Des dangers de presque la campagne

Pour la quatrième fois, aujourd’hui, je suis tombée en courant. La première fois, je m’étais pris les pieds dans un cercle de fer, la deuxième, j’ai euh, tourné la tête, comme je l’expliquais dans le billet Mal assis, là (36) : patatras, et la troisième fois, j’ai glissé dans la neige, à Nevers. Aujourd’hui, je courais sur un chemin relativement étroit au milieu des champs et des bois, quelque part entre Noyelles-les-Seclin et Houplin-Ancoisnes quand, voulant doubler des chevaux et leurs fucking cavaliers par la droite, je suis tombée nez à truffe avec un chien, et comme j’ai peur des chiens (sauf de certains, parmi lesquels ma copine Silzig), j’ai dérapé dans les graviers, ensuite de quoi toute la partie supérieure gauche de ma cuisse et une zone moins importante du genou ont été râpées sur la même texture hautement abrasive, pour le plus grand divertissement de tous – chevaux, fucking cavaliers, chien – mais ç’aurait pu être pire parce que je n’avais pas pris conscience du fait que nous sommes en pleine saison de chasse et qu’il va falloir maintenant tâcher de ne pas se prendre une balle destinée à l’un de mes amis quadrupèdes ou ailés. Après réflexion, je veux bien aider les fucking chasseurs, ces premiers écologistes de France auto-proclamés, à réguler la biodiversité, en abattant le plus grand nombre possible d’entre eux, dont j’estime qu’ils sont surnuméraires et nuisibles. C’est moins point de vue antispéciste mais un peu misanthrope quand même les jours pairs. En attendant, malgré sa dangerosité ici et maintenant démontrée, j’aime tellement presque la campagne qu’en voici sept photos, pas moins, et en couleurs.

(Photos prises à Wambrechies, Loos, Pérenchies, Noyelles-les-Seclin, Lompret, Wattignies et Nieppe.)

Promesses + trucs brûlés

Vous êtes nombreux à me reprocher le minimalisme de mes interventions ici, ces dernières semaines. C’est que, voyez-vous, je n’ai plus tellement la tête dans la métropole lilloise depuis que j’arpente le bassin minier à vélo en quête de vides exacts, d’ennui existentiel et aussi un peu de kitsch & lutte des classes, pour mon plaisir personnel (car ce n’est pas vraiment mon sujet). Je suis désolée de n’être plus très présente mais je vous promets qu’avant même mon exposition de photos et de textes, je vous livrerai ici la matière que j’aurai décidé de ne pas utiliser (ma sélection compte déjà quelques images inexploitables dans ma thématique mais que par ailleurs j’aime beaucoup ; je compte sur vous pour éponger mes frustrations). En attendant, quelques trucs brûlés puisque vous aussi, comme les mauvais garçons d’ici, le feu vous divertit au cœur de l’été (à en croire vos pigeons et le succès surprenant de Sols d’été (4)).

Au bord de l’eau

Un samedi grésillant de soleil, je me suis déclarée en vacances pour un jour. Mes deux coéquipières et moi avons longé la Deûle, la Marque, le Canal de Roubaix puis celui de l’Espierres, après nous être égarées à Croix car trois Gouniche peuvent bien perdre le fil d’un canal ; quand nous sommes rentrées à Lille sur nos vélos de ville après 55 km de faux plat, la peau salée, poussiéreuse, un vent frais a entassé de gros nuages sombres sur le désert d’août presque parfait. Voici sept images glanées en chemin. La première est affreusement surexposée mais ce pont est sans doute ce qui m’a le plus fascinée en cours de route – un pont de chemin de fer en bois et en acier, dont on se demande comment des trains ont pu un jour l’emprunter sans que tout s’effondre. Là, nous avions déjà perdu le fil du canal mais nous ne le savions pas encore parce que, à notre décharge, nous longions quelque chose qui ressemblait quand même beaucoup à un canal.

Ce qui nous a permis de découvrir cet aspect de Croix que nous ne connaissions pas.

Parfois, nous passions sous des voies rapides et autoroutes, sous de longs ponts quelque peu inquiétants comme je les aime (au loin, mes coéquipières sur leurs bicyclettes.)

D’autre fois, des passerelles chargées de tags et même de peintures dans le style bord de mer, assez inhabituelles, nous proposaient de passer au-dessus de l’autoroute ; mais non.

Mes coéquipières étaient souvent loin devant parce que je m’arrêtais constamment pour prendre des photos. Ensuite, je pédalais sec pour les rattraper, puis je buvais de l’eau tiède. (Ici, je pense que nous étions quelque part entre Roubaix et Wattrelos.)

Finalement nous sommes arrivées à Leers, la frontière belge était proche et, au-delà, le but de notre promenade, à savoir une guinguette d’Estaimpuis, où nous attendaient des frites belges et des Belges très chaleureux, comme ils le sont souvent.

Alors que notre périple touchait à sa fin, la ducasse de Marquette battait son plein, avec son glacier, sa pêche aux canards et son unique manège ; deux jeunes gens étaient assis sur la plateforme immobile de celui-ci, qui diffusait à un volume réjouissant la chanson D.I.S.C.O. Nous l’avons chantée pendant une partie de la route – jusqu’à ce que nous arrivions chez moi, où je nous ai nettoyé les oreilles avec le dernier album de Santigold, I Don’t Want: The Gold Fire Sessions, sorti le 27 juillet.

Le vide exact (26)

Quand le réveil a sonné à 5h30, ce matin, nous avons sauté du lit pour être sûres de ne pas nous rendormir. Nous nous sommes plaintes, un peu, puis plus du tout quand nous sommes allées courir. Nous avons croisé trois voitures – et quelques pelotons de cyclistes habillés comme pour le tour de France, pas très agréables à regarder (trop de fluo de si bon matin) mais plutôt inoffensifs. Nous avons fait pipi dans un champ quelque part entre Pérenchies et Verlinghem, en blaguant parce que cette semaine Antique et Joëllyne s’accordaient sur le danger d’une telle pratique (le pipi dans les champs), à savoir les tiques mal placées (tiques au cul sonne pas trop mal). Quelle n’a pas été notre surprise quand nous avons découvert qu’un marché aux puces battait son plein à Pérenchies… Il était 8h et quelque chose, la fête foraine dormait encore (l’un des manèges arbore un Goldorak grandeur nature) mais l’on pouvait acheter tout un stock des surplus militaires et d’autres machins, apparemment, ce qu’une foule considérable s’employait à faire. Nous ne nous sommes pas attardées, Dame Sam, Giulia et moi, nous avons poursuivi notre exploration de Pérenchies, nous aimons vraiment beaucoup cette petite ville et lui consacrerons prochainement un billet spécial, voire tout un National Geo – c’est pourquoi, alors même que je viens de vous parler de Pérenchies, Pérenchies, Pérenchies, je ne vous en propose aujourd’hui aucune photo mais plutôt ces vues en couleurs de Lambersart, Wambrechies et Lompret. Je manque de vocabulaire pour décrire les couleurs et leur part de lumière mais j’aime beaucoup celles-ci, un peu menaçantes. Comme si la lumière contenait de l’ombre, en fait.

Le vide exact (24) : Ombre et lumière

Si je souhaite parfois si ardemment changer de vie, c’est pour pouvoir me réinventer sans que le regard de mon entourage me ramène constamment à une caricature périmée de moi-même, une définition aussi dépassée que celle de l’hystérie (je dis ça au hasard). Dans la solitude bénie de mes courses à pied, j’aime questionner mes vieilles créances et il arrive que je me prenne de passion pour ce qu’hier encore je méprisais. Ainsi de la lumière qui écrase les photos ; certes, les ombres ont un effet déplorable sur certains détails, je ne reviens pas là-dessus, mais parfois aussi, sur des vues d’ensemble, le partage de l’ombre et de la lumière fait un petit théâtre qui me comble de joie. Il m’en faut peu (joie ≠ bonheur) et ça fait du bien, un peu de joie dans le vide exact.

(Photos prises à Wattignies, Marcq-en-Baroeul et Lompret.)

L’art (50) à presque la campagne

De Lambersart à Brooklyn en passant par Ronchin, le commerce use volontiers de Mickeys maison pour attirer le client. Cela peut également arriver à presque la campagne, comme je l’ai découvert ce matin à Lompret. Deux nuances de taille : 1. à presque la campagne, l’on reste prudent et l’on invente son Mickey pour ne pas risquer les foudres de lointains ayants droit et 2. l’on vend des êtres vivants (pas d’enfants humains, a priori, mais les enfants de nombreuses autres espèces – mon rapport à presque la campagne reste compliqué).

Heureusement, l’on n’y vend pas que des animaux. Fruits, légumes et Paris Match rassembleront brièvement spécistes et antispécistes.

Parfois, l’on est juste poétique, à presque la campagne, et l’on expose l’art (de type loisirs créatifs) à même le bitume, juste pour émouvoir celui qui passe et qui sait voir – comme ci-dessous, à Pérenchies. J’aurais dû voler cette œuvre (j’y pense un peu tard), en ceindre mon T-shirt à mot d’ordre végétarien et courir ainsi comme touchée par la grâce, enrubannée d’étoiles bleues et jaunes + une argentée entre les nombreuses chapelles et niches de saints qui émaillent presque la campagne au nord-ouest de la métropole lilloise.

Presque la plénitude

Aujourd’hui, je peux dire que je sais comment rejoindre Noyelle-les-Seclin depuis Houplin-Ancoisne en ne traversant que des champs et des bois. Je suis donc un peu plus heureuse qu’hier. Pendant que je courais, ce matin, je l’étais même pleinement, comme c’est souvent le cas quand je cours à presque la campagne, mais ça finit toujours par retomber : je suis alors en descente, comme disent ceux qui usent de drogues. Mais l’on ne peut pas courir soixante kilomètres par jour alors je laisse descendre et j’attends demain pour suivre, confiante, reconnaissante, le nouveau caprice de mes pieds. Ce matin, j’en ai vu encore, des choses merveilleuses. Voici quelques images éparses, prises sur un segment de mon parcours que mes pieds foulaient pour la première fois.

Mieux serait de la gourmandise

Vous êtes nombreux à me témoigner votre soutien en cette période difficile que vous m’imaginez traverser sur la (mauvaise) foi de ce blog ; c’est très aimable à vous mais permettez-moi de vous rappeler que ce lieu est mon petit labo, où je m’amuse à créer des personnages (dont le vôtre, souvent détestable – or l’êtes-vous ?) et le mien, plaintif mais opiniâtre, ou encore à développer des théories urbanistiques et ethnologiques de manicrac telles que « kitsch et lutte des classes », etc. Bref, rien de sérieux et rassurez-vous, je vais bien. Regardez, voici une image bucolique prise ce matin dans l’un de mes champs fétiches : est-ce qu’un esprit chagrin prendrait une telle photo, qui plus est en couleurs, en un tendre matin d’été ?

(Où est Kennedy ?)

Non, je vous assure, l’amour la santé le travail ça va, la famille ça va, les amis ça va, l’argent vient à moi (il ne devrait plus tarder), la gloire est là (discrète – élégante), je m’aime beaucoup et les enfants m’aiment aussi, les enfants me disent Bonjour Madame dans la rue et les personnes âgées regrettent de ne pas avoir une descendance telle que moi, les oiseaux se posent sur ma main quand je la lèvre pour me recoiffer, la musique est bonne, les baskets font leur job, dans quelques jours la crème de la métropole lilloise ira envahir les régions à potentiel touristique avec ses enfants et ses voitures familiales, nous serons bien tranquilles ici et avec un peu de chance il pleuvra, parfois, ce seront les conditions idéales pour écrire le livre que vous attendez tous de moi, celui qui vous aveuglera irréversiblement. Vraiment, ne vous inquiétez pas pour moi.

Même, voyez, la vie aime encore me surprendre, comme ce matin quand j’ai croisé l’une de mes meilleures amies sur une route de campagne à Fléquières ; je passais d’un champ à l’autre en courant et elle se rendait à une réunion dans son automobile. Nous n’en avons d’abord pas cru nos yeux puis nous avons dit plusieurs fois Ça alors, et moi, Ici ! je répétais, Ici ! sur une route de campagne à Fléquières ! Alors mon amie a pris une photo de nous deux sur cette route de campagne à Fléquières pour l’envoyer à son amoureuse, qui se trouve également être ma meilleure amie Antique, puis j’ai pris une photo de l’endroit où le jeudi 5 juillet 2018 a décidé de me faire cette joyeuse surprise (voir ci-dessous) et ensuite j’ai encore souri longtemps toute seule. Je vous jure. Dormez tranquilles.

(Route de campagne à Fléquières, à 8h10 am. Où est Kennedy ?)

Encore un samedi matin sur Terre

J’ai mis mon réveil à 5h30 pour aller courir 23,5 km en forme d’hippocampe avant la chaleur. Je ne m’étais pas sentie aussi heureuse depuis très longtemps. Je le suis encore, quelques heures plus tard, malgré les écorchures causées par le frottement du tissu léger sur ma peau. De retour chez moi, je trie mes photos du jour quand je reçois sur mon téléphone celles que vient de prendre mon amie Maïté en courant-dansant à Londres comme je l’ai fait ici, sur d’autres musiques que les miennes, en proie à la même joie dans la même délectable solitude.

Ce que j’aime tant, c’est ne plus savoir où je suis.

Parcourir des chemins et des routes que mes pieds n’avaient encore jamais foulés.

Ne croiser que des individus d’espèces différentes, si apaisants (à part les rats – aujourd’hui était un bon jour : sans rats).

Côtoyer des vestiges de l’ère industrielle comme si l’apocalypse était dernière nous.

Observer des lieux connus sous des angles nouveaux.

(Photos prises entre Wambrechies et Marquette.)

D’en haut (2)

talus tu seras ma terrasse sur les champs
aujourd’hui puisque de nouveau me voici le
kyste de mon territoire sous le ciel
émollient

mouvant ma chair ferme dans les herbes à tiques
et chantant pour les lapins

avant de sauter à l’envers et de
– wow – gagner le ciel tête en bas lisant le mystérieux
alphabet des champs sans les
yeux qu’humecte l’altitude