In the upper room (36)

Jésus est pardon et moi aussi alors je souhaite un bon anniversaire à cette tricheuse, au cas où elle passerait par ici sur la route pour Middle Church : qui sait ? En cette belle journée, l’indice de pollution est de 8/10 et des morceaux d’enfants animaux carbonisent sur des grilles mais, attendant de voir ce que la vie nous réserve, nous gardons la foi et l’espérance avec ou sans Jésus, sa mère, son père et leurs amis saints – le plus souvent sans eux mais il reste nous, ce si beau nous zébré de tissu cicatriciel au fil des défections. C’est déjà bien.


(Wattignies, près de Noyelles-les-Seclin.)

La Roche-sur-Yon (6) : Upper rooms & kitchens

Ce n’est pas comme si l’on n’avait pas l’embarras du choix en matière de bondieuseries, en Vendée. J’ai dû faire des choix douloureux. Vous aurez un Jésus agent de la circulation, un petit Jésus que sa vierge mère forme précisément au métier (d’agent – suivez un peu, je vous prie), et une Bernadette, parce que ça change et que le bâtiment qui lui est consacré ici est aussi un trésor architectural.

Upper room du lundi

Non, ce n’est pas dimanche. C’est la Vendée.
J’avais repéré ce calvaire particulièrement héroïque en arrivant au collège de La Châtaigneraie, cet après-midi. Après la rencontre scolaire, j’ai demandé une minute pour aller le prendre en photo et une mère d’élève m’a souhaité bon courage : « Des calvaires, m’a-t-elle appris, il y en a partout en Vendée. Quand on vous dit, Au calvaire à gauche, vous demandez : Lequel ? » Et en effet, sur la route du retour jusqu’à la Roche-sur-Yon, j’en ai compté quatre + une statue de Vierge Marie en bord de départementale – bon, ce n’est pas encore la parité mais je tenais quand même à le signaler.
Sinon, je suis bien, ici, et tout le monde est très gentil avec moi, comme dirait Elephant Man (je lui ressemble d’ailleurs tout particulièrement, depuis quelques jours. Affreuse affreuse. La douleur ne me sied pas au teint.)

In the kitchen (20)

La semaine dernière, j’ai fait un rêve magnifique, qui au lieu de mêler mes obsessions les plus oppressantes et douloureuses du moment, mélangeait les plus belles et réconfortantes : ça changeait un peu. Ainsi mon inconscient m’a-t-il offert un arrière-monde de toute splendeur, dont j’ai essayé par ce montage basique de suggérer un détail. Il y avait donc une chapelle à la Vierge Marie au bord d’une carrière à ciel ouvert si vaste qu’on n’en apercevait pas les parois rocheuses. Tout était blanc et un peu de poussière flottait à quelques centimètres du sol. Je ne me rappelle pas si j’étais avec Anna ou Karen mais je n’étais pas seule. Et je courais, libre, dans ce paradis calcaire.

Upper rooms & kitchens : le denier du culte

Ne comptez pas sur moi pour un numéro spécial Pâques, j’en ai déjà fait un l’année dernière (les cathos ne se lassent-ils donc jamais de répéter toujours les mêmes rituels ? ça me rendrait littéralement folle, comme d’aller en vacances tous les ans dans le même camping ou de manger la même confiture tous les matins, ou, bref). En ce qui me concerne, j’attends que Jésus ait fini sa résurrection pour pouvoir acheter à moitié prix des œufs en chocolat et autres lapins vêtus d’aluminium coloré à la supérette d’en face : ils ne seront pas périmés, ni moins bons, mais ils seront à – 50% du fait qu’ils ne seront plus à propos jusqu’à Pâques 2019, où vraisemblablement ils seraient moins bons, sinon périmés (entre temps, se poserait aussi la question de leur stockage dans l’entrepôt de la supérette, qui devra successivement accueillir les vacances d’été, la rentrée des classes, Halloween, Noël, etc.) Alors de quoi vais-je vous parler, aujourd’hui, me direz-vous ? Je viens sermonner, si j’ose ainsi m’exprimer, les enfants du Seigneur qui pratiquent l’affichage sauvage sur les murs d’Haubourdin – eh oui, sur des maisons d’habitation. Ce n’est pas bien, mes frères et sœurs, c’est un comportement de punks, pour ne pas dire de hooligans. N’êtes-vous pas censés donner l’exemple de l’ordre et de la droiture dans cette civilisation en pleine dérive morale ?*

* Tiens, je m’aperçois à ce propos que je n’ai pas produit de patenôtre ni de processus réversible depuis bien longtemps ; encouragée par votre turpitude, je pourrais bien en scotcher quelques-uns prochainement.

In the upper room (35) mais avec kitchen (21)

L’établissement propose surtout des pizzas, mais les voitures qui encombrent le parking ne m’ont pas permis de prendre une photo exhaustive du menu. Devinez où Jésus est votre pizzaiolo et gagnez le droit d’aller vous y faire la quatre fromages ou quelque formule végétarienne possible – droit ne signifiant pas subvention, du moins de ma part.

Upper room & kitchen

Vous remarquerez l’absence de parti-pris sexiste apparent, pro Marie ou pro Jésus, dans ce Centre Missionnaire Évangélique Rom International (sis à Wattignies). Par ailleurs, je lui trouve un petit air américain plutôt charmant. Ici, il y a étude biblique au singulier le samedi soir (de 20 à 22h, JMJ* ! raté pour nous, qui dansons comme chacun sait) et « culte adoration » le dimanche de 10h30 à 13h30 ; on ne sait pas bien en quoi ça consiste dans le cadre religieux, en tout cas l’expression bancale et quelque peu redondante de « culte adoration » me rappelle une expérience sentimentale très malheureuse qui m’a menée in fine à jeter mon cœur dans une poubelle d’abribus, avant-hier, et je ne souhaite à personne d’en arriver là parce qu’ensuite il devient difficile de trouver une raison de se réveiller le matin, sans parler de se lever. Le panonceau annonce aussi « lundi à vandredi (sic) de 20 à 22h » mais l’on ignore quelles sont les activités proposées, études bibliques, culte adoration, génuflexion gainage, découverte œnologique spéciale vins de messe ou course en sac (pourquoi pas ?) et ce n’est pas très engageant quand on ne sait pas, alors ce sera sans moi, les amis.

* Je vous rappelle que, sur ce blog, JMJ n’est pas l’acronyme de « Journées Mondiales de la Jeunesse », par ailleurs un événement strictement catholique, mais de l’interjection traditionnelle « Jésus Marie Joseph ».

Hebdo multi-rubriques n°1

Vous êtes nombreux à me demander si je suis toujours en vie ; c’est très délicat de votre part, j’ai presque envie de dire lol. Mais oui, je suis toujours en vie et ce n’est pas grâce à vous. Je traverse une crise de misanthropie aiguë, si vous voulez tout savoir. J’ai donc mis de la distance entre vous et moi. J’ai activé le mode avion de mon portable. Et plutôt que de fracasser ma radio portative, je l’ai éteinte et j’ai supprimé de ma discothèque certaine violoncelliste française que je venais d’entendre en interview – j’ai lu Contre Sainte-Beuve il y a plus de vingt ans, ça va, mais cette violoncelliste n’est pas assez exceptionnelle pour que je prenne la peine d’oublier que son cerveau est un sac à merde. Je ne peux plus souffrir l’ersatz d’une remarque sexiste. Ne m’appelez pas Madame, ne m’appelez pas Monsieur non plus, d’ailleurs, en fait ne m’appelez pas du tout, ce sera au plus près de ce que je suis disposée à tolérer.

Sinon, je n’ai pas changé. Je suis toujours l’ombre de l’arrière-monde.

C’était bien, cette semaine de repli. J’ai écouté 37 compositrices contemporaines merveilleuses, écrit 59 pages plus belles que ce qu’elles racontent et couru 116 kilomètres (ce n’est hélas pas un nombre premier : raté, à 3 près – ou à 14).

Pendant ce temps, mes concitoyens ont continué à mal s’asseoir, là,

à mettre les jambes en l’air,

à danser,

à vandaliser les murs des villes,

les zéphyrs ont continué à s’embraser (ici ménage à trois, avec chien),

les samedis soir à tonitruer,

(God Is My Co-Pilot : Méchant, du gentil queercore)

et les cloches à sonner la gloire du Seigneur, de Son fils et de la maman de Son fils, etc. Oui, c’est bientôt Pâques alors vous aurez des cloches, aujourd’hui. Admettons que les crucifix soient des sex-toys pour le moins rudimentaires*, nous ne voyons pas bien à quoi pourraient servir les cloches mais c’est ainsi, débrouillez-vous. Je ne veux rien savoir.

Merci à Pauline et à Sarah pour leur présence à distance, discrète et fine, au long de cette semaine étrange. Et à Adrienne, qui écrit ce que j’appelle de la poésie ; nos langues ont des racines communes, je me suis sentie moins seule en la lisant. Et en lisant Claire-Louise Bennett, aussi.

* Cf. Mes petites amoureuses.

In the upper room (34)

Le samedi soir, on ne fait pas que danser, au Liquium (certains, tels que le sosie d’Anna, ne dansent d’ailleurs ni ne boivent – excès de vertu dont nous verrons ci-dessous qu’il ne s’agit pas tant d’une preuve de respectabilité que d’impiété), on retouche aussi des dépliants religieux.

(Si l’on m’avait dit, il y a quatre ans encore, que je deviendrais présidente d’une association LGBTQ+ non-mixte, moi qui étais aussi militante qu’une charentaise (à l’époque je n’étais que L, pas encore Q), j’aurais ricané. Vendredi soir, c’est pourtant ce qui s’est passé ; ainsi, me voici présidente d’une association qui pratique le dégenrage dans ses statuts et son règlement intérieur).

« Continuez à faire ceci en souvenir de moi », cite le dépliant que nous avons corrigé (page 2). Ceci ? direz-vous, car ce n’est pas très précis. Mais l’image ci-dessous, en page 3, indique clairement que ceci consiste à trinquer avec des amis du même sexe. Nous suivons la parole de Jésus (mais le sosie d’Anna, pas trop, avec son citron-gingembre du samedi soir).

In the upper room (33)

Il est symboliquement pénible d’aborder le numéro 33 de ce rendez-vous dominical (côté messieurs, car nous avons aussi le versant In the kitchen pour les dames – essentiellement pour les vierges maries puisque, pour une raison qui m’échappe, nous ne disposons guère de saintes dans les alentours). 33, quand on parle christ, c’est un peu comme madeleine quand on parle Proust : l’histoire faite running gag, vidée de son sens, réduite à une marionnette de doigt trop bavarde, aux platitudes stéréotypées. J’ai failli sauter directement au numéro 34 mais l’idée d’une nuée de pigeons s’abattant sur moi m’en a dissuadée – je sais que vous tenez mes comptes mieux que je ne le ferai jamais, non par rigueur intellectuelle mais en quête d’une faille qui vous donnerait l’occasion de me tourmenter (je suis heureuse de servir à quelque chose en ce monde, et si ce doit être d’exutoire à vos frustrations existentielles, je l’accepte avec une abnégation toute christique). Ici comme ailleurs, je veux fêter ce 33 depuis l’arrière (très précisément, depuis ce type de point décrit dans Mal assis, là : des jardins).