Destroyed rooms

J’ai ajouté deux nouvelles pages au menu de ce blog, là juste à gauche, sous les pages consacrées à ma vie mon œuvre. En 2013 et 2014, j’ai eu l’occasion de prendre des photos dans un collège et dans une clinique (soit deux types d’enfer), tous deux désaffectés (c’est réconfortant, un enfer désaffecté : presque attachant). Je vous propose une toute petite sélection de ces images, ainsi que de joyeux textes courts sur le collège, dans les nouvelles pages annoncées. Tout en bas à gauche, vous ne pouvez pas les manquer.

Petit aperçu :

« Le remplaçant de notre professeur porte du khôl et toute la classe suffoque parce que c’est si drôle, un homme qui porte du khôl, comment peut-il nous faire un tel cadeau ? Nous devrions rire jusqu’à en tomber dans les pommes mais le cadeau est trop encombrant alors nous restons silencieux, un poids sur le diaphragme. »

Sonic Youth : The Destroyed Room

Montreuil

Vendredi je serai au Salon du livre et de la presse jeunesse à Montreuil. Au programme : rencontre avec la Néerlandaise Annet Huizing, auteur de Comment j’ai écrit un roman sans m’en rendre compte (Syros) devant rien moins que six classes de collège ; je parlerai de La vitesse sur la peau. Retrouvez-moi aussi sur le stand du Rouergue de 12h30 à 13h30 et de 15h à 16h.

Glory

il fait zéro degré je cours en short
les gens me regardent parce que je cours en short
j’existe dans leurs yeux
je vois leurs yeux entre les cache-nez les chapkas
je me vois dans leurs yeux je vois mon short
je le vois comme un plaisantin qui ferait signe
à la caméra dans un flash spécial derrière
l’épaule du journaliste compassé
mon short me fait signe dans les yeux des gens
je me sens moins seule je me sens divertissante
un peu
j’aimerais que les températures soient négatives
pour exister encore plus en short pour
qu’on me tende le micro dans sa bonnette de saison
et si mes poumons gelaient
comme c’est arrivé à d’autres dit-on
du moins aurais-je connu la gloire
en short un court instant

El Perro Del Mar : Glory To The World

Solitude

Extrait de mon dernier manuscrit, achevé récemment :

« L’un de vos premiers textes adolescents décrit une rognure de ruban adhésif noir collé sur la tête gris pâle d’un haut réverbère. Vous la remarquez alors que vous rentrez du lycée ; sa vision vous bouleverse. Quelqu’un a décidé que telle serait sa vie de ruban adhésif : isolé de la profusion terrestre, en altitude, inutile et décalé mais définitivement indécollable. Vous pensez longuement à lui puis, par la suite, vous y pensez régulièrement, quand votre regard s’attarde sur un lambeau de tissu ceignant une souche de cheminée ou sur tout autre détail improductif du décor, assigné à désagrégation dans la solitude des cimes comme par inadvertance.

Au dix-septième étage d’une tour, par la seule fenêtre ouverte, un visage entre deux mains comme un cri silencieux. Vous ignorez ce que darde ce cri et vers quoi il le darde. »

The Residents : Loneliness

Stendhal Hors les Murs (ex Missions Stendhal)

Les 12 lauréats 2017. Entre parenthèses, le pays de destination.

Salim BACHI (Cuba)
Fanny CHIARELLO (États-Unis)
Marion de DOMINCIS (Algérie)
Cédric GRAS (Albanie/Kosovo/Serbie)
Marion GUENARD (Égypte)
Yasmine KHLAT (Liban)
Niels LABUZAN (Botswana)
Gwen LE GAC (Argentine)
Gaspard MARIE-JANVIER (Israël)
Mathilde RAMADIER (Norvège)
Nicolas RICHARD (États-Unis)
Emmanuel RUBEN (Bulgarie/Roumanie/Ukraine)

(Soon, soon, soon… Pour un mois de résidence.)

Derrière l’oreille

le matin j’écoute les informations de France Musique
ce sont des informations qui ne s’embarrassent pas de résultats sportifs
mais préfèrent vous apprendre ceci :

La compositrice, accordéoniste et figure de la musique expérimentale Pauline Oliveros est décédée à l’âge de 84 ans.

puis les informations disent qui sera le prochain président de la République
ce qui me conforte dans mon intention de ne pas aller voter cette fois :
pas la peine puisque tout est déjà joué
six mois avant les élections
les informations l’ont dit
des informations sérieuses avec
Pauline Oliveros et sans résultats sportifs ni horoscope

c’est comme si un memento mori
m’autorisait à ne pas me lever ce matin après une nuit sans sommeil aucun –
pas une miette pas une
goutte derrière l’oreille

juste mes acouphènes
et les nappes sonores de Pauline Oliveros
les racines du moment

je me lève quand même

Pauline Oliveros : The roots of the moment – Crossing the sands

Mickey

(Avenue de la Délivrance, Lomme – je me suis prise de passion pour le quartier du même nom. Sur le plan ci-dessous, on peut admirer le tracé elliptique de ses rues ; sur place, l’on est saisi par un rare sentiment d’étrangeté – avant de me permettre ce « on », j’ai pris la peine de partager cette observation avec les rares personnes de mon entourage qui connaissent ce lieu…)