Le vide exact (26)

Quand le réveil a sonné à 5h30, ce matin, nous avons sauté du lit pour être sûres de ne pas nous rendormir. Nous nous sommes plaintes, un peu, puis plus du tout quand nous sommes allées courir. Nous avons croisé trois voitures – et quelques pelotons de cyclistes habillés comme pour le tour de France, pas très agréables à regarder (trop de fluo de si bon matin) mais plutôt inoffensifs. Nous avons fait pipi dans un champ quelque part entre Pérenchies et Verlinghem, en blaguant parce que cette semaine Antique et Joëllyne s’accordaient sur le danger d’une telle pratique (le pipi dans les champs), à savoir les tiques mal placées (tiques au cul sonne pas trop mal). Quelle n’a pas été notre surprise quand nous avons découvert qu’un marché aux puces battait son plein à Pérenchies… Il était 8h et quelque chose, la fête foraine dormait encore (l’un des manèges arbore un Goldorak grandeur nature) mais l’on pouvait acheter tout un stock des surplus militaires et d’autres machins, apparemment, ce qu’une foule considérable s’employait à faire. Nous ne nous sommes pas attardées, Dame Sam, Giulia et moi, nous avons poursuivi notre exploration de Pérenchies, nous aimons vraiment beaucoup cette petite ville et lui consacrerons prochainement un billet spécial, voire tout un National Geo – c’est pourquoi, alors même que je viens de vous parler de Pérenchies, Pérenchies, Pérenchies, je ne vous en propose aujourd’hui aucune photo mais plutôt ces vues en couleurs de Lambersart, Wambrechies et Lompret. Je manque de vocabulaire pour décrire les couleurs et leur part de lumière mais j’aime beaucoup celles-ci, un peu menaçantes. Comme si la lumière contenait de l’ombre, en fait.

Le vide exact (24) : Ombre et lumière

Si je souhaite parfois si ardemment changer de vie, c’est pour pouvoir me réinventer sans que le regard de mon entourage me ramène constamment à une caricature périmée de moi-même, une définition aussi dépassée que celle de l’hystérie (je dis ça au hasard). Dans la solitude bénie de mes courses à pied, j’aime questionner mes vieilles créances et il arrive que je me prenne de passion pour ce qu’hier encore je méprisais. Ainsi de la lumière qui écrase les photos ; certes, les ombres ont un effet déplorable sur certains détails, je ne reviens pas là-dessus, mais parfois aussi, sur des vues d’ensemble, le partage de l’ombre et de la lumière fait un petit théâtre qui me comble de joie. Il m’en faut peu (joie ≠ bonheur) et ça fait du bien, un peu de joie dans le vide exact.

(Photos prises à Wattignies, Marcq-en-Baroeul et Lompret.)

L’art (50) à presque la campagne

De Lambersart à Brooklyn en passant par Ronchin, le commerce use volontiers de Mickeys maison pour attirer le client. Cela peut également arriver à presque la campagne, comme je l’ai découvert ce matin à Lompret. Deux nuances de taille : 1. à presque la campagne, l’on reste prudent et l’on invente son Mickey pour ne pas risquer les foudres de lointains ayants droit et 2. l’on vend des êtres vivants (pas d’enfants humains, a priori, mais les enfants de nombreuses autres espèces – mon rapport à presque la campagne reste compliqué).

Heureusement, l’on n’y vend pas que des animaux. Fruits, légumes et Paris Match rassembleront brièvement spécistes et antispécistes.

Parfois, l’on est juste poétique, à presque la campagne, et l’on expose l’art (de type loisirs créatifs) à même le bitume, juste pour émouvoir celui qui passe et qui sait voir – comme ci-dessous, à Pérenchies. J’aurais dû voler cette œuvre (j’y pense un peu tard), en ceindre mon T-shirt à mot d’ordre végétarien et courir ainsi comme touchée par la grâce, enrubannée d’étoiles bleues et jaunes + une argentée entre les nombreuses chapelles et niches de saints qui émaillent presque la campagne au nord-ouest de la métropole lilloise.

Presque la plénitude

Aujourd’hui, je peux dire que je sais comment rejoindre Noyelle-les-Seclin depuis Houplin-Ancoisne en ne traversant que des champs et des bois. Je suis donc un peu plus heureuse qu’hier. Pendant que je courais, ce matin, je l’étais même pleinement, comme c’est souvent le cas quand je cours à presque la campagne, mais ça finit toujours par retomber : je suis alors en descente, comme disent ceux qui usent de drogues. Mais l’on ne peut pas courir soixante kilomètres par jour alors je laisse descendre et j’attends demain pour suivre, confiante, reconnaissante, le nouveau caprice de mes pieds. Ce matin, j’en ai vu encore, des choses merveilleuses. Voici quelques images éparses, prises sur un segment de mon parcours que mes pieds foulaient pour la première fois.

Mieux serait de la gourmandise

Vous êtes nombreux à me témoigner votre soutien en cette période difficile que vous m’imaginez traverser sur la (mauvaise) foi de ce blog ; c’est très aimable à vous mais permettez-moi de vous rappeler que ce lieu est mon petit labo, où je m’amuse à créer des personnages (dont le vôtre, souvent détestable – or l’êtes-vous ?) et le mien, plaintif mais opiniâtre, ou encore à développer des théories urbanistiques et ethnologiques de manicrac telles que « kitsch et lutte des classes », etc. Bref, rien de sérieux et rassurez-vous, je vais bien. Regardez, voici une image bucolique prise ce matin dans l’un de mes champs fétiches : est-ce qu’un esprit chagrin prendrait une telle photo, qui plus est en couleurs, en un tendre matin d’été ?

(Où est Kennedy ?)

Non, je vous assure, l’amour la santé le travail ça va, la famille ça va, les amis ça va, l’argent vient à moi (il ne devrait plus tarder), la gloire est là (discrète – élégante), je m’aime beaucoup et les enfants m’aiment aussi, les enfants me disent Bonjour Madame dans la rue et les personnes âgées regrettent de ne pas avoir une descendance telle que moi, les oiseaux se posent sur ma main quand je la lèvre pour me recoiffer, la musique est bonne, les baskets font leur job, dans quelques jours la crème de la métropole lilloise ira envahir les régions à potentiel touristique avec ses enfants et ses voitures familiales, nous serons bien tranquilles ici et avec un peu de chance il pleuvra, parfois, ce seront les conditions idéales pour écrire le livre que vous attendez tous de moi, celui qui vous aveuglera irréversiblement. Vraiment, ne vous inquiétez pas pour moi.

Même, voyez, la vie aime encore me surprendre, comme ce matin quand j’ai croisé l’une de mes meilleures amies sur une route de campagne à Fléquières ; je passais d’un champ à l’autre en courant et elle se rendait à une réunion dans son automobile. Nous n’en avons d’abord pas cru nos yeux puis nous avons dit plusieurs fois Ça alors, et moi, Ici ! je répétais, Ici ! sur une route de campagne à Fléquières ! Alors mon amie a pris une photo de nous deux sur cette route de campagne à Fléquières pour l’envoyer à son amoureuse, qui se trouve également être ma meilleure amie Antique, puis j’ai pris une photo de l’endroit où le jeudi 5 juillet 2018 a décidé de me faire cette joyeuse surprise (voir ci-dessous) et ensuite j’ai encore souri longtemps toute seule. Je vous jure. Dormez tranquilles.

(Route de campagne à Fléquières, à 8h10 am. Où est Kennedy ?)

Encore un samedi matin sur Terre

J’ai mis mon réveil à 5h30 pour aller courir 23,5 km en forme d’hippocampe avant la chaleur. Je ne m’étais pas sentie aussi heureuse depuis très longtemps. Je le suis encore, quelques heures plus tard, malgré les écorchures causées par le frottement du tissu léger sur ma peau. De retour chez moi, je trie mes photos du jour quand je reçois sur mon téléphone celles que vient de prendre mon amie Maïté en courant-dansant à Londres comme je l’ai fait ici, sur d’autres musiques que les miennes, en proie à la même joie dans la même délectable solitude.

Ce que j’aime tant, c’est ne plus savoir où je suis.

Parcourir des chemins et des routes que mes pieds n’avaient encore jamais foulés.

Ne croiser que des individus d’espèces différentes, si apaisants (à part les rats – aujourd’hui était un bon jour : sans rats).

Côtoyer des vestiges de l’ère industrielle comme si l’apocalypse était dernière nous.

Observer des lieux connus sous des angles nouveaux.

(Photos prises entre Wambrechies et Marquette.)

D’en haut (2)

talus tu seras ma terrasse sur les champs
aujourd’hui puisque de nouveau me voici le
kyste de mon territoire sous le ciel
émollient

mouvant ma chair ferme dans les herbes à tiques
et chantant pour les lapins

avant de sauter à l’envers et de
– wow – gagner le ciel tête en bas lisant le mystérieux
alphabet des champs sans les
yeux qu’humecte l’altitude

La Roche-sur-Yon (11) : presque la campagne

D’après les informations que j’ai trouvées, l’agglomération de la Roche-sur-Yon, c’est 89% d’espace naturel et agricole – la métropole lilloise compte 46% de surface agricole mais a souffert d’une artificialisation rapide (le nouveau plan d’urbanisme PLU2 devrait au moins endiguer cette tendance). C’est vrai, je serais bien, ici, à la Roche-sur-Yon, je pourrais courir des années sans me lasser de découvrir de nouveaux champs et pâturages où serpentent des cours d’eau, où stagnent des étangs, où bruissent les arbres et les buissons, où paissent chevaux et veaux, et cependant rester à proximité d’une vraie ville : c’est ce genre de configuration qui m’attire à presque la campagne. Mais qu’est-ce que c’est vallonné, ici. Et puis il fait chaud. 46% de surface agricole, ce n’est déjà pas si mal, surtout pour une aussi grande métropole. Non, je pense que je vais rester encore un peu dans le plat pays.

Presque ma campagne de Russie

je pense à l’enchaînement de circonstances et de décisions
qui m’a menée à ne pas prendre l’avion ce matin
pour te rejoindre en Russie

je ne reconstitue pas l’enchaînement
pour ne pas surjeter notre histoire mais laisser
un fil s’en échapper parce que j’aime les fins ouvertes
et les clôtures que l’on piétine et contourne

bien que tes peaux soient imprimées dans mes paumes
tu m’apparais parfois comme un amour imaginaire
pourtant je sais déjà que le jour où nous mourrons
six mille kilomètres sembleront dérisoires
comparés au néant qui nous séparera pour l’éternité

ce matin je cours en écoutant les mêmes albums
qu’à Brooklyn quand devenue ta Ptchulli
je bondissais jusqu’à Coney Island

sur la pochette de l’album que j’écoute d’abord
il y a un chien blanc et je croise le même
le même chien blanc que j’écoute sur le chemin
qui longe la voie ferrée ce chemin où nous avons
couru-marché ensemble – ton souffle de colorature
étonnamment court et tes pommettes roses
les bras ouverts comme pour t’envoler
(sur la photo que j’ai prise alors tu cries
quelque chose mais quoi ? je ne sais plus)

je me rappelle un déjeuner avec mon éditrice
dans un restaurant asiatique à l’orée de Montrouge
à l’époque où je faisais comme si rien ne pouvait
compromettre mon voyage et elle me disait combien
il me serait difficile d’obtenir un visa et aussi que
quand je partirais elle rentrerait tout juste du Japon

hier il y avait dans ma boîte aux lettres
un cadeau qu’elle a trouvé pour moi au Japon
et j’ai pleuré d’émotion

mais ce matin j’ai couru là où ma foulée
décroche par dizaines des lapins qui plongent
dans les fourrés – nous aimons les lapins
ta mère sa dentiste toi et moi alors je souris
et plus tard même je danse et saute en courant
jusqu’à ne plus
pouvoir

respirer

presque

envoie-moi des photos

Grand Jeu Concours : faune des villes et de presque la campagne

Trouvez lequel des animaux ci-dessous n’a pas sa place dans le bestiaire du jour et gagnez par retour de pigeon un grelot que vous pourrez accrocher au collier de votre chat, de manière à ce qu’il cesse de vous offrir des oiseaux, souris et autres lézards en mauvais état, pour ne pas dire en puzzle, quand vous rentrez d’une longue journée où une faune bien plus effrayante encore, dite espèce humaine, a déjà suffisamment éprouvé votre système nerveux.

(L’intervention très énergique de cette oie m’a rappelé l’une de ses cousines de Ploegsteert, rencontrée l’été dernier.)

(La vache au premier plan, 5859, est une copine, je l’ai rencontrée à Noyelles-les-Seclin, à mon retour de la Roche-sur-Yon ; pour mémoire, je vous l’ai présentée ici.)

(Ces poulettes loosoises font une danse des fesses pour me provoquer ; c’est tout à fait puéril – Antique et Claire font la même quand elles gagnent une manche de belote. Puéril.)

(Ce chien fait du boniment pour un salon de toilettage à Wattignies.)

(Les lièvres se font toujours prier, c’est ainsi ; il faudrait sans doute les payer pour se prendre en photo avec eux, comme avec des pères Noël de galerie marchande. Ici, un bel ombrageux de Vendeville.)

Dans un billet à suivre, vous découvrirez ma photo animalière la plus réussie des dernières semaines, selon mes critères quelque peu décalés.