In the kitchen (14)

Ce matin, je suis allée rendre visite à la vierge Marie dans sa petite chapelle de la rue Jean-Baptiste Lebas à Villeneuve-d’Ascq. J’ai frappé à la vitre.
– C’est pour quoi ?
Elle n’avait pourtant pas l’air si revêche. Je pense que je la dérangeais dans l’exercice de la prière.

– Je t’ai apporté des noix du Brésil et des sucres roux pour te remercier, ai-je répondu – c’était tout ce qui rentrait dans les poches de mon short.
– Me remercier de quoi ?
– J’ai vraiment des amis formidables, qui m’enveloppent comme de l’eau, et
– Pitié, épargne-moi le lyrisme.
– Oh, pardon. Eh bien, j’ai des amis formidables, voilà tout.
– Alors ça, je n’y suis pour rien. Vois même pas qui c’est. Doivent pas beaucoup fréquenter la maison du Seigneur…
– Euh, je ne pense pas, non, ai-je concédé.
– Des amis formidables, m’a-t-elle imitée.
J’étais terriblement vexée mais toujours aussi reconnaissante, aussi ai-je insisté à propos de mon offrande.
– Je suis allergique aux fruits à coque mais tu peux déposer les sucres roux devant la porte de la chapelle.
Je me suis exécutée. Elle n’a pas répondu quand j’ai dit au revoir. J’ai repris ma course à pied.

In the kitchen (13)

Vierge Marie aux moufles lasers et au doux cœur, toi qui écrases les serpents de tes pieds nus, viens-moi en aide. Si tu sais aussi extraire le venin avec les dents, ça m’arrangerait bien parce qu’en fait, pour tout te dire, la morsure est déjà faite – enfin, je ne veux pas sembler trop gourmande mais comme c’est aussi mon anniversaire dans deux jours, je me disais que peut-être tu accepterais une double requête : écrasement + extraction. Merci, bisous.

(Rue Alsace Lorraine, Saint-André-lez-Lille.)

Comines-Warneton (8) : In the kitchen + Mal assis-là

L’appellation « Mal assis, là » est ici très subjective : une âme dévote sera épanouie sur ce banc, dans la contemplation forcée de la chapelle N-D de Grâce.

L’on trouve deux éléments étonnants dans ladite chapelle : d’abord, un enfant de chœur en faïence. Nous n’en avions encore jamais vu dans aucune des nombreuses chapelles qui nous attirent immanquablement, malgré notre athéisme forcené.

Plus insolite encore, ce Jésus qui met les doigts dans les narines de la Vierge Marie, sa maman. Pardonnez la piètre qualité de l’image, une fois encore, mais seul un zoom, malaisé à travers les fenêtres très sales de la chapelle, permet de voir distinctement ce qui se joue entre les doigts du divin enfant et les vierges naseaux.

Au bord de la Lys, cette chapelle couverte de lierre était extrêmement charmante mais tout aussi sale, comme l’image suivante tâche de le montrer.

Je mentirais si je prétendais que l’on ne voyait pas ce qui se trouvait à l’intérieur mais, à vrai dire, je n’y ai rien relevé de très original : pas d’étendoir à linge en plastique, ni de mœurs nasales inhabituelles. Je préfère essayer de vous faire ressentir la qualité de la vitre – sa texture poreuse et les différentes matières qu’elle amalgame – que de vous proposer la photo d’un ange aux yeux blancs.

Nous avons traversé le colossal institut Saint-Henri et tâché de deviner, à travers les vitres brouillées, à quelle salle de classe nous avions affaire. Nous avons ainsi identifié une salle d’arts plastiques, une salle de mathématiques, mais nous avons séché sur celle-ci :

Résultats du Grand Jeu Concours In the upper room (24)

L’image modifiée par mes soins était la deuxième ; cela, certains d’entre vous l’ont deviné, mais aucun n’a su me dire quelle était l’église ainsi profanée. Vous êtes nuls, nuls, nuls. Trois églises pleines de fidèles en prière intensive ne sauraient obtenir votre salut. Il s’agissait de l’église évangéliste russophone, rue de Lannoy à Villeneuve-d’Ascq, ci-dessous dans sa forme authentique.

Les deux autres églises étaient l’église Saint Gérard, rue Saint-Gérard à Lambersart, et l’église Saint Vincent de Paul (c’est écrit dessus), rue de Mulhouse à Lille Moulins. Bref, personne n’a gagné le peigne en plastique de 10 cm, très discret dans une poche de chemisette. Je le remettrai en jeu à l’occasion, quand j’aurai oublié combien vous me désespérez.

In the upper room (24)

Trouvez laquelle de ces trois églises n’existe pas et vous pourrez passer à l’étape 2 de ce qu’il convient d’appeler un Grand Jeu Concours. Vous saurez par retour de pigeon si votre réponse est juste.

Étape 1

Étape 2

Pour gagner un peigne en plastique de 10 cm*, très discret dans une poche de chemisette**, dites-moi par les voies habituelles quelle église existante j’ai diaboliquement photoshopée ci-dessus (nom de l’église, spécificité, rue, ville).

* Aucun d’entre vous n’ayant gagné l’objet, déjà en jeu à l’occasion du teaser doté de jeudi.
** Frais de port non pris en charge.

In the kitchen (12)

J’ai enfreint ma propre règle : j’ai mis en scène cette image. Je me suis contentée de déplacer les béquilles de trois ou quatre mètres, jusque sous la niche murée. Voyez dans cette photo une sorte d’ex-voto que j’adresse aux forces supérieures pour les remercier de m’avoir épargné, cette année, entorse ou déchirure musculaire pendant les vacances d’été : j’ai pu profiter au maximum du calme et du faible indice de pollution dans mes baskets neuves. Merci de continuer à me protéger pendant les 12 jours de liberté qu’il me reste, JMJ. Merci aussi pour le CD, que j’ai bien reçu. Si vous pouviez penser à mes cheveux, ce serait vraiment super.

In the kitchen (11)

le petit matin est jaune
poudreux et silencieux
quand je quitte tes bras
tout juste si quelques moineaux
se détachent des fourrés
sur mon passage
chez moi il n’y a rien
à manger ni à étreindre
le chat se débat dans mes bras
en une performance houdinienne
puis attend aux quelques points
de la maison où il souhaite
que je me tienne
nos volontés maladroites
– ses pattes trop près de mes semelles –
puis le ciel craque comme un parquet
cède sous un pas trop lourd
le chat et moi restons immobiles
dans la cour assoupie
sous le crescendo de la pluie
le tonnerre dissocié des éclairs
sans décompte possible toute
temporalité abolie
cependant que tu dors encore
(la trace chaude de ta peau
darde dans mes creux)
je ne me sens pas seule je ne
chante pas
j’écoute le ciel du 15 août

Chris Watson & BJ Nilsen : SIGWX

In the kitchen (10)

Jésus, Marie, Joseph (hors champ), tous vos amis saints ou en voie de canonisation, venez en aide à une pauvre de moi qui ne trouve pas le sommeil avec des kilomètres de drone* à faible taux d’oscillation et après 28,5 km de course à pied, qui ne suis que déception pour ceux qui m’entourent, et s’il vous plaît faites que mes cheveux poussent plus vite, les étapes intermédiaires sont trop ingrates – aussi, j’aimerais bien recevoir enfin le CD d’Israël Quellet que j’ai commandé à Sub Rosa il y a plus d’un mois. Merci merci, bon dimanche à tous !

(Vierge à l’enfant en chapelle inondée de lumière, à Deûlémont.)

* De drone musical, les gars : un bourdon, quoi – ou un bourdonnement, si vous préférez, en tout cas pas un machin qui vole.

In the upper room (23)

Pour changer, un petit extrait de mon recueil Je respire discrètement par le nez, aux Carnets du Dessert de Lune.

« Elle dit qu’il faut vivre dans le présent, elle dit que ça se passe ici et maintenant et qui sait si demain existera, elle dit que le temps horizontal est le monde et que l’éternité verticale est Dieu et qu’à leur intersection se situe Jésus crucifié.
Je dis oui, je ne le visualisais pas ailleurs. Plus tard j’explique que vivre seule, moi, j’appelle ça du gâchis.
Mais elle me rappelle que le gâchis n’existe pas, voyons, si l’on vit ici et maintenant, sans comparer maintenant avec feus nos rêves d’avenir.
Je fais d’accord, d’accord avec la tête.
Ensuite nous parlons d’autre chose. »

(Le calvaire le plus imposant de Lille, au carrefour des rues du Bois, de la Louvière, du Buisson, du Ballon et de l’avenue Salomon : Jésus Christ agent de la circulation…)

Erratum

Christ est mort. Je suis désolée, je vous ai annoncé l’inverse dimanche dans Maubeuge (8) : upper rooms, j’étais sûre de mon coup. Croyez bien que je me mortifie de vous avoir donné ce faux espoir. Depuis près d’un an, à l’instar du National Geographic, vous faites confiance à ma lecture de la ville, y compris sur des sujets aussi sensibles que la religion, la sexualité, les Rideaux et Voilages et plus généralement le kitsch dans la lutte des classes, or voici que mon œil aiguisé me fait défaut et que votre foi en fait les frais. Merci à l’inestimable Isabelle Bonat-Luciani de m’avoir signalé mon erreur par sms :

Vraiment navrée.