Mal assis, là (33) : renversant

Je me suis demandé quel type d’être humain ne répond pas Et toi ? quand on lui demande comment ça va, et j’ai trouvé : mais bien sûr, un enfant ! Ou un adulte qui n’a jamais dépassé le stade de l’enfance dans son développement psychique. J’en avais l’intuition depuis des semaines, c’est pourquoi un simple e-mail sans « Et toi ? » a rompu le dernier fil du lien qui m’entravait et m’empêchait d’aimer ailleurs. Les enfants, ce n’est vraiment pas mon truc. Voici pour l’occasion une narration en chaises qui finit bien (désolée, c’est une fois de plus un peu érotique).

Saturday Night Fever (25)

Parfois il n’y a plus rien à faire que de s’abandonner à la douleur et de regarder les photos qui restent. Voici une narration déchirante en cinq chansons.

Frank Sinatra : If I Had You

Victor Arden & Phil Ohman Orchestra avec Frank Munn : Penthouse Serenade

Billie Holiday : Darn That Dream

Judy Garland : Better Luck Next Time

Fred Astaire et les larmes de Ginger Rogers : They Can’t Take That Away From Me

To nowhere

là où vous connaissez déjà
où c’est encore chaud de vous
– d’une autre fois vous

là où ça circonscrit le vaste univers glacé
dans un dessin d’enfant et pourquoi
pas de l’enfant que vous fûtes ?

c’est là que vous allez avec
vos sourires fragiles – vos sourires
des fêlures visibles à l’œil nu

tâchant sans doute de ne pas penser que
là aussi
est le bord d’un gouffre

.

Saturday Night Fever (19)

Avant de critiquer le manque d’unité de ce DJ set, vous remarquerez que je l’ai classé dans la rubrique « La narration ». Vous savez comment ça se passe : il arrive un moment où la narration vous échappe en quelque sorte, car elle a sa logique propre. Quand j’ai ouvert cette page WordPress, mon intention était de consacrer la fièvre de votre samedi soir à l’électro noise, mais il se trouve que Dame Sam n’aime pas ça. Je ne suis pas en train de vous dire que c’est elle qui décide, ce n’est pas ça – écoutez donc mon histoire au lieu de m’interrompre sans cesse. Quand j’écoute certaines musiques, notamment expérimentales, Dame Sam frétille littéralement des oreilles et lève un petit œil méchant vers moi, quoique sans quitter mes genoux (elle s’emploie généralement à y dormir dès lors que je ne suis pas en train de courir ou de passer l’aspirateur). C’est ce qui s’est passé quand j’ai lancé cette vidéo de Wilted Woman.

Wilted Woman : Singspiele A

Mais c’est également le cas quand je passe certains morceaux de Meredith Monk. Do you be, par exemple, lui donne des espèces de spasmes.

– Non mais elle crie, là, tu es d’accord ? grommelle Dame Sam.
– N’importe quoi ! je proteste.
– Moi, j’appelle ça crier.
– Tu n’y connais rien.
– Ah ouais ? Tu es musicologue, toi ?
– Dors. Tu seras de meilleure humeur quand tu auras eu tes dix-huit heures de sommeil.
– C’est quoi, pour toi, crier ? insiste-t-elle.

Alors je lui passe TV Shit de Sonic Youth avec Yamatsuka Eye. Elle l’aura bien cherché.

Pour une fois, Dame Sam et moi tombons d’accord : ça, admet-elle, c’est crier. Au lieu de nous rapprocher, cet acquiescement nous divise et elle saute de mes genoux avec une irritation manifeste dès la quatorzième seconde du morceau. Je l’entends gratter rageusement sa litière. Elle revient, cependant, essaie de faire un trou dans mon nouveau pull en feignant de chercher la position la plus confortable sur mes genoux.
– Passe-moi des chants de Noël, me dit-elle.
– Ok, ma chérie.
Je choisis Jingle Bells par The Residents. Comme ça, lui dis-je, tout le monde est content.

Et un chant religieux, avec un chœur d’enfants : Jesus Wants Me For A Moonbeam de Current 93. « Pff, tu ne changeras jamais », dit Dame Sam à la fin, presque attendrie. Puis elle s’endort.

Voilà comment ça s’est passé ; voilà pourquoi ce DJ set n’a aucune cohérence.

Mal assis, là (17), matières : 1. le plastique

Je vous propose aujourd’hui une micro-série dans la série. Comparons les différentes possibilités d’être mal assis, là, en termes de matières. Dans ce premier épisode, dédié au plastique, vous constaterez que cela va de mal en pis au fil des images, de sorte que j’ai pensé pouvoir (après tout, c’est mon blog) intégrer cet article à notre catégorie La narration. La progression m’évoque en effet, indiscutablement, celle des fameux body snatchers, dont j’ai déjà parlé ici et .

Bonjour le monde (5)

le propriétaire du monde pourvoit à tous
nos besoins, lui qui sait mieux que nous

ce dont nous avons besoin pour vivre en
harmonie dans la Cité – car nous sommes

comme des enfants qui ne comprennent pas
ce qui est bon pour eux et c’est pourquoi

le propriétaire nous dit où nous asseoir
afin de contempler le paysage qu’il a choisi

d’installer autour de nous – il demande en
échange que nous nous y tenions correctement

Grand Jeu Concours (le propriétaire du monde me paie – très mal – pour vous divertir sur le plan existentiel avec de Grands Jeux Concours) : trouvez laquelle de ces photos n’a pas été prise à Lesquin et gagnez un rouleau de bolduc violet (peu servi). Sous réserve que je le retrouve à la cave. Frais de port non pris en charge. Possibilité d’acheminement par les airs si pigeon bien nourri.

Bonjour le monde (4)

mais alors quand l’homme blanc ne sera plus,
que deviendra sa propriété – sur laquelle nous

sommes tolérés contre d’exorbitants loyers ?
son fils héritera du monde mais ce ne sera pas

son jouet ce sera toujours le jouet poussiéreux
et vieillot de feu son père et sans doute

préfèrera-t-il des divertissements plus virtuels
où il pourra nous ranger dans des petites cases

quand il s’ennuiera au point de se tourner vers
nous, les jouets désuets de feu le propriétaire

(à suivre)

Bonjour le monde (3)

s’il n’y a jamais personne, derrière, sans
doute cela signifie-t-il que personne n’en veut

mais ça fait partie du monde aussi, derrière,
alors il faut bien que ça appartienne

à l’homme blanc qui est heureux d’avoir un
fils – cependant, que peut-il bien faire d’un

derrière que personne ne se disputerait
s’il le donnait comme on jette aux poules

des épluchures ? qui sait si ce derrière
n’est pas un fardeau pour le propriétaire ?

(à suivre)

Bonjour le monde (2)

regarde – si tu tournes sur toi-même à
45°, à 90, à 135°, ce n’est pas le même

espace ce n’est pas le même temps regarde –
et tous ces espaces-temps, à qui sont-ils ?

le ciel appartient-il à l’univers intersidéral
ou à la terre, qui appartient à un homme blanc

heureux d’avoir un fils ? est-ce qu’il jette
des détritus dedans comme d’autres en

jettent à la mer, dans les sous-bois ou au bas
des talus jusque sur les voies ferrées ?

(à suivre)

Bonjour le monde (1)

avons-nous le droit d’être ici debout
les pieds croisés, une main sur la hanche ?

des chiens dressés pour mordre vont-ils
nous pourchasser sur les pavés glissants ?

à qui appartient le monde ? est-ce à un
homme blanc heureux d’avoir un fils ?

est-ce qu’il est immortel ? est-ce qu’il
pose ses pieds partout sur le monde

qui est à lui, le matin, pour lui dire bonjour
de même qu’il dit bonjour à sa femme ?

(à suivre)