Des tours

C’est aujourd’hui la dernière occasion de voir l’exposition Habitarium à la Condition Publique de Roubaix. J’ai sautillé de joie en retrouvant des modèles réduits de quelques tours que j’aime tout particulièrement, à savoir les tours Europe de Mons-en-Baroeul et les tours Aillaud de Nanterre. Si ma vie était à refaire, je pense que j’aimerais être urbaniste (dans le genre Mike Davis, attention) – ou musicologue (dans le genre Alex Ross, pas moins – décidément je serais très ambitieuse, dans une autre vie, alors que je ne l’ai jamais été dans la mienne et alors même que je regarde l’ambition comme un truc vain et quasiment obscène).

(Les tours Europe, couvertes de Lego lors d’un atelier mené avec leurs habitants.)

(Les vraies, prises en 2015, quand je suis tombée littéralement amoureuse d’elles, comme je l’expliquais ici.)

(Deux tours Aillaud – après le passage de Godzilla, vraisemblablement.)

(Photo prise en 2015 également ; j’avais fait le voyage spécialement pour les rencontrer.)

L’immobilier

Été 2018

Je n’avais pas couru vers Saint-André depuis quelque temps et voici ce que j’y découvre. On ne peut pas s’absenter deux mois sans que tout parte à vau-l’eau. Je me sens doublement bête car visiblement l’affiche annonçant un projet immobilier sur le site d’Ulysse Trélat est une citation (sans doute d’un célèbre architecte) comme l’indiquent la poésie du slogan et l’usage des guillemets, citation tellement célèbre (comme « Longtemps, je me suis couché de bonne heure ») que l’on n’a pas jugé nécessaire de mentionner son auteur. J’avoue honteusemente ne pas la connaître – je suis sûre que vos pigeons vont promptement me faire part de votre légitime mépris. Bref, de retour chez moi, je me renseigne un peu et je dois avouer que les nouvelles sont plus déprimantes que drôles, malgré le « comme rarement » de la citation ; un site, Le Collectif, nous révèle quelques autres projets d’urbanisme catastrophiques dans le secteur et qui ne sont pas si récents.

Si vous ne le connaissez pas, le site s’est d’abord appelé hospice des incurables de 1907 à 1939, puis hôpital-hospice suburbain de 1945 à 1958, et depuis 1965, il est connu comme le centre de soins et d’hygiène mentale Ulysse Trélat. En 1998, le centre hospitalier de Lommelet et le centre de soins Ulysse Trélat fusionnent pour devenir l’Établissement Public de Santé Mentale de l’agglomération lilloise. Le bâtiment abrite dès lors l’ABEJ et l’Armée du Salut.

Été 2016

« Le Département, propriétaire du site, l’a vendu le 4 juillet à un promoteur immobilier pour y créer environ 300 logements de standing. (…) C’est une délibération qui (…) prévoit la mise en vente d’une longue liste de terrains devenus inutiles à l’exercice des missions. Dont un immeuble, rue de Lambersart, de 26 000 m2 de surface de plancher qui part pour 9,5 millions d’euros. » (La Voix du Nord, 17/08/2016)

Des logements de standing plutôt qu’un centre d’hébergement pour les sans-abri, bien sûr. D’après les informations que j’ai réunies, les associations n’ont pas encore trouvé de nouveau lieu où s’établir. Je n’ai pas hâte que les travaux commencent, ni de voir à quoi ressembleront les propriétaires de ces logements. Je ne peux m’empêcher de penser à Poltergeist, excellent film de Tobe Hooper (1982) dans lequel les esprits punissent le cynisme d’un projet immobilier pavillonnaire établi sur un ancien cimetière amérindien. D’ailleurs, faut-il voir dans l’incendie qui a frappé le bâtiment l’été dernier une prémonition ?

Été 2017

***

Dans la rubrique Super Cynisme, j’hésite à vous parler de la Friche Gourmande (espèce de biergarten éphémère qui occupe une partie de la friche Fives-Cail et s’adresse exclusivement à des bourgeois en quête de sensations prolétaires) ou à faire semblant que ça n’existe même pas.

D’en haut (3)

L’autre jour l’on adresse un message subliminal sous forme d’un bête acrostiche que la dédicataire ne voit pas et l’on perd sa trace et c’est comme quand on joue à ces jeux stupides tels que, observant la trotteuse d’une montre, « Si elle ne m’appelle pas avant la fin de cette minute, ça veut dire qu’elle ne m’aime pas vraiment » ou, à un passage à niveau, « Si le train vient de la droite, ça veut dire que je n’aurai pas de ses nouvelles aujourd’hui », mais l’on est opiniâtre, comme stipulé précédemment, alors voici que de nouveau l’on se trouve sur (et parfois sous mais en altitude quand même) des toits qui réverbèrent la chaleur et de là-haut l’on parlemente avec le vide plus qu’exact. Après, l’on a envie d’une grande citronnade.

Des contraintes

Depuis la défection de mon appareil photo, je cours plus légèrement ; par ailleurs, je suis confrontée à des limites techniques particulièrement contraignantes. J’ai appris à aimer certaines mauvaises images et, au-delà du fait que j’ai pris goût à leur grain épais, à leur faible résolution, à leur noir et blanc bancal et à la quasi impossibilité de zoomer, j’ai sur les bâtiments dont je connais pourtant les moindres lignes un regard comme neuf, en tout cas différent. Ce passage (car la situation n’est que temporaire) m’apparaît finalement comme rafraîchissant. Comme on dit (plutôt rarement, d’ailleurs), à quelque chose malheur est bon.

Des rats

L’été, la ville pue les particules fines, les sacs poubelle éventrés, la vase, la merde et la décomposition. L’été, la ville c’est Au bonheur des rats. Nous sommes le foie gras des villes – des villes que l’on gave d’êtres humains. Des quartiers entiers sortent de terre, ce sont peut-être des écoquartiers ou peut-être en ont-ils seulement l’apparence, au début, avec leurs bardages en bois qui s’effritent en deux ans et leurs allées de graminées, qui offrent aux rats un parfait habitat : discret, confortable.

Grand Jeu Concours

Vous êtes nombreux à me réclamer un Grand Jeu Concours et je dois admettre que je n’ai pas été très généreuse en la matière, ces derniers temps. Attention, c’est très facile alors ce sera surtout une question de rapidité (ainsi que d’expertise en colombophilie). Trouvez où sont a. Kennedy, b. le scotome et c. le lièvre, sur la photo ci-dessous. Les impressions sur papier sont interdites pour des raisons écologiques évidentes ; vos pigeons poseront la griffe où vous leur aurez dit de le faire – le premier qui aura tout bon vous rapportera le lot du jour, à savoir une pince fraîcheur bleu pâle pour vos emballages alimentaires (peu servi) ; je la clipserai délicatement sur le collier de votre volatile.

Des couleurs

Ce mois-ci, j’ai battu mon propre record en courant 397 km, qui est un nombre premier ; je suis par ailleurs tellement fatiguée que je dis des choses bizarres, comme « il y a des momies dans le vent » au lieu de « il y a des moments dans la vie » – ça m’apprendra à employer des expressions toutes faites.

En courant aujourd’hui, j’ai vu de très belles choses, notamment des choses bleues, jaunes et vertes – le bleu, particulièrement, était si beau qu’il faisait mal au ventre.

Un ex-voto

(Pour Karen Gwyer et mes amies)

j’ai mis la chimie dans ma bouche j’ai lacé
mes baskets et fermé la porte derrière moi

au bout de 800 mètres déjà j’ai senti que les
poumons s’entrebâillaient comme souvent ici
en haut du boulevard de Strasbourg

où la lumière
et l’air circulent sans obstacle sur l’asphalte
et le sable mouillé

où la lumière éclate stroboscopique
entre les planches disjointes de la palissade
et souffle de la vitesse sur les paupières

de nouveau j’ai respiré mes yeux piquaient de
reconnaissance et Karen a dit que tout irait bien
et le soir mes amies aussi diraient que tout irait
bien à mon chevet elles le diraient à leur tour

mais pour l’instant je n’avais appelé personne
à l’aide encore et je bricolais ma longévité avec
des brindilles et des capsules pliées dans
les caniveaux

et Karen étrillait dedans elle étrillait mes
organes au bord de l’explosion et dedans moi
toute la chair râlait ahhhh – râlait

cependant que je courais sans vomir au-delà
de toute trace humaine au-delà du canal
et des bois de sorte qu’aujourd’hui
je suis encore en vie une fois de plus
et sans nouvelle cicatrice

c’est bientôt fini, dit mon Antique
c’est bientôt fini

Karen Gwyer : Missisissipippi (écoutez très fort – sans regarder la vidéo, bien sûr – et vous le sentirez : ça étrille dedans)

Sept tours Kennedy

Vous êtes nombreux à me reprocher de ne pas avoir alimenté notre rubrique National Geo depuis trop longtemps. Promis, mes grands reportages reviendront avec les beaux jours. En attendant, et en complément à mon portait de Loos Oliveaux, publié ici le 19 mai 2017, quelques vues de la tour Kennedy depuis les villes de Loos, Haubourdin, Wattignies, Sequedin et Emmerin. Vous comprendrez pourquoi je dis que cette tour (tout comme l’usine Cargill d’Haubourdin et son sempiternel panache de fumée blanche ou encore, à l’est, la tour hertzienne de Villeneuve-d’Ascq) fait office de Fernsehturm dans notre métropole.

Inouï fun

fun

fun fun

fun fun fun

beaucoup, beaucoup fun
dans l’arrière-monde où l’on peut trouver beaux
ces portiques sans filet
dégagés de leur fonction
simples armatures plantées là comme
les vestiges d’une autre civilisation
dont on ne saurait rien
et surtout pas le sens du ballon