Processus réversible n°12

je transforme le poison
en lumière puis je
le vomis

tu es le poison tu es
le venin que je
régurgite

tu es une guirlande
lumineuse dans
la nuit

tes couleurs luisant
des sucs de mon
dedans

je te vomis en lumière
je suis bien
gentille

Pharmakon : Intent Or Instinct

Processus réversible n°11

L’infirmière dit de rappeler plus tard alors je fais le tour du centre hospitalier en courant dans le sens inverse des aiguilles d’une montre ; je passe d’abord devant toi – tu es quelque part là-dedans – et je scotche un processus réversible sur la grille tandis que, de l’autre côté, un lapin se lave exactement comme un chat ; puis je passe devant l’hôpital où je suis revenue de la mort il y a douze ans puis devant celui où le bébé des voisins découvre la texture du monde et à cet instant précis je reçois un message qui m’apprend son prénom. Je pense bonjour, bonjour, bonjour, très fort, je pense, tout va très bien se passer.

bientôt nous filerons sur l’autoroute
l’asphalte craquelé parcouru
de moirures

quand les derniers rayons du jour
coupent horizontalement la rétine
sous les pare-soleil

quand le blues très fort s’échappe
en éclats métalliques par les
vitres grandes ouvertes

quand la chaleur de la journée
lentement reflue des
épidermes salés

la joie teintée du mystère approché
derrière des panneaux
d’interdiction

Processus réversible n°10 : notvivianmayer (4)

Bien que j’aie couru près de 100 km, cette semaine encore, je n’arrive pas à me considérer comme sportive. Peut-être parce que je cours avec un rouleau de scotch en bracelet et avec des tas de choses dans ma capuche / boîte à gants, notamment des objets trouvés tel que la prise de courant coupée dans Prière n°10 (avec petit c en couleur) ou le rétroviseur brisé ci-dessous. Cet après-midi, je me suis tellement amusée que je suis tombée sans me prendre les pieds dans quoi que ce soit. Notez que ce processus réversible est mon premier dispositif interactif, certes rudimentaire.

Processus réversible n°8

J’ai préparé ce processus réversible il y a dix jours puis je l’ai oublié. Je l’ai retrouvé par hasard ce matin dans le tiroir où je range mon matériel de course à pied – casque, appareil photo, rouleau de scotch, marqueur, rouge à lèvres, mouchoirs en papier, numéro de la personne à prévenir en cas d’accident ou d’agression par le propriétaire revêche de Rideaux et Voilages remarquables, etc. et je me suis dit que la Saint-Valentin était l’occasion de le poser dans la nature.

processus réversible n°6

Notez que cet escalier mène à des voies ferrées ; son accès, comme vous pouvez le voir, est interdit par une grille. Il faut pourtant le descendre pour pouvoir accéder à une ancienne friche ferroviaire de 13 hectares devenue un parc méconnu qualifié par la plupart des bienheureux qui ont pu y mettre les pieds de « jungle urbaine », où paissent chèvres, moutons et poneys. Parce que ce parc est serti entre trois lignes de chemin de fer encore utilisées (c’est littéralement un triangle), l’on ne peut y accéder qu’accompagné par le personnel autorisé. Depuis que j’ai appris l’existence de ce lieu (merci Sarah) je peste contre cette infantilisation bien française. Les voies ferrées, je m’allonge dessus : je peux bien les traverser. Alors pourquoi n’ai-je pas le droit de visiter cette friche sans un employé municipal ? Pourquoi pas une visite groupée avec des familles en panoplie de randonnée, tant que vous y êtes ? Je cherche des volontaires pour s’insurger avec moi contre cette aberration – ou pour un commando clandestin. Me contacter par la voie habituelle ; vous seriez bien avisés de masquer vos pigeons pour l’occasion.

Processus réversible n°5

Une dame qui travaillait sur le chantier voisin a suivi tout le processus réversible avec grand intérêt en fumant sa cigarette sous son casque orange : je range mes gants dans ma capuche, je fais glisser l’élastique du petit cylindre que forment les différentes phrases du jour dans ma poche, trouve la bonne, prépare le scotch, cherche un angle avec mon appareil photo, range tout et repars d’une foulée conquérante. La plupart du temps, j’aime bien qu’on me laisse tranquille, mais la dame au casque de chantier était d’aimable (et très brève) compagnie (tout ça ne dure qu’une minute), ça va.

Processus réversible n°3

aujourd’hui j’ai ressenti quelques picotements de bonheur
malgré le manque
était-ce d’être derrière avec l’endorphine ?
j’ai rangé le scotch dans ma poche et repris ma foulée
et j’ai senti que je souriais
derrière Lidl Wattignies