Zéphyrs embrasés (33)

Cette nuit, je profitais d’une insomnie pour découvrir le dernier Nina Allan (dernier, du moins en traduction) quand, à 5h02, France Musique a diffusé la barcarolle d’Offenbach dans ma version préférée, celle d’Anne Sofie von Otter avec Stéphanie d’Oustrac. Je n’ai pas pu m’empêcher de chanter en chœur, ce qui a eu pour effets que Dame Sam a mis deux étages entre nous et gratté rageusement sa litière, que mon marque-page est tombé du lit et que l’orage a commencé à gronder. J’avais tout gâché. Alors je me suis levée pour passer mon disque (C’est un mp3, patate, me dit à l’instant Dame Sam, qui lit par-dessus mon épaule) et cette fois nous avons écouté le duo religieusement. Je vois dans cette anecdote l’occasion de zéphyrs embrasés, d’ailleurs j’avais une photo très adaptée en stock, prise sous un pont pouilleux enchâssé entre l’autoroute (dessus) et six voies ferrées (dessous), cette semaine.

Et je ne vois pas pourquoi je ne vous offrirais pas une nouvelle fois cette magnifique version – il n’y a pas d’âge pour se répéter.

Zéphyrs embrasés (32) + L’art (48) : des Mickeys capillaires

Eh bien figurez-vous que je crois de nouveau à l’amour. Tout à l’heure, j’ai assisté à un coup de foudre et la foi m’est revenue aussitôt, comme un hoquet. J’ai fait semblant de courir sur place et de lire un message sur mon téléphone afin d’épier incognito les deux tourtereaux, mais ils étaient tellement éblouis l’un par l’autre (et aussi par les petites étoiles et les petits cœurs qui voletaient autour d’eux) qu’ils ne m’ont prêté aucune attention, de sorte que j’ai même pu les prendre en photo :

(Ces Mickeys maison ornent la vitrine d’un salon de coiffure à Ronchin, vers Sainte-Rictrude. Je suggèrerais bien aux propriétaires de rebaptiser leur affaire Zéphyrs Coiffure, c’est quand même plus accrocheur que Hair Mod. Notez qu’il existe au Québec un salon qui porte le nom de Coiffure Zéphyr : il se trouve 2035 Victoria Ave, Saint-Lambert, QC J4S 1H1, au cas où vous seriez dans le coin et hirsute.)

En exclusivité pour vous, la retranscription de la scène à laquelle j’ai assisté ce matin (j’ai manqué le début, désolée) :

La Belle : Et qu’est-ce que vous faites dans la vie ?
Le Clochard : Je suis DJ.
La Belle (déjà sous le charme) : Oh ! Quel genre de musique mixez-vous ?
Le Clochard : Essentiellement celle de femmes qui œuvrent dans l’arrière-monde de l’industrie musicale.
La Belle : Vraiment ? C’est inouï : ce sont mes préférées !
Le Clochard : J’aime les enchaînements évidents, vous voyez ? Si par exemple je passe Intent Or Instinct de Pharmakon, je la fais suivre par…
La Belle (l’interrompant vivement) : Sparrow de Mira Calix ?
Le Clochard : Oui, c’est exactement ça ! Vous aussi, vous avez remarqué combien elles sont faites pour s’enchaîner ?
La Belle : Fated to be mated, comme le chantait Fred Astaire.
La Belle et le Clochard (en chœur, dans un soupir) : Comme nous.

Zéphyrs embrasés (31)

Vous êtes nombreux à me réclamer des zéphyrs embrasés sous prétexte que c’est le printemps. On en reparlera quand vous aurez mon âge et mon expérience : il n’y aura plus de printemps qui compte, vous surveillerez la rue, cachés derrières vos Rideaux et Voilages (motif requin ≠ dauphin) et vous accueillerez l’amour avec une carabine à plomb s’il s’aventure trop près de votre porte. Et que je ne te reprenne pas à traîner par ici ! lui crierez-vous d’une voix rendue rauque par un trop long silence. Puis vous regarderez la fin de votre feuilleton en mangeant des gousses d’ail. En attendant, les voilà, vos zéphyrs embrasés de mai : de jeunes niais tels que vous, qui lisent Nous Deux dans un jardin ronchinois, si mièvres qu’ils attirent les cygnes. Dégoûtant.

Hebdo multi-rubriques n°1

Vous êtes nombreux à me demander si je suis toujours en vie ; c’est très délicat de votre part, j’ai presque envie de dire lol. Mais oui, je suis toujours en vie et ce n’est pas grâce à vous. Je traverse une crise de misanthropie aiguë, si vous voulez tout savoir. J’ai donc mis de la distance entre vous et moi. J’ai activé le mode avion de mon portable. Et plutôt que de fracasser ma radio portative, je l’ai éteinte et j’ai supprimé de ma discothèque certaine violoncelliste française que je venais d’entendre en interview – j’ai lu Contre Sainte-Beuve il y a plus de vingt ans, ça va, mais cette violoncelliste n’est pas assez exceptionnelle pour que je prenne la peine d’oublier que son cerveau est un sac à merde. Je ne peux plus souffrir l’ersatz d’une remarque sexiste. Ne m’appelez pas Madame, ne m’appelez pas Monsieur non plus, d’ailleurs, en fait ne m’appelez pas du tout, ce sera au plus près de ce que je suis disposée à tolérer.

Sinon, je n’ai pas changé. Je suis toujours l’ombre de l’arrière-monde.

C’était bien, cette semaine de repli. J’ai écouté 37 compositrices contemporaines merveilleuses, écrit 59 pages plus belles que ce qu’elles racontent et couru 116 kilomètres (ce n’est hélas pas un nombre premier : raté, à 3 près – ou à 14).

Pendant ce temps, mes concitoyens ont continué à mal s’asseoir, là,

à mettre les jambes en l’air,

à danser,

à vandaliser les murs des villes,

les zéphyrs ont continué à s’embraser (ici ménage à trois, avec chien),

les samedis soir à tonitruer,

(God Is My Co-Pilot : Méchant, du gentil queercore)

et les cloches à sonner la gloire du Seigneur, de Son fils et de la maman de Son fils, etc. Oui, c’est bientôt Pâques alors vous aurez des cloches, aujourd’hui. Admettons que les crucifix soient des sex-toys pour le moins rudimentaires*, nous ne voyons pas bien à quoi pourraient servir les cloches mais c’est ainsi, débrouillez-vous. Je ne veux rien savoir.

Merci à Pauline et à Sarah pour leur présence à distance, discrète et fine, au long de cette semaine étrange. Et à Adrienne, qui écrit ce que j’appelle de la poésie ; nos langues ont des racines communes, je me suis sentie moins seule en la lisant. Et en lisant Claire-Louise Bennett, aussi.

* Cf. Mes petites amoureuses.

Zéphyrs embrasés (29) de Brooklyn

Attention, voici une vraie narration.

Dans l’heureux borough de Brooklyn vivaient heureux deux amoureux (des amoureux en paix avec le monde grâce au rejaillissement de leur amour sur leur environnement, etc.)

Heureux dans leur escalier privatif, car ils étaient les jeunes et heureux propriétaires d’une belle maison à Ridgewood, ils réfléchissaient à la manière d’être encore plus heureux.

C’est Monsieur qui a trouvé : il leur fallait une citerne, comme celle des voisins. Une citerne, ça c’est du bonheur. Waouh, dit Madame, et des constellations de bonheur tournèrent dans ses yeux.

Zéphyrs (ré)embrasés (28)

Cet hiver, ça n’allait pas très bien entre ces habitats de l’avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny à Lambersart.

Mais hier, j’ai eu le bonheur de constater que tout s’était arrangé, que les zéphyrs s’étaient de nouveau embrasés, ce qui confirme que des terres brûlées donnent parfois du super blé. Pour preuve, la vigueur de la glycine qui masque en partie les ébats de nos amis.

Comines-Warneton (7) : zéphyrs embrasés

Je vous prie de bien vouloir excuser la qualité déplorable de cette photo ; la scène qui m’intéressait se déroulait hors d’atteinte et il m’a fallu zoomer au maximum pour pouvoir témoigner de la liberté de mœurs qui règne à Comines-Warneton, visiblement dès la prime enfance. Malgré l’angle et le flou imposés par la configuration du jardin où a lieu la scène, il me semble pouvoir affirmer que ces enfants ont à peine un an mais s’embrassent avec la langue. Notez la main entreprenante posée sur la hanche de ce que nous supposerons être le sujet masculin dans tout le potelé de son jeune âge.

Zéphyrs embrasés (26)

À Lille Sud, les zéphyrs ont l’embrasement rock’n’roll. La très grande fresque dont ils sont un détail ne manque pas de mystère, ni d’ironie ; si vous passez dans les parages, entre le commissariat et le CHR, profitez, pour la voir, de ce que le bâtiment qui l’accueille n’a pas encore été rasé – comme le sera bientôt une grande partie du quartier, au profit de résidences toutes pareilles et pour une densité de population maximale : comme dans tous les quartiers de cette fucking ville, où respirer devient un luxe.

(Très précisément, rue Simons.)