Londres (7) exactement vide (32)

Londres est une très grande ville dans laquelle on peut éprouver le vide exact, quand le soleil joue au cricket avec les crânes dans les rues muettes, ton sur ton, brique sur brique. C’est le dernier souffle de l’été. Il s’éteint à six heures du soir et l’on se pelotonne alors sur l’herbe sèche et l’on se serre dans ses propres bras.

L’on y trouve également de beaux arrière-mondes mais c’est, contre toute apparence, un autre sujet. Dans ce genre-là, par exemple :

Le vide exact (31)

C’est bientôt fini, hélas. Vous allez rentrer, les mâchoires serrées, la voix aiguë et l’intonation didactique pour appeler les enfants qui traînent au rayon des fournitures scolaires, vos voitures vont puer nombreuses dans nos rues qui jusqu’à présent s’étiraient en bâillant. Elles vous avaient oubliés. Moi aussi ; à vrai dire, j’avais même oublié que c’étaient vos rues au même titre que ce sont les miennes : vous aviez tellement hâte de les quitter pour aller consommer ailleurs ; vous n’aviez tellement pas de rapport plus profond avec ces rues que la consommation. Mais oui, vous avez raison, ce sont vos rues plus encore que les miennes puisque vous en êtes les propriétaires hétérocrates avec descendance (« Ralentissez, pensez à nos enfants », disent vos panneaux – n’écrasez que les vieux, boutez-les dehors, ils sont trop longs à la caisse) et que nous (les vieux, mes pairs et moi) en sommes les cafards. Quand vous rentrerez (bientôt, déjà, bien trop tôt) je partirais volontiers pour toujours à presque la campagne mais c’est un peu compliqué : vous m’organisez un KissKissBankBank ?

(Wattignies, Saint-André, Lomme.)

Promesses + trucs brûlés

Vous êtes nombreux à me reprocher le minimalisme de mes interventions ici, ces dernières semaines. C’est que, voyez-vous, je n’ai plus tellement la tête dans la métropole lilloise depuis que j’arpente le bassin minier à vélo en quête de vides exacts, d’ennui existentiel et aussi un peu de kitsch & lutte des classes, pour mon plaisir personnel (car ce n’est pas vraiment mon sujet). Je suis désolée de n’être plus très présente mais je vous promets qu’avant même mon exposition de photos et de textes, je vous livrerai ici la matière que j’aurai décidé de ne pas utiliser (ma sélection compte déjà quelques images inexploitables dans ma thématique mais que par ailleurs j’aime beaucoup ; je compte sur vous pour éponger mes frustrations). En attendant, quelques trucs brûlés puisque vous aussi, comme les mauvais garçons d’ici, le feu vous divertit au cœur de l’été (à en croire vos pigeons et le succès surprenant de Sols d’été (4)).

Sols d’été (4)

Cependant que des incidents climatiques font rage un peu partout et que nous arrivons péniblement au terme d’une longue canicule, la jeunesse désœuvrée de la métropole lilloise fait du feu. Avec des mobylettes, des voitures, des cannettes de 8,6. Les saines activités d’un été en ville.

Le vide exact (30)

La première image de ce vide exact aurait pu être affectée à une série Imagin’Hair (3) mais face au relatif échec des deux premières saisons (hiver et printemps), je boude un peu et décide que non, non et non, il n’y aura pas d’Imagin’Hair d’été (tant pis pour vous). La deuxième image, quant à elle, pourrait tout aussi bien relever de la rubrique L’arrière-monde, mais cet arrière-monde présente un vide si exact en été que j’ai choisi de l’exposer ici. La dernière illustre assurément un vide miraculeux tel que seul l’été peut en produire, ce genre de miracle qui me fait trépigner de joie.

(Photos fraîches du matin, prises à Lompret et à Lambersart.)

Le vide exact (29)

Je voudrais que le vide exact n’ait jamais de fin. Que personne ne rentre en ville avec ses voitures familiales et les enfants dedans. Dimanche matin, à 8h, je me trouvais au carrefour des rues Albert Thomas, Imbert de la Phalecque et de la Rotonde*, à Lomme Délivrance. J’ai tourné sur moi-même et il n’y avait pas trace d’être humain ni de véhicule, ni au nord

ni au sud

ni à l’est

ni à l’ouest. Il s’agissait d’une circonstance parfaitement exceptionnelle.

Alors j’ai ressenti un bonheur fou, un bonheur comme un cheval qui ferait des claquettes dans mes veines. Tout me semblait beau, même les parcs d’activités.

* Ce n’est pas un nom à particules multiples, « de la Phalecque de la Rotonde », pas un nom doublement noble, non (j’ai bien dit « et de la Rotonde », lisez attentivement), il s’agit de deux rues différentes, l’une de la Phalecque et l’autre de la Rotonde.

Rotterdam : Le vide exact (28)

Quelques chiffres pouvant expliquer l’excellence de Rotterdam en matière de vide exact et illustrant également mon assertion selon laquelle la ville respire et nous laisse respirer – en comparaison avec Lille et sa métropole, qui sont notre phare, notre abécédaire, notre méridien de Greenwich (et l’étau qui aura notre peau).

Population de Rotterdam : 634 253 hab. / population de l’aire urbaine : 1 424 662 hab. / superficie : 319,35 km2 / densité : 1 986 hab./km2
Population de Lille : 232 741 hab. / population de l’aire urbaine : 1 182 127 hab. / superficie : 34,51 km2 / densité : 6 744 hab./km²*

(Où l’on comprend peut-être mieux que la vie à Lille m’évoque un métro parisien à l’heure de pointe : vous voyez que je n’en rajoute pas. Pour tout dire, le vide exact est devenu ma passion, je rêve qu’il n’ait jamais de fin.)

Piekstraat, à Feijenoord, où l’on n’a pas croisé aucun être humain.

World Port Center, tour Montevideo, tours Rotterdam et tour New Orleans, vus depuis Katendrecht, où l’on a croisé peu d’êtres humains.

Willemsbrug, vu depuis le Ons Parc, où l’on a rarement croisé des êtres humains.

* Donnez-moi des densités de population et je m’amuse pendant des heures, comme un enfant avec une bassine d’eau et un verre.

Le vide exact (27) / Mal assis, là (46) : Spécial Ronchin

Ce n’est pas parce que je prends trois jours de vacances que je compte manquer à tous mes devoirs. En attendant de vous présenter mon Rotterdam, je vais vous parler de Ronchin et de quelques autres bidules, vous verrez (je les planifie aujourd’hui – dimanche – pour partir l’esprit tranquille). Ronchin est l’une des villes dans lesquelles mon sens du vide exact s’est aiguisé au fil des années (sans doute en partie parce qu’il m’est apparu, à l’époque où j’y vivais, que je cherche dans les petites villes ouvrières où j’aime courir l’écho de celles où j’ai grandi). Cette double rubrique vous invite aujourd’hui à vous questionner sur la dimension particulière que prennent les mauvaises assises, là dans le vide exact – soit un sujet d’étude que je vous ai déjà suggéré l’été dernier, ici et .

Le vide exact (26)

Quand le réveil a sonné à 5h30, ce matin, nous avons sauté du lit pour être sûres de ne pas nous rendormir. Nous nous sommes plaintes, un peu, puis plus du tout quand nous sommes allées courir. Nous avons croisé trois voitures – et quelques pelotons de cyclistes habillés comme pour le tour de France, pas très agréables à regarder (trop de fluo de si bon matin) mais plutôt inoffensifs. Nous avons fait pipi dans un champ quelque part entre Pérenchies et Verlinghem, en blaguant parce que cette semaine Antique et Joëllyne s’accordaient sur le danger d’une telle pratique (le pipi dans les champs), à savoir les tiques mal placées (tiques au cul sonne pas trop mal). Quelle n’a pas été notre surprise quand nous avons découvert qu’un marché aux puces battait son plein à Pérenchies… Il était 8h et quelque chose, la fête foraine dormait encore (l’un des manèges arbore un Goldorak grandeur nature) mais l’on pouvait acheter tout un stock des surplus militaires et d’autres machins, apparemment, ce qu’une foule considérable s’employait à faire. Nous ne nous sommes pas attardées, Dame Sam, Giulia et moi, nous avons poursuivi notre exploration de Pérenchies, nous aimons vraiment beaucoup cette petite ville et lui consacrerons prochainement un billet spécial, voire tout un National Geo – c’est pourquoi, alors même que je viens de vous parler de Pérenchies, Pérenchies, Pérenchies, je ne vous en propose aujourd’hui aucune photo mais plutôt ces vues en couleurs de Lambersart, Wambrechies et Lompret. Je manque de vocabulaire pour décrire les couleurs et leur part de lumière mais j’aime beaucoup celles-ci, un peu menaçantes. Comme si la lumière contenait de l’ombre, en fait.

Le vide exact (25) : Vraiment très vide

J’observe que la plupart des gens sont morts dans leur sommeil, je ne sais pas depuis combien de temps mais je les regarde conduire leur automobile, parler d’un vêtement, accrocher un drapeau à leur fenêtre, déplacer une poussette sans regarder dedans, poser un morceau d’animal en barquette de polystyrène dans un panier en plastique rouge et ça n’a pas l’air de faire mal. Je suis morte d’une mort violente, cette année, sans vouloir paraître présomptueuse – après tout, je n’aurai rien accompli, comme tout le monde, ce qui est déjà pas mal et plutôt esthétique (encore que la douleur m’ait accompagnée en tout temps et en tout lieu, au point que respirer m’était le plus souvent difficile quand je faisais la vaisselle, prenais le train ou rebouchais un stylo). Maintenant que l’engourdissement de mon bras gauche a gagné du terrain et annexé le cœur, je tâche d’être un zombie opiniâtre ; mais quand on me demande en plus d’être concernée, j’ai du mal à ne pas devenir grossière. J’écris des messages d’injures et je les détruis au lieu de les envoyer. Je suis encore polie.

(Photos prises à Lompret, Ronchin et Lesquin – cette grille se dresse au bord d’un champ ; elle interdit l’accès à un tunnel creusé dans un talus d’autoroute et dont on ne voit pas le fond.)