, flûte, clarinette et quatuor à cordes

Gabriel Fauré : Fantaisie pour flûte et piano ou orchestre

DJ (3)

Le magazine Wire* appellerait cette rubrique Office ambience (ce mois-ci, c’est leur #399). Autant vous prévenir : parfois vous allez danser, parfois non.

Sainkho Namtchylak et Ned Rothenberg improvisent (c’est toujours inouï.)

Jerusalem In My Heart : Yudaghdegh al-ra3ey wala al-ghanam

Kronos Quartet : La sidounak sayyada

Meirav Ben David-Harel : Yedidi Hashakhakhta

Jordi Savall et son ensemble Hespèrion XXI : Danse de l’Âme

* D’ailleurs je ne peux que vous recommander d’écouter le nouvel album de Nicole Mitchell en streaming ce mois-ci sur le site de Wire. Je dois un certain nombre de belles découvertes à ce magazine, ainsi qu’à quelques émissions de France Musique, notamment celles d’Anne Montaron, de Clément Lebrun et de Bruno Letort – je regrette énormément l’émission qu’il animait il y a deux ans avec Christian Zanesi, Des aventures sonores ; je l’ai intégralement podcastée : bonheur indescriptible. Ce sont de précieux accélérateurs de curiosité.