L’arrière-monde (17) : beaucoup fun à Nevers

Ce matin, j’ai découvert des arrière-Nevers assez fascinants. Puis je suis retournée dans ceux que j’aime, pour leur dire au revoir. Visiblement, on avait eu beaucoup fun par là, hier soir : on avait joué avec des caddies (ici aussi, on adore ça),

on avait démembré des mobylettes

et on en avait brûlé d’autres, pendant le barbecue. (Je sais, on ne voit pas grand chose mais je n’avais pas mon appareil photo, seulement un téléphone avec lequel on ne peut pas vraiment zoomer – c’est flou.)

Dangers de l’arrière-monde

Dire que je m’en prends aux chasseurs alors que je m’expose constamment à des risques inconsidérés dans l’arrière-monde. Par chance, les autorités qui fabriquent les panneaux d’interdiction sont là pour me mettre à l’abri de ma propre inconscience, pour nous dire à tous où nous n’avons pas le droit d’aller, car nous sommes des enfants qui ne savons pas anticiper les dangers – qui, au-delà, n’avons pas le droit de nous y exposer. Pourtant je peux sauter des ponts ferroviaires, directement sous les roues d’un TGV, il n’y a pas de filet qui m’en empêche ; je peux me jeter du haut d’un bâtiment administratif, les fenêtres ne sont pas condamnées ; les falaises sont accessibles au public et toutes sortes de fabuleux précipices aux rambardes faciles à chevaucher ; je peux même courir aussi vite que mes jambes me le permettent, droit dans un mur, tête baissée, et recommencer jusqu’à ce que je ne puisse plus me relever. Etc. Si j’ai mon bonheur comme ça, aurait dit ma grand-mère, je peux carrément me faire mal dans l’espace public, très très mal, rien ne me l’interdit par voie de panneau. Mais courir dans une carrière, sans rien dégrader (je m’engage même à ne pas faire pipi dans les fourrés), je ne le peux pas. Ce serait dangereux pour moi. Courir dans une friche ferroviaire ou industrielle : dangereux. Si je ne fais pas un peu plus attention à moi, on va lâcher les chiens et me coller un PV qui me donnera le goût de courir en cercles dans un parc à plates-bandes. Je n’ai pas le droit de vivre à mes risques et péril. Mais si demain, je me retrouve sous un pont avec un sac de couchage pour toutes possession et protection, ça, j’en aurai le droit (tant que je ne salis pas les bancs publics – mais non, suis-je bête, il n’y en a plus !) Ce ne sera visiblement pas dangereux pour moi. Oh merci à cette société qui prend soin de nous, ses enfants !

Commodités

Mercredi, je suis retournée dans certains des lieux qui ont marqué mon été, notamment à Sallaumines, où une maison à vendre m’a dit, Tu ne serais pas bien, ici ? J’ai dû reconnaître qu’elle était particulièrement bien placée, sur le corps calleux de la ville, à proximité de toutes commodités telles que : arrière-monde, champs, voie ferrée, etc. Pas très loin, il y a aussi mon parc secret (du moins ne semblons-nous pas nombreux à le fréquenter, ce qui fait une grande partie de son charme – dont j’espère que des travaux en cours à proximité ne vont pas le dénaturer, retournant l’arrière-monde de manière à ce qu’il devienne le devant pour un trop grand nombre d’individus). Puis il a fallu rentrer chez moi, dans la grande ville qui ne sert à rien, pleine de bruit et de rumeurs.

L’orée de mon parc bien caché

Pas très loin, l’orée d’un petit bois interdit au public (c’est apparemment une réserve naturelle de cette espèce protégée qu’est aujourd’hui le minitel)

Londres (7) exactement vide (32)

Londres est une très grande ville dans laquelle on peut éprouver le vide exact, quand le soleil joue au cricket avec les crânes dans les rues muettes, ton sur ton, brique sur brique. C’est le dernier souffle de l’été. Il s’éteint à six heures du soir et l’on se pelotonne alors sur l’herbe sèche et l’on se serre dans ses propres bras.

L’on y trouve également de beaux arrière-mondes mais c’est, contre toute apparence, un autre sujet. Dans ce genre-là, par exemple :

Aperçu 1 : gonflable

J’ai fini de préparer mon exposition sur la langueur de l’été dans le bassin minier ; contrairement à ce que me disent les bonnes volontés qui essaient de me consoler, le but (l’exposition) ne prime pas à mes yeux sur le chemin (la conception, le rythme de la route, le hasard des rencontres, les pauses déjeuner chez mes parents, la sélection, l’écriture et la langueur de l’été per se), alors pour rester encore un peu dans l’atmosphère du projet, à défaut de poursuivre sa dynamique, j’ai décidé de vous proposer ici quelques photos écartées de ma sélection. Vous aurez ainsi un aperçu de l’esprit des images que j’ai rapportées de mes expéditions (mais pas de l’esprit des textes, je tiens à le préciser). Je les répartirai en plusieurs volets thématiques et nous commençons par une micro-série gonflable.

(De haut en bas, chemin de Noyelles, Méricourt ; espace vert sans nom ni véritable forme entre la rue de Réaumur et la voie ferrée, Méricourt encore ; derrière le centre commercial de Liévin.)

Le vide exact (30)

La première image de ce vide exact aurait pu être affectée à une série Imagin’Hair (3) mais face au relatif échec des deux premières saisons (hiver et printemps), je boude un peu et décide que non, non et non, il n’y aura pas d’Imagin’Hair d’été (tant pis pour vous). La deuxième image, quant à elle, pourrait tout aussi bien relever de la rubrique L’arrière-monde, mais cet arrière-monde présente un vide si exact en été que j’ai choisi de l’exposer ici. La dernière illustre assurément un vide miraculeux tel que seul l’été peut en produire, ce genre de miracle qui me fait trépigner de joie.

(Photos fraîches du matin, prises à Lompret et à Lambersart.)

L’arrière-monde (16)/ L’art (49) : Caché

Il m’arrive d’avoir de bonnes surprises en matière de street art, notamment dans certains recoins de l’arrière-monde qui semblent fonctionner comme des laboratoires pour les artistes les plus originaux, où les fresques et esquisses ne restent jamais très longtemps ; ici, sous un pont, au bord de la voie ferrée que je célébrais ici l’année dernière, un peu de poésie urbaine : « Elle, qui dort » et « Esquisse / la femme ». Je les partage avec vous, en couleur. Je suis bien gentille, encore une fois.

Encore des portiques

Nous avons déjà mené ici une réflexion sur les différentes formes de clôtures urbaines, particulièrement sur les portiques et barrières qu’il convient de contourner d’un élégant déhanché mais, bien que je méprise le comique de répétition et déteste me répéter (comme vous serez nombreux à le reconnaître), j’ai décidé de m’attarder encore sur quelques portiques croisés dans des zones relativement peu fréquentées (du moins par les piétons) de la métropole lilloise. Grand Jeu Concours : laquelle de ces barrières se lève encore ? Je remets en jeu la pince à la linge en plastique mauve qu’aucun d’entre vous n’est parvenu à gagner lors du précédent GJC, sans vouloir paraître humiliante.

(Photos prises à la frontière de Faches-Thumesnil et de Wattignies, à Lezennes, Bois Blancs, Ronchin et Haubourdin. Vous remarquerez non sans émotion qu’elles datent de feu mon appareil photo.)

L’arrière-monde (15)

Aujourd’hui, j’ai enfin emprunté une rue enclavée qui m’attirait depuis bien longtemps, et j’y ai découvert rien moins qu’un bout du monde : ça faisait longtemps. Et les bouts du monde, j’adore ça. La rue mène à une cimenterie et, comme on le voit sur le plan ci-dessous, sépare le canal d’une friche où même les voies ferrées s’interrompent. Il est intéressant de savoir que l’une des frontières entre Saint-André et Marquette se situe dans cette rue infréquentée, absolument dépourvue d’habitations et très peu pourvue en activités, si l’on exclut la cimenterie représentée par la boucle sur le plan.

Un long mur de béton borde la rue, à l’ouest, côté friche. Il attire étrangement peu de street artists. Certains pans sont particulièrement dégradés.

Trace d’une activité artistique ancienne dans la rue, ce visage au pochoir presque effacé.

L’impasse que l’on devine sur le plan ressemble à ceci. C’est plus que décevant, carrément injuste : encore une friche dont personne n’a que faire mais dont l’accès nous est interdit, à nous que les arrière-mondes comblent de joie.

Incongrue, à l’entrée de la cimenterie, cette locomotive abandonnée sur un bloc de pierre. Si j’avais disposé d’une capuche, j’aurais été tentée de l’emporter ; mais alors j’aurais eu l’impression de diminuer un peu ce territoire secret.

Maintenant, intéressons-nous à l’est de la rue : de l’autre côté du canal, contrairement aux apparences, cette usine n’est pas désaffectée (comme l’est en revanche la plus illustre et impressionnante de ses voisines, les Grands Moulins de Paris, ancienne minoterie située à 300 mètres d’ici, à vol d’oiseau). Elle s’appelle Grandes Malteries Modernes. L’art et l’industrie ont ceci de commun qu’ils distinguent nettement moderne et contemporain.

Il est extrêmement facile de s’approcher du canal, les grilles qui en condamnent l’accès étant du genre libertaire. Cela dit, ce n’est pas comme s’il y avait des millions de choses passionnantes à voir, de l’autre côté.

Il y a quand même des Schtroumpfs et des puzzles. Il fallait y penser. Je veux dire, à venir les déposer ici.

Il y a aussi des trucs qui ressemblent à mon cerveau contemporain (≠ moderne, donc).

Des arrière-mondes paradoxaux

Chemin longeant des champs, Lesquin ; à votre gauche, tout juste masquée par ce talus verdoyant, l’autoroute A1.

Chemin longeant l’arrière d’Auchan, Faches-Thumesnil ; deux cents mètres à l’ouest, vous êtes dans les Périseaux, avec les vaches, les chevaux, les oies et les betteraves.

Conclusion : presque la campagne, c’est presque la campagne. Mais pas tout à fait.