Régressions

Avenue Arthur Notebart, à Lomme – la rue où habite notre ami Gypsy -, l’on rivalise d’invention et de bricolages pour fêter Noël ; j’ai attendu que la nuit soit tombée pour prendre des photos mais quasiment toutes sont floues : les lumières clignotent à rendre épileptique un derviche tourneur. Alors voici un maigre détail de ma fenêtre préférée, si l’on peut le formuler ainsi.

Pour achever la régression, allons-y franchement :

The New Christy Minstrels : Sing Along With Santa

Christmas Minnie

(Rue Chanzy, Lille Fives. Notez bien que l’artiste aurait pu la couvrir un peu : elle va attraper la misère, comme on dit.)

Olivier Messiaen : Vingt Regards sur l’Enfant Jésus, I-II, (I. « Regard du Père » ; II. « Regard de l’étoile »), Pierre-Laurent Aimard au piano.

Fun Fun (3)

(Ronchin, Le champ du Cerf – très précisément, avenue Frédéric Chopin.)

clap

la vie est décevante mais elle
reflue elle finit toujours par
refluer alors ses traces remuent les viscères
plus qu’elle ne l’a jamais fait si ce n’est
dans ces moments où le sang bat si fort
que l’on se leurre – que l’on
croit à ses clameurs ses pathétiques
cotillons – que l’on croit – que l’on veut
croire et frapper d’autres mains
du plat de sa main pour accélérer encore
le pouls furieux sur les photos
où l’on ouvre la bouche en grand et les
dents vigoureuses comme elles mangent
la vie ! ces dents sont immortelles
dirait-on mais toujours elles finissent
par tomber – la vie est un taudis
que l’on tapisse des belles photos
de nous riant pour
pouvoir applaudir encore

Susumu Yokota : Kaiten Mokuba

Imagin’Hair

Non, je ne commence pas une série sur les enseignes de coiffeurs les plus pourries, oubliez Posi’tiff et Légend’Hair, je n’ai pas envie d’être poursuivie en justice – ni dans la rue avec des ciseaux. Je vous propose un catalogue non exhaustif (il y aurait matière à ouvrir un blog spécial toilettage végétal), une série qui vous donnera des idées pour tailler vos propres arbres.

a tout rasé, Port de Lille

*

laisse pousser, Ronchin

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carré, Hellemmes

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frange, Loos

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Bert, Villeneuve d’Ascq

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Marge, Lille Sud

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chignon, Lomme

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caniche, Ronchin

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rajout, Mons-en-Baroeul

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de saison, Faches-Thumesnil

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barbe, Loos

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schizophrène, Lambersart

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anarchiste, Lille Saint Maurice-Pellevoisin

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mystique (encore lui ! tout comme son papa : il est partout, tout le temps…), Saint-André

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gothique, Hellemmes

*

Buckingham Palace, Vendeville

*

casque à pointe, Ronchin

On se retrouve bientôt pour le catalogue printemps-été !

T’es qui ?

(Où ?*)

Talking Heads – Who is it ?

Mais c’est qui ?

Choky (poème écrit cet été)

aujourd’hui tu es désaxée
je le sens dès l’ouverture des yeux
je mets des nectarines et du thé dans ta bouche
ça descend dans ta gorge et ça tombe dans ton ventre
je te nourris avec le mélange de patience et de brusquerie
que l’on observe aussi chez certains oiseaux
puis je noue le cordon de ton short lace tes baskets
et t’envoie courir dans les banlieues écrasées de silence
sous le ciel menaçant de l’été je t’envoie dans
cette antichambre de la mort dont tu as fait ton territoire
tout au long de la rue Pompidou flotte une odeur de Choky
effluve de chocolat chaud dans l’atmosphère lourde
alors tu te rappelles le nom Madame Chichocki
qu’a prononcé un jour ta meilleure amie
ce nom te revient sans l’anecdote qui l’accompagnait
nu dans la lumière tranchante d’une mémoire saturée
puis tu te perds tu découvres de nouveaux chemins
de nouvelles passerelles de nouveaux bouts du monde
effrayants et peuplés de rares corps tordus
comme des racines arrachées au sol des racines sans arbre
tu remercies chaque paysage qui vient frapper
d’étrangeté ta conscience qui déjà
tu ne peux le nier
confond les prénoms et les visages
de deux femmes avec qui tu as partagé
des années de ta vie la maigreur de l’une pliée sur
la maigreur de l’autre
leurs silhouettes bord à bord comme deux bonshommes
d’une ribambelle avant que l’on ne l’ait dépliée
leurs rages comme une seule voix
leurs prénoms et leurs visages
brouillés ensemble comme des œufs dans ton
esprit désaxé je l’ai tout de suite senti ce matin
le réel et toi comme huile et eau dans la cuvette
d’une pissotière
pourtant le bonheur t’empoigne par surprise alors que tu
descends la passerelle de l’Europe
sa rampe la plus longue au nord de la ville bourgeoise
près des bretelles d’autoroute un désert de ciment propre
de graminées de fleurs sauvages et d’insécable silence

là je ressens
le bonheur du noyé quand les neurones enfin
se font sable

(Passerelle de l’Europe, reliant Lambersart et Saint-André.)

___

* Rue Frédéric Combemale, Lille CHR.

Des voix

(Photo promotionnelle de Jackie Lynn.)

Je ne pourrais faire de meilleure pub à Haley Fohr que de poster cette chanson extraordinaire – où l’on constate en outre qu’elle a l’une des plus belles voix féminines du millénaire – hors opéra, évidemment (voir ci-dessous).

Jackie Lynn : Alien Love

Pour en venir à l’opéra : June Anderson a cessé brutalement toute activité en 2012, avant que d’avoir fait ses adieux à la scène, c’est-à-dire avec moins de tapage que la plupart de ses consœurs. Ici, entendez et regardez-la dans le célèbre Glitter and be gay issu du Candide de ce petit monsieur que l’on voit danser avec sa baguette de chef dans la vidéo et qui n’est autre que Leonard Bernstein. Le timbre de June est le plus beau du monde – si vous n’êtes pas d’accord, je me remets à la boxe ou vous offre 5% du prix de votre sonotone (conditions à définir). Ne parlons même pas du fait qu’elle arrive à faire rire, en oratorio, ses camarades Christa Ludwig et Jerry Hadley.

Leonard Bernstein : « Glitter and be gay », donc, extrait de son opéra Candide, avec l’incroyable June Anderson, sous la direction du compositeur himself, et ça se passe en 1989.

Quasi femen

Les amis, ne regardez pas ces vidéos si vous avez un enfant ou une vieille tante catho sur les genoux (la seconde option est heureusement peu probable). Je ne regarde quasiment jamais de vidéos, même celles que je poste (je préfère quand la pochette de l’album est en image fixe, voyez) mais là, il y a du lourd, et du bon.

Circuit des Yeux : Do the Dishes

(À voir aussi, le clip de Fantasize the scene ; Circuit des Yeux est l’un des pseudos de Haley Fohr ; je vous recommande aussi ce qu’elle fait sous le nom de Jackie Lynn, mais j’y reviendrai forcément, je suis trop inconditionnelle méga fan pour m’en tenir à cette petite interpolation de rien du tout : vive Haley Fohr ! – et Gouniche, dans un tout autre genre…*)

Jenny Hval : That Battle is Over

(À voir aussi, les clips de Conceptual romance et de Sabbath – regardez au minimum la première minute de ce dernier, écoutez bien les paroles, c’est très fort !)

On sort de là saisi et heureux, avec l’envie de leur dire : Tout va bien, les filles ?

(Capture d’écran de la vidéo de Sabbath.)

* Je suis obsessionnelle si je veux.

Résultat de la devinette « Supérette oder ? »

Règle de base : sms ≠ pigeon voyageur. Un sms, ça ne nourrit pas mon chat. La bonne réponse était donc le cul n°2, il s’agit d’un cul d’école (où l’on voit que centre commercial ≃ école), rue Courbet à La Madeleine ; les deux autres culs proviennent respectivement de Comtesse de Ségur et de Champ du Cerf, à Ronchin. Le bon d’achat d’1,49 € est donc remis en jeu pour une autre fois. Respectez les règles par moi édictées si vous voulez pouvoir faire vos courses à Wattignies (mon huissier dit que j’ai bien raison de rester ferme). Non mais.

P.I.L. : Rules and Regulations

Supérette oder ?

Devinette : lequel de ces culs n’est-il pas celui d’un mini centre commercial ? Je n’indique pas l’adresse de ces trois vues, pour que des petits malins n’aillent pas chercher la réponse sur street view. Le premier d’entre vous qui me donnera la bonne réponse gagnera un bon d’achat d’1,49€ valable dans un mini centre commercial de Wattignies. Je guette le ciel : à vos pigeons voyageurs ! Réponse et indications géographiques dès que le pigeon gagnant aura échappé aux griffes de mes chats.

Cul n°1

Cul n°2

Cul n°3

Michoko (2)

si tu pouvais changer trois choses en toi, dit-elle
ce serait quoi ?
je réfléchis mais des images de
cheveux soyeux en
cascades sur mes épaules, de ventre concave ou de dents immaculées
me déconcentrent quelque peu
je réfléchis à ce qui cloche chez moi et à la manière
dont je pourrais bien me sentir normale même si
ça n’existe pas
je réfléchis de plus en plus
je ne voudrais pas décevoir cette fille-là
je réfléchis à tout ce que je n’aime pas chez moi
mais à mesure que je dresse une
liste dans ma tête s’y dessine
mon portrait
or je ne souhaite pas vraiment devenir quelqu’un
d’autre
y compris pour plaire à cette fille-là :
mais qu’est-ce que c’est aussi
que cette question après tout ?
j’enfouis la tête dans les mains

écoute, dit-elle, pas la peine d’en faire tout un plat
tes trois vœux je ne pourrais pas
les exaucer de toute façon
reprends plutôt un Michoko
ok ! je dis
et je reprend même un peu d’Oasis

(Je ne me rappelle absolument pas quand j’ai écrit ce texte – ni s’il s’agit d’une anecdote vécue, mais j’en doute fortement : à cause de l’Oasis.)

Bran Van 3000 : Loaded (feat. Big Daddy Kane)

Who do you want me to be ?
Who do I want to be ?