Pas nous

aujourd’hui j’ai regardé une photo d’elle
pour la première fois depuis dix jours
et d’émotion j’ai d’abord cru
que toutes mes dents allaient tomber
puis j’ai regardé de plus près – de très
très près et, Ça alors ! me suis-je dit :

ce n’était pas elle

j’en suis restée interloquée
comme si je m’apercevais que pendant six mois
j’avais mal orthographié son prénom

je me suis frotté les yeux mais non
ce n’était assurément pas elle et
quand je me suis tournée vers le miroir
ce n’était pas moi non plus

Un ex-voto

(Pour Karen Gwyer et mes amies)

j’ai mis la chimie dans ma bouche j’ai lacé
mes baskets et fermé la porte derrière moi

au bout de 800 mètres déjà j’ai senti que les
poumons s’entrebâillaient comme souvent ici
en haut du boulevard de Strasbourg

où la lumière
et l’air circulent sans obstacle sur l’asphalte
et le sable mouillé

où la lumière éclate stroboscopique
entre les planches disjointes de la palissade
et souffle de la vitesse sur les paupières

de nouveau j’ai respiré mes yeux piquaient de
reconnaissance et Karen a dit que tout irait bien
et le soir mes amies aussi diraient que tout irait
bien à mon chevet elles le diraient à leur tour

mais pour l’instant je n’avais appelé personne
à l’aide encore et je bricolais ma longévité avec
des brindilles et des capsules pliées dans
les caniveaux

et Karen étrillait dedans elle étrillait mes
organes au bord de l’explosion et dedans moi
toute la chair râlait ahhhh – râlait

cependant que je courais sans vomir au-delà
de toute trace humaine au-delà du canal
et des bois de sorte qu’aujourd’hui
je suis encore en vie une fois de plus
et sans nouvelle cicatrice

c’est bientôt fini, dit mon Antique
c’est bientôt fini

Karen Gwyer : Missisissipippi (écoutez très fort – sans regarder la vidéo, bien sûr – et vous le sentirez : ça étrille dedans)

Mal assis, là (33) : renversant

Je me suis demandé quel type d’être humain ne répond pas Et toi ? quand on lui demande comment ça va, et j’ai trouvé : mais bien sûr, un enfant ! Ou un adulte qui n’a jamais dépassé le stade de l’enfance dans son développement psychique. J’en avais l’intuition depuis des semaines, c’est pourquoi un simple e-mail sans « Et toi ? » a rompu le dernier fil du lien qui m’entravait et m’empêchait d’aimer ailleurs. Les enfants, ce n’est vraiment pas mon truc. Voici pour l’occasion une narration en chaises qui finit bien (désolée, c’est une fois de plus un peu érotique).

Saturday Night Fever (25)

Parfois il n’y a plus rien à faire que de s’abandonner à la douleur et de regarder les photos qui restent. Voici une narration déchirante en cinq chansons.

Frank Sinatra : If I Had You

Victor Arden & Phil Ohman Orchestra avec Frank Munn : Penthouse Serenade

Billie Holiday : Darn That Dream

Judy Garland : Better Luck Next Time

Fred Astaire et les larmes de Ginger Rogers : They Can’t Take That Away From Me

To nowhere

là où vous connaissez déjà
où c’est encore chaud de vous
– d’une autre fois vous

là où ça circonscrit le vaste univers glacé
dans un dessin d’enfant et pourquoi
pas de l’enfant que vous fûtes ?

c’est là que vous allez avec
vos sourires fragiles – vos sourires
des fêlures visibles à l’œil nu

tâchant sans doute de ne pas penser que
là aussi
est le bord d’un gouffre

.

Saturday Night Fever (19)

Avant de critiquer le manque d’unité de ce DJ set, vous remarquerez que je l’ai classé dans la rubrique « La narration ». Vous savez comment ça se passe : il arrive un moment où la narration vous échappe en quelque sorte, car elle a sa logique propre. Quand j’ai ouvert cette page WordPress, mon intention était de consacrer la fièvre de votre samedi soir à l’électro noise, mais il se trouve que Dame Sam n’aime pas ça. Je ne suis pas en train de vous dire que c’est elle qui décide, ce n’est pas ça – écoutez donc mon histoire au lieu de m’interrompre sans cesse. Quand j’écoute certaines musiques, notamment expérimentales, Dame Sam frétille littéralement des oreilles et lève un petit œil méchant vers moi, quoique sans quitter mes genoux (elle s’emploie généralement à y dormir dès lors que je ne suis pas en train de courir ou de passer l’aspirateur). C’est ce qui s’est passé quand j’ai lancé cette vidéo de Wilted Woman.

Wilted Woman : Singspiele A

Mais c’est également le cas quand je passe certains morceaux de Meredith Monk. Do you be, par exemple, lui donne des espèces de spasmes.

– Non mais elle crie, là, tu es d’accord ? grommelle Dame Sam.
– N’importe quoi ! je proteste.
– Moi, j’appelle ça crier.
– Tu n’y connais rien.
– Ah ouais ? Tu es musicologue, toi ?
– Dors. Tu seras de meilleure humeur quand tu auras eu tes dix-huit heures de sommeil.
– C’est quoi, pour toi, crier ? insiste-t-elle.

Alors je lui passe TV Shit de Sonic Youth avec Yamatsuka Eye. Elle l’aura bien cherché.

Pour une fois, Dame Sam et moi tombons d’accord : ça, admet-elle, c’est crier. Au lieu de nous rapprocher, cet acquiescement nous divise et elle saute de mes genoux avec une irritation manifeste dès la quatorzième seconde du morceau. Je l’entends gratter rageusement sa litière. Elle revient, cependant, essaie de faire un trou dans mon nouveau pull en feignant de chercher la position la plus confortable sur mes genoux.
– Passe-moi des chants de Noël, me dit-elle.
– Ok, ma chérie.
Je choisis Jingle Bells par The Residents. Comme ça, lui dis-je, tout le monde est content.

Et un chant religieux, avec un chœur d’enfants : Jesus Wants Me For A Moonbeam de Current 93. « Pff, tu ne changeras jamais », dit Dame Sam à la fin, presque attendrie. Puis elle s’endort.

Voilà comment ça s’est passé ; voilà pourquoi ce DJ set n’a aucune cohérence.

Mal assis, là (17), matières : 1. le plastique

Je vous propose aujourd’hui une micro-série dans la série. Comparons les différentes possibilités d’être mal assis, là, en termes de matières. Dans ce premier épisode, dédié au plastique, vous constaterez que cela va de mal en pis au fil des images, de sorte que j’ai pensé pouvoir (après tout, c’est mon blog) intégrer cet article à notre catégorie La narration. La progression m’évoque en effet, indiscutablement, celle des fameux body snatchers, dont j’ai déjà parlé ici et .

Zéphyrs embrasés (29) de Brooklyn

Attention, voici une vraie narration.

Dans l’heureux borough de Brooklyn vivaient heureux deux amoureux (des amoureux en paix avec le monde grâce au rejaillissement de leur amour sur leur environnement, etc.)

Heureux dans leur escalier privatif, car ils étaient les jeunes et heureux propriétaires d’une belle maison à Ridgewood, ils réfléchissaient à la manière d’être encore plus heureux.

C’est Monsieur qui a trouvé : il leur fallait une citerne, comme celle des voisins. Une citerne, ça c’est du bonheur. Waouh, dit Madame, et des constellations de bonheur tournèrent dans ses yeux.

Des sosies

L’autre jour, une boulangère n’en revenait pas que personne ne m’ait jamais signalé mon incroyable ressemblance avec « cette chanteuse, vous savez, elle a fait The Voice ? » Non, je ne voyais pas du tout. « En plus elle a les cheveux courts comme vous », a étayé la boulangère. J’avais oublié le nom de la chanteuse quand je suis rentrée chez moi et je n’ai donc pu vérifier les dires de la boulangère. Cette anecdote m’est revenue hier soir quand mon amie Fanny m’a présenté Marie :
– Je lui ai dit « Bonjour Muriel » et elle m’a répondu « Non, moi c’est Marie ».
– Ce n’est absolument pas Muriel, lui ai-je confirmé.
Cependant, Marie souhaitait rencontrer son supposé sosie, aussi avons-nous cherché Muriel dans la foule puis nous avons fait cercle autour des deux M., qui se regardaient sans oser rien dire pour ne vexer personne – ni Fanny, ni l’autre M.
– Absolument pas, ai-je appuyé.
– Elles ont des cheveux mi-longs, a maugréé la petite amie d’une M.
– Je n’ai pas mes lunettes, s’est excusée Fanny.
Puis tout le monde est retourné à ses activités.

(Fresque, dans le préau de l’école Arago, Lille.)

La narration : le retour de la catastrophe (2)

Voici enfin l’épisode 2 du chapitre 2 tant attendu de ma série acclamée, La narration : la catastrophe. Les étourdis qui auraient manqué le début de ce chapitre 2 peuvent le voir ici. Ceux d’entre eux qui n’en auraient pas le temps peuvent se contenter du résumé : suite à une espèce d’explosion cosmique, de méchants dinosaures de l’espace envahissent la planète Terre et y sèment la dévastation, etc.

Super Sauveur parviendra-t-il à terrasser le terrible Re-dino ? Vous le saurez quand j’aurai trouvé un Re-dino mort à photographier, ou un Super Sauveur mort et/ou une planète Terre kaputt : pas forcément tout de suite. Pour l’instant, je n’ai jamais rien croisé de tel dans la métropole lilloise que j’arpente en courant.