Upper rooms and kitchens (11)

Ce matin, upper rooms, kitchens et bibliothèque. Parlons pudding et littérature, mais pas longtemps, j’ai envie d’aller courir. Commençons par une citation, j’exècre les citations mais celle-ci est quand même assez drôle et ça ne me dérange pas de l’extraire de son contexte.

« L’éternité, disait-elle, ressemblait à l’espace, en ce qu’elle continuait sans fin, avec Dieu quelque part au milieu, comme une pièce de six pence dans un plum-pudding (pensait Melanie quand elle avait sept ans), qui côtoierait des galaxies à la place des raisins secs et se languirait, peut-être, de la compagnie d’autres pièces de six pence. Comme Dieu doit se sentir seul, pensait Melanie quand elle avait sept ans. »

La phrase est d’Angela Carter, dans Le magasin de jouets magique (traduction d’Isabelle D. Philippe, Christian Bourgois – le roman date de 1967 mais n’a été traduit en français qu’en 1999). Bien que ce passage m’ait beaucoup rire, le reste du roman m’a donné un cafard terrible, sans doute parce que ses descriptions de crasse sont particulièrement efficaces, de sorte que je l’ai tout de suite posé sur la pile des livres à donner, sans crochet par ma bibliothèque : je ne le relirai jamais, même si je le trouve très bien écrit. Je lirai d’autres œuvres d’Angela Carter, dont un texte en quatrième de couverture dit que « Sa gloire peut être comparée à celle de Virginia Woolf, à laquelle les jeunes semblent désormais la préférer ». J’ai rarement lu une phrase d’une telle ineptie sur un livre, en tout cas chez un bon éditeur. Éclairez-moi : Qui sont les jeunes ? Et si on comparait la gloire d’Angela Carter avec celle de Flannery O’Connor ? Ou peut-être que ces choses-là ne se mesurent qu’au sein d’un même pays ? JMJ, c’est vraiment d’une stupidité rare.

Mais revenons-en à nos upper rooms & kitchens. Pour rester dans le pudding cosmique, le cul récemment ravalé de l’église Saint-Pierre-en-Antioche d’Ascq (car il faut préciser cette curiosité, que cette église tourne le dos à place du général de Gaulle – Villeneuve-d’Ascq – comme un chat qui boude). Son beau cosmos flambant neuf mérite bien de vous être présenté en couleurs.

In the kitchen (31)

Cette semaine, je suis passée chez mes meilleures amies pendant leurs vacances à carrément la montagne pour nourrir leurs amis hérissons avant qu’ils n’entament leur hibernation – ils sont quatre ou cinq et mes amies leur ont construit un magnifique T3 avec kitchen, toilettes et hall d’entrée :

J’en ai profité pour ramasser leur courrier, puisqu’elles en ont ; c’est devenu assez rare pour être mentionné. Je dois préciser que je connais Antique depuis 19 ans (nous avons fêté ça le 24 septembre dernier), et Claire depuis douze ans. Pendant toutes ces années, nous nous sommes vues presque tous les jours (oui, seulement presque : heureusement que le téléphone existe). Mais je continue de découvrir des choses fascinantes à leur sujet. Par exemple, j’ignorais avant cette semaine qu’elles fussent des amies de Sainte Rita : elles auraient pu me la présenter ! Parce que, pour tout vous dire, la vie n’a pas toujours été facile, ces vingt dernières années, j’aurais pu apprécier un petit coup de pouce de temps en temps. Bien sûr, mes amies ont été d’un soutien inégalable dans les moments difficiles mais quand même : Sainte Rita ! Notez qu’il s’agit d’une Sainte Rita plutôt glamour. Et que, malgré leurs appels répétés à La Croix du Nord, mes très chères continuent de le recevoir une fois par semaine à titre gratuit : c’est ce qu’elles affirment et je les crois. Si vous voulez ma théorie, c’est un cadeau de leur amie Rita – ça se fait, non, d’offrir des abonnements à ses amis ?

In the kitchen (30)

Nous nous dirigeons vers le Conti, Alexis, Google (sa chienne) et moi et nous parlons avec notre débit habituel de cinq conversations simultanées quand Alexis m’indique un pan de mur dans une perspective étroite à notre gauche : Là, me dit-il, c’est une église du onzième siècle. Ah, je dis en levant un sourcil vers la vieille pierre, et nous poursuivons notre chemin et notre discussion. Je ne dis pas que je suis plus intéressée par l’église évangélique devant laquelle nous sommes passés tout à l’heure.

Au Conti, nous rencontrons Linda, nous nous entendons bien avec elle et nous allons au pub avec Anne-Laure, dont nous avons découvert qu’elle était une amie commune d’Alexis et Linda et que nous avons donc appelée pour qu’elle nous rejoigne (au pub, nous rencontrons Ninon et Raja, mais c’est une autre histoire). J’énumère à Linda et Anne-Laure les endroits où j’aime courir à Nevers (notamment la ZUP des bords de Loire, la cimenterie et la Jonction, de part et d’autre du fleuve) et elles me disent que j’adorerais l’église Sainte-Bernadette du Banlay. Je la cherche donc hier matin pendant mon footing et je constate que ces deux inconnues ont parfaitement compris le type d’édifices que j’aime. Culture.gouv.fr nous apprend que l’église, dessiné par les architectes Paul Virilio et Claude Parent, édifiée en 1964-1966, « se compose de deux coques de béton armé qui s’emboîtent, évoquant la grotte de Lourdes. Le plan et l’élévation du sanctuaire n’ont pas de précédent dans l’histoire de l’architecture religieuse du 20e siècle. Le mobilier est dû à Morice Lipsi et les vitraux à Odette Ducarré. »

Pas de blasphèmes aujourd’hui, donc, mais un peu d’architecture et d’amitié.

Upper rooms & kitchens (10)

Dimanche dernier, il était déjà tard quand cet Alléluia Car a regagné l’entrepôt ; nous nous sommes dit que conducteur d’Alléluia Car (// serviteur du Seigneur) était un métier exigeant où l’on ne comptait pas ses heures. D’ailleurs, parmi les services proposés par celui que nous suivions, il y a le DJing. Et pour t’aider à atteindre le royaume du Tout-Puissant, a remarqué Stéphanie, que te propose l’Alléluia Car ? Une petite échelle, ai-je répondu : Ladder to Heaven. Nous aimons vraiment beaucoup les devinettes.

In the kitchen (29)

Au milieu des champs, ce matin, très précisément au Cliquenois (commune de Wambrechies), alors que je m’engageais dans un virage à quatre-vingt-dix degrés, je suis tombée sur une chapelle. J’ai fait semblant de ne pas la voir mais un petit raclement de gorge (j’ai tout de suite reconnu là l’autoritarisme de la Vierge Marie) m’a rappelée à la politesse élémentaire. C’est que, voyez-vous, je n’aime pas m’arrêter quand je cours. Et puis, soyons honnête, j’étais bien tranquille avec les perdrix, les oies, les vaches, les chevaux et les chèvres, et soudain il fallait que je fasse la discussion, qui plus est que j’écoute une vierge parler layette, un comble pour qui chérit l’idée de copulation sans procréation : la femme à l’envers, en somme.
Il fait ses dents, m’a dit Marie.
– Il faut bien passer par là, ai-je répondu platement ». Je n’ai vraiment rien à dire à ce sujet ; mes baskets s’ennuyaient déjà tellement qu’elles ont commencé à faire des claquettes, aussi j’ai parlé d’autre chose : « Désolée, je n’ai pas de fruits à coque dans mes poches, aujourd’hui.
– De toute façon j’y suis allergique, je préfère le sucre roux.
– Ah oui, j’inverse toujours.
– J’ai remarqué. Tu pourrais ne pas taper des pieds comme ça dans les feuilles mortes ? Ça va le réveiller.
– Non, je crains de ne pas pouvoir, c’est une histoire de terminaisons nerveuses.
– J’ai toujours pensé que tu avais un problème, a grimacé notre mère à tous. Désolée mais dans ce cas je vais devoir te demander de partir.
J’ai remercié mes baskets après le virage suivant.

In the upper room (50)

C’est dimanche alors je salue Jésus (avec ou sans bras), sa maman, son père biologique (quoique éthéré), son père social et tou-te-s leurs ami-e-s saint-e-s. Aujourd’hui, exceptionnellement, j’ai un service à leur demander – vous admettrez que je n’abuse pas et que 99% des Upper rooms & kitchens sont des louanges plutôt que des requêtes, mais aujourd’hui c’est un peu particulier parce que j’ai envie d’aller courir dans des bois et des champs qui sont plutôt à déjà pas mal la campagne qu’à presque la campagne et vous avez deviné la suite. J’ai toujours prôné l’éradication des chasseurs mais mon récent amour de la campagne me fait penser à eux plus souvent que jamais. Pour ne rien vous cacher, je trouverais très romanesque pour une antispéciste d’être abattue par un chasseur, mais si une telle mort devait m’échoir, je ne pourrais précisément pas exploiter l’anecdote et c’est cette idée, voyez-vous, qui me met le plus en colère. J’en viens à ma requête : Jésus & Co., soyez mon gilet jaune fluo ce matin dans les bois et les champs de déjà pas mal la campagne, épargnez-moi une ironie un peu trop facile – d’ailleurs j’aime beaucoup ma vie ces temps-ci et je la poursuivrais bien. Merci, bisous.

Pour émouvoir le (sacré) cœur de notre Sauveur, ce matin, un petit calvaire des campagnes belges (précisément à Gheer, près de Ploegsteert).

In the kitchen (28)

Je ne sais que penser de ceci, l’image est ambiguë. J’hésite entre trois hypothèses.
1. Marie et son nourrisson veillent discrètement sur ce bar-tabac de Verlinghem.
2. Marie et son nourrisson espionnent les dépravés qui fréquentent ce bar-tabac de Verlinghem et les dénoncent à Saint Pierre.
3. Marie et son nourrisson se rendent régulièrement dans ce bar-tabac de Verlinghem, surtout les jours de Loto : ils rêvent de déménager, parce qu’à presque la campagne on ne fait rien sans voiture (en tout cas pas avec un marmot) et que déménager, ça ne coûte pas rien.
Merci de ne pas voter pour votre hypothèse préférée : en ce moment, je n’ai pas le temps de nettoyer mon chéneau.

In the upper room (48)

L’église Saint-Martin de Liévin vous accueille dans un esprit didactique. D’abord, Jésus vous explique sa passion comme une hôtesse de l’air feint de tirer sur les cordons d’un gilet de sauvetage ; on peut presque l’entendre dire, Alors on place les bras comme ça, etc.

Sur le mur extérieur de l’abside, quelqu’un a judicieusement indiqué, pour l’édification de tous, qui est le maître des lieux. Nous rejoignons le principe des panonceaux canins étudiés ici en 2016, alors que les rubriques de ce blog n’étaient pas encore clairement définies – rappelez-vous Gypsy et ses amis. Plus spécifiquement, il est ici question de mystère, car si Dieu est dans Sa maison, on Le devine sans véritablement Le voir, ce en quoi il est permis de Le rapprocher du Double Jacky que je vous présentais ici.

Un pédagogue (le même ? pourrions-nous imaginer qu’il s’agisse de Jésus himself ?) a également trouvé bon de préciser quelques faits historiques peu connus dans le bassin minier ; hélas, sans vouloir verser dans le conspirationnisme, les forces au pouvoir ont essayé de le museler en faisant appel à la brigade anti-tags. Si celle-ci s’était montrée plus perfectionniste, nous ne pourrions plus déchiffrer les traces de la vérité : cette église a été détruite PAR LES ALLEMANDS. Eh oui.

Londres (8) pieux / Upper rooms & kitchens (9)

Quand je vous dis que Londres et Brooklyn ont bien des points communs, je ne parle pas que des maisons (victoriennes ou géorgiennes à Londres, brownstones à New York, avec leurs escaliers fleuris et leurs grilles de fer forgé). Londres aussi est truffée de lieux de culte (églises méthodistes, adventistes du septième jour, pentecôtistes, évangéliques, désacralisées, en travaux, etc.) coincés entre deux maisons, perchés sur des agences de voyage ou cachés au fond de cours pouilleuses. J’ai abusé de votre patience, le 15 octobre dernier, lorsque j’ai posté 67 photos en un seul Upper rooms & kitchens from Brooklyn ; j’ai décidé d’être plus raisonnable dans ce numéro spécial consacré à Londres. Vous aurez donc droit aujourd’hui à 43 lieux de culte glanés en deux jours de marche dans le nord-est de Londres. J’ai tâché de varier les angles pour ne pas vous lasser, païens que vous êtes. Pourquoi 43 ? Parce que c’est le nombre premier qui dans trois jours ne sera plus mon âge ; une manière de dire à cet âge, Bisous bisous, merci pour tout (mais aussi, bien sûr, merci à Jésus, à sa famille et à ses amis, qui euh – pour leur, enfin, vous voyez ? Non ? Bon, tant pis, merci quand même à eux puisque c’est dimanche).