Saturday Night Fever (27)

Un samedi soir aux fièvres variées, cette semaine, quoique toujours orchestrées par des femmes incroyables, inclassables. Vous êtes prêt(e)s ?

(Santigold dans la vidéo de Banshee, image d’Ethan Marcopoulos.)

Cindy Lee : Act of Tenderness

Abyss X : Lyrical Waxing

Kara-Lis Coverdale : Touch me and die

Jarboe & Helen Money – Wired

Pharmakon : Autoimmune

Heather Leigh : The Return

Santigold : Banshee (Sans doute la chanson qui me rend le plus hystérique, à égalité avec R-Type d’Anna)

박지하

Je n’avais pas réussi à pleurer depuis des jours, ça restait coincé dedans. La musique de cette jeune Coréenne m’a libérée. Pourtant ce matin j’ai dansé encore une fois dans le soleil fou et les champs si boueux que les semelles de mes baskets semblaient compensées, je riais toute seule comme si mon imagination était assez puissante pour imposer sa partition au réel – c’est une partition mouvante, qui ondule avec le non-sens et lui propose, chaque minute, de nouveaux possibles glorieux (et j’appelle gloire la jonction de la lumière et de la musique, je n’ai jamais eu plus d’ambition), qui reste coincée dans ma tête, sans que rien ni personne semble pouvoir la libérer.

Park Jiha : Communion

Une nouvelle pierre à l’idiotie

Je reviens chaque jour à une phrase de Laurence Gonzalez que cite Rebecca Solnit dans Ces hommes qui m’expliquent la vie (à paraître le 1er mars aux éditions de L’Olivier) : « Le projet, en tant que souvenir du futur, cherche à voir si la réalité rentre dedans. » Chaque fois que je la relis, je me dis que c’est ça, c’est exactement ça, comme je le pense parfois en relisant en boucle certaines phrases de Renata Adler car, d’une certaine manière, cela me renvoie à l’Idiotie du réel (du grec idios, soi-même, appartenant à soi-même, en propre) théorisée par Clément Rosset. Je donnais ici un aperçu de cette philosophie, avant d’aller à New York, et si de longues discussions avec Meredith Monk ont en partie invalidé ma vision de sa musique comme idiote, je n’en ai pas moins recouru à cette vision du réel pour construire mon texte sur elle. Pensez-y, dans le bus, en attendant votre tour à la cantine, un plateau en plastique marron entre les mains, en nettoyant le frigo ou la baignoire : « Le projet, en tant que souvenir du futur, cherche à voir si la réalité rentre dedans ». Vous verrez, c’est très apaisant.

(Rébecca Solnit par Jude Mooney.)

Laurence Gonzalez ajoute ceci, nous dit Solnit : « Les chercheurs nous montrent que nous avons tendance à prendre la moindre information comme une confirmation de nos schémas mentaux. Nous sommes par nature optimistes, si l’optimisme veut dire que nous croyons voir le monde tel qu’il est. Et sous l’influence d’un projet, il est facile de voir ce que nous voulons voir. » Ainsi, je continue de relever dans mes lectures tout ce qui me semble ressortir à l’idiotie du réel, ce qui ne sert à rien (c’est donc parfait).

Saturday Night Fever (26)

C’est presque devenu un exercice bimensuel que ce Saturday Night Fever dédié à des femmes qui créent dans les friches musicales qui me passionnent. Ces musiques me rendent si heureuse que parfois je gigote sur ma chaise de bureau et que, pour reprendre la célèbre citation, j’ai chaud dans mes pantoufles. Les sept morceaux ci-dessous ne sont décidément pas des musiques pour pantoufles mais bien plutôt pour vos souliers du samedi soir. Encore une bonne occasion que je vous donne de me remercier, voire de m’offrir des cadeaux.

Catherine Christer Hennix : The Electric Harpsichord (Dame Sam dit que ça passe encore.)

Anna Meredith : Nautilus (Dame Sam dit, Tu vois ? ça me fait un truc derrière l’oreille, là.)

Christina Kubisch : Circles III (Dame Sam dit que ça perturbe son sommeil.)

YoshimiO : Endless/Sunny/Chuwow (Dame Sam dit que c’est n’importe quoi.)

Matana Roberts : All Is Written (Dame Sam soupire : ça commence à faire beaucoup pour un seul samedi soir, estime-t-elle.)

Mira Calix : Sparrow (Dame Sam descend faire pipi et racle sa litière comme si elle voulait lui faire mal.)

Phew : Light Sleep (Dame Sam monte dans la chambre et se cache sous le couvre-lit.)

Casio

Josh Cheon a créé le label Dark Entries. Il ne publie pas le type de musique dont je suis cliente et les photos d’enfants me font généralement bâiller d’ennui, mais celle du jeune Josh avec son nouveau Casio me fait hurler de rire chaque fois que je la vois – oui, parce que dans l’arrière-monde de l’industrie musicale, on tombe parfois sur cette photo : au fond, je crois que j’aime ma vie.

Sieste acoustique

Hier après-midi, ma sieste acoustique avec Bastien Lallemant, Armelle Pioline (peut-être la connaissez-vous à travers les groupes Holden ou SuperBravo), Laure Brisa et Richard Petitsigne a été un enchantement. Prendre part à tant de beauté m’a beaucoup émue – même si ce n’était pas moi qui jouais cette musique pleine de grâce, j’étais là, avec eux. Armelle et moi nous sommes découvert un point commun, dans l’usage du mot arrière-monde, qui est d’ailleurs le titre du premier album de Holden : n’est- ce pas fascinant ? Encore une belle rencontre…

SuperBravo : Cars

Laure Brisa : Ninfa Lilo y Primavera

Saturday Night Fever (25)

Parfois il n’y a plus rien à faire que de s’abandonner à la douleur et de regarder les photos qui restent. Voici une narration déchirante en cinq chansons.

Frank Sinatra : If I Had You

Victor Arden & Phil Ohman Orchestra avec Frank Munn : Penthouse Serenade

Billie Holiday : Darn That Dream

Judy Garland : Better Luck Next Time

Fred Astaire et les larmes de Ginger Rogers : They Can’t Take That Away From Me

Saturday Night Fever (24)

Cette semaine encore, 7 femmes formidables, improvisatrices ou compositrices, que j’ai rencontrées dans l’arrière-monde de l’industrie musicale. Sans blague, un jour vous me remercierez de tous ces trésors que je vous livre ici, vous me proposerez une rémunération, une émission de radio ou les deux. Ce serait bien la moindre des choses.

Lea Bertucci : Solo amplified bass clarinet

Sarah Davachi : For Strings

Svitlana Nianio : Episode 6 (il n’est pas exclu que cette jeune Ukrainienne ait un certain goût pour la musique de Meredith Monk…)

Moor Mother : This Week

Claire M Singer : Solas

(© Spitfire Audio)

Áine O’Dwyer : For The Souls of Our Fleas

Kelly Lee Owens : Bird

La vie t’attend

Hier, mon amie Claire m’a dit, « Tu es extrême, presque bipolaire, mais tu es la personne la plus vivante que je connaisse ». Ça, c’est un compliment ! Quelques minutes plus tard, je recevais un e-mail d’adieu, avec un certain soulagement : finis les atermoiements, je vais continuer d’aimer, de courir, de danser, de découvrir de nouveaux individus, de nouvelles villes, de nouvelles musiques et d’avoir treize projets par jour. Cette nuit, en plus de lire intégralement L’histoire de mes dents de Valeria Luiselli, j’en ai ébauché trois, trois projets de plus pour m’aider à sourire. Cependant, j’écoutais les émissions de la nuit sur France Musique et, soudain (ma tendance à l’apophénie n’est plus à trahir) j’ai dit Nous y sommes, quand est passée une chanson que j’avais régulièrement dans la tête depuis onze jours :

Kurt Weill : Je ne t’aime pas, interprété par Anne Sofie von Otter

Ça, c’est fait. Maintenant, hop, me suis-je dit, la vie t’attend ! Dame Sam en a bâillé d’avance.

Saturday Night Fever (23)

C’est incroyable, le nombre de musiques que je ne peux plus écouter chez moi, de peur que mon corps ne se fissure comme la surface trop fine d’un lac gelé. En courant, je peux m’autoriser un spectre plus large sans risque d’effondrement, mais pas absolument tout. Il y a des musiques, parmi celles qui ont le plus compté pour moi récemment, que je ne pourrai sans doute plus écouter avant des années. Je tends vers le drone et l’hypnotique. Mais, hors de chez moi, je reviens aussi compulsivement aux musiques que je choisissais pour courir à Brooklyn quand j’avais besoin d’apaiser l’angoisse – j’avais choisi certaines d’entre elles parce que je ne les avais jamais écoutées que sporadiquement dans d’autres contextes, pour leur neutralité affective donc mais aussi pour leur caractère pop, indolore. Et ça marchait. Aujourd’hui, elles devraient m’achever d’une balle dans la tête mais, à l’inverse, elles me rassurent (le cerveau est un drôle de truc) et je m’aperçois qu’elles ont la même fonction ici et maintenant qu’alors là-bas, mais que le centre de gravité de ce petit arrangement avec le son s’est déplacé. Certaines de ces musiques sont expérimentales mais d’autres, décrites plus haut, sont assez régressives et c’est sur deux de celles-ci que je propose de clore votre samedi soir (je précise que je les écoute sans ironie, aujourd’hui je les aime VRAIMENT).

Terry Riley : Poppy Nogood & the Phantom Band

Felicia Atkinson et Sylvain Chauveau : Dans La Lumière

Karlheinz Stockhausen : Stimmung par Theater of Voices

Morton Subotnick : The Key to Songs (Part I) (hélas le morceau est coupé ; je n’en trouve pas de version intégrale sur Internet)

Carla dal Forno : What you gonna do now?

Mélissa Laveaux : Postman

Santigold : Go! (feat. Karen O)