Bye bye Marcel

À quelques pas de chez moi, l’une des plus imposantes et indécentes barres de logements sociaux que compte la métropole lilloise est en train de vivre ses derniers moments, perchée sur l’A1, ses couleurs pastel délavées, sa population nombreuse relogée allez savoir où et dans quelles conditions. Déjà, de l’autre côté de l’autoroute, la friche qui avait accueilli un immense camp de Roms, véritable village de 750 habitants, est devenu un espace en cours de gentrification ; les bureaux d’une grande entreprise spécialisée dans le sport s’y sont vite implantés, arrogants au milieu des herbes folles. Sur la photo ci-dessous prise il y a quelques mois, la barre Marcel Bertrand intégrale vue depuis l’entrée flambant neuve de cette mini zone d’activité, dont je doute qu’elle reste mini très longtemps.

Au printemps, les travaux de destruction ont commencé à Porte d’Arras. Ici, un aperçu du chantier derrière le métro aérien.

Nous espérions un bon vieux dynamitage, comme celui de la tour attenante en 1989, mais c’était apparemment trop dangereux. (Photos de Denis Buisine.)

Voici ce qu’il reste aujourd’hui de la barre, après un mois de démantèlement progressif.

Samedi, en partant courir, j’ai été saisie par la vision de ce poster géant : un palmier pour conjurer l’autoroute qui rugissait en contrebas.

Quelques détails des derniers blocs de béton, de fer et de verre, fraîchement désamiantés.

5:23/137/27

Grand Jeu Concours : gagnez un plan de Lille « pocket » Blay-Foldex de 1999* en trouvant non pas lequel des nombres ci-dessus n’est pas un nombre premier (trop facile) mais laquelle des photos ci-dessous n’a pas été prise à Sallaumines. N’oubliez pas qu’il faut m’envoyer vos pigeons à Nevers, où je serai dans quelques heures.**

* Frais de port toujours pas pris en charge, arrêtez de rêver.
** Il n’y aura pas de Saturday Night Fever cette semaine, vous m’en voyez désolée. Je ne sais pas, moi, louez un DVD – si ça existe encore.

Des écoles comme des champignons

Je vous ai déjà montré ici l’école Chateaubriand, rue de Fives à Villeneuve-d’Ascq. Aujourd’hui, je travaillais à mon nouveau texte quand soudain il m’est apparu que cette école de Villeneuve-d’Ascq avait un sosie à Sallaumines, dans le bassin minier (pourquoi je n’ai pas aperçu cette ressemblance plus que frappante le 1er août, le jour où j’ai commencé mon exploration de Sallaumines, je ne me l’explique pas). Si j’ai pu apprendre que l’école Chateaubriand a été construite entre 1975 et 1978 sur les plans de l’architecte Jean Doldourian, je n’ai trouvé aucune documentation sur l’école Gisèle Foucart, place Burczykowski* à Sallaumines. Je suis preneuse de toute information que vous pourriez avoir à ce sujet : s’agit-il d’une copie ? D’une autre œuvre de M. Doldourian ? Pourquoi, dans ce cas, n’est-elle mentionnée nulle part ?

Ici, Villeneuve-d’Ascq :

Une photo prise vers 1976 sur le chantier de cette école :

(Archives municipales de Villeneuve-d’Ascq, fonds EPALE, 7FI8430.)

Ici, l’arrière de l’école Gisèle Foucart – le 1er août, je l’ai d’abord découverte de dos :

* Si je vivais sur cette place, je pourrais faire la même blague qu’actuellement quand on me demande mon adresse au téléphone et que je dis « Comme ça se prononce ». Les gens ne sont pas difficiles au téléphone quand on est gentil avec eux et ils rient volontiers.

11/19

J’ai grandi à quelques pas des plus hauts terrils d’Europe, ceux de la base 11/19 (Loos-en-Gohelle). Leur altitude est d’environ 186 mètres ; ils sont reliés par un terril tabulaire. Les trois terrils s’étendent sur 90 hectares. On y a recensé 205 espèces végétales, 82 espèces d’oiseaux, 12 espèces de mammifères, 9 espèces de libellules et 53 espèces de papillons, plus quelques reptiles.

Aujourd’hui, l’un des terrils est aménagé pour les ascensions en famille, tandis que l’autre, encore récemment interdit (comme me le rappelaient hier mes parents), est aujourd’hui « réservé aux sportifs confirmés ». Rien qui soit susceptible d’arrêter deux aventurières telles que Stéphanie et moi.

(En reflet, la silhouette des deux terrils coniques.)

Il nous a fallu un peu plus d’une minute pour escalader une succession de mamelons qui semblaient étaient de plus en plus convexes.

Nous avons fini l’ascension en nous aidant de ce câble en acier dont l’extrémité supérieure s’avère hérissée de limaille rouillée. Parvenues au sommet, nous avons rencontré une dame équipée pour l’alpinisme, des chaussures aux bâtons. Le vent soufflait très fort, là-haut. La dame nous a informées que non, il n’y avait pas de chemin moins abrupt pour descendre. Un couple de jeunes gens a surgi d’un autre versant, en tennis assez semblables aux nôtres, les mains vides. La dame équipée semblait avoir un peu pitié de nous. Je vais vomir, a dit la jeune fille à son compagnon désarmé. Ils se sont assis.

186 mètres, ce n’est pas grand-chose à gravir, mais en descente, les semelles lisses glissent dans la poussière noire et le sol s’éboule. Nous avons procédé à tout petits pas, ce qui nous a pris vingt minutes, abandonnant les jeunes gens à la solitude des cimes.

(Vue du terril aménagé depuis le sommet de l’autre ; on devine le début du chemin par lequel nous avons choisi de descendre.)

Nous le saurons désormais : l’expression « sportif confirmé » ne concerne pas forcément la force et l’endurance mais implique parfois équipement et technique.

Commodités

Mercredi, je suis retournée dans certains des lieux qui ont marqué mon été, notamment à Sallaumines, où une maison à vendre m’a dit, Tu ne serais pas bien, ici ? J’ai dû reconnaître qu’elle était particulièrement bien placée, sur le corps calleux de la ville, à proximité de toutes commodités telles que : arrière-monde, champs, voie ferrée, etc. Pas très loin, il y a aussi mon parc secret (du moins ne semblons-nous pas nombreux à le fréquenter, ce qui fait une grande partie de son charme – dont j’espère que des travaux en cours à proximité ne vont pas le dénaturer, retournant l’arrière-monde de manière à ce qu’il devienne le devant pour un trop grand nombre d’individus). Puis il a fallu rentrer chez moi, dans la grande ville qui ne sert à rien, pleine de bruit et de rumeurs.

L’orée de mon parc bien caché

Pas très loin, l’orée d’un petit bois interdit au public (c’est apparemment une réserve naturelle de cette espèce protégée qu’est aujourd’hui le minitel)

North French Yankees

À peine passé le panneau, vous le comprenez : Angres est une ville internationale du bassin minier. Américaine dans l’esprit, elle ne rougit pas pour autant d’être North French. Ces trois photos ont été prises dans un périmètre de 50 mètres. Sur la place de la mairie, l’on trouve aussi, plus simplement, Angres Friture.

The rhythm of the road

Hier, j’ai de nouveau passé la journée sur mon vélo, poursuivant ma redécouverte du bassin minier et de l’expression par monts et par vaux (mon culte de l’effort veut que je n’utilise pas les vitesses et reste toujours sur la plus dure, de sorte que j’ai la plante des pieds tuméfiée d’avoir dû trop appuyer sur les pédales, tandis que mes hanches sont douloureuses après 317 côtes en danseuse). Je pense avoir maintenant toute la matière qu’il me faut pour finir de préparer mon exposition ; je n’ai donc aucune raison a priori de poursuivre mon exploration. Cette idée me donne aujourd’hui un cafard extraordinaire – hier je m’amusais encore beaucoup, malgré de fréquents accès de tristesse parce que je savais que c’était la dernière fois. Mon état d’esprit ressemblait un peu à une chanson à la fois dansante et mélancolique de Santigold, Run the road, dont j’ai d’ailleurs fredonné ces trois phrases tout au long de mon périple :

I believe in the rhythm of the road
I don’t got a need for so much more
That kind of freedom is all I want

(En route pour Méricourt – puis Sallaumines, puis Lens, puis Liévin, puis Angres, puis Éleu-dit-Leauwette, puis de nouveau Avion et Lens via la véloroute du bassin minier – je me retourne pour dire au revoir à la République d’Avion.)

(L’entrée de la véloroute, rue Georges Charpak à Liévin.)

(Même le rituel du train avec mon vélo va me manquer, ainsi que la concentration sans faille, pendant le trajet, sur ce que je m’apprêtais à faire : pas de livre, pas de musique, la plus imperceptible expérience mentale et/ou sensorielle faisant partie de l’aventure. Je descendais à une gare différente chaque semaine et portais mon vélo dans des escaliers étroits avant de me lancer dans l’inconnu.)

Où est Kennedy ?

Pour la septième édition de votre jeu préféré (hors Grands Jeux Concours, évidemment), je vous apporte une bien sinistre nouvelle. Selon l’un de mes indics (entendez par là un véritable habitant de Loos), preuve à l’appui (Loos Le Mag), la tour la plus haute au nord de l’Ile-de-France pourrait être démolie. Mon indic (donc) attirait mon attention sur une objection avancée par un élu de l’opposition en fin de gazette : des travaux de mise aux normes seraient en cours dans les logements vacants de l’immeuble. Que croire ? Que faire ?

1. le jeu

2. la preuve accablante

Des tuyaux + 1

Je me demandais ce que j’allais bien pouvoir vous proposer aujourd’hui, quand je me suis rappelé ce tuyau que m’a donné un dératiseur hier soir (j’ai des fréquentations variées, voyez-vous) : il y a une invasion de frelons asiatiques à Lille en ce moment – uniquement à Lille, pas dans la région, a-t-il précisé. Ce que nous ignorons, c’est si les frelons considèrent Hellemmes et Lomme comme des quartiers de Lille, dans l’esprit colonialiste de l’hôtel de ville, ou comme des villes à part entière. Lommois, ne vous réjouissez pas trop vite. Fivois, dans le doute, traversez la rue, réfugiez-vous à Hellemmes. Si malgré mon avertissement vous croisez la route d’une de ces bestioles, écoutez les conseils du dératiseur : Ne la chassez pas de la main comme une bête guêpe, courez, il n’y a que ça à faire, parce qu’elle peut vous tuer. Ce n’est pas gai, je le sais bien, mais je ne suis pas là pour vous faire croire que toutes les espèces partagent notre antispécisme.

(Tuyaux de Loos ou d’Haubourdin, on ne sait pas (c’est pile entre les deux), de Lomme (la colonie ou pas), Mons-en-Baroeul (je sais que cette photo est floue, patates, mais j’aime bien, laissez-moi tranquille), Lille Sud et Wattignies.)

Au bord de l’eau

Un samedi grésillant de soleil, je me suis déclarée en vacances pour un jour. Mes deux coéquipières et moi avons longé la Deûle, la Marque, le Canal de Roubaix puis celui de l’Espierres, après nous être égarées à Croix car trois Gouniche peuvent bien perdre le fil d’un canal ; quand nous sommes rentrées à Lille sur nos vélos de ville après 55 km de faux plat, la peau salée, poussiéreuse, un vent frais a entassé de gros nuages sombres sur le désert d’août presque parfait. Voici sept images glanées en chemin. La première est affreusement surexposée mais ce pont est sans doute ce qui m’a le plus fascinée en cours de route – un pont de chemin de fer en bois et en acier, dont on se demande comment des trains ont pu un jour l’emprunter sans que tout s’effondre. Là, nous avions déjà perdu le fil du canal mais nous ne le savions pas encore parce que, à notre décharge, nous longions quelque chose qui ressemblait quand même beaucoup à un canal.

Ce qui nous a permis de découvrir cet aspect de Croix que nous ne connaissions pas.

Parfois, nous passions sous des voies rapides et autoroutes, sous de longs ponts quelque peu inquiétants comme je les aime (au loin, mes coéquipières sur leurs bicyclettes.)

D’autre fois, des passerelles chargées de tags et même de peintures dans le style bord de mer, assez inhabituelles, nous proposaient de passer au-dessus de l’autoroute ; mais non.

Mes coéquipières étaient souvent loin devant parce que je m’arrêtais constamment pour prendre des photos. Ensuite, je pédalais sec pour les rattraper, puis je buvais de l’eau tiède. (Ici, je pense que nous étions quelque part entre Roubaix et Wattrelos.)

Finalement nous sommes arrivées à Leers, la frontière belge était proche et, au-delà, le but de notre promenade, à savoir une guinguette d’Estaimpuis, où nous attendaient des frites belges et des Belges très chaleureux, comme ils le sont souvent.

Alors que notre périple touchait à sa fin, la ducasse de Marquette battait son plein, avec son glacier, sa pêche aux canards et son unique manège ; deux jeunes gens étaient assis sur la plateforme immobile de celui-ci, qui diffusait à un volume réjouissant la chanson D.I.S.C.O. Nous l’avons chantée pendant une partie de la route – jusqu’à ce que nous arrivions chez moi, où je nous ai nettoyé les oreilles avec le dernier album de Santigold, I Don’t Want: The Gold Fire Sessions, sorti le 27 juillet.