NPR 24 du petit cajun

Je n’ai pas accroché ce NPR devant le site d’Annay-sous-Lens qui évoque le plus le bayou : il aurait fallu le ficeler à un arbre, ce à quoi je ne peux me résoudre, en l’absence de signalétique à parasiter – tant mieux, la signalétique est à mes yeux une pollution visuelle au même titre que les dépôts d’ordures.

NPR 23 des lapins

Un NPR signalétique ce matin, près de l’endroit où j’ai peut-être sauvé un lièvre il y a un mois (je me suis, depuis cet épisode, procuré le numéro d’une association qui recueille et soigne les animaux sauvages). Mon A4 a l’air d’un flyer à côté des panneaux officiels.

J’ai dû m’y reprendre à plusieurs fois tant j’étais stressée d’être surprise par des voitures en provenance du pont au bas duquel je me trouvais, debout sur une glissière de sécurité – un pont qui plonge sous celui de la photo ci-dessus. Vu depuis le chemin de halage, celui sur lequel je ficelais le processus ressemble à ça :

et vu depuis lui-même, à ça :

J’avais, dans un premier temps, mal noué la ficelle ; la deuxième fois, j’avais accroché le NPR à l’envers, ce qui m’a beaucoup amusée mais ensuite il a fallu couper les ficelles, qui sont devenues un peu trop courtes ; etc. Ces aléas m’ont permis d’assister au lever du jour

et de contempler ce magnifique nuage.

NPR 22 du vaste monde

Hier, j’ai promené ce NPR à vélo, nous avons roulé une trentaine de kilomètres et fait des essayages de paysages. Nous avons traversé des bois,

des champs,

dont un avec terrils en arrière-plan,

longé un ruisseau

et j’ai finalement décidé de le laisser près du spot de lapins, l’un des terrils superstars de mon journal de confinement.

Cet échantillon de paysages est comme une ligne de cailloux reliant quelques points symboliques de mon enclos. Cet enclos est devenu pour moi, depuis un peu plus d’an, une métonymie du vaste monde, comme il l’a été pour le tu de cette micro narration jusqu’à sa disparition. De même, pendant la plus grande partie de cette année, j’ai voulu voir les jours parfaits que j’y passais avec ce tu comme des synecdoques de ce que serait notre vie ensemble. De même, je confie à ce NPR concis le soin de raconter notre histoire. On y trouve tous les ingrédients d’un bon vieux roman : de l’amour, de l’action et un sacré vertige ontologique.

NPR 20 de tirette surprise

J’ai décidé de renommer tous les nouveaux processus réversibles : comme les terrils, ils seront toujours numérotés mais ils auront aussi un sobriquet. Je n’ai pu résister à la tentation du ton sur ton pour ce NPR de tirette surprise :

tandis que, sur cette poubelle de Méricourt, j’ai préféré le rappel de couleur.

Ce matin, je craignais que mon NPR des pouces opposables n’ait été arraché, il était si facile de tirer sur le papier nu entre les deux bandes adhésives, et ça n’a pas manqué. Je vois parfaitement à quel genre de crétin (vas-y kessexa) imputer cette mauvaise action et, bien que ce soit le destin d’un processus réversible d’être vandalisé, je suis en colère. J’aurais aimé que celui-ci tienne tout le week-end pour m’assurer qu’il ait fait sourire, avant de disparaître, ceux que je souhaitais faire sourire. J’ai décollé le scotch et l’ai jeté dans une poubelle semblable à celle que l’on voit ci-dessus.

NPR 19 de la coquille vide

C’est mon deuxième NPR narratif de la semaine : il y a les poèmes, les pastiches de signalétique et aussi les micro nouvelles. Les éditeurs vous diront que j’ai un truc avec la narration. Je vous ficelle une histoire en quelques mots, hop, la preuve ci-dessous, d’ailleurs la ficelle est (vous l’aurez sans doute remarqué) ma lubie du moment.

Il y avait des fumerolles sur le terril de Fouquières (en arrière-plan ci-dessous), dommage qu’elles ne soient pas visibles sur la photo.

Après avoir procédé à cet accrochage, j’ai poursuivi ma promenade dans des sites que je croyais connaître par cœur mais j’ai remarqué un chemin que je n’avais encore jamais emprunté parmi les dizaines de chemins possibles (semblables à celui que l’on devine ci-dessus) et je l’ai suivi jusqu’au bout, à savoir sur 2,6 km, et au bout je suis tombée sur ceci

et me suis rendu compte que je me trouvais à 30 m d’Hénin-Beaumont. En chemin, je m’étais extasiée de tout : des espèces de toundras que je traversais, d’un pont effrayant sous lequel je passais, du sol en vieux plancher sur lequel je roulais (d’anciennes traverses ? car l’un de ses segments était indubitablement un cavalier), je disais, Bonjour, bonjour, moi c’est Fanny, et voici Mon Bolide ; avant, nous avions des coéquipiers, je pense qu’ils vous auraient adorés, eux aussi. Puis je chantais parce qu’il n’y avait personne pour m’entendre.

NPR 18 des pouces opposables

Certains poteaux sont trop étroits pour accueillir des NPR horizontaux. Certaines barrières sont constituées de tubes dont l’arrondi empêche tout accrochage à la ficelle. Certains panneaux sont trop hauts pour des petits formats lisibles depuis le sol. Certains matins sont trop humides pour le scotch. Certaines heures sont trop fréquentées pour l’incognito. Il faut de la passion, de la patience et de l’opiniâtreté pour s’atteler à la tâche des nouveaux processus réversibles, laissez-moi vous le dire. Mais il est gratifiant d’imaginer des visages connus (cow-boy, grand gars perplexe, chien blanc, etc.) et inconnus sourire ou froncer les sourcils en voyant ceci, par exemple :

ou son double scotché à une autre entrée de mon chemin fétiche du moment, sur une barrière de travers (non, ce n’est pas la photo – par ailleurs très mauvaise, j’en conviens).

NPR 17 de rien à gagner

Non. Non : jamais, que ce soit bien clair. Jamais je ne mettrai une virgule sur un site de rencontres. Cependant, il faut bien admettre que ce n’est pas un temps pour les célibataires – ni l’époque ni la météo : on a envie de partager des choses simples et belles, sous ce soleil, de faire de longues promenades à pied ou à vélo, des pique-niques, des cueillettes, du jardinage, des apéros dans le jardin avec le jazz pas trop fort. Mais on ne va pas aller draguer au bistrot, ni lancer des clins d’œil dans la rue par-dessus le masque. Alors que reste-t-il ? Les NPR, je ne vois que ça.

viens
rejouer ta vie avec moi
tu ne peux pas perdre :
il n’y a rien à gagner

Soit une interpolation de ce poème écrit en 2018 :

« je poursuis mon travail de détachement
avec l’humilité qui parfois me terrasse et me porte
au seuil de l’abdication

je continue – je trie je vide je fais de la place
pour celle que je deviendrai peut-être
et pour ceux qui l’entoureront

je poursuis le chemin avec la force de qui
se sent disposé à mourir
face à toute perspective de cage

l’amour est réversible la solitude essentielle
la création : mouvement
il n’existe rien au monde que le mouvement

je veux consacrer
mon temps à occuper l’espace
et abolir dans ma vie toute velléité de sens

il pleut sur mon carnet
dans mes cheveux les gouttes éparses et lourdes
jouent une musique arythmique

cependant j’entends par hasard une chanson
que m’a donnée un jour une femme et
qui n’ébranle en moi aucune mélancolie

tout passe
comme un fleuve rapide dont la surface semble calme –
le Mississippi : la violence en-dessous, insoupçonnée

un jour j’oublie les parfums les timbres de voix
ou je me les rappelle comme des histoires
que je me serais racontées

je rejoue ma vie
je rejoue les gains les petits petits gains
je ne peux pas perdre : il n’y a rien à gagner »

Rien de nouveau sous le soleil, en somme.

NPR 16 des indices proprioceptifs

C’était décidément ma tournée de reformation, aujourd’hui : ce soir, je suis allée ficeler un NPR à l’une des entrées du terril que j’appelle la Quatrième Dimension. Je dois avouer que j’en suis très satisfaite : c’est mon premier essai en couleur et, dans la circonstance présente, le rouge lui donne un aspect officiel qui m’amuse énormément. Je suis prête à parier que des gens vont y voir un panonceau municipal et se demander comment s’y prendre pour faire ce qui leur est recommandé. J’adorerais que quelqu’un aille jusqu’à appeler la mairie – je le sens bien.

Ci-dessous, l’un de mes points préférés de la Quatrième Dimension, où on trouve un terrain de foot et un terrain de basket mangés par la végétation. Ce terril (qui en fait est constitué de trois terrils bien fondus ensemble, d’où sans doute la complexité de l’ensemble) est celui que Berlin nous jalouse le plus. Par ailleurs, on y trouvera bientôt des tonnes de mûres et, plus tard, de pommes de différentes variétés.

J’étais tellement contente de mon accrochage que je m’exclamais toute seule et ensuite j’ai dû rouler ventre à terre sur Mon Bolide pour ne pas dépasser le couvre-feu. Quand une trottinette électrique m’a saluée d’un coup de sonnette, j’ai gloussé de joie.

Promesse de NPR

Ce matin, je suis enfin retournée courir sur l’un de mes terrils fétiches, celui où, l’été dernier, je regardais les chevreuils prendre leur petit-déjeuner. Comment as-tu pu te priver de ça pendant un mois ? ai-je pensé en y pénétrant, assaillie de parfums végétaux enivrants. Je courais depuis un moment déjà, heureuse de retrouver quelques-uns de mes chemins préférés, quand je suis tombée sur un chantier géant. Il y avait encore, il y a quelques semaines, un escalier en schiste avec des nez de marche en bois ; il faisait parfaitement son office mais il va être remplacé – par quoi, grands dieux ? un escalator ? un escalier à led pour les noctambules ? Je suis passée outre les filets d’interdiction pour mesurer l’ampleur de la catastrophe et elle dépasse mes pires cauchemars. Des arbres ont été abattus pour faire place à un belvédère au milieu duquel on a laissé un arbre unique, cerclé d’une barrière en bois, un arbre en cage et privé des siens pour l’agrément des promeneurs. Des amoureux de la nature assis dans leur bureau de connards doivent être en train de préparer l’infographie dégueulasse qui bientôt achèvera de défigurer le paysage, selon cette mode sur mesure pour une civilisation dégénérée qui ne trouverait pas son cul avec ses deux mains sans un tuto, un GPS et la promesse de likes, une civilisation qui a besoin de notices grandeur nature et d’une signalétique aussi moche et plus encombrante qu’une pochette de Pom’potes vide. Alors j’ai décidé d’accrocher sur ce belvédère, un jour prochain – dans le plus grand respect des aménagements créés pour que l’humain devienne le centre de cette Znieff (zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique) et la domine avec ses bouteilles en plastique, son fluo et ses enfants braillards – ma propre signalétique :

Si la note en bas de page est trop petite pour que vous puissiez la lire, elle dit ceci : « * Ainsi que le triton crêté, l’alyte accoucheur, la couleuvre à collier, le crapaud calamite, le lézard des murailles, la Thècle du bouleau, l’argus brun, l’hespérie de la houque, l’azuré des nerpruns, le conocéphale des roseaux, le grillon d’Italie, le grillon des bois, etc., etc. »

Sur ce terril, nous ne sommes pas chez nous, il est l’habitat de tous les animaux que je viens de citer, et de bien d’autres ; l’habitat, aussi, d’une végétation foisonnante, étonnante et variée. Nous y sommes tout juste des parasites, plus ou moins respectueux et discrets. Ce lieu tendre et sauvage va devenir un parc d’attractions de plus, où personne n’aura la paix. Je vomis l’espèce dominante, autocentrée, destructrice, qui vient planter ses petits rondins et dérouler son petit grillage partout pour déterminer qui a le droit d’aller où – bien sûr, un bureaucrate m’expliquerait avec sa rhétorique verte très tendance que justement, tout ce merdier protège les autres espèces. Hypocrites, manipulateurs, fumiers. Vous ne pourrez donc jamais laisser un paradis tranquille ?