Commodités

Mercredi, je suis retournée dans certains des lieux qui ont marqué mon été, notamment à Sallaumines, où une maison à vendre m’a dit, Tu ne serais pas bien, ici ? J’ai dû reconnaître qu’elle était particulièrement bien placée, sur le corps calleux de la ville, à proximité de toutes commodités telles que : arrière-monde, champs, voie ferrée, etc. Pas très loin, il y a aussi mon parc secret (du moins ne semblons-nous pas nombreux à le fréquenter, ce qui fait une grande partie de son charme – dont j’espère que des travaux en cours à proximité ne vont pas le dénaturer, retournant l’arrière-monde de manière à ce qu’il devienne le devant pour un trop grand nombre d’individus). Puis il a fallu rentrer chez moi, dans la grande ville qui ne sert à rien, pleine de bruit et de rumeurs.

L’orée de mon parc bien caché

Pas très loin, l’orée d’un petit bois interdit au public (c’est apparemment une réserve naturelle de cette espèce protégée qu’est aujourd’hui le minitel)

Londres (7) exactement vide (32)

Londres est une très grande ville dans laquelle on peut éprouver le vide exact, quand le soleil joue au cricket avec les crânes dans les rues muettes, ton sur ton, brique sur brique. C’est le dernier souffle de l’été. Il s’éteint à six heures du soir et l’on se pelotonne alors sur l’herbe sèche et l’on se serre dans ses propres bras.

L’on y trouve également de beaux arrière-mondes mais c’est, contre toute apparence, un autre sujet. Dans ce genre-là, par exemple :

Aperçu 1 : gonflable

J’ai fini de préparer mon exposition sur la langueur de l’été dans le bassin minier ; contrairement à ce que me disent les bonnes volontés qui essaient de me consoler, le but (l’exposition) ne prime pas à mes yeux sur le chemin (la conception, le rythme de la route, le hasard des rencontres, les pauses déjeuner chez mes parents, la sélection, l’écriture et la langueur de l’été per se), alors pour rester encore un peu dans l’atmosphère du projet, à défaut de poursuivre sa dynamique, j’ai décidé de vous proposer ici quelques photos écartées de ma sélection. Vous aurez ainsi un aperçu de l’esprit des images que j’ai rapportées de mes expéditions (mais pas de l’esprit des textes, je tiens à le préciser). Je les répartirai en plusieurs volets thématiques et nous commençons par une micro-série gonflable.

(De haut en bas, chemin de Noyelles, Méricourt ; espace vert sans nom ni véritable forme entre la rue de Réaumur et la voie ferrée, Méricourt encore ; derrière le centre commercial de Liévin.)

Le vide exact (30)

La première image de ce vide exact aurait pu être affectée à une série Imagin’Hair (3) mais face au relatif échec des deux premières saisons (hiver et printemps), je boude un peu et décide que non, non et non, il n’y aura pas d’Imagin’Hair d’été (tant pis pour vous). La deuxième image, quant à elle, pourrait tout aussi bien relever de la rubrique L’arrière-monde, mais cet arrière-monde présente un vide si exact en été que j’ai choisi de l’exposer ici. La dernière illustre assurément un vide miraculeux tel que seul l’été peut en produire, ce genre de miracle qui me fait trépigner de joie.

(Photos fraîches du matin, prises à Lompret et à Lambersart.)

L’arrière-monde (16)/ L’art (49) : Caché

Il m’arrive d’avoir de bonnes surprises en matière de street art, notamment dans certains recoins de l’arrière-monde qui semblent fonctionner comme des laboratoires pour les artistes les plus originaux, où les fresques et esquisses ne restent jamais très longtemps ; ici, sous un pont, au bord de la voie ferrée que je célébrais ici l’année dernière, un peu de poésie urbaine : « Elle, qui dort » et « Esquisse / la femme ». Je les partage avec vous, en couleur. Je suis bien gentille, encore une fois.

Encore des portiques

Nous avons déjà mené ici une réflexion sur les différentes formes de clôtures urbaines, particulièrement sur les portiques et barrières qu’il convient de contourner d’un élégant déhanché mais, bien que je méprise le comique de répétition et déteste me répéter (comme vous serez nombreux à le reconnaître), j’ai décidé de m’attarder encore sur quelques portiques croisés dans des zones relativement peu fréquentées (du moins par les piétons) de la métropole lilloise. Grand Jeu Concours : laquelle de ces barrières se lève encore ? Je remets en jeu la pince à la linge en plastique mauve qu’aucun d’entre vous n’est parvenu à gagner lors du précédent GJC, sans vouloir paraître humiliante.

(Photos prises à la frontière de Faches-Thumesnil et de Wattignies, à Lezennes, Bois Blancs, Ronchin et Haubourdin. Vous remarquerez non sans émotion qu’elles datent de feu mon appareil photo.)

L’arrière-monde (15)

Aujourd’hui, j’ai enfin emprunté une rue enclavée qui m’attirait depuis bien longtemps, et j’y ai découvert rien moins qu’un bout du monde : ça faisait longtemps. Et les bouts du monde, j’adore ça. La rue mène à une cimenterie et, comme on le voit sur le plan ci-dessous, sépare le canal d’une friche où même les voies ferrées s’interrompent. Il est intéressant de savoir que l’une des frontières entre Saint-André et Marquette se situe dans cette rue infréquentée, absolument dépourvue d’habitations et très peu pourvue en activités, si l’on exclut la cimenterie représentée par la boucle sur le plan.

Un long mur de béton borde la rue, à l’ouest, côté friche. Il attire étrangement peu de street artists. Certains pans sont particulièrement dégradés.

Trace d’une activité artistique ancienne dans la rue, ce visage au pochoir presque effacé.

L’impasse que l’on devine sur le plan ressemble à ceci. C’est plus que décevant, carrément injuste : encore une friche dont personne n’a que faire mais dont l’accès nous est interdit, à nous que les arrière-mondes comblent de joie.

Incongrue, à l’entrée de la cimenterie, cette locomotive abandonnée sur un bloc de pierre. Si j’avais disposé d’une capuche, j’aurais été tentée de l’emporter ; mais alors j’aurais eu l’impression de diminuer un peu ce territoire secret.

Maintenant, intéressons-nous à l’est de la rue : de l’autre côté du canal, contrairement aux apparences, cette usine n’est pas désaffectée (comme l’est en revanche la plus illustre et impressionnante de ses voisines, les Grands Moulins de Paris, ancienne minoterie située à 300 mètres d’ici, à vol d’oiseau). Elle s’appelle Grandes Malteries Modernes. L’art et l’industrie ont ceci de commun qu’ils distinguent nettement moderne et contemporain.

Il est extrêmement facile de s’approcher du canal, les grilles qui en condamnent l’accès étant du genre libertaire. Cela dit, ce n’est pas comme s’il y avait des millions de choses passionnantes à voir, de l’autre côté.

Il y a quand même des Schtroumpfs et des puzzles. Il fallait y penser. Je veux dire, à venir les déposer ici.

Il y a aussi des trucs qui ressemblent à mon cerveau contemporain (≠ moderne, donc).

Des arrière-mondes paradoxaux

Chemin longeant des champs, Lesquin ; à votre gauche, tout juste masquée par ce talus verdoyant, l’autoroute A1.

Chemin longeant l’arrière d’Auchan, Faches-Thumesnil ; deux cents mètres à l’ouest, vous êtes dans les Périseaux, avec les vaches, les chevaux, les oies et les betteraves.

Conclusion : presque la campagne, c’est presque la campagne. Mais pas tout à fait.

Des ordures

Mes endroits secrets sont souvent des lieux jonchés de détritus – et donc potentiellement peuplés de rats. On ne peut pas s’y arrêter, ce qui les empêche d’être absolument paradisiaques. Je suis souvent menée, en tant qu’arpenteuse des coulisses de la vie en société, à des décharges publiques un peu particulières. Dans la métropole lilloise, il n’y a plus de service pour ramasser les encombrants, de sorte qu’il est devenu anodin, depuis quelques années, de croiser un canapé sur un trottoir. Plus étrange est cette démarche, évoquée récemment dans Que sont-ils devenus ?, qui consiste à parcourir à pied un chemin semé d’embuches pour y déverser des merdes qui, fatalement, ne pourront y être ramassées par des services dédiés, puisque ce sont des voies inaccessibles à tout véhicule motorisé ; des merdes qui, en somme, vont potentiellement mettre des millions d’années à disparaître. Aujourd’hui, j’ai fait un détour par l’un de mes territoires les plus confidentiels et j’y ai découvert de nouveaux monticules de meubles en tous genres, et des pièces imposantes de voitures brûlées (mais démembrées, entendons-nous bien : déplacées). J’imagine le parcours du combattant que ce doit être pour passer les divers obstacles qui sont censés décourager les intrusions dans ces lieux infréquentés (situés, je le précise, à trois ou quatre kilomètres de la déchetterie), avec un matelas, une armoire et des pièces détachées carbonisées. Je suis fascinée.

(Autoportrait de profil sur le miroir brisé d’une armoire en fibre de bois lâchée dans les fougères en bord de voie ferrée, à l’orée des champs, sur l’un de mes territoires secrets – dont je ne vous indiquerai donc pas la position : celui-ci, je me le garde.)

(Monticule de pneus sur le chemin pavé qui relie quelques-uns de mes champs préférés au sud de Lille. J’ai choisi cette photo mais il y a d’autres tas similaires dans un périmètre d’à peine un kilomètre).

(Jouet en décomposition lente dans un champ, entre Loos et Wattignies.)

(Beaucoup plus de jouets, entre une friche et la voie ferrée Loos-Haubourdin.)

(Texture du sol, homogène quoique composite, entre Ronchin et Lezennes, dans le Parc d’Activités L’Orée du Golf – prestige !)

Le sous-monde

Je m’excusais déjà dans le billet Sous l’autoroute d’avoir tendance à négliger le sous-monde, qui n’est pas moins fascinant que l’arrière-monde. Il faut bien avouer qu’il est plus difficilement accessible et que, malgré les promesses qui m’ont été faites, de m’introduire dans les célèbres catiches des Hauts de France, aucune action concrète ne m’est permise à ce jour. Je sais ce que vous allez me dire : prends ta pioche et au boulot. Mais c’est que j’ai pas mal d’autres choses à faire, ces temps-ci, voyez-vous, que de causer des désastres géologiques. Alors je me contenterai aujourd’hui de vous offrir ces trois modestes vues du dessous : sous l’autoroute, une fois encore (mais il s’agit ici de l’A1), sous la toile d’araignée (ou d’arraignet, comme l’écrivait cette tricheuse lors de sa première leçon de français dans une église de Manhattan qui prenait l’eau) et sous le métro aérien, à Villeneune-d’Ascq.