37 passages à niveau

Vous êtes 37 à me réclamer bruyamment le petit travail photo dont je vous annonçais au mois de mai qu’il serait prêt en septembre 2019. Je suis tellement impressionnée par votre mémoire et touchée par l’intérêt que vous témoignez à mes modestes productions que, pour une fois, je vais tenir ma promesse. Voici, en hommage à ces 37 zélateurs, 37 photos d’un passage à niveau prises entre septembre 2018 et ce jour, au fil de mes courses à pied – soit un palpitant reportage sur le temps qui passe. Les photos sont de mauvaise qualité, puisqu’elles ont été prises avec un téléphone, mais je ne rembourserai rien ; il n’y aura pas non plus de Grand Jeu Concours pour localiser ce lieu auquel j’ai choisi de rendre hommage tout au long de l’année qui vient de s’écouler, vous pourriez le déduire trop facilement du billet dont je fournis le lien plus haut. N’abusez tout de même pas de ma générosité.

Parfois, il y a même de petits événements – autres que le passage d’un train. Ici, une joggeuse est passée juste avant que la barrière ne se baisse : c’est presque une narration.

Si vous avez 10/10 aux deux yeux ou de bonnes lunettes et que vous ne regardez pas ces images sur un foutu écran de téléphone, vous distinguerez un TGV en train de passer sur le talus qui ferme l’horizon.

Hop, un peu de recul :

Là, une voiture brûlée, JMJ !

Un promeneur nocturne.

On pivote légèrement vers la gauche.

Mais oui, c’est un tracteur…

Si vous avez toujours 10/10 aux deux yeux ou fait l’acquisition de bonnes lunettes depuis la photo 19 et que vous êtes passé.e sur un écran digne de ce nom, vous distinguerez un TGV en train de filer sur le talus qui ferme l’horizon.

Vous avez bien lu, sur le panneau ci-dessus : Un train peut en cacher un autre. La preuve.

Et parce que je sais que, tout comme moi, vous avez des plaisirs simples, je vous propose de finir cette série par de traditionnelles Jambes en l’Air – qu’elles soient un au revoir ému à ce qui fut l’un de mes sites privilégiés, la dernière année de ma vie dans la métropole lilloise.

I <3 Scln

Je suis tombée amoureuse de mon nouveau bolide, un vélo rouge qui saute comme un cabri dans les bois et les champs. Et, de fil en aiguille, je suis tombée amoureuse de Seclin. Il me faut d’abord m’excuser d’avoir incorrectement nommé la ZI (ou ZAC) de l’Épinette ASPUZI, dans de précédents billets, quand j’ignorais encore que Seclin était la ville de DEUX zones industrielles : double bonheur, surtout le dimanche – ça tombe bien, parce que le dimanche les berges du canal sont infréquentables, entre les campings sauvages de pêcheurs en tente kaki, les marcheurs nordiques, joggeurs fluorescents et cyclistes coqués coquets. Ici, il n’y a que moi, le dimanche. Le samedi soir, c’est sans doute différent, à en juger par les traces de beaucoup fun devant les hangars :

Le dimanche, tout n’est que lignes pures, jeux de lumière et délectable désolation.

Mais ASPUZI, the real ASPUZI, c’est aussi la couleur et la danse :

ASPUZI est l’antichambre de Seclin. Maintenant, entrons dans le vif du sujet. Quelques chiffres, pour commencer : Seclin, c’est 17,42 km² pour 12 463 habitants (2016), soit une densité de 715 hab./km². Si ça ne vous parle pas, Sallaumines (l’étalon-or de ce blog), c’est 3,82 km² pour 9 799 habitants, soit une densité de 2 565 hab./km². See what I mean? (Ok, il faudrait faire le calcul en décomptant les hectares non habités des ZI, je l’admets sans mauvaise foi, mais dans ce cas il faudrait en faire autant pour la déchetterie de Sallaumines.) Notez qu’en termes de Ville Fleurie, nous sommes à Seclin 3 fleurs – Sallaumines 1.

Le canal de Seclin n’y est sans doute pas pour rien, bien sûr, qui rejoint perpendiculairement la Deûle à Houplin-Ancoisne, 4,5 km à l’ouest.

Les oiseaux d’eau y vivent en harmonie, comme à Harnes.

Il y a aussi des ragondins et des fantômes.

Seclin est connue pour ses châteaux. Sauf que, Grand Jeu Concours ! un seul des trois châteaux ci-dessous en est vraiment un : lequel est-ce ? Question 2 : L’un de ces châteaux n’est pas sis à Seclin mais à Templemars, à quelques pas de la frontière. Duquel s’agit-il ?

Cette tendance au faste n’exclut ni les ZUP

(vue de l’ouest)

(vue du sud)

ni les arrière-mondes :

ni les Upper Rooms & Kitchens de carrefours et ronds-points :

(abbé Bonpain de carrefour)

(Jésus Christ de rond-point)

ni le Kitsch & Lutte des Classes – Grand Jeu Concours 2 ! Laquelle de ces œuvres n’est pas une boîte aux lettres de Seclin mais de Carvin (autre passion récente) ?

L’art, ce n’est pas ce qui manque, à Seclin : mural

et de rond-point (ici, la couleur s’impose, vous allez le comprendre)

Cette dernière œuvre de rond-point nous amène dans mon lotissement préféré de la ville : les Aviateurs. J’adore. D’autant que, si de nombreux-ses Seclinois-e-s me témoignent volontiers une certaine hostilité, les Aviateurs-trices me traitent généralement comme une des leurs – sans collier de fleurs ni tralala. Voici un plan du quartier : un vrai crop circle, à l’américaine, quoique l’on ne s’y perde pas trop.

Le lotissement fait face à l’hôpital de Seclin, le nouveau, un hôpital intéressant, paradoxal, à la fois hôpital de campagne puisque l’on peut notamment y accéder par des chemins de tracteurs, quoique par ailleurs il fasse preuve d’une belle géométrie :

Une vue du parking s’impose également :

Attention, chien méchant et volumineux juste derrière cette rangée de maisons, il m’a poursuivie l’autre jour et j’étais bien contente d’être juchée sur Mon Bolide, dont on aurait dit qu’il pétaradait comme un bolide des Fous du volant mais en fait c’était le claquement de mes dents. Maintenant, voyons comment les Aviateurs se présentent depuis l’hôpital.

On voit plein d’avions dans le ciel aussi, à Seclin, bien plus qu’à Lesquin si vous voulez tout savoir,

et d’autres objets volants

et des sommets intéressants, quoiqu’ils ne volent pas,

et aussi des tunnels : ici, on en a plein les yeux, dessus et dessous.

Pour finir, un peu d’architecture (ici, l’arrière de l’hôtel de ville),

d’urbanisme (cité des jardins)

(ça ressemble à ça)

et de presque la campagne

Voilà, entre autres choses, pourquoi i <3 tant Scln.

L’amour dans l’arrière-monde (3)

disons que je suis un carnet
entièrement empli d’une écriture serrée
de biffures et de ratures
tu arraches les pages par paquets
et tu les brûles quelle joie
l’encre sèche crépite en étincelles oranges et bleues
comme une orange de Floride souriant sur un ciel de Floride sur une carte postale de Floride
c’est ainsi
que tu illumines ma vie
en brûlant les pages mortes de mon passé
pour célébrer le présent
alors je cueille les possibles sur ta peau si blanche
sur tes lèvres roses d’enfant
dans ton regard où dardent des poussières d’or
c’est ainsi
que tu deviens ma Floride inopinée
sous le ciel d’une zone industrielle comme
par miracle celle où j’avais imaginé pour rire
que je te rencontrerais
j’aime
Templemars vive
Templemars

L’été dans l’arrière-monde (2)

Les festivals de l’été, les châteaux de la Loire, les volcans d’Auvergne, etc. : fait*, refait, surfait. Et surtout, surpeuplé. En ce qui me concerne, j’ai décidé de visiter les zones et parcs d’activité des Hauts-de-France, cet été, quand je ne file pas vers le bassin minier. Je ne suis pas bousculée par les flâneurs. Après l’Épinette, je vous présente son voisin (on peut gagner l’un depuis l’autre à travers champs, à pied, à vélo ou en tracteur), le parc d’activités de Templemars, qui depuis 1974 rayonne au cœur du Mélantois. Aujourd’hui, il héberge rien moins que 80 entreprises. Bravo, le parc de Templemars ! Notez qu’il est plus fréquenté que l’Épinette – par les camions, entendons-nous bien, l’on n’y trouve pas encore de rosalies, le tourisme étant à ses premiers babils dans ce type de secteur (c’est d’ailleurs une autre excellente idée que je souffle ici aux investisseurs qui sommeillent en vous : rosalies, pédalos sur bassins de rétention et glaces à l’italienne y font à ce jour défaut).

Bon, cet été, il est vrai que les bassins sont en rétention de nothing mais c’est juste une mauvaise année : globalement, tout va bien, ne soyez donc pas si alarmistes avec vos histoires de réchauffement climatique, le pédalo a de l’avenir.

Vous noterez, outre mon attrait récent pour le format 16:9, la manière harmonieuse dont se fondent la campagne et la zone industrielle dans cette image prise le 26 juillet à l’entrée officielle du site : l’on n’aperçoit pas l’autoroute qui gronde à 775 mètres de là, mais un bosquet rectangulaire de peupliers plantés géométriquement (et peuplé de lièvres), comme on en voit souvent au bord des routes, et plus près, des champs et des meules de foin attestant que ces derniers n’ont pas qu’une vocation ornementale. Vous voyez que tout va bien ? Doucement… Baissez cette pancarte, cette banderole. Si on vous écoutait, on n’entreprendrait plus rien.

Ici, ce que vous me permettrez d’appeler affectueusement la raquette du bout du monde – j’ai pénétré dans le parc d’activités de ce côté, à savoir par les champs (+ bosquets de peuplier, j’avais des lièvres à saluer) : à ce point, je n’étais qu’à 257 mètres de l’A1, quel frisson…

Quand vous vous vous enfoncez dans les champs (par le chemin pavé face à la ferme ci-dessous), vous pouvez atteindre ces deux zones fascinantes, PAT et sa rue de l’Épinoy à gauche et l’Épinette à droite. C’est tout l’avantage de l’arrière-monde. Vous avez à la fois la civilisation à portée de main, dans ce qu’elle a de plus glorieux, et des oiseaux si légers qu’ils peuvent se percher sur des épis de blé. N’est-ce pas le paradis, quand vous pouvez en toute quiétude (ne me parlez pas du grondement de l’autoroute, on voit que vous n’avez pas d’acouphène) choisir entre Hygena et Castorama, des fèves fraîches dans votre sac en tissu cousu main ?

* Je ne sais pas s’il s’agit d’un régionalisme comme « faire ses cheveux » (qui par chez moi signifie « se coiffer ») ou d’une expression répandue dans l’ensemble du pays (comme « gros teubé ») mais j’entends souvent le verbe faire suivi de COD tels que ceux évoqués ici, ce qui me fait toujours rêver : « Cet été, on a fait les Gorges du Verdon » – alors j’imagine mes interlocuteurs armés d’une masse et d’un burin et j’admire leur courage.

Amours d’été dans l’arrière-monde

Comme je n’ai pas le droit de faire du sport pendant 10 jours à cause de mon nouveau tatouage (du chiendent sur le bras droit), je me promène à vélo. Ce matin, vous n’étiez pas nombreux à me gâcher le paysage au long des 35 km d’espaces essentiellement interstitiels que j’ai parcourus entre Templemars et Annoeullin – je m’étais inquiétée à tort, pensant que des familles de vacanciers allaient envahir les chemins ruraux broussailleux qui longent les voies ferrées, les zones industrielles et les cours d’eau croupie, mais sans doute étaient-elles occupées à gonfler des piscines de jardin. Quand j’étais partie de chez moi, mon intention était seulement de chercher dans le vrai monde une inconnue que j’avais aperçue hier sur Google Maps street view (c’était ma première rencontre virtuelle), quoiqu’en espérant échouer dans ma quête pour qu’elle m’occupe plus longtemps (quête > son objet, d’ailleurs rêverie > réalité, en l’occurrence fantasme > petite amie, engagement, injonctions et autres emmerdements).

Là, c’est la mystérieuse inconnue. Je suis très sensible au gracieux mouvement de son bras droit et à la légère inclinaison de sa tête vers l’épaule gauche, mais ce qui m’a le plus séduite en elle, c’est qu’elle se dirige sans chien vers l’arrière-monde.

Là, c’est moi qui en fais autant, au même endroit.

Mon Bolide (mon vélo de ville rose princesse) couine sur les pavés puis sur la terre desséchée des chemins, les orties cinglent mes mollets, les lapins et les oiseaux fuient devant moi comme si j’étais un incendie, puis que vois-je ? Un trou de grillage vers un autre paysage.

Mon Bolide et moi escaladons le talus que l’on devine à gauche sur la photo ci-dessous et nous voici dans la ZI ou ZAC (selon les panneaux) de l’Épinette, la plus modeste des deux zones industrielles de Seclin, où nous faisons sensation auprès des trois êtres humains que nous croisons, et que nous feignons de ne pas voir bien qu’ils conduisent des véhicules de plusieurs tonnes.

Votre espace vous y attend. Vous pourriez y fabriquer des semelles, par exemple, ça sert toujours. Ou des bouchons, des pinces. Je ne sais pas, moi, vous n’avez qu’à faire une étude de marché.

Puis nous gagnons la campagne et nous dirigeons vers Annoeullin, Mon Bolide et moi,

parce que je soupçonne (sans bases empiriques très stables mais interprétation > vérité) qu’y habite une joggeuse frôlée récemment sur un chemin de halage et dont je ne connais pas le visage mais seulement (et très vaguement) l’omoplate droite (largement suffisant). Elle courait ici même (je veux dire, sur la photo ci-dessous) le vendredi 12 juillet à 17h07 et j’ai filé très vite sans me retourner pour m’assurer un amour d’été sans matière.

Ce matin, elle n’y est pas, aussi je retourne vite dans les champs et les bois (par moments, l’on pourrait presque parler de bocage) ; ils exhalent un souffle frais qui ressemble au bonheur.

Et le calme est tel que l’on entend grésiller l’électricité dans les lignes à haute tension et que l’on voit la lune, de sorte que je finis par oublier mes amours d’été désincarnées pour savourer le bruissant ici et maintenant. Om shanti !

Oui, on est bien, au cœur de rien, dans le secret des lapins et des lieux qui n’existent pour aucun œil humain (ou presque),

au point que l’on oublierait les dangers qui guettent les êtres vivants, au paradis de l’arrière-monde comme ailleurs, n’étaient quelques panneaux à ne pas confondre avec le drapeau confédéré.

Votez

pour votre piste préférée de ce mini-golf sis à disons Pont-à-Meurchin (il est véritablement traversé par la limite entre les villes de Pont-à-Vendin et de Meurchin). Soit il s’agit d’un golf à 17 trous soit mon esprit est trop plié à la logique des nombres premiers pour que mon regard ait perçu le dix-huitième. Clôture des votes dans une semaine, à savoir le samedi 29 juin à 11h03. Méfiez-vous par ailleurs des mini-golfs : depuis que je me suis documentée sur ce noble sport, Le Bon Coin me suggère d’en acheter un chaque fois que je consulte les annonces immobilières, c’est-à-dire très souvent (je me casse dans le bassin minier – si ça ne tenait qu’à moi, je serais gone sur l’avant-jour, comme disent les Cajuns), et il est vrai que c’est tentant mais le prix (comptez entre 5 et 20 000 euros) décourage l’achat impulsif.

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Une chute

Ma permanence poétique m’amène ces jours-ci à délaisser la course à pied pour le vélo, de sorte que ces quelques lignes écrites un jour pair n’ont pas leur place dans mon texte. Voici donc ce qu’il convient d’appeler une chute – les photos, en revanche, ont bien été prises dans le cadre de la permanence, en l’occurrence dans le bassin minier.

 

ce matin dans l’arrière-monde un inconnu me dit bon courage
alors même que mon corps sécrète un feu d’artifices biologique
je ne souffre pas je n’ai pas un air de souffrance
même si j’ai croisé dans les bois un groupe dont les exclamations
gilets fluorescents et bâtons de marche nordique
faisaient peur aux lapins alors je n’ai pas dit bonjour

(Le marcheur du terril d’Harnes-Annay – jock-a-mo fee na-né.)

peut-être le monsieur dit-il bon courage
parce que la simple idée de courir le fatigue lui
mais moi rien ne me rend plus heureuse que de courir
sinon mes road trips vers le sud juchée sur Mon Bolide
mon vélo rose qui grince et couine et frotte
moi l’expérience que j’aime au monde c’est le mouvement
et d’autres non mais je ne m’en mêle pas je ne dis rien du tout
à ceux qui ont un rendez-vous galant je ne dis pas
bon courage au prétexte que ça me fatiguerait
moi de faire tout le badinage et la performance sexuelle
requis par les rendez-vous galants
ou aux couples qui se doivent une disponibilité du corps et de l’esprit
s’ils ont leur bonheur comme ça je ne leur dis pas bon courage
ni aux parents qui crient Pas sur la route Nathan mets ton pull

(Une joggeuse dans le parc de la jeune athlète, Sallaumines.)

ou peut-être le monsieur est-il simplement de ceux qui disent bon courage
de ceux qui par exemple aux caissières disent merci bon courage
comme si elles rêvaient d’un bullshit job plus challenging dans un open space
ces messieurs vont de par le vaste monde en dispensant des bon courage
comme si les autres vies que la leur étaient des punitions
mais je grogne merci parce que déteste m’arrêter quand je cours
même pour expliquer au monsieur où il peut se le mettre
son courage

(Fuck you sur le chemin de halage à Bauvin.)

Les feux de l’été

Le 29 avril, je courais au long de la voie ferrée qui mène de Loos à Haubourdin et j’y ai découvert, dans un ancien champ très récemment devenu friche, un lieu éphémère de convivialité, tout confort et sécurisé. En tout cas, les feux de l’été sont de retour, avec une franche avance sur le calendrier.

Tout était prêt pour la fête. Le 10 mai, le barbecue avait été consommé, les braises prudemment couvertes de cailloux. C’est ce que j’appelle une vie nocturne responsable et prudente – respectueuse, aussi : zéro emballage, pas même l’ombre d’un Capri-Sun.

Maintenant, je vous emmène au parc de la jeune athlète, plus précisément sur le terrain qui le surplombe et où personne ne joue jamais (plus) au basket. Je mène un projet poético-photographique autour de ce parc depuis quelques jours – il m’occupera très précisément du 23 mai au 19 juin. Considérons cela comme une résidence à vélo. Je profite de l’occasion pour vous prévenir que je ne serai donc pas très disponible pendant cette période, merci de votre compréhension.

Ici, une vue en contexte : derrière le souvenir d’un feu de camp, qui gît sur ce qui fut autrefois un terrain de basket, le lotissement de la J.A.

Et comme je suis d’excellente humeur (c’est relatif à la J.A. mais la superstition m’empêche de vous en dire plus pour le moment), vous avez droit en prime à quelques détails, à commencer par un très mal assis, là.

Les deux dernières images m’amènent à me poser une question : ces ustensiles ont-ils été laissés au bitume en prévision de samedis soir ultérieurs ou en qualité de rebuts ? Si je les avais récupérés dans ma capuche pour mon propre usage, quelqu’un aurait-il dit, la semaine prochaine, « Eh merde, on nous a piqué la grille et le pic à brochette » ?

5 arrière-mondes (1) : au sud-est de la métropole lilloise

Les arrière-mondes que je vous présente ici se situent dans un périmètre de moins de cinq kilomètres-carrés. Ils ne communiquent pas ensemble et diffèrent tant, dans l’esprit, que quand on en traverse un, on se sent très loin des autres. Je les ordonne dans un sens de lecture classique, de haut en bas et de gauche à droite, autrement dit vers le sud-est. J’aurais aussi pu les classer dans l’ordre du plus accueillant au plus inquiétant, auquel cas le dernier resterait le dernier.

1. Suivez-moi. Passez les grilles et les blocs de béton qui voudraient obstruer le tunnel. Entrez dans le tunnel. N’ayez pas peur. De quoi s’agit-il ? D’une autoroute à l’abandon ? D’une voie ferrée ?

Cent mètres plus loin, voici le paysage que vous découvrez. Les éléments présents à l’image ne vous permettent pas de répondre à la question précédente, j’en ai conscience.

Sous cet angle-là non plus, je suppose.

Tant mieux : je n’aimerais pas provoquer un afflux de touristes dans ce lieu relativement préservé, à quelques décharges près.

Car il mène à des paysages inattendus : à presque la campagne – au loin, vous reconnaîtrez deux des tours Europe dont j’ai déjà dit, ici-même, combien elles me fascinent.

Vous longez le champ et, à votre gauche, se déploie un site ferroviaire désaffecté qui, quoique sous vidéo-surveillance, vous épargne les chiens, la police et autres milices. Du moins y ai-je échappé à chacune de mes visites.

Je n’ai pas récupéré d’isolateurs de caténaires pour décorer mon salon parce que c’est trop lourd pour la capuche de mon K-way, mais il y a l’embarras du choix : verre, céramique, petit modèle ou grand modèle.

Idem pour les nombres premiers : difficiles à transporter – puisque cloués dans des traverses.

Puis, sans barrière ni transition, vous parvenez à un dépôt ferroviaire qui n’est pas du tout désaffecté.

Fin de l’arrière-monde 1.

2. De part et d’autre de l’autoroute A27, deux arrières-mondes apportent un éventail d’étrangetés intéressant (quoique pas inépuisable). Il s’agit de zones infréquentées, sinon par des centaines de lapins et de lièvres.

Ma passion pour les plans de villes m’a longtemps tenue à distance des vues satellite mais j’ai appris à les apprécier depuis que je me suis prise de passion pour les arrière-mondes : elles permettent une vue d’ensemble sur des espaces dont on ne pourrait se représenter l’agencement à la seule force des jambes et de l’intuition qu’elles nous en donnent, en particulier des espaces qui ne sont pas tout à fait urbains (bois, carrières, etc.), voire qui ne sont pas tout à fait accessibles.

a. au nord de l’A27

Pour commencer, voici un arrière-monde interstitiel entre trois terrains de jeu réservés à la bourgeoisie : un centre hippique, un terrain de golf et un complexe motocycliste. L’on peut y pénétrer à divers points ; en sortir est plus compliqué. Certaines parties sont ouvertes sur l’avant-monde, comme on le voit ci-dessous.

Certains aménagements peuvent faire croire, fallacieusement, que l’on s’apprête à entrer dans un espace balisé.

Mais non. Là-haut, les sentiers sont extrêmement étroits, certains totalement obstrués par la végétation et notamment par les orties. Les lapins y bondissent de toutes parts.

Depuis ce promontoire, qui avance dans la verdure à la manière d’une digue, l’on peut apercevoir, d’un côté, le terrain de golf,

et de l’autre le complexe motocycliste dont vous avez pu voir le tracé sinueux sur le plan.

b. au sud de l’A27

Il y a bien des manières d’atteindre cet arrière-monde à presque la campagne. L’une de mes préférées consiste en un chemin étroit serti entre l’autoroute A1 et un champ ; un arbre déraciné cet hiver par une tempête est sa dernière cicatrice en date, elle oblige à faire un petit saut de cabri bien agréable entre deux foulées ; sur le talus qui descend vers le champ, de la monnaie du pape en abondance.

On n’est pas censé passer devant cette grille (qui mène selon toute vraisemblance à l’autoroute) ; il fallait tourner à droite plus tôt. Demi-tour, hop.

Un peu plus loin, on traverse ce passage à niveau agreste, autour duquel je prépare depuis le mois de septembre 2018 un petit travail photo que je vous livrerai en septembre 2019.

Vous n’y verrez pas ceci parce que ce n’est pas dans le bon sens.

Ici, comme ailleurs, les délinquant-e-s aiment démonter des voitures. Ça se passe sans doute la nuit, quand je ne cours pas là.

Dans le champ il y a deux bunkers

et dans les bunkers il y a du champêtre – un doux mélange d’orties et de barres de fer rouillé.

Tout au fond du champ, une série de buttes à lapins masque partiellement une voie de TGV.

On peut y accéder si on n’a rien de prévu ces prochaines années.

Ou on peut monter sur la butte, si on n’a pas peur de se faire broyer le pied par un piège destiné aux lapins, car cet arrière-monde n’est pas un paradis, l’on y trouve des chasseurs et des pièges posés par eux. J’en ai vu un cet hiver, un grand crétin qui visait l’entrée d’un terrier, prêt à faire exploser une tête de lapin pour son loisir. Il a baissé son fusil pour me laisser passer mais je ne l’ai pas regardé pour éviter de lui vomir dessus ou de retourner son arme contre lui. Si l’on accepte de prendre les mêmes risques que les lapins, on peut surplomber les champs et la voie de TGV.

On monte par là, comme ça

et après on peut regarder en bas, c’est chouette.

Sans ces raclures de chasseurs, le paradis des lapins et des lièvres ressemblerait un peu à ça (on s’y amuse comme des fous, ces temps-ci).

3. Pas très loin d’un ancien centre de tri postal et de son arrêt ferroviaire désaffecté,

un caddie brûlé nous invite à pénétrer dans un lieu bien protégé des intrusion par des blocs de béton et bittes chromées

On accède à ça. Ce n’est pas spectaculaire, de prime abord, je vous l’accorde

mais à y regarder de plus près c’est carrément un lieu d’art contemporain

et de multiples vernissages – vous trouverez ci-dessous des résidus de fêtes mais aussi de mon ancienne rubrique consacrée aux sols.

4. Nous sommes dans la même ville, à peine un kilomètre au sud-est de l’arrière-monde n°2b ci-dessus. Nous l’atteignons après avoir traversé un parc d’activité différent de celui que nous présentions à l’instant – bien plus étendu. Nous en apercevons un bâtiment de tôle, en arrière-plan de ce petit chemin qui ne sent pas la noisette.

Ai-je déjà mentionné le fait que l’arrière-monde n’était pas seulement le théâtre de fêtes écologiquement inoubliables mais aussi un espace de décharge très apprécié ? Quoique bien plus difficile d’accès que les déchetteries, on s’aperçoit qu’il est convoité par un certain nombre d’entrepreneurs de BTP, de garagistes et de familles désunies (nous y reviendrons dans des numéros spéciaux de la rubrique L’arrière-monde).

Cette fois nous passons sous le TGV (le même) : ça change.

Des peintures rupestres nous avertissent de ce qui nous attend de l’autre côté du portique.

C’est, avant tout, une puanteur rare, non pas celle du fumier mais celle du liquide noir de nature indéfinissable qui constitue les flaques ci-dessous.

Quand on a traversé les champs glauques de cet arrière-monde, l’on débouche sur un pont qui surplombe l’autoroute. Les arrière-mondes ont toujours quelque chose à voir avec les autoroutes et les voies de chemin de fer, particulièrement de TGV.

Normal, me direz-vous, c’est le principe même des espaces interstitiels. Et puisqu’on en parle, quelques éléments visuels indissociables de ces derniers :