Adagio assai

je me dissous dans
l’évidence de ta peau comme la lumière
se dissout dans le gris du jour déclinant
son grain se resserrant insensiblement sur nous

les heures glissent sur la fenêtre de la chambre 512
soulignent au fusain tes traits que mes doigts
parcourent extatiques
leur pulpe pâmée de traduire chaque grain de beauté
en inéluctable dévotion

aucun bruit ne nous parvient à travers la pénombre
sinon le carillon de l’ascenseur
tandis que dans mon esprit s’égrène
l’adagio assai du concerto en sol *
cette phrase longue, lente et qui coule **
sur le clavier comme une pluie tiède égale et tranquille ***
une pluie semblable à celle qui caresse la fenêtre
éteinte de la chambre 512

où la vie se reconstitue où la lumière
de nous seules perceptible
sourd d’entre les épidermes
et le temps une fois encore se suspend
pour nous

*

Maurice Ravel : Concerto en sol (Martha Argerich au piano et on dirait bien Nikolaus Harnoncourt à la direction mais je n’ai trouvé aucune trace d’une telle collaboration sur Ravel – qui mériterait bien un !?! Si vous en savez plus, merci de m’envoyer un pigeon. Pour les fainéants, l’adagio assai commence à 9’30.)

* De Maurice Ravel.
** Marguerite Long à propos de l’adagio assai.
*** Vladimir Jankélévitch, idem.

Bestiaire de Wattignies (1)

Certaines villes fascinent par leur rapport particulier au monde animal. Wattignies est de celles-ci. Pour commencer, je me contenterai de m’attarder sur une maison. L’une de ses voisines vous ouvrira ses ailes dès demain, j’en fais ici le serment. Entrons en douceur dans cet univers sauvage.

Je sais que c’est flou, merci bien, j’essayais simplement de vous préparer à la vision terrifiante que voici :

Bouh… Et ce n’est pas tout…

(Rue Albert Samain.)

Captain Beefheart : Wild Life

Des moulins

N’ayez crainte, d’autres suivront. Les moulins, on en trouve quelques-uns par ici. Un peu moins que les puits, les chalets, etc. mais quand même, ici, on aime bien les moulins.

WELCOME TO SUNNY WATTIGNIES !

(Rue Clemenceau, Wattignies.)

BROKEN WING

(Rue Claude Debussy, Lambersart.)

Dusty Springfield : The windmills of your mind

Des sabots, et al.

Voici votre patience récompensée, respectables admirateurs des sabots de façade, puisque j’ai trouvé un nouveau compromis entre votre magnifique obsession et quelques-unes des miennes. Donnons-nous la main devant cette maison de la rue Édouard Doyennette* et faisons une ronde de l’amitié. Ne me harcelez plus, vous voyez bien que je fais des efforts, moi aussi.

(Rue Édouard Doyennette, donc, à Lille Sud.)

* Rue nommée en 1933 ; Édouard Doyennette fut adjoint au maire de Lille et président de l’office public municipal. D’habitude, je ne vous livre pas ce genre d’information mais admettez que c’est chou, comme nom propre, Doyennette. Et l’anecdote est édifiante puisqu’elle démontre que l’on a plus de chance d’avoir une rue à son nom à Lille en ayant été adjoint au maire de Lille qu’en ayant écrit La Recherche du temps perdu.

In the upper room (10)

Je suis bien gentille, ce dimanche encore, de flatter vos penchants bigots. À ce propos, vous êtes nombreux à me réclamer des photos de poissons le vendredi mais il ne faut pas pousser. Je vous rappelle que je suis antispéciste et j’imagine avec horreur les rites alimentaires qui sous-tendent votre pétition. « Pas de cheval le vendredi », me dites-vous, car vous avez vous-même fait un peu d’équitation et n’êtes pas insensible à la cause de ce que vous appelez la noble créature – soit, qui ne mange pas sa monture ira loin (moi-même, je ne mange pas mon vélo) mais ici, je vous le rappelle, tous les animaux, y compris ceux des Rideaux et Voilages, sont libres et heureux. D’ailleurs je crains qu’en matière de créatures aquatiques, mon territoire ne recèle guère que des dauphins. Bref, laissez-moi tranquille.

(Clos Saint-Vital, La Madeleine.)

Public Image Limited : God