Aperçu 1 : gonflable

J’ai fini de préparer mon exposition sur la langueur de l’été dans le bassin minier ; contrairement à ce que me disent les bonnes volontés qui essaient de me consoler, le but (l’exposition) ne prime pas à mes yeux sur le chemin (la conception, le rythme de la route, le hasard des rencontres, les pauses déjeuner chez mes parents, la sélection, l’écriture et la langueur de l’été per se), alors pour rester encore un peu dans l’atmosphère du projet, à défaut de poursuivre sa dynamique, j’ai décidé de vous proposer ici quelques photos écartées de ma sélection. Vous aurez ainsi un aperçu de l’esprit des images que j’ai rapportées de mes expéditions (mais pas de l’esprit des textes, je tiens à le préciser). Je les répartirai en plusieurs volets thématiques et nous commençons par une micro-série gonflable.

(De haut en bas, chemin de Noyelles, Méricourt ; espace vert sans nom ni véritable forme entre la rue de Réaumur et la voie ferrée, Méricourt encore ; derrière le centre commercial de Liévin.)

Lost in Rotterdam

La rubrique des objets trouvés est assurément l’une des plus mal loties sur ce blog. Je trouve amusant de l’alimenter à l’occasion d’un reportage de fond sur Rotterdam, ville aux antipodes de l’arrière-monde dans la mesure où elle est d’une exquise propreté. Rien n’y traîne, ou presque – je me dois de signaler que dans les quartiers populaires, principalement ceux situés au sud de la Nouvelle Meuse, l’on trouve malgré tout quelques papiers gras et Caprisun ; je pense que les services de ramassage des ordures y sont moins zélés, mais ces territoires à l’écart des regards (touristiques) restent de très bonne tenue comparés à l’arrière-monde de la métropole lilloise qui est en toutes choses notre étalon or, notre Fernsehturm, notre étoile du berger. Je vois également dans ce billet l’occasion inespérée d’exhiber un Mickey hollandais (désolée, il ne s’agit pas d’un Mickey maison, il ne faut pas trop en demander : pour tout dire, le kitsch non plus n’est pas de mise à Rotterdam, qui fait plutôt dans le bon goût – pour ne pas dire dans le raffinement – et la sobriété).

(Feuille fondue au revêtement d’étanchéité signalé dans le billet Rotterdam : Le métro fantôme.)

Que sont-ils devenus ?

Vous êtes nombreux à vous enquérir des fleurs, dauphins, grues, chevaux, chats et autres chiens qui ont fait, en son temps, le succès nonpareil de la rubrique Rideaux & Voilages : que sont-ils devenus ? J’ai mené l’enquête pour vous et je dois dire que mes astucieux concitoyens m’émerveilleront toujours. Figurez-vous que, quand ils souhaitent se débarrasser de leurs fidèles amis, de même qu’ils le feraient d’animaux en chair et en os (non tissés, non brodés) avant les vacances d’été, ou de jeunes et tendres sapins début janvier, ils vont les abandonner sur un chemin de tracteur, au milieu des champs. Sans doute les ont-ils fourrés dans un sac et ont-ils marché plusieurs kilomètres avant de vider le sac sur la terre puis de rebrousser chemin vers leur voiture, garée devant le Parc de Nature et de Loisirs ou, un peu plus loin, devant le cimetière.

Hebdo multi-rubriques n°1

Vous êtes nombreux à me demander si je suis toujours en vie ; c’est très délicat de votre part, j’ai presque envie de dire lol. Mais oui, je suis toujours en vie et ce n’est pas grâce à vous. Je traverse une crise de misanthropie aiguë, si vous voulez tout savoir. J’ai donc mis de la distance entre vous et moi. J’ai activé le mode avion de mon portable. Et plutôt que de fracasser ma radio portative, je l’ai éteinte et j’ai supprimé de ma discothèque certaine violoncelliste française que je venais d’entendre en interview – j’ai lu Contre Sainte-Beuve il y a plus de vingt ans, ça va, mais cette violoncelliste n’est pas assez exceptionnelle pour que je prenne la peine d’oublier que son cerveau est un sac à merde. Je ne peux plus souffrir l’ersatz d’une remarque sexiste. Ne m’appelez pas Madame, ne m’appelez pas Monsieur non plus, d’ailleurs, en fait ne m’appelez pas du tout, ce sera au plus près de ce que je suis disposée à tolérer.

Sinon, je n’ai pas changé. Je suis toujours l’ombre de l’arrière-monde.

C’était bien, cette semaine de repli. J’ai écouté 37 compositrices contemporaines merveilleuses, écrit 59 pages plus belles que ce qu’elles racontent et couru 116 kilomètres (ce n’est hélas pas un nombre premier : raté, à 3 près – ou à 14).

Pendant ce temps, mes concitoyens ont continué à mal s’asseoir, là,

à mettre les jambes en l’air,

à danser,

à vandaliser les murs des villes,

les zéphyrs ont continué à s’embraser (ici ménage à trois, avec chien),

les samedis soir à tonitruer,

(God Is My Co-Pilot : Méchant, du gentil queercore)

et les cloches à sonner la gloire du Seigneur, de Son fils et de la maman de Son fils, etc. Oui, c’est bientôt Pâques alors vous aurez des cloches, aujourd’hui. Admettons que les crucifix soient des sex-toys pour le moins rudimentaires*, nous ne voyons pas bien à quoi pourraient servir les cloches mais c’est ainsi, débrouillez-vous. Je ne veux rien savoir.

Merci à Pauline et à Sarah pour leur présence à distance, discrète et fine, au long de cette semaine étrange. Et à Adrienne, qui écrit ce que j’appelle de la poésie ; nos langues ont des racines communes, je me suis sentie moins seule en la lisant. Et en lisant Claire-Louise Bennett, aussi.

* Cf. Mes petites amoureuses.

Objets trouvés (6)

Je n’avais pas alimenté cette rubrique depuis 3 mois jour pour jour. C’est réparé : voici des chaussures.

(Aux abords du CHR, sous le métro aérien.)

(Dans le Port de Lille – interdiction d’entrer sous peine d’amende mais nous y avons passé un très chouette jour férié.)

(Rue Arago, Lille.)

Kiss and go

Dans le cadre de mon activité podo-photographique, j’ai passé beaucoup de temps à regarder ce qui se passe dans les fenêtres, récemment, mais il ne faut pas oublier que les fenêtres, en ville, sont aussi de grands vide-poche collectifs. En voici quelques images, que j’ai trouvées assez belles pour essayer de les saisir (vous direz encore que j’ai des goûts bizarres…)

Objets trouvés (5)

Vous me direz, pourquoi ce pluriel ? Parce que lundi, au fil des rues, j’ai croisé cinq matelas ; je me suis demandé si j’étais encore passée à côté de quelque chose : souvent, j’apprends l’existence d’un usage ou d’un rituel et je m’aperçois que tout mon entourage était évidemment au courant depuis toujours. Je suis persuadée qu’à force de rêvasser, j’ai raté les instructions qui permettent de vivre en société. Bref, lundi j’ai vu cinq matelas dans les rues de la banlieue lilloise, mais seule cette vision-ci (c’était à Sequedin) m’a donné envie de m’arrêter. Je la trouve émouvante, comme le madrigal de Stefano Landi en lien ci-dessous.

Stefano Landi : Superbe colli (avec la voix de Harry Van der Kamp)