Jambes en l’air (11)

Vous êtes nombreux à réclamer la suite de cette série, que j’ai certes négligée pendant quelques jours (c’est que, lever les jambes, je n’ai pas que ça à faire). Mais je comprends que vous ayez pris goût à voir le monde par en-dessous avec mes baskets à contre-jour, aussi je cède à la pression et je pense que je ne vous décevrai pas : voici la serre équatoriale du jardin des plantes, à Lille, un pylône électrique dit « Chat » et l’église Sainte-Rictrude à Ronchin.

In the upper room (16)

Merci Seigneur d’avoir mis une femme merveilleuse sur mon chemin il y a deux semaines jour pour jour* alors même que je ne T’avais rien demandé. Aujourd’hui, je ne Te demande pas un million d’euros, j’aime bien la pauvreté. Entendu ?

Mahalia Jackson : In the upper room

* Ton jour, en plus, où l’on aurait pu penser que Tu avais d’autres fidèles à fouetter.

L’art (13)

Vous êtes nombreux à me reprocher de négliger la rubrique artistique de ce blog. C’est que, voyez-vous, j’ai eu quelques déconvenues, récemment. En règle générale, tout se passe bien sur mon territoire ; malgré l’appareil photo, les tatouages et le crâne rasé, des champs aux ZUP, le contact avec les autochtones est plutôt bon – j’enregistre un taux de retour à mes sourires proche de 85%, avec parfois en prime un bonjour, un signe de la main ou un mot plaisant. En deux ans, seuls deux individus (tous deux de sexe masculin) ont manifesté de la colère en me voyant photographier leur fenêtre ; ce matin, le deuxième d’entre eux n’a eu de cesse que je ne supprime de ma carte mémoire l’image de sa statuette en fenêtre. « Tu n’as qu’à la murer, bijou, ta fucking fenêtre », ai-je pensé.

(Rue Balzac, Lille Sud.)

Si j’exposais des œuvres au regard des passants, j’imagine que je le ferais dans un esprit de partage, de même que les villes se parent de mille feux à l’approche de Noël pour flatter le sens esthétique des touristes et s’offrir à leurs appareils photo. Mais le monsieur de ce matin m’a plusieurs fois affirmé que « ça ne se fait pas de prendre en photo les fenêtres des gens ». Je n’ai pas osé lui demander si ça valait aussi pour leurs boîtes aux lettres ni s’il estimait incivil de s’allonger par terre et de lever les jambes – est-ce une forme d’attentat à la pudeur ? Suis-je hors-la-loi malgré moi ?

(Rue des Muguets, Lille CHR. Certaines boîtes aux lettres mériteraient autant de figurer dans la catégorie « L’art » que dans la catégorie « Chalets du Nord ».)

Un détail m’étonne dans cette affaire : les deux uniques réactions hostiles que j’ai suscitées en deux ans sur mon vaste territoire ont eu lieu à un mois d’intervalle et à cinquante mètres de distance – à Hellemmes, pour tout dire, mais je n’en tire pas de conclusion sur le plan du « kitsch et lutte des classes » car j’ai aussi vécu, à quelques rues de là, une rencontre chaleureuse avec un habitant qui, de prime abord, avait semblé quelque peu effrayé par ma démarche conceptuelle : « Ne vous inquiétez pas, monsieur, lui ai-je dit quand il a ouvert sa porte, me faisant face dans l’étroite courée, je photographie simplement vos sabots de façade. » Alors il a hoché la tête en souriant et m’a souhaité une bonne continuation.

(C’était ce gentil monsieur, cité Derville à Hellemmes ; pour preuve que je suis respectueuse du droit à l’image quand ça me semble pertinent, j’ai noirci son visage – je ne trouvais pas le flou.)

Est-on coupable parce que l’on aime l’art des rues (≠ street art) ?

En attendant de pouvoir répondre à ces questions ontologiques, et pour me faire pardonner cette trop longue pause artistique, une statuette en fenêtre à la fois rustique et quelques peu hautaine : digne, résumerons-nous.

(Rue Aristote, Lille Fives.)

Jambes en l’air (10)

Les villes ne me disent plus grand chose, ces derniers temps, je crois qu’elle boudent un peu. Il y a le même visage partout, en surimpression, qui me détourne des Rideaux et chalets. Mais je continue à lever les jambes et à regarder sous les jupes du monde. Aujourd’hui, sur un terrain de basket, un chemin de campagne et sous le métro aérien.

Jambes en l’air (9)

J’aime bien écouter le Prélude à l’après-midi d’un faune en courant dans les ZUP, et Judy is a punk dans les champs. J’aime bien lever les jambes un peu partout. Aujourd’hui, encore sur une voie ferrée, sous une authentique vache et sous le mât de Wiclo (c’est un bateau amarré près du Grand Tournant, à Lambersart).

Vieux chat

la vie reprend ses droits dans
mes terminaisons nerveuses et
dans les escaliers de béton la
vie écarte les barbelés entre

deux doigts très doucement la
vie s’étire comme un vieux chat
sans hâte ni raison simplement

parce que ça lui est agréable
et qu’elle en a le temps : le

temps, c’est elle après tout

Sac à dos

Vous savez, les amis, je ne fais pas que prendre des photos pourries en baskets, me faire des amis merveilleux et trouver le grand amour. J’écris aussi des livres et parfois des gens les aiment bien. Par exemple, La vitesse sur la peau, mon dernier roman pour adolescents (Le Rouergue) vient de gagner le prix « Roman et sac à dos ». Eh bien ça fait sacrément plaisir.

La Terre un dancing

donc on est heureux on danse dedans
et aussi dehors on devient contagieux
les arbres s’y mettent et les sacs
plastique dans leurs branches et les

oiseaux des Rideaux et Voilages et
ceux des lignes électriques et les
brindilles dans le nid des oiseaux

alors la Terre entière devient un
dancing de sorte que l’on se soucie

peu d’inventer un sens à l’existence