Zéphyrs embrasés (38)

Rappelez-vous, nous avons assisté dans cette rubrique à un véritable miracle de l’amour – ou comment deux têtes avec cou finissent par se trouver. J’ai raconté cette belle histoire de zéphyrs ré-embrasés à un couple lesquinois en butte au même type de difficultés. Lâchez pas la patate, leur ai-je dit (c’est une vieille expression cajun que vous comprendrez facilement), vous allez y arriver, vous aussi.

Pas de zéphyrs (36) pour les mal assis, là (50)

Alors que je rentrais de mon footing, ce matin, j’ai été témoin de scènes intimes qui m’ont profondément émue. Ces Mal assis solitaires ne savaient pas que trois cents mètres à peine les séparaient de leur âme sœur, c’était déchirant à observer (ce qui ne m’a pas empêchée de prendre des photos plutôt que d’œuvrer à leur rapprochement, certes, mais qui suis-je pour contrarier Heaven’s plans* ? et si je décide de ne pas interférer avec le destin de ces fauteuils, autant que leur solitude actuelle soit l’occasion de vous divertir…)

(Rue du Professeur Calmette et rue Camille Guérin, Lille.)

Puis j’ai croisé une famille de Mal assis. Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants, ça vous fait rêver, vous ?

(Rue d’Arras, Lille ; oui, la photo est floue, je sais, mille excuses.)

* Somebody loves me, chanson de Gershwin (paroles de Ballard MacDonald et Buddy DeSylva).

When this world began
It was Heaven’s plan
There should be a girl/man/armchair for every single girl/man/armchair
(panachez selon vos inclinations personnelles, merci)
To my great regret
Someone has upset
Heaven’s pretty program for we’ve never met

Voici la version d’Aileen Stanley (1924) :

Aperçu 4 : sentimental (1)

Dans le bassin minier tout autant que dans la métropole lilloise (et je précise que je n’ai rien trouvé de tel dans les quelques villes que j’ai explorées cette année dans d’autres régions de France), l’on n’hésite pas à dire ses sentiments sur les surfaces verticales de la ville et de presque la campagne. Les cœurs y sont nombreux, et les déclarations nominatives n’y manquent pas. À cet égard, la première inscription ci-dessous est quasiment programmatique. Il s’agit d’amour universel, je veux dire d’un amour qui ne mène pas nécessairement ni exclusivement à la procréation (// colle universelle), comme nous le voyons ici et le verrons bien encore plus dans Aperçu 5 : sentimental (2), qui devrait attendrir les cœurs les plus secs et réconcilier les plus anarchistes avec le concept de famille.

(De haut en bas, rue Henri Martin, Liévin ; parc Guimier, Sallaumines ; rue Notre Dame de Lorette, Lens, limite Éleu-dit-Leauwette.)

Zéphyrs embrasés (35)

Vous êtes nombreux à proférer des menaces de suicide parce que je ne suis pas assez disponible pour vous ces temps-ci. Je pourrais m’en agacer mais vous connaissez ma tendance à la mauvaise conscience : ah ça, vous savez très bien jouer de mes failles. Bref, voici des zéphyrs embrasés photographiés ce jour sur la passerelle de la gare de Bully-Grenay (au cas où vous seriez vraiment très nuls en géo, je vous rappelle que Bully-les-Mines et Grenay sont deux villes limitrophes du bassin minier ; vous profiterez de cette parenthèse pour comprendre que si je vous délaisse, c’est uniquement parce que j’ai beaucoup de travail. Merci donc d’apprécier ce baiser torride à sa juste valeur).

(Remerciez-moi de vous avoir épargné un All you need is love bien en-dessous de notre stade de réflexion sur le sens de la vie.)

Rotterdam : zéphyrs embrasés (34)

Pour fêter le retour de nos National Geo estivaux, nous vous emmenons à Rotterdam. Véritable laboratoire d’architecture contemporaine, la ville mérite bien sa réputation de « petite New York de l’Europe » ; on y trouve aussi un peu de Londres, dans les quartiers résidentiels, une pincée de Berlin – elle offre notamment la même respiration – et beaucoup de Rotterdam. Il serait impossible de reconstituer en photos l’inouïe diversité de la ville et de proposer un inventaire de ses bâtiments les plus remarquables, ce qui nécessiterait par ailleurs de les resituer dans les nombreuses et vertigineuses perspectives qui les magnifient chacune à sa manière (ça ne m’empêchera pas de revenir sur mon préféré, De Rotterdam de Rem Koolhaas, le plus bel immeuble que j’aie jamais vu). Bref, je vais m’en tenir à mes rubriques habituelles, c’est plus humble et plus prudent. C’est pourquoi je commence par une déclaration d’amour à la ville en vous proposant une sélection des zéphyrs embrasés que j’y ai surpris au détour d’un quai, d’un jardin aérien ou d’une rue.

Zéphyrs embrasés (33)

Cette nuit, je profitais d’une insomnie pour découvrir le dernier Nina Allan (dernier, du moins en traduction) quand, à 5h02, France Musique a diffusé la barcarolle d’Offenbach dans ma version préférée, celle d’Anne Sofie von Otter avec Stéphanie d’Oustrac. Je n’ai pas pu m’empêcher de chanter en chœur, ce qui a eu pour effets que Dame Sam a mis deux étages entre nous et gratté rageusement sa litière, que mon marque-page est tombé du lit et que l’orage a commencé à gronder. J’avais tout gâché. Alors je me suis levée pour passer mon disque (C’est un mp3, patate, me dit à l’instant Dame Sam, qui lit par-dessus mon épaule) et cette fois nous avons écouté le duo religieusement. Je vois dans cette anecdote l’occasion de zéphyrs embrasés, d’ailleurs j’avais une photo très adaptée en stock, prise sous un pont pouilleux enchâssé entre l’autoroute (dessus) et six voies ferrées (dessous), cette semaine.

Et je ne vois pas pourquoi je ne vous offrirais pas une nouvelle fois cette magnifique version – il n’y a pas d’âge pour se répéter.

Zéphyrs embrasés (32) + L’art (48) : des Mickeys capillaires

Eh bien figurez-vous que je crois de nouveau à l’amour. Tout à l’heure, j’ai assisté à un coup de foudre et la foi m’est revenue aussitôt, comme un hoquet. J’ai fait semblant de courir sur place et de lire un message sur mon téléphone afin d’épier incognito les deux tourtereaux, mais ils étaient tellement éblouis l’un par l’autre (et aussi par les petites étoiles et les petits cœurs qui voletaient autour d’eux) qu’ils ne m’ont prêté aucune attention, de sorte que j’ai même pu les prendre en photo :

(Ces Mickeys maison ornent la vitrine d’un salon de coiffure à Ronchin, vers Sainte-Rictrude. Je suggèrerais bien aux propriétaires de rebaptiser leur affaire Zéphyrs Coiffure, c’est quand même plus accrocheur que Hair Mod. Notez qu’il existe au Québec un salon qui porte le nom de Coiffure Zéphyr : il se trouve 2035 Victoria Ave, Saint-Lambert, QC J4S 1H1, au cas où vous seriez dans le coin et hirsute.)

En exclusivité pour vous, la retranscription de la scène à laquelle j’ai assisté ce matin (j’ai manqué le début, désolée) :

La Belle : Et qu’est-ce que vous faites dans la vie ?
Le Clochard : Je suis DJ.
La Belle (déjà sous le charme) : Oh ! Quel genre de musique mixez-vous ?
Le Clochard : Essentiellement celle de femmes qui œuvrent dans l’arrière-monde de l’industrie musicale.
La Belle : Vraiment ? C’est inouï : ce sont mes préférées !
Le Clochard : J’aime les enchaînements évidents, vous voyez ? Si par exemple je passe Intent Or Instinct de Pharmakon, je la fais suivre par…
La Belle (l’interrompant vivement) : Sparrow de Mira Calix ?
Le Clochard : Oui, c’est exactement ça ! Vous aussi, vous avez remarqué combien elles sont faites pour s’enchaîner ?
La Belle : Fated to be mated, comme le chantait Fred Astaire.
La Belle et le Clochard (en chœur, dans un soupir) : Comme nous.

Zéphyrs embrasés (31)

Vous êtes nombreux à me réclamer des zéphyrs embrasés sous prétexte que c’est le printemps. On en reparlera quand vous aurez mon âge et mon expérience : il n’y aura plus de printemps qui compte, vous surveillerez la rue, cachés derrières vos Rideaux et Voilages (motif requin ≠ dauphin) et vous accueillerez l’amour avec une carabine à plomb s’il s’aventure trop près de votre porte. Et que je ne te reprenne pas à traîner par ici ! lui crierez-vous d’une voix rendue rauque par un trop long silence. Puis vous regarderez la fin de votre feuilleton en mangeant des gousses d’ail. En attendant, les voilà, vos zéphyrs embrasés de mai : de jeunes niais tels que vous, qui lisent Nous Deux dans un jardin ronchinois, si mièvres qu’ils attirent les cygnes. Dégoûtant.

Hebdo multi-rubriques n°1

Vous êtes nombreux à me demander si je suis toujours en vie ; c’est très délicat de votre part, j’ai presque envie de dire lol. Mais oui, je suis toujours en vie et ce n’est pas grâce à vous. Je traverse une crise de misanthropie aiguë, si vous voulez tout savoir. J’ai donc mis de la distance entre vous et moi. J’ai activé le mode avion de mon portable. Et plutôt que de fracasser ma radio portative, je l’ai éteinte et j’ai supprimé de ma discothèque certaine violoncelliste française que je venais d’entendre en interview – j’ai lu Contre Sainte-Beuve il y a plus de vingt ans, ça va, mais cette violoncelliste n’est pas assez exceptionnelle pour que je prenne la peine d’oublier que son cerveau est un sac à merde. Je ne peux plus souffrir l’ersatz d’une remarque sexiste. Ne m’appelez pas Madame, ne m’appelez pas Monsieur non plus, d’ailleurs, en fait ne m’appelez pas du tout, ce sera au plus près de ce que je suis disposée à tolérer.

Sinon, je n’ai pas changé. Je suis toujours l’ombre de l’arrière-monde.

C’était bien, cette semaine de repli. J’ai écouté 37 compositrices contemporaines merveilleuses, écrit 59 pages plus belles que ce qu’elles racontent et couru 116 kilomètres (ce n’est hélas pas un nombre premier : raté, à 3 près – ou à 14).

Pendant ce temps, mes concitoyens ont continué à mal s’asseoir, là,

à mettre les jambes en l’air,

à danser,

à vandaliser les murs des villes,

les zéphyrs ont continué à s’embraser (ici ménage à trois, avec chien),

les samedis soir à tonitruer,

(God Is My Co-Pilot : Méchant, du gentil queercore)

et les cloches à sonner la gloire du Seigneur, de Son fils et de la maman de Son fils, etc. Oui, c’est bientôt Pâques alors vous aurez des cloches, aujourd’hui. Admettons que les crucifix soient des sex-toys pour le moins rudimentaires*, nous ne voyons pas bien à quoi pourraient servir les cloches mais c’est ainsi, débrouillez-vous. Je ne veux rien savoir.

Merci à Pauline et à Sarah pour leur présence à distance, discrète et fine, au long de cette semaine étrange. Et à Adrienne, qui écrit ce que j’appelle de la poésie ; nos langues ont des racines communes, je me suis sentie moins seule en la lisant. Et en lisant Claire-Louise Bennett, aussi.

* Cf. Mes petites amoureuses.