Message privé

Pour M., qui me dit que si je poste encore une photo comme celles du précédent billet, elle débarque de sa capitale.

Je t’attends à la gare de Lens demain dès potron-minet.

Toujours pas trace de Dinah près de sa maison – peut-être est-ce sa résidence secondaire.

Ce matin, j’avais dans les oreilles le Nisennenmondai parfait pour la circonstance. La brume mordait les mollets, je trouvais ça très agréable jusqu’à ce que je voie Danny pétrifié dans sa pâture. Tu as des plaisirs bourgeois, m’a-t-il dit. Puis il est rentré dans sa cabane en grommelant, Bonne douche. J’irai lui donner une carotte pour essayer de l’attendrir.

Mais

Ce matin encore, la lumière était émouvante comme elle devait l’être le premier matin du monde,

les couleurs* variaient d’une minute à l’autre,

les oiseaux étaient partout (j’ai même vu un héron se poser au milieu des marais),

et la nature s’est lentement dévêtue de son voile brumeux cependant que

Clarice Jensen** jouait ses sublimes Drone Studies, et de nouveau je me suis sentie un peu trop bienheureuse dans mon havre de paix post-minier,

jusqu’à ce que je regagne la ville, où l’air s’est avéré si pollué qu’on aurait pu le tasser dans le poing pour faire une bataille de boules de particules fines.

* Non retouchées sur ces photos.

** Cette Clarice même dont je dis dans A happy woman qu’en général, elle ne sourit pas. Le 8 octobre 2017, quand je l’ai abordée dans une rue de New York parce que j’avais deviné qu’elle aussi se rendait chez Meredith Monk (facile, elle portait un étui de violoncelle), puis lors des diverses répétitions où j’ai jugé un peu sévèrement son attitude hautaine, j’ignorais qu’elle allait un jour sortir cet album solo qui m’émerveillerait (j’aime moins les précédents), qu’elle rejoindrait mon répertoire de formidables créatrices sonores et que je me sentirais honorée d’avoir un jour pris un ascenseur avec elle. Quand on crée de tels trésors, on a le droit de snober les humbles mortelles en chemise à fleurs.

Trop

Parfois, dans ma nouvelle vie, je me sens presque coupable. Par exemple, je cours, la musique et les paysages rivalisent de beauté (à vrai dire, je redécouvre la musique au sein des paysages, ils aiguisent mes sens et m’amènent à percevoir des nuances très subtiles qui m’avaient échappé, même dans certains morceaux que j’avais écoutés des dizaines de fois) et soudain je me dis, Vraiment, tu abuses. Puis je me rappelle que ce n’est pas ma faute, que toute cette beauté ne sort pas de mon imagination. Alors ? Je ne vais tout de même pas la bouder. Ce matin, brume et soleil se télescopent quand Rosa Maria Sarri (aka MonoLogue) joue The Sea From the Trees-A2 dans mon casque, et puis quoi encore ?

Des bris de glace autour des flaques et des ornières gelées, des poches de brume près des déclivités.

Les oiseaux en fin de rave contemplent le château d’eau flouté, nous sourions en silence. Nous sommes très calmes, ce matin, presque recueillis. Il n’y a que nous, ici, sur le chemin de halage

puis sur le terril, et dans les marais,

au point que l’on oublierait le reste, n’étaient quelques vestiges de la civilisation.

Highways of life

Depuis plusieurs jours, Dinah n’est pas son enclos. Je suis inquiète. Je chante un peu pour l’appeler, Is there anyone finer? mais rien. Danny, lui, va bien. Il vient vers moi de plus en plus vite, maintenant, et on se regarde dans les yeux et je lui raconte des trucs dont il se fiche mais quand je lui parle, il sait que je suis là pour lui, avec lui. J’aimerais le serrer dans mes bras mais deux clôtures nous séparent et le fermier veille.

Je me suis aussi liée avec un arbre de ZI. Il ne va pas très bien ces temps-ci, je le comprends : ce n’est pas joyeux pour lui de se dresser seul entre une entreprise de packaging et une déchèterie plutôt que de participer à l’indécent déploiement de splendeur que composent ses congénères sur les terrils voisins. Alors je lui rends visite, je prends de ses nouvelles et. Je ne sais pas. Je trouve qu’il décline.

Ça, c’était Bobby il y a une dizaine de jours.

Ici, Bob dimanche dernier.

Et le pauvre B. ce matin.

Je lui chante Rhythm of Life du groupe néo-orléanais Tank and The Bangas mais il hausse les épaules – en quelque sorte. Je suis un peu désemparée. Alors pour oublier son triste sort et ma propre impuissance, je me shoote à l’endorphine et je participe à des raves avec des potes oiseaux d’eau.

Presque le paradis

Un dimanche matin flamboyant, les oiseaux d’eau s’amusent et se chamaillent bruyamment dans les Marais de Fouquières, la nature déploie ses couleurs d’automne, alors on a envie de faire du vélo dans la boue, de se promener avec un chien, de s’embrasser sur un banc, d’emmener ses amis au sommet des terrils, de courir dans la dentelle d’ombre et de lumière qui s’étend sur les berges, de tuer des lapins. Il y a des coups de feu au paradis, des psychopathes dans les fourrés, des permis pas chers pour les encourager.

Un peu de glitch pour Halloween

Je viens de découvrir que, dans un village de l’Aisne, un lotissement (de type Llewellyn Park plus que Levittown – toutes proportions gardées) détraque complètement les appareils en vue immersive du service de cartographie en ligne. Un véritable poltergeist. Je sais ce que vous allez me dire : vous allez me dire que, plus vraisemblablement, lesdits appareils avaient un problème quand le véhicule a traversé ce lotissement, c’est ça ? Ne soyez pas si prosaïques, je vous prie, ou alors soyez-le en silence et laissez-moi croire à des théories un peu plus paranormales. De toute façon, j’irai enquêter, un jour prochain (c’est pour mon roman). En attendant, quelques exemples de glitch immersif à Vendin-le-Vieil et à Noyelles-sous-Lens. Je n’ai touché à rien, je le jure, j’ai juste découpé des carrés dans mes captures d’écran. N’est-ce pas magnifique ? En musique expérimentale, le glitch est devenu un élément de composition à part entière, au même titre que le field recording ou le drone ; c’est plutôt intéressant. C’est à vrai dire l’une des choses les plus fascinantes en matière de technologie : les failles. Le chaos. L’invasion des arcs lumineux. Quelque chose d’un peu hanté, quand même, merde alors.

37 passages à niveau

Vous êtes 37 à me réclamer bruyamment le petit travail photo dont je vous annonçais au mois de mai qu’il serait prêt en septembre 2019. Je suis tellement impressionnée par votre mémoire et touchée par l’intérêt que vous témoignez à mes modestes productions que, pour une fois, je vais tenir ma promesse. Voici, en hommage à ces 37 zélateurs, 37 photos d’un passage à niveau prises entre septembre 2018 et ce jour, au fil de mes courses à pied – soit un palpitant reportage sur le temps qui passe. Les photos sont de mauvaise qualité, puisqu’elles ont été prises avec un téléphone, mais je ne rembourserai rien ; il n’y aura pas non plus de Grand Jeu Concours pour localiser ce lieu auquel j’ai choisi de rendre hommage tout au long de l’année qui vient de s’écouler, vous pourriez le déduire trop facilement du billet dont je fournis le lien plus haut. N’abusez tout de même pas de ma générosité.

Parfois, il y a même de petits événements – autres que le passage d’un train. Ici, une joggeuse est passée juste avant que la barrière ne se baisse : c’est presque une narration.

Si vous avez 10/10 aux deux yeux ou de bonnes lunettes et que vous ne regardez pas ces images sur un foutu écran de téléphone, vous distinguerez un TGV en train de passer sur le talus qui ferme l’horizon.

Hop, un peu de recul :

Là, une voiture brûlée, JMJ !

Un promeneur nocturne.

On pivote légèrement vers la gauche.

Mais oui, c’est un tracteur…

Si vous avez toujours 10/10 aux deux yeux ou fait l’acquisition de bonnes lunettes depuis la photo 19 et que vous êtes passé.e sur un écran digne de ce nom, vous distinguerez un TGV en train de filer sur le talus qui ferme l’horizon.

Vous avez bien lu, sur le panneau ci-dessus : Un train peut en cacher un autre. La preuve.

Et parce que je sais que, tout comme moi, vous avez des plaisirs simples, je vous propose de finir cette série par de traditionnelles Jambes en l’Air – qu’elles soient un au revoir ému à ce qui fut l’un de mes sites privilégiés, la dernière année de ma vie dans la métropole lilloise.

I <3 Scln

Je suis tombée amoureuse de mon nouveau bolide, un vélo rouge qui saute comme un cabri dans les bois et les champs. Et, de fil en aiguille, je suis tombée amoureuse de Seclin. Il me faut d’abord m’excuser d’avoir incorrectement nommé la ZI (ou ZAC) de l’Épinette ASPUZI, dans de précédents billets, quand j’ignorais encore que Seclin était la ville de DEUX zones industrielles : double bonheur, surtout le dimanche – ça tombe bien, parce que le dimanche les berges du canal sont infréquentables, entre les campings sauvages de pêcheurs en tente kaki, les marcheurs nordiques, joggeurs fluorescents et cyclistes coqués coquets. Ici, il n’y a que moi, le dimanche. Le samedi soir, c’est sans doute différent, à en juger par les traces de beaucoup fun devant les hangars :

Le dimanche, tout n’est que lignes pures, jeux de lumière et délectable désolation.

Mais ASPUZI, the real ASPUZI, c’est aussi la couleur et la danse :

ASPUZI est l’antichambre de Seclin. Maintenant, entrons dans le vif du sujet. Quelques chiffres, pour commencer : Seclin, c’est 17,42 km² pour 12 463 habitants (2016), soit une densité de 715 hab./km². Si ça ne vous parle pas, Sallaumines (l’étalon-or de ce blog), c’est 3,82 km² pour 9 799 habitants, soit une densité de 2 565 hab./km². See what I mean? (Ok, il faudrait faire le calcul en décomptant les hectares non habités des ZI, je l’admets sans mauvaise foi, mais dans ce cas il faudrait en faire autant pour la déchetterie de Sallaumines.) Notez qu’en termes de Ville Fleurie, nous sommes à Seclin 3 fleurs – Sallaumines 1.

Le canal de Seclin n’y est sans doute pas pour rien, bien sûr, qui rejoint perpendiculairement la Deûle à Houplin-Ancoisne, 4,5 km à l’ouest.

Les oiseaux d’eau y vivent en harmonie, comme à Harnes.

Il y a aussi des ragondins et des fantômes.

Seclin est connue pour ses châteaux. Sauf que, Grand Jeu Concours ! un seul des trois châteaux ci-dessous en est vraiment un : lequel est-ce ? Question 2 : L’un de ces châteaux n’est pas sis à Seclin mais à Templemars, à quelques pas de la frontière. Duquel s’agit-il ?

Cette tendance au faste n’exclut ni les ZUP

(vue de l’ouest)

(vue du sud)

ni les arrière-mondes :

ni les Upper Rooms & Kitchens de carrefours et ronds-points :

(abbé Bonpain de carrefour)

(Jésus Christ de rond-point)

ni le Kitsch & Lutte des Classes – Grand Jeu Concours 2 ! Laquelle de ces œuvres n’est pas une boîte aux lettres de Seclin mais de Carvin (autre passion récente) ?

L’art, ce n’est pas ce qui manque, à Seclin : mural

et de rond-point (ici, la couleur s’impose, vous allez le comprendre)

Cette dernière œuvre de rond-point nous amène dans mon lotissement préféré de la ville : les Aviateurs. J’adore. D’autant que, si de nombreux-ses Seclinois-e-s me témoignent volontiers une certaine hostilité, les Aviateurs-trices me traitent généralement comme une des leurs – sans collier de fleurs ni tralala. Voici un plan du quartier : un vrai crop circle, à l’américaine, quoique l’on ne s’y perde pas trop.

Le lotissement fait face à l’hôpital de Seclin, le nouveau, un hôpital intéressant, paradoxal, à la fois hôpital de campagne puisque l’on peut notamment y accéder par des chemins de tracteurs, quoique par ailleurs il fasse preuve d’une belle géométrie :

Une vue du parking s’impose également :

Attention, chien méchant et volumineux juste derrière cette rangée de maisons, il m’a poursuivie l’autre jour et j’étais bien contente d’être juchée sur Mon Bolide, dont on aurait dit qu’il pétaradait comme un bolide des Fous du volant mais en fait c’était le claquement de mes dents. Maintenant, voyons comment les Aviateurs se présentent depuis l’hôpital.

On voit plein d’avions dans le ciel aussi, à Seclin, bien plus qu’à Lesquin si vous voulez tout savoir,

et d’autres objets volants

et des sommets intéressants, quoiqu’ils ne volent pas,

et aussi des tunnels : ici, on en a plein les yeux, dessus et dessous.

Pour finir, un peu d’architecture (ici, l’arrière de l’hôtel de ville),

d’urbanisme (cité des jardins)

(ça ressemble à ça)

et de presque la campagne

Voilà, entre autres choses, pourquoi i <3 tant Scln.

L’été dans l’arrière-monde (2)

Les festivals de l’été, les châteaux de la Loire, les volcans d’Auvergne, etc. : fait*, refait, surfait. Et surtout, surpeuplé. En ce qui me concerne, j’ai décidé de visiter les zones et parcs d’activité des Hauts-de-France, cet été, quand je ne file pas vers le bassin minier. Je ne suis pas bousculée par les flâneurs. Après l’Épinette, je vous présente son voisin (on peut gagner l’un depuis l’autre à travers champs, à pied, à vélo ou en tracteur), le parc d’activités de Templemars, qui depuis 1974 rayonne au cœur du Mélantois. Aujourd’hui, il héberge rien moins que 80 entreprises. Bravo, le parc de Templemars ! Notez qu’il est plus fréquenté que l’Épinette – par les camions, entendons-nous bien, l’on n’y trouve pas encore de rosalies, le tourisme étant à ses premiers babils dans ce type de secteur (c’est d’ailleurs une autre excellente idée que je souffle ici aux investisseurs qui sommeillent en vous : rosalies, pédalos sur bassins de rétention et glaces à l’italienne y font à ce jour défaut).

Bon, cet été, il est vrai que les bassins sont en rétention de nothing mais c’est juste une mauvaise année : globalement, tout va bien, ne soyez donc pas si alarmistes avec vos histoires de réchauffement climatique, le pédalo a de l’avenir.

Vous noterez, outre mon attrait récent pour le format 16:9, la manière harmonieuse dont se fondent la campagne et la zone industrielle dans cette image prise le 26 juillet à l’entrée officielle du site : l’on n’aperçoit pas l’autoroute qui gronde à 775 mètres de là, mais un bosquet rectangulaire de peupliers plantés géométriquement (et peuplé de lièvres), comme on en voit souvent au bord des routes, et plus près, des champs et des meules de foin attestant que ces derniers n’ont pas qu’une vocation ornementale. Vous voyez que tout va bien ? Doucement… Baissez cette pancarte, cette banderole. Si on vous écoutait, on n’entreprendrait plus rien.

Ici, ce que vous me permettrez d’appeler affectueusement la raquette du bout du monde – j’ai pénétré dans le parc d’activités de ce côté, à savoir par les champs (+ bosquets de peuplier, j’avais des lièvres à saluer) : à ce point, je n’étais qu’à 257 mètres de l’A1, quel frisson…

Quand vous vous vous enfoncez dans les champs (par le chemin pavé face à la ferme ci-dessous), vous pouvez atteindre ces deux zones fascinantes, PAT et sa rue de l’Épinoy à gauche et l’Épinette à droite. C’est tout l’avantage de l’arrière-monde. Vous avez à la fois la civilisation à portée de main, dans ce qu’elle a de plus glorieux, et des oiseaux si légers qu’ils peuvent se percher sur des épis de blé. N’est-ce pas le paradis, quand vous pouvez en toute quiétude (ne me parlez pas du grondement de l’autoroute, on voit que vous n’avez pas d’acouphène) choisir entre Hygena et Castorama, des fèves fraîches dans votre sac en tissu cousu main ?

* Je ne sais pas s’il s’agit d’un régionalisme comme « faire ses cheveux » (qui par chez moi signifie « se coiffer ») ou d’une expression répandue dans l’ensemble du pays (comme « gros teubé ») mais j’entends souvent le verbe faire suivi de COD tels que ceux évoqués ici, ce qui me fait toujours rêver : « Cet été, on a fait les Gorges du Verdon » – alors j’imagine mes interlocuteurs armés d’une masse et d’un burin et j’admire leur courage.

Amours d’été dans l’arrière-monde

Comme je n’ai pas le droit de faire du sport pendant 10 jours à cause de mon nouveau tatouage (du chiendent sur le bras droit), je me promène à vélo. Ce matin, vous n’étiez pas nombreux à me gâcher le paysage au long des 35 km d’espaces essentiellement interstitiels que j’ai parcourus entre Templemars et Annoeullin – je m’étais inquiétée à tort, pensant que des familles de vacanciers allaient envahir les chemins ruraux broussailleux qui longent les voies ferrées, les zones industrielles et les cours d’eau croupie, mais sans doute étaient-elles occupées à gonfler des piscines de jardin. Quand j’étais partie de chez moi, mon intention était seulement de chercher dans le vrai monde une inconnue que j’avais aperçue hier sur Google Maps street view (c’était ma première rencontre virtuelle), quoiqu’en espérant échouer dans ma quête pour qu’elle m’occupe plus longtemps (quête > son objet, d’ailleurs rêverie > réalité, en l’occurrence fantasme > petite amie, engagement, injonctions et autres emmerdements).

Là, c’est la mystérieuse inconnue. Je suis très sensible au gracieux mouvement de son bras droit et à la légère inclinaison de sa tête vers l’épaule gauche, mais ce qui m’a le plus séduite en elle, c’est qu’elle se dirige sans chien vers l’arrière-monde.

Là, c’est moi qui en fais autant, au même endroit.

Mon Bolide (mon vélo de ville rose princesse) couine sur les pavés puis sur la terre desséchée des chemins, les orties cinglent mes mollets, les lapins et les oiseaux fuient devant moi comme si j’étais un incendie, puis que vois-je ? Un trou de grillage vers un autre paysage.

Mon Bolide et moi escaladons le talus que l’on devine à gauche sur la photo ci-dessous et nous voici dans la ZI ou ZAC (selon les panneaux) de l’Épinette, la plus modeste des deux zones industrielles de Seclin, où nous faisons sensation auprès des trois êtres humains que nous croisons, et que nous feignons de ne pas voir bien qu’ils conduisent des véhicules de plusieurs tonnes.

Votre espace vous y attend. Vous pourriez y fabriquer des semelles, par exemple, ça sert toujours. Ou des bouchons, des pinces. Je ne sais pas, moi, vous n’avez qu’à faire une étude de marché.

Puis nous gagnons la campagne et nous dirigeons vers Annoeullin, Mon Bolide et moi,

parce que je soupçonne (sans bases empiriques très stables mais interprétation > vérité) qu’y habite une joggeuse frôlée récemment sur un chemin de halage et dont je ne connais pas le visage mais seulement (et très vaguement) l’omoplate droite (largement suffisant). Elle courait ici même (je veux dire, sur la photo ci-dessous) le vendredi 12 juillet à 17h07 et j’ai filé très vite sans me retourner pour m’assurer un amour d’été sans matière.

Ce matin, elle n’y est pas, aussi je retourne vite dans les champs et les bois (par moments, l’on pourrait presque parler de bocage) ; ils exhalent un souffle frais qui ressemble au bonheur.

Et le calme est tel que l’on entend grésiller l’électricité dans les lignes à haute tension et que l’on voit la lune, de sorte que je finis par oublier mes amours d’été désincarnées pour savourer le bruissant ici et maintenant. Om shanti !

Oui, on est bien, au cœur de rien, dans le secret des lapins et des lieux qui n’existent pour aucun œil humain (ou presque),

au point que l’on oublierait les dangers qui guettent les êtres vivants, au paradis de l’arrière-monde comme ailleurs, n’étaient quelques panneaux à ne pas confondre avec le drapeau confédéré.