Dans le nez

Il y a dix jours, j’écrivais à une amie que parfois, la vie est un coup de batte dans le nez. Je ne me doutais pas que, les jours suivants, je serais frappée par la perte. Cette nuit, tandis que j’écoute le vacarme de mon corps, le hurlement de mes acouphènes et la reprise maladroite de Nisennenmondai qui se joue dans mon système sanguin (mon cœur se prend pour la batteuse, Sayaka Himeno, dans le segment de Fan compris entre 23’33 et 25’43), je fais ce constat que, plus on est endurant aux coups de batte, moins on trouve d’enthousiasme à miser sur le nez (disons qu’on aborde la suite en le tenant à deux mains, ce qui gâche un peu l’instant – il y a déjà le masque, bordel). C’est d’une logique assez ironique.

Cette semaine, deux voitures se sont amusées à foncer sur moi, m’évitant in extremis tandis que par les vitres ouvertes me parvenaient les rires éructés par un bouquet choisi de nos congénères. La première fois, c’était à Wingles, lundi après-midi et j’ai pleuré, sangloté là entre un champ et un bois ; le lendemain, à Lens, un peu inquiète qu’il s’agisse d’une nouvelle mode ou (pas mieux) d’un signe, j’ai décidé que ça ne voulait rien dire du tout, même s’il reste blessant d’être vue comme un cochonnet.

(photo prise à Lille avant la démolition de la barre Marcel Bertrand)

J’ai choisi de regarder l’autre face de l’espèce. La concierge du lycée, la factrice et un vieil homme du quartier se sont investis dans la recherche de Dame Sam ; il y a eu trois fausses alertes, en début de semaine (« Non, elle ne porte pas de collier à grelot ») mais je suis reconnaissante à ces inconnus. L’empathie qu’ils m’ont témoignée a été un précieux réconfort : il n’y a donc pas que des monstres de froideur sur cette foutue planète.