/ 3 : Loisirs dominicaux

J’ai enfin trouvé les gants magiques grâce auxquels je vais pouvoir faire du vélo en hiver sans souffrance ; les chaussettes de ski, en revanche, ne suffisent pas, même en renfort d’une autre paire. (Tout ceci, je le précise, sans cuir ni laine puisque je ne souhaite porter ni la peau ni les poils de quelqu’un). Ce matin, je m’apprêtais à emprunter les chemins qui sinuent au pied du terril 58 de Grenay quand j’ai remarqué un panneau plus discret qu’un NPR annonçant qu’ici, la chasse est autorisée tous les dimanches de 9 à 18h ; il était 8h53. Même chose sur le terril d’en face, 58A. J’ai donc roulé entre les deux tas.

Ces terrils sont ce que j’appelle des terrils Délivrance + poubelles + origamis + luxuriants (voir Terrils tout partout pour plus de détails sur ma typologie très personnelle des terrils – fichier Excel à venir). Délivrance parce qu’on y croise des voitures brûlées et des quads conduits par des individus tels qu’on en voit dans le film de John Boorman (les chasseurs, par leurs proies), mais c’est en toute légalité que, le dimanche, le seul loisir possible y est de tuer. Le seul puisque, par définition, il écarte tout autre loisir sous peine de mort. Dans la charmante petite ville communiste de Grenay, les magnifiques terrils sont mis à la disposition exclusive des chasseurs, ces bubons de l’humanité. (Ci-dessous, un minuscule aperçu de 58 depuis le bas.)

Où sont censés aller ceux (que l’on espère majoritaires) qui préfèrent se promener, aérer leur progéniture, courir, prendre des photos ou encore observer la nature et des animaux vivants ? Sans doute à la base 11/19, pas si lointaine, où les bubons dégénérés en orange fluo n’ont pas le droit d’exploser des lapins pour occuper leur dimanche.

/ 3 : un autre matin sur terre

Je ne voyais pas à trois mètres, dans le brouillard qui buvait les premières lueurs de l’aube. Je devinais la texture du sol à ses degrés de tendreté tels que ressentis à travers les semelles et au son plus ou moins spongieux de celles-ci à sa surface. Le canal apparaissait comme une absence et je n’en devinais guère le cours qu’aux caquètements des oiseaux d’eau, qui en pointillaient le tracé.

Je me suis tellement attardée que finalement, le jour a réussi à esquisser quelques silhouettes fantomatiques d’arbres et d’oiseaux.

/ 3 : Nus

Je me fais ce matin la Spencer Tunick des arbres, sur le terril de Fouquières-les-Lens (enfin, les terrils quoique ressentis un seul, à savoir 100, 83 et 230 – vous vous perdez dans tous ces numéros ? Dans quelques jours, nous vous proposerons une carte sur laquelle apparaissent une vingtaine de tas parmi les plus éminents dans un périmètre d’à peu près 89 km² autour de la Souchez – qui est un cours d’eau, d’abord ruisseau puis canal mais je ne vais pas vous spoiler l’histoire).

/ 3 : Cosmique

Ce qui s’est passé cet après-midi : je marchais sous la neige et j’écoutais ma playlist Rewind de 47 heures en aléatoire. Je pensais à quelqu’un ; la chanson à ce moment-là était Low Dogg de Micachu & The Shapes avec le London Sinfonietta. Je me disais que ce quelqu’un était encore plus perdu que moi et ce pensant peut-être me trompais-je mais enfin il me semble que, si je suis perdue dans ce monde en chute libre, elle (c’est quelqu’une) est plutôt perdue en elle-même et je souriais de la revoir poser avec un sourire enfantin et un regard plein de planètes à côté d’une rambarde sur laquelle est floqué le mot « perché », ce dont je doute qu’elle soit consciente, quand soudain s’est imposée dans mon esprit cette image que j’ai photographiée il y a quelques années à Villeneuve-d’Ascq (ici)

et instantanément ont succédé à cette image, dans mon esprit, les paroles d’une chanson, à savoir le début du deuxième couplet de This Must Be the Place (Naive Melody) des Talking Heads :

Home, is where I want to be
But I guess I’m already there

Puis Low Dogg s’est achevée, j’étais en train de sauter par-dessus une mare de boue près d’un terril lapineux quand la chanson suivante lui a succédé, à savoir This Must Be the Place (Naive Melody) des Talking Heads et pas un autre des 593 titres de ma playlist. Une fraction de seconde, cette coïncidence m’a causé un léger vertige et j’ai eu l’impression que ma liste était passée à mon insu en mode répétition, avant de me rendre compte que l’écho était d’une autre nature.

Je ne sais toujours pas ce que je suis censée faire de ça.

Home is where I want to be
Pick me up and turn me round
(…)
Feet on the ground
Head in the sky
It’s ok I know nothing’s wrong… nothing


/ 3 : Première gelée

Ce matin, la brume, le givre et les nuages ont rendu le lever de soleil particulièrement délicieux. Un bonheur de saison qui m’a fait danser un peu dans le noir et mon short décroissant (i.e. en lambeaux malgré mes tentatives de couture). La dernière image me rappelle quelque chose de l’enfance, peut-être ces boîtes de chocolats qu’il y avait chez mes grands-parents et dont des paysages d’hiver ornaient le couvercle, ou peut-être des recueils de contes ? Je ne sais pas, en tout cas rien à voir avec les calendriers des PTT malgré leurs lumières vaporeuses.

/ 3 : < / 3 (7)

J’ai une mauvaise nouvelle. Nos chevales, qui semblaient sur la bonne voie pour le bonheur éternel (cf. / 3 : <3 (1)/ 3 : <3 (2) / 3 : <3 (3)/ 3 : <3 (4)/ 3 : <3 (5) et / 3 : <3 (6)), sont à jamais séparées. C’est parce que l’une était très innocente et l’autre très malfaisante, comme on le devine au noir et blanc de leurs silhouettes sur l’image ci-dessous, même s’il est impossible de déterminer laquelle était toute noire, laquelle toute blanche. Zou ! a dit l’une et Du balai ! a dit l’autre (car elles ne se sont pas entendues sur qui ruait le plus fort) et hop, c’en était fini du yin et du yang, le paradis équestre s’est retourné comme une chaussette dont on veut déloger des gravillons. Moche moche.

=

(Photos prises à Ostricourt, Courrières et Faches-Thumesnil – vous ne trouverez plus trace de ce cheval décapité, dont ses colocataires, moins aimants que ceux du cygne sans tête domicilié à Sallaumines, se sont débarrassés depuis des années.)

/ 3 : Vulnérabilité

Certains jours, je suis joyeuse et tout le monde me dit bonjour avec de grands sourires et des chiens que je ne connais pas bondissent autour de moi comme s’ils étaient heureux de me revoir – je suis alors obligée de m’arrêter pour ne pas leur rouler sur les pattes et leurs humains et moi rions beaucoup. D’autres jours, je suis un agrume épluché, ses quartiers séparés par des ongles pas très longs mais décidés, alors je vois toute la vulnérabilité du monde. Pas seulement celle des animaux (j’inclus les humains) mais aussi celle des artéfacts. Les détails du quotidien deviennent des plaintes cosmiques requérant ma plus totale empathie. Un jour, j’ai vu les deux premiers objets ci-dessous à quelques minutes d’intervalle ; j’ai attendu d’en croiser un troisième, dans la même posture exactement, pour en faire le / 3 que voici.

(J’ai pris cette dernière photo avec mon nouveau téléphone, qui est pourri, du jamais vu : ça m’apprendra à sortir sans mon appareil photo – non que ça m’arrive souvent…)

/ 3 : des chenilles funky

Nous avons rencontré ces trois magnifiques chenilles sur les terrils de Germignies Nord et Sud. Nous avons longuement observé la première, qui avait vraiment l’air de danser ; comme vous pouvez le constater, elle a une queue – mais il ne faut pas dire queue, plutôt corne (une corne aux fesses, moi, ça me rappelle la chanson du père Ubu – chanson du décervelage), et plus précisément encore scolus, appendice propre aux Sphynx du tilleul. Pour voir en quel papillon elle va se transformer, cliquer ici.

Ci-dessous, un somptueux Paon-du-jour en devenir. Ce jour-là (le jour du paon), il ressemblera à ça (nous en avons vu un aussi mais il était trop rapide pour que j’arrive à le prendre en photo).

Et ici, un futur Machaon – ou Grand porte-queue – qui, après métamorphose, volera sous cet aspect.