In the upper room (14)

Allez hop, c’est l’heure des exercices spirituels – ou de la parade sociale ? Ensuite ce sera l’heure du gigot, car, comme le dit certaine royaliste de ma connaissance (qui ne jure que par les messes « tra »), Dieu a mis les animaux sur Terre pour notre usage. Ce qu’on ne sait pas, c’est pour l’usage de qui ou quoi Il a mis sur Terre l’être humain (qui n’est donc pas un animal). Qu’attendez-Vous* de moi, Seigneur, en ce dimanche matin ? Que je prie, que je boive des bières au marché de Wazemmes ou que je courre à Lomme Délivrance ? Comment Vous remercier d’avoir placé les poulets sur Terre pour notre usage ?

(Église Saint-Paul, Rue du Général Gallieni, Marcq-en-Barœul.)

Coven : Black Sabbath (écoutez ces harmonies vocales satanistes à 1’45 : très chou ; à partir de 3′, ça devient quasiment effrayant, avec des cris gores quoique mélodieux et des guitares zinzins)

* Aujourd’hui, je Le vouvoie, sans doute parce que je propose mes services plutôt que de mendier une faveur ou un miracle, je suis dans une phase d’humilité.

L’attraction

tu dis mektoub et je me sens comme en tongs
les pieds croisés sur une chaise en plastique
dans les prémices du printemps, sans remous
dedans car j’ignore les règles et l’enjeu

tandis que les basses font vibrer les baies
vitrées je mesure à l’aune de ton malaise
combien je suis loin de tout, comme en tongs

non que j’échappe à l’attraction terrestre –
je peux en sentir l’irrésistible gravité – mais

je me sens bien, sur cette chaise en plastique

Over waters dark and deep

Je n’ai pas encore beaucoup exploité ma nouvelle consigne, expliquée ici (ça va bien, vous êtes assez nombreux à me dire que je me répète : cliquez donc si vous avez oublié), mais voici ma deuxième tentative de citation musicale. Ici, tirée d’une chanson de mes amis californiens Bodies Of Water, Mary don’t you weep.

ta main a effleuré la manche de ma veste, en-dessous
il y avait un sweat-shirt + une chemise + un T-shirt
mais ma peau a souri comme on le fait quand un mot
quoique maladroit déplace un continent car un mot

peut faire cela – et des mots, nous en échangeons des
milliers qui détraquent la fibre du monde chaque jour
des mots comme ma tête sur ton épaule, ce simple

mouvement qui n’est pas dans mes compétences mais
tu sais à travers mes mots par milliers tu le sais

I will be a bridge for you over waters dark and deep

Jambes en l’air (6)

Je lève les jambes à mon retour sur mon territoire de prédilection, auprès de mes chéri(e)s. Église, pont et tour d’habitation de 15 étages (il faut au moins ça).

Fantômes

tant de calvaires et de croix dressés dans la brume
leur dentelle de fer forgé indistincte dans le lointain
que l’on s’attend à découvrir sur certains poteaux
électriques le corps affaissé d’un Jésus supplicié

dans la brume les forêts les rivières les églises
les tourbières les ancestraux viaducs ferroviaires
et soudain le fantôme immobile d’un cheval blanc

la neige fond elle rugit dans les cascades invisibles
en contrebas des routes sinueuses et luisantes

et une boîte aux lettres sur deux est un chalet

Sans faux bond

le même RER entre les deux mêmes gares puis
le parvis où s’évanouit le souvenir d’un café
sous un soleil brutal – je tremblais si fort que
je craignais de perdre l’équilibre, le cœur fou

et aujourd’hui je souris, forte d’autres visages
qui me protègent et m’emplissent simplement
parce qu’ils acceptent d’exister pour moi

sans enjeu ni promesse que la vie puisse déjouer
mon cœur bat sans faux bond au rythme de mes pas

tandis qu’entre deux TGV je danse à leur lumière

J’arrive

Demain, je regagne mon territoire. En attendant, je reconstitue mon petit quotidien dans ma chambre, à Fort-du-Plasne (vous ne connaissez pas ? C’est juste à côté de Foncine-le-Haut, au sud de Chaux-des-Crottenay). J’agence des lignes et des musiques. Je suis notamment accompagnée par des chansons que personne ne connaît encore, privilège qui fait de moi une espèce de princesse chauve.

Lightnin’ Hopkins : I’m Coming Home

La neige sans toi

Depuis le Jura.

mes mains sont volubiles les mêmes qui
ont tenu la tienne mes mains expliquent
l’onomastique d’un zeppelin elles volent
en se rappelant tes cheveux souples puis

dehors je danse sous la pluie qui éteint
la neige et je fume une cigarette sans toi
mais ton nom sur mon téléphone me fait

plus d’effet que le vin servi dedans je
danse à l’intérieur – dehors à l’écart, un

instant, de ceux qui ne te connaissent pas

Gris-gris

puis déjà mes paysages ont disparu
par la fenêtre du TGV, le territoire
qui m’enveloppe et où j’aimerais courir
– à cet instant – arraché à mon regard

pourtant je glisse placidement sur les
rails grâce à tes consignes de survie
en milieu inapproprié je peux rire avec

toi quoique en ton absence loin de mon
habitat naturel où – à cet instant – tu

te meus inconsciente de ta propre grâce