Kiss and go

Dans le cadre de mon activité podo-photographique, j’ai passé beaucoup de temps à regarder ce qui se passe dans les fenêtres, récemment, mais il ne faut pas oublier que les fenêtres, en ville, sont aussi de grands vide-poche collectifs. En voici quelques images, que j’ai trouvées assez belles pour essayer de les saisir (vous direz encore que j’ai des goûts bizarres…)

To Guena & Candy, with love

Evan dessine une licorne perchée sur un arc-en-ciel
elle a des ailes multicolores et tous les adultes pensent
que sa queue est en feu mais
moi je sais que non
elle est orange, c’est tout

Evan tire sur ses cheveux il dit, c’est une frange, ça, non ?
et voilà comment nous en revenons aux cheveux
inlassablement la mère d’Evan et moi
mon amie et moi

et au-delà nous ne saurions déterminer pourquoi
au-delà des cheveux nous sommes
– en un éternuement de synapse
que nous pouvons dater sans pour autant l’expliquer –
devenues des amies telles que rien jamais
ne pourra nous séparer

***

Pour celle qui nous manquait ce soir, ce clip de mes also beloved Nasty CANDY & Coco Lipstick, Pungry :

Bien sûr

après résolution de mon équation
le vide s’est fait dans ma tête
non pas un vide qui gronde comme un ventre mais
de l’espace
un air pailleté de possibles
je jouais avec son écho quand tu y es entrée sans tapage
et tu t’es installée tranquillement
j’ai dit Ah bon puis D’accord puis Bien sûr
tu n’as pas semblé l’entendre
et maintenant mes os tremblent comme de jeunes os
chaque fois que tu me souris

Deerhunter : Backspace Century

Magnificent Obsession

(Avenue Arthur Notebart, Lomme.)

Qui serais-je pour juger cette passion des coqs ? J’ai bien celle des Rideaux et Voilages, chalets du Nord, chevaux de fenêtre, zéphyrs embrasés, etc. et la liste ne fait que s’allonger au fil des semaines, me marginalisant de manière dramatique en période électorale :
« Tu as vu les derniers sondages ?
– Non, mais j’ai vu un cochon de jardin en plastique à Mons-en-Baroeul, tu veux que je te montre la photo ? »

Fehlfarben : Magnificent Obsession

Objets trouvés (5)

Vous me direz, pourquoi ce pluriel ? Parce que lundi, au fil des rues, j’ai croisé cinq matelas ; je me suis demandé si j’étais encore passée à côté de quelque chose : souvent, j’apprends l’existence d’un usage ou d’un rituel et je m’aperçois que tout mon entourage était évidemment au courant depuis toujours. Je suis persuadée qu’à force de rêvasser, j’ai raté les instructions qui permettent de vivre en société. Bref, lundi j’ai vu cinq matelas dans les rues de la banlieue lilloise, mais seule cette vision-ci (c’était à Sequedin) m’a donné envie de m’arrêter. Je la trouve émouvante, comme le madrigal de Stefano Landi en lien ci-dessous.

Stefano Landi : Superbe colli (avec la voix de Harry Van der Kamp)

Oralité – 6 : femmes et chevaux

Plus élégante et plus généreuse que le traditionnel
« Santé !
– Mais pas des pieds ! »
cette phrase conviviale entendue dans un apéro de filles et prononcée, en l’occurrence, par une gothique (il y en avait encore, c’était en 1998) dont je tiens à préciser qu’elle était une incarnation de l’hétérosexualité (elle aimait « les chevelus de 130 kilos », disait-elle) :

« À nos femmes, à nos chevaux et à ceux* qui les montent ! »

* Ou celles, bien entendu.

23 km d’équation

ce matin je courais-dansais
de manière à générer un sentiment d’euphorie
je suis allée jusqu’au bout du monde
où les trottoirs s’arrêtent et les camions filent entre des champs sans fin
sous des lignes de TGV

j’ai dû traverser de nouveau le bois, puis le village
soulagée de ne pas y rencontrer de chien
avant de regagner la banlieue limitrophe

je me disais
je désinfecte mes territoires je désinfecte mes musiques
pour pouvoir les lier à un autre parfum d’autres traits
un autre grain de peau
dans mon esprit
d’où tout ceci procède

je me disais
ce n’est pas elle qui me manque
c’est d’avoir une personne à prévenir
– à mon retour je saisirais mon téléphone de même que je chercherais
le fantôme bicolore de mon chat
par habitude

je me disais
un jour je me rappellerai la douleur avec nostalgie
elle fera partie de l’histoire
que j’écris depuis toujours
elle lui donnera
un peu de ses couleurs et de sa patine

je me disais
la vie consiste à se peupler
à créer l’illusion de l’effervescence
de l’amour et de l’euphorie
pour occulter la solitude fondamentale et l’impossibilité du sens

puis j’ai résolu mon équation

comme ça

là sans le vouloir devant la briqueterie

et c’était comme faire disparaître un nœud d’un fil

alors une voix intérieure est venue me féliciter
moi, je clignais des yeux, sans relâcher ma foulée

« Bien, nous y voici !
– Ce n’était vraiment que ça ? Mon équation ?
– Eh oui, s’est esclaffée la voix : quarante-deux ans pour trouver ton cul avec tes deux mains. »
un petit rire embarrassé m’a chatouillé le fond de la gorge
« Et maintenant que j’ai trouvé, qu’est-ce que je fais ?
– Tu es libre. Moi, ce n’est plus mon problème. Essaie de t’amuser. Et de faire mieux, si possible. »

la voix s’est tue juste au moment où je comprenais
comment trois villes s’articulaient entre elles
dans le coude que décrivait une rue

quelle promenade vraiment !

Infini fun : 17 terrains de basket inusités

Les équipements sportifs isolés donnent de belles images de l’ennui existentiel. Personne n’y joue presque jamais, ils gisent là, au fond de lotissements labyrinthiques, au bord des champs, du canal ou du périphérique, au pied de grands ensembles ou de murs antibruit, et c’est tout. Mon préféré est le 17ème mais je ne pense pas y remettre les mollets.

(Rue Desquiens, La Madeleine.)

(Rue Édouard Lalo, La Madeleine.)

(Rue Roland Garros, Wattignies.)

(Plaine du C.O.S.E.C. Norbert Segard, Lambersart.)

(Rue Marx Dormoy, Lomme.)

(Rue de la Carnoy, Lambersart – panier unique.)

(Rue Paul Ramadier, Vieux Lille.)

(Square Lardemer, Lille Fives.)

(Rue Kleber, La Madeleine.)

(Rue du Professeur Langevin, Lille Petit Maroc.)

(Rue du 11 Novembre, Mons-en-Baroeul.)

(Rue des Forgerons, Hellemmes.)

(Avenue du Chancelier Adenauer, Mons-en-Baroeul.)

(Allée la Fontaine, Lompret.)

(Rue Saint-Eloi, Hellemmes.)

(Rue de la Pie, Villeneuve-d’Ascq.)

(Entre l’avenue Léon Jouhaux et la Deûle, Lille ; autant dire, bien caché – ce genre d’endroit où personne ne vous entend crier. Au fond, vous pouvez apercevoir un chien ; sur l’image, il n’a pas commencé à courir mais l’instant d’après le déclic, il me poursuit en aboyant furieusement, sans que personne songe à le rappeler. Vous ne direz pas que je ne donne pas de ma personne pour vous, mes chers.)

Oralité – 5 : wagon et kiwi

2004. T., originaire de Biarritz, se chamaille avec sa petite amie, originaire de Lille, alors Capitale européenne de la culture. Devinez qui, de T. ou de sa petite amie, corrige l’autre sur sa prononciation dans la bribe de dialogue suivante, et gagnez un paquet de Tuc nature* (je n’en ai plus besoin) :

« On ne pas dit pas [wa.ɡɔ̃], on dit [va.ɡɔ̃]**.
– Ah ouais ? Et tu dis quoi, un [kivi] ? »

Un indice : dans le Nord, le mot wassingue, qui existe, se prononce [wa.sɛ̃ɡ].

Fred Astaire and Ginger Rogers : Let’s Call The Whole Thing Off (ne ratez pas les claquettes en patins à roulettes…)

You say laughter and I say lawfter,
You say after and I say awfter,
Laughter, lawfter, after, awfter,
Let’s call the whole thing off!

* Livré par Fedex à vos frais.
** Pour ceux qui ne maîtriseraient pas la notation phonétique : « On ne dit pas ouagon, on dit vagon ».