Saturday Night Fever (32)

Comme il est ici de tradition, un samedi sur deux et parfois plus, nous allons aujourd’hui danser sur les musiques de sept femmes formidables. La première de cette playlist, Missy Mazzoli, aurait travaillé pour Meredith Monk pendant l’été 2005 et l’une de ses tâches (si l’on en croit le New York Times) aurait consisté à s’occuper de Neutron, la tortue de Meredith. N’oublions jamais combien ce monde est fascinant. Puisque je parle de Meredith Monk, je suis heureuse de pouvoir de nouveau écouter sa musique, après plusieurs mois où même ses pochettes de disques me plongeaient dans des abîmes de mélancolie ; cette semaine, j’ai couru-dansé sur Three heavens and hells, que je ne peux hélas partager avec vous ici car on ne le trouve pas sur les sites de vidéo. Je vous encourage vivement à vous le procurer si vous ne voulez pas tout simplement foirer votre Saturday night.

Missy Mazzoli : This World Within Me Is Too Small

Tanya Tagaq : Sulfur

Nicole Lizée : Bookburners

Susie Ibarra : Flower after flower

Gudrun Gut : Tip Tip

Runhild Gammelsæter : Collapse

People Like Us : Whistle Song (encore une Londonienne…)

Motto

La semaine dernière, un collégien m’a demandé si j’avais une devise.
– Euh, non, ai-je dit, déçue de le décevoir. Tu en as une, toi ?
– Euh, non, a-t-il dit.
Ainsi étions-nous deux individus face à face et sans devise.

Aujourd’hui, jetant un regard prudent vers les deux dernières années de ma vie, embrassant dans un clignement de paupière le large spectre des cruautés qui m’ont été infligées, me viennent ces paroles toutes simples de Gazelle Twin dans I consume only :

Avec une devise pareille, je serais quelqu’un d’autre, ce serait reposant.

Saturday Night Fever (31)

Hier soir, j’ai rencontré le sosie yonnais d’Anna. Un sosie qui n’a rien à voir avec le sosie lillois d’Anna. Ce sont des sosies d’Anna qui ne sont pas sosies l’un de l’autre, ni physiquement ni moralement – même s’ils ont un second point commun en ceci que leurs prises de paroles peuvent occasionnellement provoquer le rire attendri de leur auditoire, quoique pas de la même manière. Cela dit, je ne vous ferai pas danser sur la musique d’Anna aujourd’hui, ni sur celle de Karen (à propos d’Anna, Karen et moi, nous avons de nouveau couru dans des champs bourbeux, ce matin, au cas où ça vous intéresserait, mais un nouveau cadavre de mammifère conséquent nous a menées à la décision ferme et définitive de ne pas vivre à la campagne). Un peu de parité aujourd’hui, tiens :

Maya Dunietz & Ram Gabay : Perpetuum Disco (dans une veine très différente du Hegel Psalm que je vous proposais la semaine dernière, par la même Maya Dunietz)

Księżyc : Kołysanka

Fausto Romitelli : An Index of Metals (interprété par l’ensemble Ictus avec l’inestimable Donatienne Michel-Dansac)

Maggi Payne : Spirals

Lucy Railton : Fortified Up

Hercegovina : Esprit De Corps

Kelly Lee Owens, dont je vous ai déjà offert le génial Bird ici, avec Jenny Hval, dont je vous ai déjà fait l’article ici et (Quel duo de rêve !) : Anxi

Saturday Night Fever (30)

Quelques femmes formidables pour renouer avec les Saturday Night Fevers. Je leur dois beaucoup, plus que jamais ces dernières semaines, ainsi qu’à nombre de leurs consœurs et confrères. Récemment, je me suis rappelé cet alpiniste dont m’ont parlé des amis, qui a dû se couper la main ou le bras, je ne sais plus, avec un canif, pour sauver sa vie. J’ai dû faire la même chose, il y a deux semaines, mais avec mon cœur, à cette différence près que j’ai tendu le canif pour être éviscérée. Il fallait quand même le faire. J’ai désormais très peu de patience avec les leçons de morale, et beaucoup de choses que l’on me dit sonnent à mes oreilles comme des leçons de morale ; toute phrase commençant par « Tu devrais », « Pourquoi tu » ou « Tu ne crois pas que », par exemple, me donne des pulsions violentes : filez-moi une masse et un gratte-ciel à détruire. Les gens ne savent plus quoi te dire, argue parfois mon Antique, ils sont maladroits. Et je lui réponds, Eh bien, qu’ils se taisent, alors. Je ne supporte plus tous ces mots pour rien. Plus j’en entends, moins j’ai la force de parler. La musique est décidément l’ultime refuge en ce monde.*

Letha Rodman Melchior : Red Moon / Fra Mauro

Gazelle Twin : Anti Body

Maya Dunietz : Hegel Psalm (la semaine prochaine, je mettrai l’accent sur un autre aspect de son travail)

Madalyn Merkey : Mend

Holly Herndon : Solo Voice

Valby Vokalgruppe : Open Road

Marcia Bassett & Samara Lubelski en concert à Ende Tymes (Festival of Noise and Experimental Liberation), Brooklyn

* Je viens d’apprendre que, la semaine prochaine, Charlemagne Palestine sera en concert à Villeneuve-d’Ascq – vous avez bien lu : à Villeneuve-d’Ascq, JMJ ! et je ne serai pas là. C’est le 11, ne manquez surtout pas ça, c’est plus qu’exceptionnel.

Prière n°11

Pour Pâques, je me suis offert 1h30’45 de beauté dématérialisée, à savoir les deux volumes de Music for Church Cleaners, de Áine O’Dwyer (ainsi vais-je pouvoir l’écouter ad lib. dans le train, le métro, l’avion, en courant, en écrivant, pour alterner avec mes autres obsessions musicales du moment, parmi lesquelles Karen Gwyer, qui rime plutôt bien avec Áine O’Dwyer, quoique leurs registres soient, pour une oreille docile – ce que n’est pas la mienne – plutôt éloignés). C’est du field recording, dans la mesure où l’on entend ce qui se passe dans l’église, notamment le passage de l’aspirateur (le titre de l’album n’est pas usurpé), ce dernier se mariant d’ailleurs très bien avec l’orgue. Vous pouvez entendre ici l’intégrale de cette merveille, avant de la télécharger légalement , puisqu’on ne la trouve nulle part ailleurs :

Idiot

J’ai appris aujourd’hui la mort de Clément Rosset, survenue mardi. J’ai découvert ses écrits récemment – il y a un peu moins de deux ans. Je vous en ai parlé souvent ici, particulièrement d’un aspect de sa pensée qui m’accompagne désormais au quotidien, dans mon cheminement personnel comme dans ma démarche littéraire, à savoir l’idiotie du réel. Je continuerai de grandir avec cette philosophie.

Grand Jeu Concours : 17 + une

Devinez à laquelle de ces dix-huit femmes je n’enverrai pas un e-mail la semaine prochaine et gagnez un stégosaure en plastique (jaune) à friction, état neuf (frais de port non pris en charge). Il y a un piège : c’est une artiste dont j’aime par ailleurs beaucoup le travail.

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Saturday Night Fever (29)

Ne jamais écouter la radio avec un marteau, telle est ma ligne de conduite. Que des artistes n’aient aucune curiosité pour ce que font d’autres artistes, c’est une chose qui me donne le cafard (les spécialistes de telle ou telle discipline en général me donnent le cafard, leur soin méticuleux de détails à récurer au coton-tige me donne même plutôt envie de déchiqueter des poufs à billes entre mes mâchoires), mais quand un interprète de renommée internationale (je parle ici de musique classique) trahit son incapacité à distinguer le rock’n’roll de la variété, je pense carrément marteau – il ne faut pas, il ne faut pas. J’avais besoin de le dire pour évacuer mon exaspération matinale. Maintenant ça va mieux et nous allons pouvoir danser sur la musique de femmes qui ne passent pas à la radio et tant pis pour la radio.

숨 suːm : Passing rain

Caterina Barbieri : Pneuma

Ohal : Wintertime

Joanna Bailie : Symphony-Street-Souvenir

Kali Malone : Black Gate III

Sharon Gal : L’esprit d’escalier

Laurel Halo : Strength In Free Space

La vie effaçant les chemins

Vous avez déjà lu son nom quelques centaines de fois, ici. Je rappelle aux plus distraits d’entre vous qu’Allison Sniffin est compositrice, multi-instrumentiste, chanteuse, etc. Elle fait partie de l’ensemble de Meredith Monk depuis plus de vingt ans. Aujourd’hui, elle chante pour nous Les chemins de l’amour, accompagnée par sa propre orchestration, en format MIDI, de la partition de Francis Poulenc. Ce qui nous vaut un tel honneur ? La parution, aujourd’hui, de La vie effaçant toutes choses, mon nouveau roman aux éditions de L’Olivier, dont le titre est tiré de ladite mélodie. Merci, Allison.

L’étang

Je lis et relis certaines pages de Claire-Louise Bennett comme je me repasse indéfiniment certains morceaux de musique. Hier soir, j’en ai d’ailleurs lu deux passages à des amies, de même que j’ai tâché de les sensibiliser (sans grand succès) aux notes tenues d’Ellen Arkbro, à l’orientalisme expérimental de Nadah El Shazly et à l’électro abrasive de Karen Gwyer. L’étang est à ce jour l’un de mes livres les plus cornés. Quand je l’ai rangé dans ma bibliothèque, qui est si bien ordonnée, j’ai soudain eu envie de relire un roman d’Aimee Bender – une envie terrible, comme de gâteau au citron. Je ne vais pas m’en priver : si je garde certains livres chez moi, c’est dans l’éventualité de les relire. Sinon, je les donnerais.

(Mon exemplaire de L’étang.)