Grand Jeu Concours

Vous êtes nombreux à me réclamer un Grand Jeu Concours et je dois admettre que je n’ai pas été très généreuse en la matière, ces derniers temps. Attention, c’est très facile alors ce sera surtout une question de rapidité (ainsi que d’expertise en colombophilie). Trouvez où sont a. Kennedy, b. le scotome et c. le lièvre, sur la photo ci-dessous. Les impressions sur papier sont interdites pour des raisons écologiques évidentes ; vos pigeons poseront la griffe où vous leur aurez dit de le faire – le premier qui aura tout bon vous rapportera le lot du jour, à savoir une pince fraîcheur bleu pâle pour vos emballages alimentaires (peu servi) ; je la clipserai délicatement sur le collier de votre volatile.

Des couleurs

Ce mois-ci, j’ai battu mon propre record en courant 397 km, qui est un nombre premier ; je suis par ailleurs tellement fatiguée que je dis des choses bizarres, comme « il y a des momies dans le vent » au lieu de « il y a des moments dans la vie » – ça m’apprendra à employer des expressions toutes faites.

En courant aujourd’hui, j’ai vu de très belles choses, notamment des choses bleues, jaunes et vertes – le bleu, particulièrement, était si beau qu’il faisait mal au ventre.

Un ex-voto

(Pour Karen Gwyer et mes amies)

j’ai mis la chimie dans ma bouche j’ai lacé
mes baskets et fermé la porte derrière moi

au bout de 800 mètres déjà j’ai senti que les
poumons s’entrebâillaient comme souvent ici
en haut du boulevard de Strasbourg

où la lumière
et l’air circulent sans obstacle sur l’asphalte
et le sable mouillé

où la lumière éclate stroboscopique
entre les planches disjointes de la palissade
et souffle de la vitesse sur les paupières

de nouveau j’ai respiré mes yeux piquaient de
reconnaissance et Karen a dit que tout irait bien
et le soir mes amies aussi diraient que tout irait
bien à mon chevet elles le diraient à leur tour

mais pour l’instant je n’avais appelé personne
à l’aide encore et je bricolais ma longévité avec
des brindilles et des capsules pliées dans
les caniveaux

et Karen étrillait dedans elle étrillait mes
organes au bord de l’explosion et dedans moi
toute la chair râlait ahhhh – râlait

cependant que je courais sans vomir au-delà
de toute trace humaine au-delà du canal
et des bois de sorte qu’aujourd’hui
je suis encore en vie une fois de plus
et sans nouvelle cicatrice

c’est bientôt fini, dit mon Antique
c’est bientôt fini

Karen Gwyer : Missisissipippi (écoutez très fort – sans regarder la vidéo, bien sûr – et vous le sentirez : ça étrille dedans)

Sept tours Kennedy

Vous êtes nombreux à me reprocher de ne pas avoir alimenté notre rubrique National Geo depuis trop longtemps. Promis, mes grands reportages reviendront avec les beaux jours. En attendant, et en complément à mon portait de Loos Oliveaux, publié ici le 19 mai 2017, quelques vues de la tour Kennedy depuis les villes de Loos, Haubourdin, Wattignies, Sequedin et Emmerin. Vous comprendrez pourquoi je dis que cette tour (tout comme l’usine Cargill d’Haubourdin et son sempiternel panache de fumée blanche ou encore, à l’est, la tour hertzienne de Villeneuve-d’Ascq) fait office de Fernsehturm dans notre métropole.

Inouï fun

fun

fun fun

fun fun fun

beaucoup, beaucoup fun
dans l’arrière-monde où l’on peut trouver beaux
ces portiques sans filet
dégagés de leur fonction
simples armatures plantées là comme
les vestiges d’une autre civilisation
dont on ne saurait rien
et surtout pas le sens du ballon

La friche Saint-Sauveur

Une friche peut-être une bénédiction pour une ville. Celle de Saint-Sauveur, c’est 26 hectares d’air et de mystère. Mais plus pour longtemps. Le projet d’aménagement, détaillé ici, devrait bientôt achever d’asphyxier une ville déjà en surpopulation et nous priver de cet espace interlope assez fascinant. Je n’aimerais pas être maire, ni promoteur. Je n’ai que des considérations inutiles et déplacées, de toute façon, partageant la poésie anarchiste qui fleurit sur certains murs d’ici – des murs en décrépitude, bien entendu. Comment renoncer à un si beau paysage, veiné de voies ferrées à l’abandon ? Il y a même une espèce de belvédère où mal s’asseoir, là, le dos tourné à cette sublime désolation, en écoutant passer le métro aérien.

L’arrière-monde (7) : des garages (1)

Je me suis rendu compte récemment que je collectionnais les photos de garages. Quand je cours, des pulsions photographiques me saisissent sans que je cherche à les analyser, je m’arrête, sors l’appareil de ma poche et tâche de cadrer ce que mon œil a isolé dans le paysage. Il n’y a pas toujours un projet plus défini derrière l’acte de prendre une photo. Les garages suscitent souvent chez moi cette pulsion, sans doute parce qu’ils sont une forme d’arrière-monde à part entière, le plus souvent relégués à l’écart, comme s’ils étaient un sacrifice d’espace à la fonction qui seule les définit, loin de toute considération esthétique, mais aussi parce qu’ils sont fermés, opaques. Ils ne montrent rien, ne disent rien. Je les trouve très beaux. En voici sept exemples, piochés dans un réservoir d’images que je constitue depuis des mois, et je trouve intéressant de me rappeler précisément où j’ai pris chacune de ces photos – à savoir, de haut en bas, à Marcq-en-Baroeul, Lomme, Faches-Thumesnil, Haubourdin, Emmerin, Lezennes et Mons-en-Baroeul. Si je ne meurs pas cette nuit, pour citer Petra Pied de Biche, je vous en offrirai bien d’autres encore.

l’arrière-monde (6)

De haut en bas, découvrez l’arrière de Lidl Ronchin ; l’usine Cargill vue depuis la rive gauche de la Deûle à Haubourdin ; la Maison de la petite enfance à Mons-en-Baroeul ; un passage secret au bout d’une impasse à Lambersart ; des garages au bord de la voie ferrée à Faches-Thumesnil. Alors que je passais en revue toutes les photos prises au cours de mes courses à pieds ces derniers mois et que je n’ai pas encore utilisées ici, j’ai pris conscience de la place incroyable que prennent les garages dans mes dossiers. La dernière image de cet arrière-monde (6) me permet de vous annoncer un numéro spécial arrière-monde (7, donc) consacré aux enfilades des garages. Cette passion inavouée l’est longtemps restée, je pense, pour la raison que j’ai toujours abhorré les voitures, pollution visuelle, sonore, atmosphérique, facteur de bêtise, de violence et de paraître, mais que voulez-vous ? Je ne vais pas me le cacher plus longtemps, j’aime bien les garages.

Des portiques (2)

Suite au succès inattendu de mon billet Des portiques, que j’aurais donc mieux fait d’intituler Des portiques (1) (mais vos engouements sont volatils et je n’ai toujours pas trouvé le moyen de les anticiper, moi qui ne vis pourtant que pour votre contentement), voici Des portiques (2). Je comprends l’intérêt quelque peu perplexe que vous pouvez porter aux portiques. Dans le micro-série ci-dessous, vous observerez dans un premier temps qu’un service technique municipal n’a pas les mêmes méthodes, et sans doute pas les mêmes moyens, à Haubourdin et à Faubourg de Béthune : dans le deuxième cas, l’on ne se contente pas de procéder par accumulation pour décourager les incursions de caravanes mais l’on va jusqu’à dégainer la lampe à souder, quasi l’artillerie lourde, pour convertir en barrière un portique. J’ai tenu à finir cette étude par une note d’espoir, avec une barrière (2,10 m) littéralement et je suppose délibérément défoncée, près du Port de Lille.

L’arrière-monde (5)

Aujourd’hui, j’ai dansé en courant. La musique n’y était pas pour rien et, surtout, je me suis perdue, ce qui m’arrive de moins en moins souvent, et je ne suis jamais aussi vivante que là où je ne sais plus où je suis. Je n’étais que relativement perdue puisque je pouvais encore apercevoir dans le lointain les repères géographiques que sont à la banlieue sud-ouest l’usine Cargill et la tour Kennedy mais pendant une vingtaine de minutes j’ai traversé des paysages inédits avec une gratitude euphorique. Pour ne rien gâcher, ils étaient parfaitement à mon goût, la lumière était magnifique et l’air printanier.