Saturday Night Fever (43)

Je parcours de longs chemins tortueux dans l’arrière-monde de l’industrie musicale pour découvrir certaines des musiques parmi les plus obscures que je sacrifie à vos samedis soir. Parfois, il n’en existe aucune trace discographique. La plupart du temps, il me serait très difficile de retrouver l’adresse à laquelle m’a finalement menée ma quête si je ne la notais pas tout de suite. Cette rubrique n’a pas seulement pour vocation de vous faire danser, elle me sert aussi à ranger mes trouvailles pour pouvoir venir les écouter quand ça me chante (chacun sa manière d’utiliser les outils technologiques à notre disposition, que voulez-vous ? en toutes choses j’aime les techniques de jeu étendues).

Pour commencer, un album complet de Giulia Loli, aka Mutamassik, multi-instrumentiste : le livret dit, « All instruments (Drumkit, Cello, Re’q, Egyptian Tabla, Douf, Mazhar, Doumbek, Sagat, Keyboard, Accordion, Acoustic Guitar, Electric Sander, Vocal Choir, Turntables, SP-1200, Alesis HR-16, Akai S3000) & tracks performed, produced, written, mixed & engineered by Mutamassik ». Rien que ça. Elle est en photo ci-dessous avec une partie de son matériel et cet irrésistible air pas commode dont elle ne se départit quasiment jamais (je n’ai pas trouvé de qui était la photo, désolée).

Mutamassik : That Which Death Cannot Destroy

Aïsha Devi : O.M.A.

Lizzy Carey & Alice Eldridge (performance)

Jlin : Unknown Tongues

Poulomi Desai (performance)

Eartheater : Irisiri

Group A : Deadly 16

Saturday Night Fever (42) : de la douceur

Parce que je n’ai guère écouté cette semaine que des musiques assez violentes, au premier rang desquelles celle de Lana Del Rabies, parce que mon ami Kups commente cette tendance de la semaine par un Pas étonnant que tu te réfugies sous les meubles et parce que j’ai aussi un petit cœur fondant comme un Jésus en sucre, voici sept musiques féminines pleines de douceur – avec un pic de fièvre au milieu, tout de même : c’est samedi.

Fursaxa : Desire

Sun-Young Pahg : Novembre Lunaire

Delphine Dora: Lament

Andrea Jane Cornell (performance, avec acmé : à 8’00, préparez-vous à bondir les bras levés comme dans un night-club)

Mary Lattimore : It Feels Like Floating

Vanessa Amara : Like All Mornings

Anahita : A floating ghost

Saturday Night Fever (41)

Cette semaine, des œuvres de femmes formidables, interprétées dans le contexte très solennel de salles dédiées à la musique dite classique. Nous avons fait démonter les gradins de manière à ce que vous puissiez danser librement. J’ai décidé qu’il n’était pas pertinent de vous signaler l’origine géographique de ces compositrices puisque de toute façon les frontières sont une aberration. Je vais faire comme si elles n’existaient pas, cesser d’apprendre à placer un pays sur une carte – si l’on m’interroge, désignant tel ou tel pays au bout d’une baguette, je répondrai « Chez nous », « Chez nous », « Chez nous », en espérant que ce nous soit bien compris et ne passe pas pour du néocolonialisme (j’ai moi-même été la proie d’une telle confusion la première fois que j’ai lu le célèbre pochoir « Partout chez nous » sur un mur de mon quartier). Bref, trouvez laquelle de ces musiques raconte une indigestion de cuivres vécue par un hélicoptère et ne gagnez toujours rien (considérez cela comme une espèce de crise économique, si vous voulez).

Sarah Nemtsov: ZIMMER I-III

Lara Morciano : Estremo d’ombra

Alexandra Gardner : The Way of Ideas

Kate Soper: Only the Words Themselves Mean What They Say (I/III) (j’aDORE, c’est tout à fait dans la lignée d’un de mes disques cultes, Stories par le Theatre of Voices de Paul Hillier*)

Paula Matthusen : Of an implacable substraction

Eve Beglarian : In and Out of the Game

Liao Lin-Ni : Look back on time with kindly eyes

* Où l’on trouve les pièces suivantes : Berio : A-Ronne ; Cage : Story ; Mac Low : Young Turtle Asymmetries ; Marsh : Not A Soul But Ourselves ; Frank : As I Was Saying ; Berberian : Stripsody. Il y a aussi un disque consacré par le même ensemble au monumental Stimmung de Stockhausen – je me demande quand Paul Hillier et ses amis s’attaqueront à Three Heavens And Hells de Meredith Monk : j’adorerais entendre ça.

Saturday Night Fever (40) : fête des voisines

Où je louche vers deux pays qui me manquent beaucoup ces temps-ci – quand je dis pays, je veux parler de leurs capitales – + vers un autre où je ferais bien un saut cet été pour voir Anna Meredith en concert avec un orchestre symphonique. Je ne manque pas d’avouer, à ma manière discrète, que je suis très consciente de manquer d’originalité dans ces envies. Rien qui vous empêche de danser.

Alessandra Eramo : Cum_Passione. About the possibility to pronounce words (Berlin – elle est née en Italie, comme son nom peut le laisse supposer mais, comme sa compatriote Carlo dal Forno, elle a choisi Berlin)

Carla dal Forno : What you gonna do now? (qu’est-ce que vous cherchez dans cette parenthèse ? suivez un peu, s’il vous plaît)

Stine Janvin Motland : In Labour (Berlin ; quant à elle, elle est née en Norvège)

Machine Woman : Genau House (originaire de Russie, elle aussi a choisi de s’établir à Berlin)

Beatrice Dillon : Sonnier (Walk in the Light) (Angleterre)

Nkisi : Dark Times (Angleterre)

Helena Celle : Streaming Music For Biometrics (Écosse)

Saturday Night Fever (40)

Aujourd’hui, à ma fenêtre, place V*, je tourne dans le sens inverse des aiguilles d’une montre avec quelques femmes formidables**. Je décris plutôt une spirale, enfin, pas loin – tenez, ça donne à peu près ça***/**** :

Teresa Winter : Untitled Death (Angleterre)

JASSS : Weightless (Espagne)

Maria Teresa Luciani : Sounds Of The City (Italie)

Georgia Spiropoulos : Klama (Grèce)

Kate NV : KKU (Russie)

Ectoplasm Girls : Mama Put Me In A Pie (Suède)

Hild Sofie Tafjord : Kama (Norvège)

* Une fois de plus, je triche : nous sommes mercredi après-midi et je me trouve effectivement près de ma fenêtre ouverte sur la place V, mais quand ce billet sera mis en ligne automatiquement, samedi, à l’heure où je l’aurai planifié, je me trouverai toujours à Meymac, de sorte que mon présent de l’infinitif sera un mensonge.

** Vous êtes nombreux à me reprocher de ne plus respecter le rythme initial de femmes formidables dans nos Saturday Night Fever : la non-mixité, ce fut d’abord une semaine sur deux et maintenant c’est quasiment toutes les semaines, je le reconnais. Pour écouter de la musique faite par des hommes, allez dans n’importe quel autre dancing que le mien, vous ne trouverez que ça. Par curiosité, je me suis branchée récemment sur une webradio de France Musique intitulée La contemporaine mais, après avoir parcouru cette playlist géante élaborée par des hommes et n’y avoir trouvé aucun nom de femme, j’ai préféré couper immédiatement. Non que je pense quotas, loin de moi ce type de principe, mais parce que pour passer à côté des innombrables femmes formidables qui composent de la musique contemporaine, il doit falloir être sacrément obtus et, comme il est de tradition de le dire aux téléprospecteurs, ça ne m’intéresse pas.

*** Je dis « à peu près » dans la mesure où j’ai relié à ma fenêtre les capitales des pays concernés, ne connaissant pas l’adresse exacte de ces dames, je vous prie de m’en excuser.

**** Imaginez le trait arrondi plutôt que droit et avouez que ça ressemble à l’ébauche d’une spirale.

Camilla

Dans mon dernier roman, La vie effaçant toutes choses, l’un de mes personnages (très précisément la dernière des 3 x 3 femmes) présente une émission de radio ; les auditeurs de France Musique lui trouveront quelques ressemblances avec une productrice qui agace certains puristes mais fédère le plus grand nombre. Pour ma part, elle m’attendrit. Ses petits rituels me font sourire, par exemple quand elle présente un morceau, énumère l’orchestre et les solistes et finit par dire « (ils étaient) tous placés sous la direction de » tel chef d’orchestre ; tout aussi rituellement, j’ajoute : « Tous sans exception ». J’observe ce rituel depuis huit ans, je ne m’en lasse pas. Dans mon roman, Camilla Kesher finit par passer Petit papa Noël le 25 décembre. Aujourd’hui, son inspiratrice a passé un morceau d’Yvette Horner, entre Manuel Blasco de Nebra et Henry Purcell. C’était très bien.

Grand Jeu Concours : trouvez de quelle productrice il s’agit et gagnez une pince à linge en plastique mauve. Un indice ? C’est elle, sur la photo ci-dessous. Vite, à vos pigeons !

Saturday Night Fever (39)

Suis-je rigoureuse dans mon indiscipline ou indisciplinée dans ma rigueur ? Je l’ignore, mais quoi qu’il en soit je me fatigue. Ce matin je passe en revue les cinq ébauches de Saturday Night Fever thématiques (des collectifs (2), le sud-ouest de ma chaise, field recordings (2), outsider music, etc.) que j’ai préparées au fil des écoutes, mais je n’ai pas la vigueur nécessaire pour les faire aboutir. Repose-toi ! me dit mon entourage : on voit bien qu’il n’a pas la responsabilité de votre samedi soir. Vous apprécierez que je l’aie toujours prise très au sérieux, quels que soient (ou fussent) mes acouphènes, ma disponibilité, ma relation compliquée, ma suffocation mentale, mon TGV à destination de, etc. Cette semaine, par exemple, c’est très, très difficile de ne pas vous dire, Débrouillez-vous, dansez ou ne dansez pas mais ne faites pas reposer votre bien-être sur mes épaules éprouvées. Parce que, pour tout vous dire, il est des jours où j’étais épuisée au point que je me suis allongée par terre – même pas sur mon tapis, sis à un mètre de ma chaise en mikado, pas le courage : juste là, sous mon bureau, jusqu’à ce que l’occiput me fasse mal et que je revienne à mon ordinateur, l’œil morne et le neurone mou. Aussi ai-je décidé ce jour de m’accorder une certaine liberté formelle dans le cadre très large que je me suis finalement imparti : les Amériques. Vous aurez vos sept femmes formidables, à savoir une Québecoise, cinq États-uniennes non classées par État (quand je vous dis que je manque de forces) et une Colombienne. Essayez au moins d’apprécier la diversité de leurs approches. Si vraiment vous n’êtes pas contents, je laisse Dame Sam accueillir vos pigeons, et vous pouvez croire qu’elle n’est pas connue pour ses qualités d’accueil, comme on dit.

Canada

Kara-Lis Coverdale : IMGS /R

États-Unis

Annie Anxiety : Burnt Offerings

Tropic of Cancer : Plant Lilies At My Head

Amy Denio : Dishwasher

Wendy Mae Chambers : New York, New York

Anne Guthrie : Branching Low and Spreading

Colombie

Lucrecia Dalt : Batholith

Saturday Night Fever (38) : des duos

Après une semaine très chargée en zéphyrs embrasés, m’est venue l’idée d’un numéro spécial duos (je mens par souci de cohérence : j’ai commencé à le préparer il y a plus d’un mois). Vous noterez l’introduction de performances dans cette rubrique initialement dévolue aux musiques dansantes telles que expérimentales, industrielles, noise, drone ou à base d’orgue. Moi aussi, je veux un duo de poésie performance. J’ai d’abord proposé à certaine tricheuse d’être mon binôme mais elle n’a pas été très gentille sur ce coup-là (bon, ok, elle se rattrape bien par ailleurs) puis à une amie comédienne et membre de mon collectif qui, elle, a accepté.

LA Vampires (Amanda Brown) & Zola Jesus : Looking In (LA Vampires aime les collaborations ; elle a enregistré un album avec Maria Minerva en 2012, que j’aurais aussi pu choisir de vous présenter ici mais ce numéro spécial duos est aussi l’occasion de présenter Zola Jesus que, par ailleurs, je n’écoute pas forcément en solo ; Maria Minerva, vous l’avez déjà entendue la semaine dernière)

Lucrecia Dalt & Julia Holter : Silencio

Jenny Hval & Susanna : I Have a Darkness

Puisqu’il est ici question de Jenny Hval, voici un duo dont je rêve – il n’existe pas, cette photo a dû être prise en 2015 pendant la tournée qu’elles ont faite en Europe. Elles ? Haley Fohr – aka Circuit des Yeux et Jackie Lynn – et Jenny Hval :

(Je ne sais pas de qui est la photo, désolée.)

Julianna Barwick & Ikue Mori : Rejoinder

Lea Bertucci & Leila Bordreuil

Des performances :

Holly Pester & Emma Bennett (ne vous laissez pas décourager, même si votre anglais est proche de nul, ça vaut le détour)

Anne-Julie Rollet et Anne-Laure Pigache : Parlophonie (il est 18h, l’heure pour moi de ; j’ai littéralement hurlé de rire la première fois que j’ai entendu cet extrait, dans Le cri du patchwork, géniale émission de Clément Lebrun sur France Musique tous les mardis de 23h à minuit)

Fabulous

Je vous ai parlé plus d’une fois de Clémentine Collette, avec qui je tourne dans le monde entier (Lille, Nevers, La Roche-sur-Yon) pour présenter notre lecture musicale, Mes petites amoureuses (vous souhaitez nous louer pour un mariage ou une communion ? rien de plus simple : envoyez-moi un pigeon, je vous ferai parvenir un devis). Si vous n’avez pas encore eu l’occasion de l’entendre dans son projet solo, sous le nom de Clemix, ne la manquez pas samedi soir : elle fera l’ouverture de la soirée Proud & Fabulous au Liquium (71 rue Barthélémy-Delespaul, Lille), à 19h.

Un petit aperçu ? Voici le clip de Discobar :