Commodités

Mercredi, je suis retournée dans certains des lieux qui ont marqué mon été, notamment à Sallaumines, où une maison à vendre m’a dit, Tu ne serais pas bien, ici ? J’ai dû reconnaître qu’elle était particulièrement bien placée, sur le corps calleux de la ville, à proximité de toutes commodités telles que : arrière-monde, champs, voie ferrée, etc. Pas très loin, il y a aussi mon parc secret (du moins ne semblons-nous pas nombreux à le fréquenter, ce qui fait une grande partie de son charme – dont j’espère que des travaux en cours à proximité ne vont pas le dénaturer, retournant l’arrière-monde de manière à ce qu’il devienne le devant pour un trop grand nombre d’individus). Puis il a fallu rentrer chez moi, dans la grande ville qui ne sert à rien, pleine de bruit et de rumeurs.

L’orée de mon parc bien caché

Pas très loin, l’orée d’un petit bois interdit au public (c’est apparemment une réserve naturelle de cette espèce protégée qu’est aujourd’hui le minitel)

North French Yankees

À peine passé le panneau, vous le comprenez : Angres est une ville internationale du bassin minier. Américaine dans l’esprit, elle ne rougit pas pour autant d’être North French. Ces trois photos ont été prises dans un périmètre de 50 mètres. Sur la place de la mairie, l’on trouve aussi, plus simplement, Angres Friture.

The rhythm of the road

Hier, j’ai de nouveau passé la journée sur mon vélo, poursuivant ma redécouverte du bassin minier et de l’expression par monts et par vaux (mon culte de l’effort veut que je n’utilise pas les vitesses et reste toujours sur la plus dure, de sorte que j’ai la plante des pieds tuméfiée d’avoir dû trop appuyer sur les pédales, tandis que mes hanches sont douloureuses après 317 côtes en danseuse). Je pense avoir maintenant toute la matière qu’il me faut pour finir de préparer mon exposition ; je n’ai donc aucune raison a priori de poursuivre mon exploration. Cette idée me donne aujourd’hui un cafard extraordinaire – hier je m’amusais encore beaucoup, malgré de fréquents accès de tristesse parce que je savais que c’était la dernière fois. Mon état d’esprit ressemblait un peu à une chanson à la fois dansante et mélancolique de Santigold, Run the road, dont j’ai d’ailleurs fredonné ces trois phrases tout au long de mon périple :

I believe in the rhythm of the road
I don’t got a need for so much more
That kind of freedom is all I want

(En route pour Méricourt – puis Sallaumines, puis Lens, puis Liévin, puis Angres, puis Éleu-dit-Leauwette, puis de nouveau Avion et Lens via la véloroute du bassin minier – je me retourne pour dire au revoir à la République d’Avion.)

(L’entrée de la véloroute, rue Georges Charpak à Liévin.)

(Même le rituel du train avec mon vélo va me manquer, ainsi que la concentration sans faille, pendant le trajet, sur ce que je m’apprêtais à faire : pas de livre, pas de musique, la plus imperceptible expérience mentale et/ou sensorielle faisant partie de l’aventure. Je descendais à une gare différente chaque semaine et portais mon vélo dans des escaliers étroits avant de me lancer dans l’inconnu.)

Où est Kennedy ?

Pour la septième édition de votre jeu préféré (hors Grands Jeux Concours, évidemment), je vous apporte une bien sinistre nouvelle. Selon l’un de mes indics (entendez par là un véritable habitant de Loos), preuve à l’appui (Loos Le Mag), la tour la plus haute au nord de l’Ile-de-France pourrait être démolie. Mon indic (donc) attirait mon attention sur une objection avancée par un élu de l’opposition en fin de gazette : des travaux de mise aux normes seraient en cours dans les logements vacants de l’immeuble. Que croire ? Que faire ?

1. le jeu

2. la preuve accablante

Des tuyaux + 1

Je me demandais ce que j’allais bien pouvoir vous proposer aujourd’hui, quand je me suis rappelé ce tuyau que m’a donné un dératiseur hier soir (j’ai des fréquentations variées, voyez-vous) : il y a une invasion de frelons asiatiques à Lille en ce moment – uniquement à Lille, pas dans la région, a-t-il précisé. Ce que nous ignorons, c’est si les frelons considèrent Hellemmes et Lomme comme des quartiers de Lille, dans l’esprit colonialiste de l’hôtel de ville, ou comme des villes à part entière. Lommois, ne vous réjouissez pas trop vite. Fivois, dans le doute, traversez la rue, réfugiez-vous à Hellemmes. Si malgré mon avertissement vous croisez la route d’une de ces bestioles, écoutez les conseils du dératiseur : Ne la chassez pas de la main comme une bête guêpe, courez, il n’y a que ça à faire, parce qu’elle peut vous tuer. Ce n’est pas gai, je le sais bien, mais je ne suis pas là pour vous faire croire que toutes les espèces partagent notre antispécisme.

(Tuyaux de Loos ou d’Haubourdin, on ne sait pas (c’est pile entre les deux), de Lomme (la colonie ou pas), Mons-en-Baroeul (je sais que cette photo est floue, patates, mais j’aime bien, laissez-moi tranquille), Lille Sud et Wattignies.)

Au bord de l’eau

Un samedi grésillant de soleil, je me suis déclarée en vacances pour un jour. Mes deux coéquipières et moi avons longé la Deûle, la Marque, le Canal de Roubaix puis celui de l’Espierres, après nous être égarées à Croix car trois Gouniche peuvent bien perdre le fil d’un canal ; quand nous sommes rentrées à Lille sur nos vélos de ville après 55 km de faux plat, la peau salée, poussiéreuse, un vent frais a entassé de gros nuages sombres sur le désert d’août presque parfait. Voici sept images glanées en chemin. La première est affreusement surexposée mais ce pont est sans doute ce qui m’a le plus fascinée en cours de route – un pont de chemin de fer en bois et en acier, dont on se demande comment des trains ont pu un jour l’emprunter sans que tout s’effondre. Là, nous avions déjà perdu le fil du canal mais nous ne le savions pas encore parce que, à notre décharge, nous longions quelque chose qui ressemblait quand même beaucoup à un canal.

Ce qui nous a permis de découvrir cet aspect de Croix que nous ne connaissions pas.

Parfois, nous passions sous des voies rapides et autoroutes, sous de longs ponts quelque peu inquiétants comme je les aime (au loin, mes coéquipières sur leurs bicyclettes.)

D’autre fois, des passerelles chargées de tags et même de peintures dans le style bord de mer, assez inhabituelles, nous proposaient de passer au-dessus de l’autoroute ; mais non.

Mes coéquipières étaient souvent loin devant parce que je m’arrêtais constamment pour prendre des photos. Ensuite, je pédalais sec pour les rattraper, puis je buvais de l’eau tiède. (Ici, je pense que nous étions quelque part entre Roubaix et Wattrelos.)

Finalement nous sommes arrivées à Leers, la frontière belge était proche et, au-delà, le but de notre promenade, à savoir une guinguette d’Estaimpuis, où nous attendaient des frites belges et des Belges très chaleureux, comme ils le sont souvent.

Alors que notre périple touchait à sa fin, la ducasse de Marquette battait son plein, avec son glacier, sa pêche aux canards et son unique manège ; deux jeunes gens étaient assis sur la plateforme immobile de celui-ci, qui diffusait à un volume réjouissant la chanson D.I.S.C.O. Nous l’avons chantée pendant une partie de la route – jusqu’à ce que nous arrivions chez moi, où je nous ai nettoyé les oreilles avec le dernier album de Santigold, I Don’t Want: The Gold Fire Sessions, sorti le 27 juillet.

Tristesse

Ce matin, j’ai repéré cette inscription sur un mur de la résidence Comtesse de Ségur, à Ronchin. Je l’ai prise en photo parce que je trouvais que la composition était belle (l’enseigne de la pharmacie à l’arrière du magasin, le volet de fer, le jaune volontaire, exubérant, et le tag) mais aussi parce que j’étais touchée par la sensibilité de son auteur (ou du moins par ce que ce simple mot et son étonnant point final suggèrent de son regard et de son empathie). Je n’ai jamais consacré de billet à cet ensemble, composé de deux immeubles pourvus de cellules commerciales et de services au rez-de-chaussée, bien qu’il me fascine depuis très longtemps. De retour chez moi, tout à l’heure, j’ai eu envie d’en savoir un peu plus, ce qui veut dire que je cherchais des chiffres, à mon habitude (ainsi ai-je lu que 1400 habitants s’y partageaient 642 appartements) mais j’ai aussi appris par hasard qu’un garçon de 11 ans y avait été poignardé à mort au début des années 2000 par un camarade de classe. L’agresseur, aujourd’hui sorti de prison, dit que sa victime ne quitte jamais ses pensées : « J’essaie de réussir ma vie pour deux vies », dit-il. Alors je me suis demandé si l’auteur de « Tristesse. » connaissait ce fait divers.

Encore une friterie artistique du Nord

Nous aimons fouiller ici les liens indéniables entre la friterie et l’art en territoire des Hauts-de-France et de Belgique. Ce soir, alors que je rentre, harassée, d’une journée de déambulations professionnelles à vélo dans le bassin minier du Pas-de-Calais (dont on oublie qu’il est non seulement très vallonné mais aussi sujet à la canicule que n’importe quel autre territoire), l’on me reproche de ne pas avoir posté de billet aujourd’hui, et comme je suis d’une nature plutôt généreuse (voire soumise, car vous n’êtes pas de petits despotes), je dédie à mon ami Éric, plus connu dans les milieux interlopes sous le nom de Kups, cette friterie artistique de Saint-André, photographiée hier. Cet ami étant aussi fin gourmet qu’esthète, il ne pourra qu’apprécier. Bisous, mon très cher.

Le vide exact (29)

Je voudrais que le vide exact n’ait jamais de fin. Que personne ne rentre en ville avec ses voitures familiales et les enfants dedans. Dimanche matin, à 8h, je me trouvais au carrefour des rues Albert Thomas, Imbert de la Phalecque et de la Rotonde*, à Lomme Délivrance. J’ai tourné sur moi-même et il n’y avait pas trace d’être humain ni de véhicule, ni au nord

ni au sud

ni à l’est

ni à l’ouest. Il s’agissait d’une circonstance parfaitement exceptionnelle.

Alors j’ai ressenti un bonheur fou, un bonheur comme un cheval qui ferait des claquettes dans mes veines. Tout me semblait beau, même les parcs d’activités.

* Ce n’est pas un nom à particules multiples, « de la Phalecque de la Rotonde », pas un nom doublement noble, non (j’ai bien dit « et de la Rotonde », lisez attentivement), il s’agit de deux rues différentes, l’une de la Phalecque et l’autre de la Rotonde.

Projet de jumelage Rotterdam-Lomme

Je cherche des appuis politiques pour proposer le jumelage de Lomme (59160) avec Rotterdam, ces deux villes me semblant partager un certain nombre de caractéristiques. Laissez-moi vous en présenter trois – je réserve la liste exhaustive de leurs points communs aux salles de réunion où sera débattue mon initiative.

1. Comme à Rotterdam, il y a des cours d’eau à Lomme.

(Photo prise depuis un monticule de déchets malodorants, mais peu importe si je contracte une maladie grave : a. ce projet de jumelage mérite que je donne de ma personne et b. à Lomme, un centre d’hygiène sociale pourra prendre soin de moi – voir 2.)

2. Comme Rotterdam, Lomme est un laboratoire d’expérimentations urbanistiques, son fleuron étant le quartier Délivrance, qui rayonne (l’on peut voir son tracé ici) autour de son école ménagère (voir Une brève histoire des genres et de la sexualité dans la métropole lilloise (4)) et de son centre d’hygiène sociale, soit deux piliers de notre société patriarcale.

3. À Lomme aussi, quelqu’un a perdu son Mickey.

Convaincus ?