Moche

Hier soir, nous avons abordé divers sujets existentiels et ontologiques, parmi lesquels une question qui nous a occupés assez longtemps : Y a-t-il des configurations spécifiques pour les mystiques et des transits particuliers au moment des conversions ? Joe a finalement clos la discussion par un prudent « peut-être ». Aujourd’hui, mon questionnement solitaire concerne la novella que je suis en train d’écrire sur Allison ; il me semble être passée insensiblement d’un processus de sublimation à un processus de réification. N’y-a-t-il pas de voie médiane ? me suis-je entendue dire à voix haute, tout à l’heure, face au miroir de la salle de bains. Je suis toujours aussi moche, trop moche pour appeler le sosie d’Anna, et je mets à profit le temps de repli nécessaire que m’impose ma hideur pour interroger ma pratique artistique du moment.

Drôles de trucs

Hier soir, nous avons dansé, Anna, Dancing Chicken, Dame Sam et moi, en hommage au sosie d’Anna, que nous avons failli croiser sans le savoir il y a quelques jours. Apprendre ça nous a fait faire de drôles de trucs, de retour à la maison, avec les jambes, les bras et le bec (surtout DC).

(La photo dans le phylactère est de Warren Millar.)

Eh oui, nous avons encore dansé sur cette musique (7 fois par jour en moyenne) :

Anna Meredith : R-Type (écoutez ça aussi fort que vous le pouvez)

Du piment

C’est ce que me recommande 박지하 ce matin – je suis en pyjama, je redresse la perspective de quelques arrière-mondes en buvant mon thé cependant que, un mètre à ma droite, Dame Sam se prélasse au soleil sur l’appui de fenêtre.
– J’y ai bien pensé, figure-toi. C’était même ma première idée au réveil : aujourd’hui, fais-le.
– Quoi ? s’en mêle Dame Sam.
– Elle voudrait inviter le sosie d’Anna pour le déjeuner.
– Ah ouais, dit Dame Sam, ça fait trois jours qu’elle nous bassine avec ça, DG, Anna et moi.
– Eh bien, qu’est-ce que tu attends ? insiste 박지하.
– Regarde-moi, je plaide : je n’ai jamais été aussi affreuse.
Et je ne parle pas du pyjama. 박지하 grimace.
– J’avoue, dit-elle .
Et ça ne sonne même pas adolescent. Je n’appellerai pas le sosie d’Anna, la basketteuse du cosmos, aujourd’hui encore.

***

Un peu de pub pour notre amie : le premier album de 박지하, Communion, paraîtra en Europe le 2 mars : plus qu’une semaine !

박지하

Je n’avais pas réussi à pleurer depuis des jours, ça restait coincé dedans. La musique de cette jeune Coréenne m’a libérée. Pourtant ce matin j’ai dansé encore une fois dans le soleil fou et les champs si boueux que les semelles de mes baskets semblaient compensées, je riais toute seule comme si mon imagination était assez puissante pour imposer sa partition au réel – c’est une partition mouvante, qui ondule avec le non-sens et lui propose, chaque minute, de nouveaux possibles glorieux (et j’appelle gloire la jonction de la lumière et de la musique, je n’ai jamais eu plus d’ambition), qui reste coincée dans ma tête, sans que rien ni personne semble pouvoir la libérer.

Park Jiha : Communion

Le choix

Ma commande est arrivée à la librairie aujourd’hui : quatre livres de Marie Nimier. Youpi ! Je ne savais pas par lequel commencer, alors… Hep, là, à droite, ça ne se fait pas de lire par-dessus l’épaule de ses voisins !

Un moment parfait

Nous courions au bord du canal, ce matin, Dancing Chicken, Anna et moi, quand le sosie lillois d’Anna (qui est aussi l’un des êtres humains les plus étonnants de cet hémisphère) m’a envoyé un e-mail. Qu’est-ce qu’elle dit ? qu’est-ce qu’elle dit ? a caqueté Dancing Chicken, tandis qu’Anna se jetait sur son téléphone dans l’espoir que mon sosie londonien (qui est employée dans une onglerie de la City) lui ait envoyé un e-mail exactement au même instant. Mais non. Nous étions déçues car, malgré notre aversion pour la symétrie et notre adhésion à l’Idiotie du réel, nous savons apprécier une bonne petite perfection formelle, de temps à autre. Dancing Chicken insistait pour que l’humeur du jour reste joyeuse : Qu’est-ce qu’elle dit ? qu’est-ce qu’elle dit ? Nous avons fait l’exégèse de l’e-mail, qui comporte 17 mots, sans parvenir à déterminer s’il convenait de s’en réjouir ou pas spécialement, et DG a tranché en disant que, dans le doute, il était plus prudent de le fêter, ce qui nous a paru judicieux, d’autant que 17 est l’un de nos nombres premiers favoris, et il se trouve qu’Anna était précisément en train de jouer R-Type très fort, martelant vigoureusement mes acouphènes, aussi avons-nous dansé là, tous les trois, au bord du canal, face au Port de Lille. Et force est de constater que DG avait raison : ce fut un moment parfait.

Des champs

Aujourd’hui, Anna et moi nous sommes aventurées plus avant dans la campagne : des champs, des bois, des exploitations agricoles, des prairies où s’ennuient des chevaux… Nous avons éprouvé un exquis sentiment de solitude au milieu de ce vide. Nous avons vu un lièvre, nous adorons les lièvres et n’en avions encore jamais encore rencontré dans la nature. Quelle extase ! Puis nous avons regagné la ville ; à l’entrée de Wattignies, un tracteur retournait la belle terre grasse d’un champ, suivi par une nuée d’oiseau, et l’on pouvait apercevoir au loin les plus hauts immeubles de Lille Sud. Nous avons longé le champ, nos pieds s’enfonçant et se tortillant dans la boue du chemin latéral, quand le tracteur s’est amusé à nous poursuivre ; le monsieur au volant avait une tête assez effrayante que l’on trouverait caricaturale dans un film mais nous étions deux alors nous n’avons pas trop paniqué. Après ça, nous avons bien aimé retrouver la ville, Anna et moi.

(Au loin, vous reconnaîtrez le CHR en miniature.)

(Rien, et au-delà, rien.)

(Ici, ça s’appelle Fléquières.)

(Ce lièvre de fin février était très loin, nous vous prions de bien vouloir nous excuser pour le flou.)

(Attention, psychopathe au volant.)

Des vanités

j’aimerais être capable de colère
ou même seulement de déception
de dédain de désinvolture
mais je n’ai rien de tout cela
je n’ai que mon imagination
pour tâcher de combler le gouffre
que tu as laissé dans mon ventre

parfois elle fait très mal
son travail

De l’indocilité (4)

Maintenant que je l’ai décidé, d’accord. Contrairement à toi, je suis très attachée à mon libre arbitre. Je n’ai pas besoin que l’on me guide, que l’on m’explique comment ça va se passer, que l’on m’énumère les précautions utiles. Je serai prudente quand je serai morte.