Un an plus tard

Je retourne sur les mêmes lieux pour voir si l’on ne peut vraiment pas rembobiner.

2016

il y a un an, nous étions ici exactement quand j’ai dit, « mon père va m’appeler cet après-midi, à propos du texte que je lirai à l’église »

2017

aujourd’hui, les graminées ne saluent pas dans la lumière, elles sont lourdes de pluie et il n’y a pas de lumière ; derrière, on construit – je ne veux pas savoir quoi : la même chose que partout ailleurs, je suppose

2016

nous étions ici, à 5 km de marche des graminées, quand mon père a appelé

2017

je ne me rappelle pas cet arbre ; tout juste puis-je me risquer à affirmer qu’alors, ses racines étaient encore plongées dans la terre, serrées dans la terre grasse avec confiance et tendresse

2016

je disais de cette maison qu’elle était hantée ; je l’ai photographiée sous tous les angles, plusieurs fois au cours de l’hiver

2017

aujourd’hui, elle est en travaux ; je ne la regarderais même pas si je ne l’avais connue au plus romantique de sa décadence

L’art de l’épure

Je vous ai présenté, dans L’art (23), L’art (28) et L’Art (33), des friteries remarquables par leur ambitieux et riches ornements. Aujourd’hui, je vous propose une approche plus classique de l’institution, une preuve qu’épure ne signifie en rien platitude et celle que le classicisme peut s’accompagner d’un sens de l’humour discret (comme ces deux panneaux OUVERT en témoignent). Cette œuvre subtilement sophistiquée peut s’admirer à Faches-Thumesnil.

Villeneuve-d’Ascq (5) : de l’habitat

Venons-en au fait. Maintenant que je vous ai convaincus de vous établir dans cette ville aux fascinants contrastes, parlons immobilier. Toutes les formes de l’habitat sont représentées ici : lotissements, petits et grands ensembles, maisons ouvrières, dédales modernistes, châteaux et anciennes fermes. Vous connaissez mon goût particulier et quelque peu pervers pour les géométries les plus alambiquées représentées dans le petit catalogue (non exhaustif) ci-dessous. Mais je ne veux pas vous influencer dans une décision si délicate. Faites votre choix – et, je vous en prie, épargnez-moi les pigeons, je ne suis pas agent immobilier.

Villeneuve-d’Ascq (3) : de la campagne

Villeneuve-d’Ascq, c’est aussi le parc du Héron, des vrais lacs, des plans d’eau artificiels, des champs, des jardins communautaires, des cygnes, des canards, des chevaux montés de jeunes bourgeoises (j’ai fait en sorte que ce spectacle dégradant n’apparaisse pas au premier plan sur la photo) et des moulins de ville, mais oui, je vous en ai déjà présenté un dans le numéro 4, spécial Villeneuve-d’Ascq, de mes Jambes en l’air – que vous pouvez revoir ici, huit mois plus tard, avec une émotion intacte. Il me faut vous prévenir que Villeneuve-d’Ascq ne propose pas de camping, hélas, je le précise pour ceux d’entre vous qui déjà brûleraient de traverser la France, l’été prochain.

Villeneuve-d-‘Ascq (2) : du style

Bien que la ville nouvelle se soit construite, dans les années 1970 et 1980, autour des villages d’Ascq, d’Annappes et de Flers, et bien que l’on trouve dans ces anciens villages des églises du XIè siècle (vous en verrez une dimanche dans la rubrique Upper rooms & kitchens) et des châteaux du XVIème siècle comme sur la photo ci-dessous, ce que l’on retient de Villeneuve-d’Ascq, c’est avant tout son esthétique architecturale pauvre, très marquée par les années 1980, que ce soit dans le choix des matériaux ou dans les formes très alambiquées dessinées par ceux-ci. Il n’est pas jusqu’à ses arbres qui ne soient frappés, dans les rues les plus traditionnelles, d’un traitement capillaire futuriste.

Villeneuve-d’Ascq : des tunnels, des chemins, des passerelles

Ainsi ai-je décidé de vous emmener, toute cette semaine, dans les rues (s’il est permis de les désigner ainsi) de Villeneuve-d’Ascq. Nous sommes loin des joyeuses escapades en binôme de l’été ; cette fois, c’est un je qui vous guidera. Ce sera sans doute moins joyeux, plus contemplatif, vous m’en excuserez ou vous en vengerez par pigeons interposés – je le découvrirai bien assez tôt. Je dois préciser pour ma défense que j’ai approché ce nouveau fragment de mon territoire en solitaire et en baskets, au fil des quelques derniers mois, et qu’il s’est avéré avoir des vertus apaisantes sur mon système nerveux éprouvé. Je ne pouvais que tomber amoureuse d’un tel cauchemar urbain, labyrinthique et désert. L’on y trouve tout ce que je préfère dans les villes, en particulier des tunnels, des chemins, des passerelles, des voies inaccessibles au profane, étroites et sinueuses, cachées, taillées dans la verdure ou le béton. Il peut arriver que l’on ait un peu peur à ses bouts du monde, et l’on se perd inévitablement dans ses méandres alambiqués. Elle est parfaite pour moi.

Sans moi

il y a beaucoup de gens sur terre
je vais là où ils ne sont pas
dans les recoins des villes
à l’arrière et sur les côtés
le long des voies ferrées

il y a beaucoup de gens sur terre
je suis contente pour eux
j’espère qu’ils iront bien

il y a beaucoup de gens sur terre
mais pas moi

Bientôt ici

Vous êtes nombreux à me rappeler les promesses que je vous ai faites, ici-même, avant ma parenthèse new-yorkaise. Vous ajoutez que New York, c’est bien joli mais tout le monde en parle déjà, tandis que Villeneuve-d’Ascq est boudée sur un large plan international. Je ne puis qu’acquiescer. C’est pourquoi je vous annonce aujourd’hui, après avoir récupéré quelques neurones et la force musculaire minimum requise par la course à pied (merci à Temesta ® et à ma couette chauffante Dame Sam), un reportage d’une semaine dans la grande tradition de mes National Geo, sur la ville nouvelle que j’aime tant. C’est décidé, la semaine prochaine, je vous emmène à Villeneuve-d’Ascq.

Suivez le monsieur au chapeau.

N’ayez pas peur.

L’on croise peu d’êtres humains sur les euh, trottoirs, mais c’est plein de gentils canards.