NPR 12 du dancing

Ce matin, j’ai assuré la maintenance de mes NPR : j’ai décroché mon panneau dit des ventricules pas mieux pour réparer le cadre de bambou endommagé par l’averse de giboulées qui est tombée entre ma course à pied de 6h et ma tournée des NPR à vélo de 8h30. J’ai décidé que j’en profiterais pour remplacer le texte, mes ventricules vont mieux. J’ai d’ailleurs jeté le NPR de désinfection, qui était en fin de carrière, et récupéré sa ficelle pour un accrochage futur.

Des détritus et gravats gisent nombreux en contrebas de mon chemin ; souvent, les cavaliers sont surélevés, ce sont des espèces de talus étroits qui serpentent à perte de vue. Presque des digues ou des levées, en fait. Je précise, pour qui douterait encore de ma conscience, que je n’ai pas laissé ce nouveau processus réversible dans l’arbre où je l’ai photographié : il est bien mieux sur un bon vieux poteau (dont je finirai de toute façon par aller le décrocher).

Je l’ai pris en photo sous ces arbres

et à côté de celui-ci, qui traînait en pyjama de mousse.

/3 : NPR 10 des oh des ah

Hier matin, je suis enfin retournée saluer mes amis les oiseaux d’eau à Noyelles ; Carrie a manifesté bruyamment son mécontentement d’avoir été si longtemps délaissée. Les lapins étaient nombreux. La brume flottait sur la pâture, le canal et les marais. Le soleil a fait exactement ce que j’espérais qu’il ferait, pour la photo.

(le soleil ne flamboie pas
pour nous tirer des oh des ah
il est là, comme nous
c’est tout)

L’après-midi, alors que je me rendais sur mon chemin fétiche à vélo, j’ai découvert ce soleil enfantin dessiné sur le sol grumeleux

et je me suis rappelé cette vieille photo prise dans la métropole lilloise et dont la lumière ressemble à ce que je ressens depuis quelques jours.

Il y a un mois, Dame Sam, ma DS Vénus, me quittait. Il se trouve que sa disparition a eu des conséquences inattendues dont je n’étais pas en état d’affronter la violence et qui m’ont plongée dans une espèce d’état second – de même qu’une douleur physique trop forte peut nous faire perdre connaissance. J’ai repris mes esprits dimanche et regardé avec étonnement tout ce que j’avais fait pendant ce mois de cinq minutes, en même temps que je remontais le fleuve à la nage. J’étais donc bien là, mais ce n’était pas tout à fait moi. Aujourd’hui, je suis convalescente. Parfois, je souris aux choses et aux gens, je souris à la lumière sur les arbres. Parfois, leur beauté me fait mal. Hier, mes amies et moi avons dit au revoir à Dame Sam ; nous avons planté des fleurs pour elle au fond du jardin et la musique était, sur mesure, Venus de Shocking Blue.

NPR 9 du Dasein / Lecture des ordures : leçon numéro 2

De la philosophie encore dans ce nouveau processus réversible, et un nouveau pas vers l’acceptation & glorification de la poubelle que nous appelons Terre (vous noterez que j’ai renommé Lecture des ordures la nouvelle catégorie inaugurée ici sans tambours ni trompettes).

Une chose que je n’ai pas encore précisée à propos de mon chemin fétiche du moment, c’est qu’il est long de 7 km ; on a ce genre de choses, par ici (plein plein), parce qu’il s’agit d’anciens cavaliers (des voies ferrées qui reliaient les différents sites miniers) : l’enfer d’hier a fait le paradis d’aujourd’hui. Ce sont des choses qui arrivent, même si, globalement, on assite plutôt à un processus inverse et irréversible en ce court segment de l’histoire qui va de la triomphante révolution industrielle à la destruction de la planète.

Sur mon chemin fétiche du moment, des gens jettent leurs détritus au pied des terriers, accrochent leurs masques aux branches, c’est rigolo, les plus courageux répandent même des gravats – saluons leur effort pour les acheminer jusque là. D’ailleurs, n’apprendrions-nous pas à lire les ordures qu’il serait tout aussi incohérent de reprocher un quelconque manque de savoir-vivre aux auteurs de ces dépôts car ils ne font que reproduire, à leur modeste échelle, ce que leur espèce fait depuis toujours avec la bénédiction de ses plus hautes autorités : transformer l’habitat de toutes vies terrestres en sa poubelle exclusive. Où l’on voit bien la nécessité d’accepter. Moi, en tout cas, je ne vois que ça. Se détendre et se dire, C’est la civilisation que j’ai connue, c’est tout.

NPR 8 du bon chemin dans le bon sens

Un peu de philosophie aujourd’hui dans notre NPR. Il a été scotché dimanche vers 6h30 du matin, pendant ma course à pied ; j’ai pris cette photo l’après-midi, quand je suis retournée en marchant sur mon chemin fétiche du moment – pas quand j’y suis allée à vélo, juste après la douche d’après la course à pied, non, parce qu’il y avait le cow-boy (si un jour il devine que je suis l’autrice de ces billets, je tiens à ce que ce ne soit pas en me prenant sur le fait mais par intuition), par ailleurs un écureuil qui bondissait d’arbre en arbre avait toute mon attention. Sur mon chemin fétiche du moment, il y a aussi des lièvres, des lapins et toutes sortes d’oiseaux, c’est un chouette chemin et bientôt on pourra y cueillir des cerises de diverses variétés, comme ça : on se promènera, on tendra la main et on en décrochera quelques poignées qu’on mangera sans cesser de marcher d’un pas tranquille en discutant comme si les mots étaient des notes de flûte.

Ce NPR philosophique n’a pas été arraché à son poteau. J’ai fait un état des lieux et n’ai constaté que trois enlèvements : Hollywood, le tas d’ossements et les gens avec des chiens. Les autres sont comme neufs. Parfois je me laisse aller à imaginer que quelqu’un y réponde, colle un petit mot ou un dessin en écho. Parfois je rêve de liens qui se tisseraient discrètement dans l’espace public, des clins d’œil qui me feraient sourire, le matin, comme le font les petits mammifères furtifs.

NPR 7 du bonjour avec les chiens

J’ai scotché ce NPR hier matin, très tôt ; il dit (ce n’est pas très lisible)

des gens se promènent
avec des chiens
ils se disent bonjour
avec des chiens
c’est mieux que rien

Le soir, quand je suis repassée, il avait été arraché ; il ne restait de lui qu’un scotch et le liseré de papier que couvrait celui-ci. Je n’ai trouvé sa trace nulle part sur les bas-côtés, parmi les papiers gras, masques et kleenex usagés. Ce matin, j’ai retiré le scotch pour le mettre à la poubelle et je tenais à ce que vous soyez pleinement rassuré(e)s quant au respect de l’environnement dans lequel je procède à ces affichages sauvages.

Quant à ce qui a motivé la colère d’un(e) passant(e), sans doute est-ce un malentendu : je ne méprise pas les gens qui se disent bonjour avec des chiens, d’ailleurs je n’aurais jamais échangé trois mots avec la femme au bonnet si je ne m’étais figée, de profil et les mains sous le menton, quand son grand chien blanc a sautillé autour de moi – c’est la position que je prends spontanément quand j’ai peur d’un chien trop impétueux (et grand) ; un jour, je l’ai fait alors que les poches de mon short étaient pleines de pommes cueillies dans les vergers sauvages de la quatrième dimension (un de mes terrils préférés), je me sentais à mon avantage.

NPR 6 du grand chien blanc

C’est devenu comme à la maison, depuis que j’y vais deux à trois fois par jour, en courant, à vélo ou en marchant. Le cow-boy et moi nous disons bonjour, maintenant – je veux dire, pas juste un bonjour poli mais un vrai bonjour avec les yeux qui sourient. Son vieux berger allemand se poste perpendiculairement au chemin pour me regarder passer. Le grand type aux yeux écarquillés ne me fait plus peur. La dame rousse fait Ah et glousse quand on se croise pour la deuxième fois de la journée.

Mais je change aussi de décor, parfois. J’ai retracé mes parcours de la semaine sur une carte en ligne qui mesure les kilomètres (c’est aussi un moyen de les revivre un peu) et calculé ceci : au total, cette semaine, j’ai couru 80 km, marché 55 km et pédalé plus de 100 km. J’ai donc parcouru un total de 235 kilomètres à la seule force de mes muscles et, bien sûr, pas uniquement sur mon chemin fétiche du moment. Je suis allée chez mes amies à Faches-Thumesnil, par exemple, ce qui faisait déjà 66 km aller-retour par les chemins que j’ai choisis – un itinéraire différent à l’aller et au retour, ce qui m’a permis de faire des bisous à des tas de lieux où j’adorais courir pendant ma vie lilloise, avec une affection particulière pour les bois, champs et pâtures sertis entre Haubourdin, Emmerin et Houplin-Ancoisne. Quand je suis rentrée chez moi, au lever du jour, les lièvres couraient dans les champs vers Gondecourt et Allennes-les-Marais ; plus tard, au bord du canal, quelque part entre Annœullin et Don, j’ai vu des cormorans :

en zoomant :

NPR 4 du mutisme : un triptyque

Je tiens à m’excuser pour la mauvaise qualité de mes photos, c’est une question d’affichage qui dépasse largement mes compétences : elles ne sont pas floues à la base mais le deviennent en ligne. Depuis que j’ai mis à jour WordPress, il y a quelques semaines, j’ai beau essayer tous les réglages possibles, différentes tailles et résolutions, rien n’y fait : c’est calamiteux. Mon Antique dit qu’elle essaiera de trouver le problème – après le confinement, donc.

NPR 3 des 10 km

La France qui se lève tôt se demande quelle autorisation de sortie se signer pour pouvoir vaquer à ses nouveaux processus réversibles avant le lever du jour. Il est 3h53 et elle a déjà préparé son petit carton et ses punaises pour le numéro 3. Hier, elle est passée prendre des nouvelles de NPR 1 (qui a disparu : pfuit, Hollywood – comme le dit son Antique, quelqu’un l’a pris ! puisqu’on n’en trouve pas trace parmi les masques et papiers gras qui jonchent le sol du tunnel) et de NPR 2, qui a résisté à deux jours de tempête (et ça, dit son Antique, c’est la marque d’un bon travail) mais maintenant la France qui se lève tôt est bien ennuyée avec ses punaises dans la poche et elle réfléchit au texte qu’elle pourrait écrire sur une attestation de sortie dérogatoire durant les horaires du couvre-feu prouvant qu’elle a besoin de punaiser, scotcher, ficeler des processus réversibles au mobilier urbain à toute heure de la nuit.