Comines-Warneton (4) : au fil de la Lys

Un simple pont sépare Comines (France) de Comines-Warneton (Belgique). Sous ce pont coule la Lys, le genre de rivière où l’on ne se baignerait pas.

Malgré notre goût prononcé pour les passages secrets et les territoires interdits, malgré la pression de notre employeur, le National Geographic, nous n’avons pas enfilé nos combinaisons en néoprène pour aller voir où mènent ces portes immergées. Vous pouvez m’envoyer tous les pigeons de la Création, c’est toujours non.

Pourquoi ne peut-on pas se baigner dans cette rivière d’aspect si charmant ? Parce que de lourdes péniches y circulent (nous le verrons plus bas) entre des usines qui, comme Lotus (la biscuiterie particulièrement connue pour ses Speculoos), déversent dans l’eau des liquides colorés et odorants.

Admirez cette vue de l’usine en question avec, en arrière-plan, l’église Saint-Chrysole de Comines, au style néo-byzantin – oubliez Saint-Pétersbourg et toute la Russie impériale, allez à Comines, France ; en plus, l’église vient d’être restaurée, nettoyée, on en mangerait comme d’une charlotte aux fraises.

Saint-Chrysole n’est pas le seul atout architectural de Comines (France). Ici, derrière une péniche aménagée en appartement, vous voyez se dresser le clocher de St-C mais aussi le beffroi de l’hôtel de ville et son bulbe majestueux (le bâtiment figure au patrimoine mondial de l’UNESCO).

Ne croyez pas que nous n’ayons pris aucun risque pour vous. Nous avons traversé des champs marécageux pour nous approcher de cet étonnant pont dont nous ignorons de quoi il est un vestige : une voie ferrée passait-elle autrefois en-dessous ? Qu’est-ce que ça peut faire ? Il est là, au milieu des champs, ça ne vous suffit pas ? Vous savez combien nous paye le National G. pour ce type d’enquête ? Même pas l’essence de la Cadillac. Alors si vous n’êtes pas satisfaits par notre manière de mener l’enquête, flûte.

Pour clore cet épisode sur le fil de la Lys, la photo promise d’une imposante péniche passant (tout juste) sous le pont qui sépare Comines (France) de Comines-Warneton (Belgique), ce si beau pont qui, je tiens à le préciser, n’est ni belge ni français, un pont libre et libertaire, no border.

Comines-Warneton (2) : une voie ferrée

La gare de Comines-Warneton a diverses particularités : d’abord, l’on n’y trouve ni Marks & Spencer ni Palais des Thés mais un atelier d’artiste – galerie d’art ; ensuite, des affiches nous présentent (photo à l’appui) Frank, l’employé qui entretient la gare pour le confort de tous ; enfin, des cabines de plage boxes permettent aux usagers d’attendre leur train assis à l’abri des éléments. Un véritable modèle que cette gare.

La Belgique m’évoque souvent les États-Unis, comme je ne manque jamais de m’en ouvrir à mes amis belges – certains partageant cette impression, d’autres me regardant alors avec un rictus quelque peu méprisant. La musique explique en partie cette impression*, mais aussi la sirène de la police (politie) ou encore les passages à niveau.

Ce système de roue et contre-poids nous a beaucoup plu ; nous n’avons pas compris ce qu’il reliait à quoi ; nous n’aurions pas pu inventer le chemin de fer, quelque amour que nous portions (vous l’aurez compris) à son esthétique.

Après la gare, les deux voies ferrées en deviennent une seule. Vous découvrirez dans des articles ultérieurs (teaser !) quelques merveilles de faune et d’architecture qui agrémentent ses abords (patience).


* Ainsi, Comines-Warneton (18 111 habitants) possède un club de jazz et de blues tandis que Lille et son aire urbaine de 1 182 127 habitants n’en proposent pas un ersatz.

Teaser doté

Réjouissez-vous ! Le National Geographic m’a commandé un nouveau reportage sur une ville telle que je les aime. Si tout va bien, je devrais pouvoir vous en régaler dès la semaine prochaine. Devinez de quelle ville il s’agit, d’après la photo ci-dessous, et gagnez un peigne en plastique de 10 cm*, très discret dans une poche de chemisette.

* Frais de port non pris en charge.

Maurice Ravel : Introduction et allegro pour harpe, flûte, clarinette et quatuor à cordes

La géométrie (11)

Vous êtes nombreux à partager mon goût pour le Forum qui abrite (entre autres) le conseil départemental du Nord, près de la gare Lille Flandres – très exactement à l’angle de la rue Gustave Delory et de l’avenue Charles Saint-Venant. Il est vrai que j’aurais pu l’évoquer plus tôt ici, je n’ai guère d’arguments pour ma défense. Mais est-ce vraiment une raison pour m’envoyer de pleins pigeonniers d’insultes ? (J’entends certains d’entre vous me répondre qu’il y a toujours de quoi fouetter un chat ; vous savez pourtant que je ne supporte pas le cynisme.)

Record

Quand on se perd à Villeneuve d’Ascq, il arrive des choses relativement inhabituelles. Ainsi, l’on peut faire fuir un canard à l’instant T

et à l’instant T + 30 secondes, après avoir longé un chemin étroit dans la verdure, tomber littéralement sur l’autoroute,

traverser une passerelle en bois et un lotissement

et passer sous l’autoroute dans un tunnel glauque

pour déboucher entre un Mc Do et un Babou. Puis l’on se met en quête de Sart-Babylone parce que l’on trouve amusante l’idée de traverser la ville du sud au nord, mais l’on se perd pendant trois quarts d’heure dans le dédale futuriste et les champs, dans des lotissements encore et toujours (certains très bizarres)

pour finalement, quand on rentre chez soi, se rendre compte que l’on a battu son propre record de semi-marathon étendu en courant 28,5 km et l’on dit merci à Villeneuve d’Ascq, qui vaut bien un coach sportif.

Encore une voie ferrée (2)

Celle-ci relie Sequedin à Hallennes-les-Haubourdin et Haubourdin. Elle vous apparaît ainsi quand vous la longez en voiture. Pas mal.

Vous pouvez même admirer ces barrières qui permettent aux piétons de traverser les voies ferrées pour gagner les grands ensembles de l’Europe. L’on trouve très peu de ces barrières dans la métropole lilloise, comme si nos concitoyens devaient être protégés de leur propre incapacité à tourner la tête. Les concitoyens, ce n’est pas ce qui manque ici : la densité de population doit approcher d’un record régional. D’où l’on déduit que la SNCF fait beaucoup confiance aux résidents de l’Europe.

Mais si vous êtes piéton, vous pouvez voir l’autre côté de la voie ferrée ; c’est bien plus fascinant. Vous descendez du pont qui s’appelle Rue du Pont et vous arrivez au pied des voies.

En quelques foulées (car vous courez, bien sûr), vous voici au seuil d’un champ, dont je vous propose pas moins de trois images – j’aime bien les champs aussi, j’estime que trois photos ne sont pas de trop et que celles-ci, en l’occurrence, ne sont pas redondantes. Si ce n’est pas votre avis, descendez la page d’une souris leste et envoyez-moi un pigeon de réclamation, je saurai le recevoir (heureusement pour lui, je suis antispéciste).

Un panneau vous invite à rester prudent : une locomotive à vapeur pourrait bien vous surprendre à l’aiguillage.

Vous décidez de continuer tout droit plutôt que de suivre cette courbe vers les champs puisque l’Europe est le but de votre course à pied du jour.

Vous tournez maintenant la tête vers la droite et vous rendez compte que vous auriez bien pu, à quelques secondes près, sans la protection du panneau à vapeur, vous faire surprendre par ce train de marchandises.

Il est très long et plutôt rapide.

Ensuite, vous parvenez au pont que vous avez découvert du dessous au tout début de cette promenade en images qui vous est proposée par le National Geographic et présentée par votre serviteur, comme qui dirait (le mot, tout comme sage-femme, ne se genre pas, c’est ainsi).

Puis vous empruntez un long chemin sur lequel, assurément, personne ne vous entendrait crier s’il prenait la fantaisie à un psychopathe de surgir des fourrés, mais pourquoi cela se produirait-il maintenant, un matin pluvieux d’août où vous courez, la poitrine soulevée par le bonheur de découvrir de nouveaux territoires, tout en écoutant Meredith Monk au casque ?

Au bout de ce chemin, vous débouchez à l’angle nord-est de l’Europe, mais cela méritera un autre reportage.

La Pilaterie

Quand je cours, je fabrique de l’endorphine et mets de l’ordre dans mes pensées, j’utilise donc moins de mouchoirs, je sculpte mon corps, j’élimine des toxines, j’oublie mes acouphènes en écoutant de la musique au casque à un volume étudié, je découvre de nouveaux sites et repousse ainsi les limites de mon territoire. Un vrai couteau suisse que la course à pied. Hier, pour montrer mes fesses à la nouvelle déconfiture que m’a infligée la vie, j’ai fait un petit tour à la Pilaterie (c’est la zone industrielle de Villeneuve d’Ascq, au cas où vous seriez de ces nuls en géo). J’ai pris des photos, bien sûr. Voici un peu de rêve, pour me faire pardonner à propos de Christ que je croyais vivant et de la déception que je vous ai causée en l’affirmant ici, etc.

Maubeuge (1) : une annonce

Face au succès inattendu de ma série sur Charleroi, et sous la pression du National Geographic, je vous propose une semaine entièrement dédiée à la ville de Maubeuge ; et, de même que j’avais abordé la banlieue limitrophe de Charleroi en vous menant à Montignies-sur-Sambre, je vous présenterai Rousies, qui se trouve également sur la Sambre, côté français.

Cette photo a été prise à Rousies, près d’un ancien passage à niveau, sur une voie ferrée à l’abandon – on lit ici qu’elle relie Maubeuge à Fourmies mais tous mes indics suggèrent qu’ils s’agit en vérité d’une ligne Maubeuge-Bavay : qui croire ? En tout cas, je vous présenterai dans Maubeuge (2) quelques images de cette voie, que je n’ai pas suivie jusqu’à Fourmies – ou Bavay (qui sait ?) – pour cause de végétation insécable.

Une brève histoire des genres et de la sexualité dans la métropole lilloise (4)

Madame, ou Les arts ménagers à travers les âges

Dans cette nouvelle rubrique, c’est rien moins qu’une brève histoire de la femme que nous retraçons, du vingtième siècle à demain.

Les années 1920

La maison se targue, sur son enseigne, d’avoir été fondée en 1897, mais il semblerait qu’elle ait plutôt vu le jour dans les années 1920, comme en témoigne la coupe de Madame Edmé. Les flappers (ou garçonnes) n’existaient tout simplement pas au XIXè siècle. On ne nous la fait pas.

(Rue Georges Boidin, Lambersart.)

1925

L’école ménagère recevait les femmes et filles de cheminots qui habitaient à Lomme Délivrance, quartier-village dont la construction a débuté en 1921. Afin de faire des filles de la cité de « futures bonnes ménagères qui sauront gérer leur ménage avec économie et en même temps créer un intérieur agréable qui retiendra le mari à la maison »*, la compagnie aménage (…) dans une maison de quatre pièces une école ménagère : on y apprend « à acheter et à conserver les aliments, à préparer une nourriture à la fois saine et économique ; à aménager, à décorer son intérieur, à couper et entretenir les vêtements, à réparer le linge et aussi (…) à élever les enfants »**

(Place Beaulieu, Lomme.)

1968

Les jeunes filles avaient la possibilité d’aller à l’école, si elles enfilaient le jean autrefois réservé aux garçons, mais cela leur était visiblement douloureux – on le vérifie ci-dessous dans les larmes de cette fillette se rendant à l’école Saint Joseph, à Haubourdin : sans doute son âme se révoltait-elle contre cette violence faite à sa nature ménagère.

Aujourd’hui

Peut-être reconnaîtrez-vous l’agence lilloise d’une chaîne dont je tairai le nom et qui propose « Ménage / Repassage / Grand nettoyage / Grandes occasions / Garde d’enfants ».

Il y a aussi une dame moderne, qui a les cheveux courts et porte le pantalon sous son tablier ; elle tient un chiffon et un pulvérisateur de produit à récurer dans ses gants en caoutchouc. Vous pouvez apercevoir sa silhouette dans la vitrine de l’autre côté de l’angle.

Demain

Une fillette a troqué sa gazinière contre une 8,6. Souhaitons-lui une bonne continuation.

(Boulevard de Metz, Lille.)

* Maurice Boisseau, Les Œuvres d’amélioration sociale dans la Compagnie des chemins de fer du Nord (thèse), Imprimerie librairie militaire universelle L. Fournier, 1924.
** Compte-rendu du conseil d’administration de la cité de Lille-La Délivrance sur les écoles ménagères, 1925.