NPR 9 du Dasein / Lecture des ordures : leçon numéro 2

De la philosophie encore dans ce nouveau processus réversible, et un nouveau pas vers l’acceptation & glorification de la poubelle que nous appelons Terre (vous noterez que j’ai renommé Lecture des ordures la nouvelle catégorie inaugurée ici sans tambours ni trompettes).

Une chose que je n’ai pas encore précisée à propos de mon chemin fétiche du moment, c’est qu’il est long de 7 km ; on a ce genre de choses, par ici (plein plein), parce qu’il s’agit d’anciens cavaliers (des voies ferrées qui reliaient les différents sites miniers) : l’enfer d’hier a fait le paradis d’aujourd’hui. Ce sont des choses qui arrivent, même si, globalement, on assite plutôt à un processus inverse et irréversible en ce court segment de l’histoire qui va de la triomphante révolution industrielle à la destruction de la planète.

Sur mon chemin fétiche du moment, des gens jettent leurs détritus au pied des terriers, accrochent leurs masques aux branches, c’est rigolo, les plus courageux répandent même des gravats – saluons leur effort pour les acheminer jusque là. D’ailleurs, n’apprendrions-nous pas à lire les ordures qu’il serait tout aussi incohérent de reprocher un quelconque manque de savoir-vivre aux auteurs de ces dépôts car ils ne font que reproduire, à leur modeste échelle, ce que leur espèce fait depuis toujours avec la bénédiction de ses plus hautes autorités : transformer l’habitat de toutes vies terrestres en sa poubelle exclusive. Où l’on voit bien la nécessité d’accepter. Moi, en tout cas, je ne vois que ça. Se détendre et se dire, C’est la civilisation que j’ai connue, c’est tout.

Lecture des ordures : leçon numéro 1

Il y a un an, je découvrais le terril 103 d’Avion, un terril déguisé en talus que j’ai d’abord appelé le terril surprise. Magique ! me disais-je.

J’ai commencé à l’appeler le terril du psychopathe après y avoir fait une découverte assez terrifiante. Je la décrivais dans mon journal de confinement, dont voici un extrait, pour ceux qui nous rejoignent :

« Le détritus du jour

est très flippant, particulièrement dans son contexte : il s’agit d’un dispositif en granit noir qui évoque fortement la pierre tombale et dont il a dû être très difficile de hisser les divers éléments jusqu’au sommet de mon terril secret, l’endroit étant haut d’une cinquantaine de mètres et inaccessible aux véhicules motorisés.

Dans le bois en contrebas, nous avons trouvé un chemin sans issue, coincé entre une paroi rocheuse et un taillis épais, au fond duquel est installée une espèce d’habitation pour film d’horreur, à moins que ce ne soit un atelier sauvage (mais un atelier de quoi ?) avec des outils et toutes sortes de matériaux sales entassés de manière anarchique – bois déchiqueté, brique broyée, ardoise, tôle, etc. Nous avons battu en retraite aussi vite que nous l’avons pu et la seule photo que j’ai prise de l’endroit est floue parce que je tremblais.

(Ça se passe quelque part là-dedans.)

Ce soir, avant de nous endormir, nous nous remémorons ce que nous avons vu et perçu là-bas, et la terreur nous gagne. M. m’interdit d’employer l’expression « paroi rocheuse », pourtant je ne mentionne pas la mousse qui couvrait les pierres

et ne décris pas mon effroi quand j’ai compris que je ne me trouvais pas dans les ruines d’une gentille cabane mais dans un potentiel guet-apens, une impasse naturelle avec plein de trucs contre-nature dedans, tels qu’un marteau et un seau sur lequel séchait un truc pourpre. Je prie en revanche M. de bannir l’expression « chasse à l’homme » et d’arrêter l’inventaire de tout ce qui pourrait se trouver sous la bâche et dans le sac poubelle au fond à droite.

(C’est là, quelque part. On ne voit pas les dénivelés depuis le satellite, mais sous les arbres il y a une paroi rocheuse pleine de mousse.)

Je revois les différents aspects du site et frémis d’y avoir couru plusieurs fois avec insouciance, et d’y avoir amené M. – qui, m’assure-t-elle maintenant, n’a cessé de regarder derrière nous, tout le temps que nous nous y sommes promenées tout à l’heure, tant l’endroit lui donnait une sale impression. »

Fin de l’extrait. Je n’ai jamais montré ici, à l’époque, à quoi ressemblait l’antre du psycho. Le voici, en exclusivité pour vous. Vous approchiez, ça ressemblait à ça

Vous approchiez encore et vous étiez face à cette vision glaçante – et encore, pour ne pouvez pas agrandir pour voir les détails mais je vous prie de croire qu’il y avait de quoi faire des cauchemars :

Quand nous sommes revenues, quelques jours plus tard, les outils avaient disparu. Cependant, l’impression malsaine que le lieu nous avait inspirée ne s’est jamais dissipée.

MAIS

Aujourd’hui, j’ai grandi, évolué avec mon temps, et je pense que ce site nous offre un support idéal pour modifier notre regard sur le monde contemporain : puisqu’il nous faut désormais vivre au milieu des détritus (masques, canettes, papiers gras, etc.), autant apprendre à les considérer comme des détails du paysage à part entière et à leur trouver une certaine beauté. Voici, pour nous y exercer, une sélection de détritus qui agrémentent (oui : on ne dit plus dégradent, entendons-nous bien) le terril 103 dit du psychopathe.

Alors ? Quels sont vos préférés ?