In the kitchen (9)

chaque jour ôter un peu de la matière
qui a coagulé sur mon quotidien
vider
purifier l’espace
diminuer mon empreinte
mettre à la benne le surplus
la bimbeloterie d’une existence
chaque jour préparer un peu le départ
traquer la tentation du sens
décrocher la décoration pour
que se dessine l’essence
en lignes claires
réduire toujours un peu plus
chaque jour jusqu’à extinction de soi

après quoi j’irai sonner à la porte du Royaume
avec une bonne bouteille et des noix de cajou

( Avenue de l’Europe, Haubourdin.)

Israël Quellet : Pour Voix Et Rire, Percussions, Orgue

Charleroi (7) : Upper room, kitchen & buanderie

Pour clore cette semaine consacrée à Charleroi, quelques inévitables bondieuseries.

(Église Saint-Christophe.)

Dans une impasse de Montignies-sur-Sambre (du moins est-ce une impasse pour les voitures – le piéton aura de belles surprises dans les méandres de petits chemins comme je les aime), l’on tombe en pâmoison devant cette chapelle que côtoie un étendoir à linge en plastique.

L’on s’approche de la fenêtre et l’on découvre, à l’intérieur de la chapelle, un autre étendoir à linge, d’un autre modèle que celui de l’extérieur. Ici, La Sainte Vierge, son fils et tous leurs amis saints, danseurs et autres porte-flambeau nus mettent vraiment la main à la pâte dans la vie quotidienne de leurs fidèles.

Entre les deux villes, et entre deux tags très menaçants (car cela se passe dans une station de métro désaffectée), un montage biblique.

Si vous allez à Montignies-sur-Sambre, je vous conseille de déjeuner dans l’un des fast-foods du mini centre commercial, rue du Calvaire (près de l’hôpital Reine Fabiola). Installez-vous en terrasse et humez la langueur de l’après-midi naissant. L’atmosphère, le vide, la lenteur, tout cela m’a rappelé les États-Unis (le pays cajun, pour être exacte), comme beaucoup de choses en Belgique le font (à commencer par l’émission de blues que l’on peut écouter en filant vers la nuit sur l’autoroute déserte). Les clients du centre commercial marchent d’un pas traînant, le patron de Oh ! (le fast-food que nous avons choisi) débarrasse une tasse à la fois, celui du bar-tabac d’en face somnole sur une chaise en plastique et, tout au bout de la rue du Calvaire, la Vierge Marie s’adosse au mur après avoir fini sa canette.

In the kitchen (8)

Dites-moi, JMJ, si j’investis moi aussi dans une niche privée (je veux bien déplacer quelques briques de ma façade pour votre confort), est-ce que je pourrai rater la messe sans me mettre la rate au court-bouillon ? Ce matin encore, pour tout vous dire, ça va être compliqué : il est 10 h et je ne suis pas encore allée courir alors vous imaginez bien que je ne serai jamais chez vous à 11 h (on pourrait peut-être skyper un moment après ma douche, quand vos autres fidèles seront rentrés chez eux pour manger de l’animal mort en famille). Mais vous voyez, si j’investis dans cette histoire de niche, je pourrai me recueillir sur ma terrasse en faisant mes étirements (ou pendant l’apéro du dimanche soir, on serait d’autant plus nombreux à vous faire un petit coucou), plutôt que de me sentir coupable tous les dimanches matin parce que je ne suis pas prête quand la cloche m’appelle. Hein ? Qu’est-ce que vous en pensez, JMJ ?

(Niche privée, maison individuelle, rue de La Bassée, Lille.)

In the kitchen (7)

Salut Marie, j’ai deux petits services à vous demander ce matin : repassez-moi comme une taie d’oreiller (je ne demanderais pas une telle chose à votre fiston, les garçons ne pleurent pas et ne repassent pas non plus), donnez-moi le rembourrage à votre convenance, faites de moi un accessoire acceptable dans la maison du Seigneur. Si cette stupide chaleur et la fatigue font de ma petite cervelle un pop-corn dans ma boîte crânienne dans quelques minutes quand je courrai pour oublier qui je suis, écartez de ma tombe ceux qui pensent le savoir – vous, vous avez le droit mais c’est parce que vous êtes la Sainte Vierge. Je vous paie un cierge. Merci.

In the upper room (22)

Cette semaine, j’ai arpenté le quartier Rive gauche d’Haubourdin sans croiser aucun de ses 5250 habitants. Les gens qui vivent ici, me suis-je dit, semblent avoir oublié qu’ils y vivent. Même le Jésus de leur calvaire est rouillé. Je reviendrai : les atmosphères post-apocalyptiques, c’est tout ce que j’aime.

In the kitchen (6)

Marie, tout comme Elvis, le punk et Michael Jackson, n’est pas morte. Elle a simplement quitté le devant de la scène pour trouver la paix. Elle vit aujourd’hui dans une petite ville des Hauts de France (Loos-les-Lille), travaille pour le site internet mon-aube-de-communion.com, fait son propre ménage ainsi que la cuisine (comme le titre de cette série ne manque de le rappeler), reçoit la famille le dimanche, emmène sa fille – oui, elle a une fille, ne me demandez pas si elle l’a eue par immaculée conception, insémination ou hum-hum, je n’en sais rien, bref, cessez de me couper, je vous prie – elle emmène, disais-je, sa fille au poney, au camp scout, au conservatoire de flûte à bec ou encore au catéchisme, comme sur la photo ci-dessous. C’est quasiment une femme du vingt-et-unième siècle. Souhaitons-lui une bonne fête des mères, car (et ce sera mon dernier potin du jour) elle est notre mère à tous (c’est un curé qui me l’a dit).

(Centre Pastoral Sainte Anne, Loos.)

Elvis Presley : Mary in the morning

In the upper room (21)

Pourquoi la religion serait-elle décorative ? À quoi bon s’encombrer de vitraux, rosaces, arc-boutants et autres statuettes ? Pourquoi hésiter entre roman et gothique, comme si Jésus ne nous posait pas de questions plus essentielles ? La semaine dernière, lors de notre apéro du dimanche soir, mes amis et moi nous sommes livrés à des études bibliques ; nous avons également profité de ce qu’il n’y avait ni élections ni Apéricubes pour nous initier au Livre de Mormon. Pour preuve que, tout comme la convivialité, la spiritualité se passe bien de gadgets : nous avons beaucoup ri dans la gloire du Tout Puissant.

(Boulevard Victor Hugo, Lille.)

Hildegard von Bingen : De Sancta Maria, Ave Maria, Responsorium

In the kitchen (5)

Badinage d’un dimanche à 6h du matin :
« On se retrouve directement à la messe ?
– Je n’aurai pas le temps d’y aller, ce matin. Tu pourras donner de ma part à la quête ?
– Bien sûr.
– Mets 20 euros pour moi. Tu donnes combien, toi ?
– 10 : je n’ai pas d’enfant.
– Qu’est-ce que tu vas Lui demander ?
– De l’argent. Disons que la quête, c’est un investissement… »

(Rue de La Bassée, Lille.)

« Au sujet du solipsisme et de la prière. Cela n’a aucun sens, évidemment, de prier si vous êtes seul au monde et que rien n’existe hors de votre conscience, à moins d’envisager la prière comme une sorte de chanson. De chanson solitaire. »

Renata Adler, Nuit noire.