Londres (5) graphique

Je n’avais d’autre objectif, le dernier jour de mon séjour à Londres, que de rejoindre la gare St Pancras depuis la maison de mes amis à Hackney. J’avais sept ou huit heures pour ça : beaucoup trop, estimerez-vous, mais c’est compter sans le hasard des rencontres, qui détournent le marcheur curieux du droit chemin, l’incitent à d’incessantes digressions pédestres. Londres est une de ces villes riches en street art dont on épluche les murs comme des catalogues d’exposition.

L’on y trouve des inscriptions de tous ordres – politiques, poétiques (« La pluie, tes yeux », en français) ou plutôt amusantes, comme celle-ci :

La soucoupe volante de type War of the worlds est omniprésente, dans des styles graphiques variés. Ici, un détail d’une fresque de très mauvais augure.

Les alentours de Hertford Union Canal semblent particulièrement affectés par cette vision apocalyptique du monde.

Quant à Shoreditch, il tourne volontiers le consumérisme en dérision.

Camden, c’est plus gentil.

Quoique Shoreditch aussi puisse l’être :

Brick Lane regorge de collages multi-strates assez inextricables. L’œil s’y promène longuement, se réjouit de trouvailles, d’annonces improbables (« Baby eating competition », annonce par exemple une affiche très austère, et en sous-titre : « Enter your greedy little pig into the 2018 Baby Eating Competition »). Vue d’ensemble d’un de ces nombres murs.

Détail d’un autre mur.

Et pour finir, un minuscule aperçu de ces ateliers d’artistes situés sous Eastway, au bord de River Lee Navigation, dont je vous parlais dans Londres (2) romantique.

Aperçu 2 : mural / L’art (54)

Il y aurait des dizaines de billets à consacrer à l’art dans le bassin minier, et je ne parle pas du Louvres-Lens. Outre les nombreuses fresques commandées par les municipalités, outre les innombrables sculptures d’époque ou contemporaines dédiées à la mémoire des soldats tombés pour la France pendant les deux guerres mais aussi aux victimes d’accidents miniers, les initiatives personnelles ne manquent pas et je ne suis pas loin de croire que l’on surpasse ici le musée en plein air de la métropole lilloise – je pense bien sûr aux statues qui ornent les jardins. Une particularité locale (du moins ne l’ai-je remarquée nulle part ailleurs) est le papillon en fer-blanc de façade et de portail, plus laid que kitsch. Aujourd’hui, trois formes de street art policé / de commande : bucolique, exotique et du terroir.

(De haut en bas, avenue Élie Reumaux, Lens ; passerelle de la gare Bully-Grenay ; passage sous-terrain à la gare de Billy-Montigny.)

L’art (53) : Trio(s)

Deux de ces photos ne sont vraiment pas de saison mais, pour ma défense, j’attendais depuis le 12 février d’avoir un trio de trios à vous proposer, circonstance qui s’est présentée aujourd’hui – contrairement à vous, je suis patiente. Vous objecterez que je pourrais retourner in situ pour refaire ces photos de manière à ce qu’elles soient plus en accord avec la lumière et la végétation de votre ici et maintenant, mais il se trouve que je n’aime pas photographier deux fois la même chose, de même que je n’aime pas suivre deux fois le même itinéraire : parce qu’il y a tant d’autres choses à voir. Vous aurez donc deux trios hivernaux (quoique non équipés pour les frimas), l’un de femmes et l’autre d’enfants (à moins qu’il ne s’agisse d’anges, auquel cas leurs ailes doivent être sacrément froissées), et un trio de dauphins tout frais du jour.

(Lille, Marcq-en-Baroeul, Loos.)

Encore une friterie artistique du Nord

Nous aimons fouiller ici les liens indéniables entre la friterie et l’art en territoire des Hauts-de-France et de Belgique. Ce soir, alors que je rentre, harassée, d’une journée de déambulations professionnelles à vélo dans le bassin minier du Pas-de-Calais (dont on oublie qu’il est non seulement très vallonné mais aussi sujet à la canicule que n’importe quel autre territoire), l’on me reproche de ne pas avoir posté de billet aujourd’hui, et comme je suis d’une nature plutôt généreuse (voire soumise, car vous n’êtes pas de petits despotes), je dédie à mon ami Éric, plus connu dans les milieux interlopes sous le nom de Kups, cette friterie artistique de Saint-André, photographiée hier. Cet ami étant aussi fin gourmet qu’esthète, il ne pourra qu’apprécier. Bisous, mon très cher.

L’art (52)

J’ai découvert à Pérenchies cette œuvre d’art qui semble plutôt mal assise et j’ai profité de ce que ses heureux propriétaires sont manifestement partis en vacances pour la prendre en photo sans risque de désagréments – quand je suis prise sur le fait, je suis généralement confrontée à deux types de réaction : 1. des regards suspicieux, voire hostiles, quand les propriétaires ou locataires pensent que je fais des repérages pour voler nuitamment leurs œuvres d’art, sabots de façade et autres chalets du nord (or je sais apprécier la beauté sans souhaiter la posséder – je vous en prie, gardez ces zéphyrs embrasés, ces Mickey maison, il me suffit pour être heureuse de pouvoir venir les voir parfois comme d’autres vont au musée) ; 2. la phrase « Ça ne se fait pas de prendre la maison des gens en photo », à laquelle il y aurait beaucoup à objecter, références culturelles et articles de loi* confondus – par ailleurs, vous admirerez la formule « la maison des gens » ; elle m’évoque des concepts communistes tels que le Palast der Republik à Berlin ou la Maison du Peuple à Bruxelles.

* La Cour de cassation a décidé dans l’arrêt n° 516 en date du 7 mai 2004 que « Le propriétaire d’une chose ne dispose pas d’un droit exclusif sur l’image de celle-ci ; il peut toutefois s’opposer à l’utilisation de cette image par un tiers lorsqu’elle cause un trouble anormal ». Quel trouble anormal ce blog pourrait-il causer à vos Rideaux & Voilages ou à tout autre de vos biens matériels par ailleurs fièrement exposés aux regards des passants, je me le demande bien.

Au revoir Rotterdam

Ainsi s’achève notre semaine de National Geo consacrée à Rotterdam. Mais ne soyez pas tristes, nous y retournerons. Nous testerons peut-être les hôtels. Celui-ci nous attire tout particulièrement

Pour prendre congé de la ville, je vous propose de nous éloigner lentement de son sublime pont levant ferroviaire aujourd’hui inusité, De Hef (Koningshavenbrug), vu à travers l’art de rue et Hefpark (pour une vue plus classique du pont, merci de consulter Internet), et ce tout en jouant puisque vous aimez tellement ça – cet aspect régressif de votre personnalité n’est pas le plus gratifiant, si je puis me permettre, mais je suis patiente avec vous alors c’est parti pour un Grand Jeu Concours ! Lequel de ces ponts n’est pas De Hef ? Que votre pigeon m’apporte la bonne réponses avant ses camarades et vous le verrez regagner votre chéneau chargé d’un bonbon à la violette dans un petit sac en tissu.

Rotterdam : L’art (51)

L’art est partout dans les rues de Rotterdam, et principalement dans des espèces de cadres géants qui ornent les façades de certains quartiers résidentiels (dont Noordereiland, notre île, et Katendrecht). Mais avant de vous présenter trois de mes œuvres murales préférées, voici comme promis un zoom sur l’atelier d’artiste(s ?) que nous avons découvert depuis la voie de métro désaffectée, ainsi qu’une publicité pour une exposition.

L’art (50) à presque la campagne

De Lambersart à Brooklyn en passant par Ronchin, le commerce use volontiers de Mickeys maison pour attirer le client. Cela peut également arriver à presque la campagne, comme je l’ai découvert ce matin à Lompret. Deux nuances de taille : 1. à presque la campagne, l’on reste prudent et l’on invente son Mickey pour ne pas risquer les foudres de lointains ayants droit et 2. l’on vend des êtres vivants (pas d’enfants humains, a priori, mais les enfants de nombreuses autres espèces – mon rapport à presque la campagne reste compliqué).

Heureusement, l’on n’y vend pas que des animaux. Fruits, légumes et Paris Match rassembleront brièvement spécistes et antispécistes.

Parfois, l’on est juste poétique, à presque la campagne, et l’on expose l’art (de type loisirs créatifs) à même le bitume, juste pour émouvoir celui qui passe et qui sait voir – comme ci-dessous, à Pérenchies. J’aurais dû voler cette œuvre (j’y pense un peu tard), en ceindre mon T-shirt à mot d’ordre végétarien et courir ainsi comme touchée par la grâce, enrubannée d’étoiles bleues et jaunes + une argentée entre les nombreuses chapelles et niches de saints qui émaillent presque la campagne au nord-ouest de la métropole lilloise.

L’arrière-monde (16)/ L’art (49) : Caché

Il m’arrive d’avoir de bonnes surprises en matière de street art, notamment dans certains recoins de l’arrière-monde qui semblent fonctionner comme des laboratoires pour les artistes les plus originaux, où les fresques et esquisses ne restent jamais très longtemps ; ici, sous un pont, au bord de la voie ferrée que je célébrais ici l’année dernière, un peu de poésie urbaine : « Elle, qui dort » et « Esquisse / la femme ». Je les partage avec vous, en couleur. Je suis bien gentille, encore une fois.

Zéphyrs embrasés (32) + L’art (48) : des Mickeys capillaires

Eh bien figurez-vous que je crois de nouveau à l’amour. Tout à l’heure, j’ai assisté à un coup de foudre et la foi m’est revenue aussitôt, comme un hoquet. J’ai fait semblant de courir sur place et de lire un message sur mon téléphone afin d’épier incognito les deux tourtereaux, mais ils étaient tellement éblouis l’un par l’autre (et aussi par les petites étoiles et les petits cœurs qui voletaient autour d’eux) qu’ils ne m’ont prêté aucune attention, de sorte que j’ai même pu les prendre en photo :

(Ces Mickeys maison ornent la vitrine d’un salon de coiffure à Ronchin, vers Sainte-Rictrude. Je suggèrerais bien aux propriétaires de rebaptiser leur affaire Zéphyrs Coiffure, c’est quand même plus accrocheur que Hair Mod. Notez qu’il existe au Québec un salon qui porte le nom de Coiffure Zéphyr : il se trouve 2035 Victoria Ave, Saint-Lambert, QC J4S 1H1, au cas où vous seriez dans le coin et hirsute.)

En exclusivité pour vous, la retranscription de la scène à laquelle j’ai assisté ce matin (j’ai manqué le début, désolée) :

La Belle : Et qu’est-ce que vous faites dans la vie ?
Le Clochard : Je suis DJ.
La Belle (déjà sous le charme) : Oh ! Quel genre de musique mixez-vous ?
Le Clochard : Essentiellement celle de femmes qui œuvrent dans l’arrière-monde de l’industrie musicale.
La Belle : Vraiment ? C’est inouï : ce sont mes préférées !
Le Clochard : J’aime les enchaînements évidents, vous voyez ? Si par exemple je passe Intent Or Instinct de Pharmakon, je la fais suivre par…
La Belle (l’interrompant vivement) : Sparrow de Mira Calix ?
Le Clochard : Oui, c’est exactement ça ! Vous aussi, vous avez remarqué combien elles sont faites pour s’enchaîner ?
La Belle : Fated to be mated, comme le chantait Fred Astaire.
La Belle et le Clochard (en chœur, dans un soupir) : Comme nous.